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Full text of "Observations sur l'histoire naturelle, sur la physique et sur la peinture"

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Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

Research Library, The Getty Research Institute 



http://www.archive.org/details/observationssurl01gaut 



OBSERVATIONS 



SUR 

UHISTOIRE NATURELLE, 

SUR 

LA PHYSIQUE 

ET 

SUR LA PEINTUREc 

AVEC DES PLANCHES IMPRIMÉES EN COULEUR; 

Ccti Ouvrage renferme les Secrets des Arts ^ les nouvelles découvertes,, d^ 
les dif^utcs des Philosophes O* des Artijles modernes,- 

ANNÉE 1752;- 

TOME PREMIER. L PARTIE, 





A PARIS, 

chez DELAG'UETTE,rueS. Jacques , a l'Olivier- 



'AVEC AFFROBATIOiV ET PRIVILEGE DU KOY. 



Les Planches en couleur fe diftribuent féparément chei Mj • G A u i j « r , penfionnaire du Roy ^ rue 
gle la Harpe 



r^ 



AVI S. 

£5" Flanches- colorées delHiJioire Naturelle feront la haze de cette 
emreprêfe. On fera enforte de donner quatre Volumes tous lésons, 
compofés de trois Brochures chacun : Elles paraîtront prefque tous les moisi 
Et pour la commodité des Amateurs , on enjera deux éditions en même tefns, 
me in-douze avec les Planches fepar ces , & l'autre in-quarto avec les Vlan'- 
che s renfermées dans le livre même. 

Ceux qui voudront ranger à part les colleélions des Planches dans des 
porte-feuilles , pour mettre en ordre les claffes des diverfes efpéces d'ani- 
maux , de plantes , & d'infeBes , ù'c. ainft qu'ils jugeront à-propos , pour- 
ront fuivre la petite édition. Le prix de chaque Brochure in-douze fera ds 
1 Izv. 4./ Celui de chaque Planche féparèe de . . , ,1. liv. 

Les perfonnes au contraire , qui voudrofit avoir l'œuvre complette , & 
relier les Planches dans le livre ,àmeftire que les volumes paraîtront , fui- 
vront la préfente édition in-quarto i dont les parties fc-rmt toujours ornées 
de 2. 3. & fouvent de 4. Planches. Le prix d^ la Brochure in-quarf) 
avec toutes les Planches quelle pourra contenir, fera de 4,. liv. 4. f 

Les Libraires des Provinces & des Païs étrangers pourront s'adreffer à 
M. Gautier, Auteur de ces Ohfervations (rue de la Harpe ) pour avoir les 
fuites defes ouvrages ; & les perfonnes qui voudront avoir les prefentes 
Broc fuir es ^ à Paris , le jour même de leur difîrihution _, avec les premières 
épreuves des Planches colorées, en payeront douze d' avance â M. Gautier; 
ou à M. Deiaguette, qui leur fourniront le billet imprimé, fignè de l'Au- 
teur. 

N. B. // ny aura que ftx Brochures in-douze & in-quarto cette année 
17^2. à cmfe des Planches Anatomiques que l'Auteur diftribuera , & ' 
four lef quelles il ejl engagé avec le Public. 

On offre aux amateurs d'Hifloire Naturelle, de Phyfique & de Pein- 
ture , réftdans à Paris , dans les Provinces , ou dans les Pais étrangers, ~ 
qui auront des Découvertes & des Ohfervations fur ces matières & fur les 
fecrcts des Arts , dont ils voudront faire part au Public, & qui dé ftrer amp- 
les inférer dans cet Ouvrage , de recevoir leurs Dijertations , de les faire 
tmpnmer en leurs noms, & de graver & joindre à leurs Obfervations^ les 
Flanches en noir &■ en couleur, gratis ^ pourvu qu'ils affranchiffent les 
ports des Facquets ; qu'ils les addrejfent à M. Gautier, & quil n'jaiî- 
rfen-de pillé ^ ni contre les bonnes mœurs, dans leurs Ecrits, ^ 



AVIS AUX PHYSICIENS. 

TV T Ous ne donnerons plus rien contre les Newiontens dans lip 
j_ V cours de cette année. '^ Cette Brochure &■ la JhivAnte con- 
tiennent des rcponfes affez, étendues aux ohjeclions & aux Acfenjei 
de ces Philifophes. Le Public doit être affuré au contraire , que l'on 
traitera toute autre matière dans les autres Parties que l'on fevropofe 
de donner en 1751. 

On trouvera dans la préjènte Edition in-quarto , de cette Partie, 
quelques nouvelles Remarques concernant U Théorie du mouvement 
■0* du parallaxe de la Lune. ( Voyez l'article de Phyfique.) Ces 
Réflexions manquent dans l'imprejjion de Lin-douz,e de cette Partie, 
Les ohfer'vations que l'on ajoute iciJonttrés-eJJèntielles0"Jatisfcfont 
les Amateurs d'AJîronomie. 

Ceux qui voudront critiquer ces remarques auront la bonté de 
voir auparavant ce que l'Auteur dis ici fur cette matière. 

* Le nouveau Syftême de l'Univers en deux Volumes in-douze , avec plufieurs 
Planches , &c la critique des prétendues découvertes de Newton , par M. Gaiitkr , ie 
tr.ouve préfentement chez M, Delaguette , rue S. Jaccjues , à l'Olivier. 



A FFROBATION. 

'Ai là, par ordre de Monfeigneur le Chancelier , un Livre qui a 
^ pour titre : Obfcrv^tions fur l HiJIoire Nnîurèlle ,fi'.r la Fhyfiqtie _, & 
fur la Peinture; ôc il m'a paru que la publication de cet Ouvrage pour- 
xoît erre , à plufieurs égards, utile ôc agréable au Public. A Paris le 4 
Odobre 1751. 

Philippe de Prétot. 



PRIVILEGE DU ROY, 

LOUIS , par la grâce de Dieu , Roi de France & de Navarre : A nos ^més & 
féaux Confeillers , les Gens tenant nos Cours de Parlement , Maîtres des 
Requêtes ordinaires de notre Hôtel , Grand Confeil , Prévôt de Paris , Baillifs , 
Sénéchaux , leurs Licutenans Civils , &; autres nos Ji^fticiers qu'il appartiendra j 
Salut : Notre bien amé !e Sieur Gautier, Nûus a fait expofer qu'il défire- 
roit faire imprimer & donner au Public un Ouvrage qui a pour titre : Obfeiyations 
fur l'HiJhire Ndtwelk , fur la Piiyfique £7* fur la Peinture , avec des Planches colorées. 
S'il nous plaifoit lui accorder nos Lettres de Privilège pour ce néceiTaires : A ces 
Causes , voulant favorablement traiter l'Expofant, Nous lui avons permis & per- 
mettons , par ces Préfentes , de faire imprimer ledit Ouvrage en un ou plufieurs vo- 
lumes , & autant de fois que bon lui femblera , & de le faire vendre , oc débirer par 
tout notre Royaume , pendant le tems de fix années confécutives , à compter du 
jour de la date des Préfentes 5 faifons défenfes à tous Imprimeurs , Libraires & 
autres perfonnes de quelque qualité & condition qu'elles foient , d'en introduire 
d'impreffion étrangère dans aucun lieu de notre obéilfance : comme auffi d'imprimer 
Se faire imprimer, vendre, faire vendre , débiter ni contrefaire ledit Ouvrage , ni 
d'en faire aucuns Extraits , fous quelque prétexte que ce foit d'augmentation , cor- 
redlioîi , changement ou autres, fans la permiffion expreflfe & par écrit dudit Ex- 
pofant , ou de ceux qui auront droit de lui ; à peine de confifcation des Exemplaires 
contrefaits , de trois mille livres d'amende contre chacun des contrevenans , dont 
un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris , Tautre tiers audit Expofant , 
ou à celui qui aura droit de lui , & de tous dépens , dommages & intérêts • à la 
charge que ces Préfentes feront enregiflrées tout au long fur le Regiflre de la Com- 
munauté des Imprimeurs & Libraires de Paris , dans trois mois de la date d'icelles 
que l'impreffion dudit Ouvrage fera faite dans notre Royaume, & non ailleurs^ en 
bon papier & beaux caraftéres , conformément à la feuille imprimée attachée pour 
modèle fous le contre-fcel des Préfentes , que l'Impétrant fe conformera en tout 
aux Réglemens de la Librairie , èc notamment à celui du 10 Avril ij2j. qu'a- 



\^.nt que de les ey.pofer en vente , le Manufcrît ou Imprimé , qui aura fervi de copie 
à l'impreflion dudit Ouvrage , fera remis dans le même état où rapprokiiion y aura 
été donnée , es mains de notre trcs^her & féal Chevalier Chancel!4;r de France , 
le Sieur Delamoignon , & qu'il en fera enfuire remis deux Exemplaires de cha- 
cun dans notre Bibliothèque publique , un dans celle de notre CLâteau du Lou- 
vre , un dans celle de notre très-cher & féal Chevalier Chancelier de France le Sieur 
Delamoignon , & un dans celle de notre très-cher & féal Chevalier Garde des 
Sceaux de France ^ le Sieur de ]\îachault , Commandeur de nos Ordres. Le tout 
à peine de nullité des Préfentes. Du contenu desquelles vous mandons & enjoignons 
de faire jouir TExpcfant, oufes ayans caufe , pleinement & paifiblcment- , fans fouf- 
frir qu'il leur foit fait aucun trouble ou. empêchement. Voulons que la copie deC- 
dites Préfentes , qui fera imprimée tout au long au commencement ou à la fin dudit 
Ouvrage , foit tenue pour dîiement fignifiée , & qu'aux copies collationnées par l'un 
de nos amés & féaux Confeilkrs & Secrétaires , foi foit ajoutée comme à l'original. 
Commandons au premier notre lïàiflîer ou Sergent , fur ce requis Si. néceflaires , de 
faire pour l'exécution d'icelles tous Aftes ntccflaires, fans demander autre permifîîon , 
& nonobllant clameur de Haro , Charte Normande , & Lettres à ce contraires : Car 
teleft notre plaifir. Donné à Verfailles le huitième jour du mois d'Odobre l'an de 
grâce mil fept cent cinquante-un , & de notre Régne , le trente-fixiéme. PAR LE 
ROJ EN SON CONSEIL , Sainson, , 

RegiJîréfuT le Regijîre XTÎ. de la Chambre Royale des Libraires & Imprimeurs de Pa- 
ris j A^^. 6 62. fol. 5-17. conformément au Règlement de 1752. qui fait défmfes Jrt. 4. 
à toutes perfonnes ^ de quelque qualité qu^elles foient , autre que les Libraires fr Impri- 
meurs, de vendre , débiter ^ faire afficher aucuns Livres pour les vendre en leurs noms , 
foit qu'ils s'en difent les Auteurs ou autrement ; &- à la charge de fournir à la fufdite 
Chambre neuf Exemplaires prefcrits par l'Art. 108. du même Règlement, A Paris ce 26 

OBobre ijju. 

Signe , LE GRAS , Syndic, - 










m îi J g^i^ II! ^^<^^^^c^'^ Il Tj^p \ ij 



PLAN DE L'OUVRAGE. 



"ïîifi^fHlE Speflacle de la Nature eft un Livre inëpuifable, ôc malgré 






tout ce qu'en ont dit les plus fameux Phyficiens, il nous offre 

,, encoretouslesjoursdenouvellesmatiéresàobferverôcdenou- 

\tt/i:±4^:^M velles découvertes à faire. Dans les parties même de l'Hiff oirc 

Sfaturelle,queroncroyoitdéjaconnoître, qui ont été traitées par divers 

Auteurs , & qu'ils ont données comme des vérités , inconteftabies , 

une feule expérience les a fouvent détruites. Sans vouloir entrer ici 

dans une foule de preuves que j'en pourrois rapporter , ne me fulfit-il 

fias de m'autorifer de la démonflration que j'ai donnée depuis peu fur 
a Génération animale? N'ai-je pas fait voir par des faits certains _, &à 
la portée de tout le monde , que la Génération fe faîfoit par les mâles 
de chaque efpéce, {a) & que le Fœtus humain fort tout formé dans la 
femence, non pas comme le prétendoit Hartfocker & Lezuenoek, parmi 
une Légion de vermicules , mais feul , bien configuré, d'une forme flui- 
de, de couleur blanche ôc facile à appercevoir dans un verre d'eau fraî- 
che, fans le fecours des lentilles _, ni des microfcopes , à la feule vue. 
Combien de rêveries ne nous avoit-on pas contées fur les œufs conte- 
nus les uns dans les autres , à l'infini , dans les prétendus ovaires de la 
femelle ! effigies ridicules , que jamais homme n'a apperçu que par ima- 
gination. 

Cet exemple feul fuffit pour faire connoître que l'on peut tou- 
jours découvrir quelque chofe de nouveau dans une fcience infinie , 
qu'on a cependant voulu traiter en neuf volumes in- 12. {b) Je dis au 
contraire , qu'après avoir travaillé plufieurs années , & avoir donné 
beaucoup de Volumes, comme je me propofede faire, avec une fuite 
immenfe de Planches colorées , je n'aurai fait au bout de ce tems j 

(a) Voyez la première Obfervation de cette Brochure. 
ib) M. l'Abbé Pluche, 



PLAN DE L'OUVRAG E.. 

qu"ef?leurer la maticrc , ainfi qu'ont fait tons les autres. Je crois que mai 
ilncérké, bien loin de déplaire aux Amateurs, leurfsia feulement con- 
noître , que je ne veux pas abufer le Public, ôc lui promettre ce que je 
ne pourrois tenir. 

Jufqu'à préfent, en s'ctoit contenté d'exécuter les fujets de l'Hifîoire 
Naturelle en ncir : mais n' cft-il pas ridicule de vouloir repréfenter en 
noir uns Rofe, une Plante, une Coquille, un Papillon, un Oifeau, un 
quadrrpede; enfin tout ce que la vue nous offre d'agréable dans la Na- 
ture ? C'cl't à quoi la fimple Gravure eft bornée ; il n'appartient qu'à 
l'Art des Planches imprimées en couleur, de remédier à ce défaut , & 
d'imiter exaclement la Nature dans toure la variété des couleurs écla» 
tantes, dont elle orne la Terre & les Cieux. 

Les Obfervaticns de Phyfique ôc de Peinture , loin d'être nuifibles à 
la partie proprement dite Hijioire Naturelle , en font au contraire des 
branches inféparables. Le Naturalise ofe avec intrépidité s'élever 
quelquefois juiqu'aux Aftres , de-là il defcend fans crainte dans la com- 
pcfition ôc déccmpofition des corps fjbl naires , 6c il ne manque point 
de s'arrêter avec complaifance fur les Peintures, qui lui repréfentent fon' 
principal objet; iln'eft donc pas étrange déparier dans un même Traité,, 
des Sciences que l'on a comprifes fous un même nom; car Fhyjique , ôc 
î-lijîoire Naturelle , font des termes fynonimcs : Peinture veut dire la 
mêmechofe; l'une ôc l'autre n'ont pour but que de décrire, ou de repré- 
fenter la nature 8Z tous les Phénon'jènes. 

Le plan de ce Livre offre donc aux Amateurs de quoi fatisfaire leur 
Guriofité fur la Science ôc fur l'Art le plus noble ôc le plus agréable. 
La variété qu'il y aura , en traitant les trois articles qui coiiipoferont. 
chaque Volume, tantôt par un objet ; tantôt par un autre, engagera 
le Le(5lcur à ne pas fe rebuter fur la quantité des matières , que cette 
étude nous préfente. Et celui, qui , fans s effrayer de leur abondance ,, 
defire de multiplier les objets , ôc de les voir fous un certain ordte , 
pourrafe fatisfaire également; j'auraifur-toutattention d'offrir d'abordles 
Obfervaticns les plus intéreffantes, ôc celles qui rouleront furies matiè- 
res que le Public marquera défirer de voir plutôt traitées. Je n'oublie- 
rai rien, en un mot, pour remplir ces deux grands objets , intéreflerôc 
rimufer, ôc pour joindre , félon le précepte d'Horace , Utile dulcL. 



OBSERVATIONS. 




OBSERVATIONS 



PREMIE'-RE PARTIE- 



HISTOIPvE NATURELLE. 



" OBSERVATION PREMIERE- 

Découvertes fur la génération ^ contre /fi O v i p a r r s T e s & les 

V E R M I C U L I s T E s. {a) 



E toutes les queftions 
anatomiques , il n'y en 
3 peut-être pas qui aient 
été tant agitée?, que cel- 
les qui concernent la gé- 
nération , &: il n'y en a 



point afsûrément fur lefquellôsies Phyfi- 



(a) Je n'ai pu refufer aux Natiiraliftes de re- 
péter ici ma découverte fur la génération j 
4 laquelle je joints quelques nouvelles Re- 
Jnme 1751. Tom. L 1. Partt 




ciens foient moins d'accord. Te n'en (ê- 
rois pas furpris , fi les Anatomiftes n'a- 
voient jamais fait que raifonner. Le rai- 
fbnnement feul ne mené pas loin , ou da 
moins ne fait qu'égarer dans les matières, 
qui demandent à être vérifiées par les 
fens. Mais dans ces derniers fiécles^ où 

marques que je n'avois pas donné lorfque je 
la mis au jour : j'ai jugé à propos d'y .ijoutex 
aufiî la tÎLiure de la preanere Expérience. 
' ' B 



10 O B s E R V 

l'on a pris du goût pour les expériences , 
c]uantité de NaturaliRes en ont fait , & il 
n'y en a pab deux qui en ayent tiré les 
mêmes inductions. Ce feroit quelque 
chofe de bien ilngulier , s'il ne falloit , 
pour faidr le vrai dans cette affaire , que 
le fervir fimplement de fes yeux. & qu'il 
ne fut venu dans l 'efprit de perfonne de 
je faire. C'efl: pourtant une chofe que je 
fais plus que loupçonner. Je donnerai 
mes preuves, lorfque j'aurai expofé préa- 
lablement les femimens de ceux qui ont 
écrit avant moi fur cette matière. 

SejitTrcm des PLtlofophes les plus connus, 
tant Anciens que Mcdenies ^ fur la gé- 
nération animale. 

Selon Platon, ]es hommes ne font que 
des formes iirag'naLes de la faculté créa- 
trice ; & l'effence de toute génération 
conflftc dans l'unité d haimonie du nom- 
bre de troi- ; le iujet qui engendre, ce- 
lui dans lequel on enjjendre . & celui qui 
efi: engend'é. 11 ajoute , pour jetter plus 
de lumière ur ce^ l'ublimes notions, que 
la îucccffion de^ indi% idu^ efl: une image 
ftigitive de Véternité immuable de Iharmo- 
nie tiian^ulaire. C'eft lans doute la doc- 
trine de l'harmonie triangulaire , qui a 
fait fuppofer à un de les illuflres l'ra- 
duéleui s , que ce grand homme avoit 
quelque idée confufe de b 1 riniié. Par 
rapport à la génération , s'il y a entendu 
quelque chofe , ce n'efl: vraiiemblable- 
ment. non plus que confufement , ou il 
aura été bien aile de nous tn faire un 
ni) flére. 

Les idées à'Ar'fïote ( lib- de générât. ) 
ne vont pa? fe perdre de même dans 1 e- 
termté immuable. Il iè labat tout fimple- 
ment à la matière , & veut que le fcrtus 
foie formé , développé & nourri par le 
fang menftruel de la mère , après b jonc- 
tijn de ces mcnftrues avec la liqueur fe- 



A T I O N S 

minale du mâle , laquelle agit comme Càu- 
fe ou principe du mouvement génératif. 
Que le fœtus humain foit nourri de cette- 
liqueur , ce n'eft pas une queflion : 
mais qu'il en foit formé originairement, 
c'eft une opinion qui n'efl venue à aucun 
autre depuis Ariflote. D'ailleurs toutes 
les femelles d'animaux ont-elles une li- 
queur menftruelle .<* 

Hyppocrate ^ ayant obfervé habilement 
que les deux fexes pour l'ordinaire con- 
courent à la génération , en a infère , pour 
ne point faii e de jaloux , que les liqueurs 
mâle & femelle étoient toutes deux pro- 
lifiques , & que chacune étoic compofée 
de deux différentes parties , l'une forte & 
aftive , l'autre foible & moinsaâiive ; que 
lesplus fortej mêlées enfemble donnoient 
le mâle , & les plus foibles la femelle. Ap- 
paremment que la forte mêlée avec la foi- 
ble formoit l'hermaphrodite. Il n'a pas 
expliqué ce cas. 

Dej'c^rrcj ne donne h formation du £be- 
tut , nia l'une ni à l'autre de ces deux fe- 
mences, mais à la fermentation de toutes» 
deux réunies. 

Fahricio ab Aquapedente eft peut-être- 
le premier qui ait fait des obfervations fur 
la fécondation & le développement des 
œufs de poule , & le réfultat de fes re- 
cherches a été , que les cordons glandu- 
leux qui vont à travers le blanc fe joindre 
au jaune de l'œuf, étant fécondés par l'ef- 
pritlèminal du mâle, font les inllrumens- 
qui fervent à la fécondation du fœtus. 

^Idrovande fur la génération , eft à pea 
près Ariftotélicien. (Voyez Ion Orni- 
thologie. ) 

Farijunus a pius approché du but : il 
dit que la lemence du coq , ou du moins 
le point blanc qui eft au milieu de la ci- 
catricule de lœuf, efl la fubftance qui 
doit produire le poulet : c'èioir là tou- 
cher la véi ité du bouc du doigt. Qu'il eÛD 
dit que cette fubftance eft le poulet mê? 



6UR l'HiSTOI 
me , c'étoit jje crois , ratceindie tout-à- 
fait. 

auteurs Oviparijles. 

En Phyfique , on aime les Syftèmes 
généraux ; & s'il y en avoit un qui Je fùc 
réellement , ce feroit en effet le bon. 
On voulut appliquer les découvertes 
faites fur les œufs à la génération desani- 
maux vivipares. Stenon pour cet effet leur 
fuppofa des ovaires , & fut , pour ainli 
dire , le Chef des Oviparijles, 

Graaf voulut s'approprier cette dé- 
rouverte : mais fans entrer dans la dikuf- 
(îon du fait , il s'enfuit au moins de cette 
conteftation , que Graaf fuppofoit , cora- 
oie Stenon . des ovaires aux vivipares. 

Jiarvey , de fa pure grâce , donne aufîî 
des œuÈ à toutes les femelles , ne diflin- 
guant les animaux ovipares d'avec les vi- 
vipares , que par la manière différente 
dont les fœtus des uns & des autres pren- 
nent leur accroiflement. La génération 
de ces œufs , félon Harvey , eft l'ouvrage 
de la Matrice , qui ne conçoit que par 
une efpéce de contagion , que la liqueur 
du mâle lui communique; & pour don- 
ner une idée précife de cette mécliani- 
que , il dit que la Matrice conçoit le fœ- 
tus , comme le cerveau conçoit les idées. 
Sans doute , il écrivoit pour des gens qui 
fçavoienc déjà comment fe forment les 
idées. 

^err/ieyenfuivltlamême doftrine^avec 
cette différence pourtant , qu'il exigeoit 
pour la formation du fœtus ^ fintromif- 
fion de la lemence du mâle au fond de la 
Matrice , & ne fe contentoit pas de la 
contagion d'Harvey. Cette contagion en 
effet expofoit à trop d'accidens la pudi- 
cité des vierges. 

Guillaume Langly étoit auflî Oviparifle. 
On a de lui des Obfervations dans le goût 
de celles d'Harvey. 

Jofeph de Aromatarus2 obfervé le pre- 



R E Naturelle. lî 

mier , que le poulet eft tout formé dans 
l'œuf avant l'incubation. 

Malpighi en eft auffi convaincu : il re- 
marque que le point blanc , qui félon 
Harvey devient le point animé , n'eft 
qu'une petite bule qui contient l'embrion, 
& que fes ébauches çaroifl'ent de plus en 
plus . à mefure qu'elles fe développent , 
au lieu qu'on ne trouve rien de lembla- 
bie dans les œufs des poules , qui n'ont 
pas reçu le coq. Il y avoit grande appa- 
rence que c'étoit le coq qui avoit intro- 
duit le poulet dans l'œuf Cependant 
Malpighi n'a pas tiré cette conféquence 
de Tes Obfervations. Il croyoit que le 
fœtus étoit préexiftent dans l'œuf, & s'i- 
maginoit l'y avoir vu avant que le co(j 
eût fait Ion opération. 

Valifniery a fait de nouvelles décou- 
vertes, mais dont il n'a pas profité. Il 
prouve par fes Obfervations , que les tes- 
ticules des femelles ne font pas des œufs ; 
qu'ils ne font que les réfervoirs de la lym- 
phe de la liqueur , qui doit contribuer à 
la génération ; & cependant il conclue 
que l'ouvrage de la génération fe fait dans 
les tefticules des femelles ; il croit aux 
ovaires fans en avoir jamais vu , & ne pen- 
fe pas , non plus qu'Harvey , qu'il foit nc- 
ceffairequela femence mâle entre jufques 
dans la Matrice pour féconder l'œuf. 

Nuck allègue des expérience en faveur 
des ovaires. 

M. Duverney étoit auffî oviparifte , & 
c'a été un fentiment nés à la mode parmi 
les Anatomiftes. Ce fut M. Mery qui y 
porta les plus rudes coups. 

Auteurs Vermlculijîes. 

Hartfocker Se Lewenoek ont été les Au- 
teurs de la Sede des Vermiculiftes , c'eft- 
à-dire , de ceux qui ont vu , ou ciu voir 
dans la lemence des mâles , des animaux 
femblables à des vers. 
Andry, Valifniery, Bourguet & pIufieuM 

Bij 



Î2 O B S E R V 

Auteurs , ont cru y en voir audî. 

Dalempatuis y a vu des elpéces de tê- 
tards , qui quittant leurs enveloppes , de- 
venoient très-diftiiidement des figures 
humaines. 

Et ces vers ou retards , les Vermicu- 
]iftes ruppofoient que c"croiciit des pe- 
tits hommes , ou des fcetus ébauches. 

Quelques Vermiculiftes qui n'ctoient 
pas bien revenus du fiftéme des ceufs » 
pour unir les deux fe 5tes , prétendoicnt 
<jue fur un million d'animauxqui nagene 
dans la fem-'nce , il n'y en a qu'un ou 
deux, & bien rarement trois^ qui par- 
viennent à être des foetus décidés , & que 
tous les autres pcriffent , fuue de pouvoir 
enfiler l'endroit de la pellicule , par où ils 
peuvent fe loger dans l'oeuf; cette ouver-* 
ture fe refermant par une foupape , des 
c[u'il s'y en eft introduit un. 

Autres Syjlhms plus reçus. 

L'Auteur de la Venus phyfîque exige- 
la réunion des femences proliliques de 
l'homme & de la femme . Se admet , ce. 
qu'on peut appeller , les fupeifluités de. 
CCS liqueurs. 

M. de Bujfon s'eft attaché en grande- 
partie au fyfteme d'Hyppocrate j il don- 
ne également au mâle & à la femelle des . 
liqueurs feminales , qui conciennent cha- 
cune des moiecidcs organiques , de la réu- 
nion defquelles fe fjrme un nouvel ani- 
mal. 

Reflexions fommairesfur les divers fentimens 
des Auteurs . que je viens de citer. 

Je demande d'abord aux Auteurs qui 
partagent la génération entre le mâle Ôc 
la femelle , fur qael fondement ils fup- 
pofent que la femence du màie ait befoin 
pour être fécondée de la coopéiation 
d'un fuc ctnmgcr , d'une liqueur froide , 
telle que celle que rend la femelle dans 
le coït , taudis qu'elle trouve dans ioa 



A T I o N s 

propre réfervoir des matières plus chau- 
des & plus lubtiles ? 

Je leur demande rnfuite , pourquoi fî-= 
la coopération de la feme!lc efi ncceffaire 
pour la formation du fœtus, y a-t'il des 
animaux qui engendrent fans femelle f' 
Faut- il donc adopter deux fortes de gé- 
nérations ? Et pourquoi multiplier fans 
nécellîtc les loix de la Nature , & en fup- 
pofer deux, oii une feule fuffit pour tous 
les cas ? 

Par rapport aux Oviparilîes , je trouve" 
bien dur à digérer une conféquence de 
leur fyftême , qui efl: ia nécellîte d'admet- 
tre une progreflîon décroiflante à l'infi- 
ni , d'oeufs contenus les uns dans les au-:' 
ties. 

Joignez que ces ceufs font des matié-- 
res froides ik lans vie dans les ovipares ,. 
& qu'ils n'ont jamais éxiflé dans les vir 
vipares. 

La preuve qu'on prétend tirer en faveur ' 
de léxiftence des œufs dans les animaux^ 
vivipares , des fœtus trouvés dans le ba$> 
ventre, ou dans les trompes, en admettant ' 
même les faits , ne me parou pas con- • 
cluante, puifqu'il efl: rrès-po(Tible que la-» 
femence du mâle fe foit introduite dans' 
ces trompes en conféquence de leur dila-' 
ration , & qu'elle y féjourne , ou qu elle •■ 
tombe dans le bas ventre par le morceau ■ 
frangé ou le pavillon. Ce n'eit donc pas; 
dans ce cas que le fœtus loit defcendu ' 
des ovaires , c'eft plutôt qu'il a remonté - 
dans les trompes. 

Car fi cela étoit, pourquoi n'en au- 
roit-on jamais trouvé dans les ovaires - 
laêmes ? 

Ojv trouvera une réfutation complette ' 
dufvftémedesOvipariftes dans l'Ouvra-;' ■ 
ge de M. de Bufton. 

Les Vermiculijhs ne font pas mieuK 
fondés ; car outre que le fait dé ces ani- 
malcules nageans dans la femence , ne- 
fiie paroît que foiblement çonftaté^ q_ui. 



SUR l' H 1 S T O I R 
d'entre les Phyficiens Vermiculiûes , eft 
en état au moins d'aisûrer , que ces ani- 
malcules exiftoienc dans l'animal même s 
avant lemillîon de la femence hors de 
corps j ôi qu'ils ne s'y font pas formés 
depuis , par la corruption qu'aura con- 
tra(Sé la liqueur leminale , ainfi qu'il s'en 
trouve dans le vinaigre , qui n'éxiftoient 
pas dans le vin ; ou comme on en voit 
fourmiller dans une eau putréfiée , qui 
n'éxiftoientpas avant la putrctadion ? Je 
voudrais pour avérer leur éxiftence , que 
les corps fuflent tranfparens , 5c qu'on y 
pût voir la femence dans ion réiervoir 
même. Sans cela , je ferai toujours en 
droit de douter , ou qu'il y ait des vers 
dans la femence, ou du moins que ces 
vers foient de petits hommes , car la vi- 
vacité & le frétillement que les Vermi- 
culiAes leur fuppofenc , ne s'accordent 
^^uéres avec la péfanteur & la tranquillité 
ordinaire à un tcctus. Or , eft-il railonna- 
ble d'imaginer que ces petits embrions, 
à mefure qu'ils acauereroient une confor- 
mation plus finie , par l'schevement de 
Jeur organifation , percliiTent de leur vi- 
gueur i^: de leur agilité ? 

ConjeBure fur la formation du fœtus. 

Pour mol , voici tout fîmplement 
quelle efl: ma conjedure lur la formatiorï 
du fœtus. Je crois qu'il eft produit fous 
une forme fluide , dans lesvéficulesfemi- 
nales du mâle , par le concours du iang 
purifié par les tefticules. Se par celui des 
elpiits, qui fè viennent rendre dans ces 
mêmes véficules , par une méchanique 
fembfable à celle qui a concouru à l'ac- 
croiifemenr des parties de l'animal père. 
Ainfi que dans ces fortes d'infeétes qui 
multiplient (ans femelle, tels que les po- 
lipes , les pucerons ^ bec. avec cette difté^ 
rence.qu'au lieu que les petits de ces inlèc- 
tes tirent leur nourriture & leur accroif- 
i«menï de h teïre niéme , ou des plantes 



E Naturelle. . t^ 

qui leur fervent comme de placenta ^ 
les fœtus humains, 5c ceux des autres ani- 
maux , font dépotés dans la matrice d'u- 
ne femelle, pour y prendrenourriture.ô: 
y croître. 

Pour faire cette tranfmigration , il fort 
extrêmement débile d<: même fluide des 
veficulcs feminales par le verumonra- 
num , & il eft lancé le long de Turethie 
dans la matrice de la femelle. 

Voilà donc, dans ma fuppofition , unà 
forte d'accouc'.iement de la parc du 
mâle ; il y a eu même nutrition pendant 
quelques iniians par la liqueur qui foic 
de fes proftnces , laquelle fert aulîi aiï 
moment de l'cmilTion du fœtus , mol Se 
débile comme il ell; , à le conferver dans 
fon intégrité par l'enveloppe qu'elle kj 
fournit en fentourant. 

Arrivé dans la matrice, il y eft d'abord 
nourri de la femence de la lemeile , qui 
n'ed: qu'une ligueur ténue , préparée da 
la lymphe par les véficules imparfaites , 
enfui'e par le fang menftruel , pendant 
le refte du féjonr qu'iHait dans la ma- 
trice , puis par le lait , après l'accouche- 
ment de la mère. 

Cette première nutrition qu'il reçoit da 
la femence de la femme, lui donne le tems 
d'attendre pour le nourrir du fan^ menf-' 
truel , que les vaifleaux umbil eaux qur 
doivent le lui tranfmettre, ayent jet;é des 
racines dans la matrice. Ce feroit par 
Gonféquent un vice dans la femme , ca- 
pable d'em pêcher la génération , fi lar 
femme n'étoit pas conditionnée comme 
il faut, pour fournir la nourriture au fœ- 
tus qu'elle reçoit. 

Il eft à remarquer en confirmation dg.' 
ma conjecture , qu'on trouve dans tous 
les animaux mâles deux fortes de lemen-' 
ce^, luneclaire 5c tranfparente , qui vrai- 
femblablement n'efl point la liqueur gé-- 
néiati ice , & une autre plus cuite & plus- 
liée, dans laquelle on diftingue facile-- 



14 O B s E R 

mentlcfoL'tuscnyraifant attention. Dans 
un jet de matieic feminale humaine , on 
ne dirtinguc qu'un fœtus & quelquefois 
deux ; mais dans les quadrupodea , qui 
font d'une plus grande léconJi'.é , on en 
dillingua pluiisurs qui nagent dans une 
liqueur chire & gluante que les proQates 
fournilîent. Que li la fenience eft rom- 
pue , on n'y trouve poini de germe , du 
moins entier , mais feulement quelques 
portions imparfaites. 

Les ovipaies ■ tels que font les oifeaux 
& les ferpcns femelles , qui n'ont pas de 
matrice convenable pourconferver long- 
tems le fœtus, ont en place des placenta 
pour la nourriture du tœtus que le mâle 
leur fournit ; ce font ces placenta qui for- 
ment ce qu'on appelle , dans les temeiles 
tie ces animaux , la grappe de raifin ; & 
une même matière gluireule qui enduit 
les œufs , enveloppe aullî les fœtus qui 
s'y fjnt attachés. 

Pour les poilTons, ils n'ont befoîn que 
de jetter les tœtus qu'ils contiennent , 
dans l'inftant que la femellejettefes œufs, 
& attendu la grande quantité qu'elle en 
icpand , il y en a toujours qui rencon- 
trent les fœtus & les reijoivenc. 

Dans mes principes , je n'ai point de 
peine à expliquer la formation des monf- 
tres , foit par excès ou par défaut : elle 
s'efl; faite dans les vélicules féminales du 
mile , foit par la concrétion des deux tœ- 
cus , qui Ce font confondus enfemble ( ce 
qui étoit fort facile , la fubflance de ces 
fœtus étant; alors fi molle & fi débile ) 
foit par la mutilation du tœtus dans Je 
même tems , chofc aulfi facile par la mê- 
me raifon. 

Rien n'empêchera non plus que la mè- 
re qui reçoit le fœtus dans un état de mol- 
LlTc, fufccptiblc de toutes les impreflîons 
extérieures , n'y puiffe aulli imprimer 
quelque marque , tache ou défaut par le 
mouvement déréglé du fang , ou des ef- 



V A T I O N s 

prits animaux , de quelque caufe que ce 
dérèglement provienne. 

La relfemblance qu'a fouvent l'enfant, 
foit avec le père ou la mère , n'a rien qui 
contredifc notre opinion , & n'ell pas du 
moins plus difficile à expliquer dans nos 
principes , que dans toute autie hy potèfe. 

La génération des mulets vient elle- 
même à l'appui de notre fentiment. Ces 
animaux nés d'un âne &: d'une cavale , 
tiennent du père ce qu'ils ont de princi- 
pal & d'elTentiel dans la configuration , 
la tête , les oreilles , la croupe , la queue. 
Ils n'ont guéres de leur mère que la grof- 
feur & le poil. Ce font proprement de 
gros ânes vêtus de poils de cheval , encore 
ont- ils fous le ventre quelques-uns des 
longs poils du peie. 

Si l'on demande pourquoi les mulets 
n'engendre pas Je réponds, i°. Que cette 
quertion n'eft pas particulière à mon fyf- 
téme; 2 \ Qu'on pourroit citer des exem- 
ples de mulets qui ont engendré , & qu'il 
y a journellement des oifeaux nés d'ef- 
péces mêlées , qui ne lai fient pas d'en- 
gendrer àleurtour. On en pourroit dire 
autant des chiens. 3;°. Qu'il y aapparcnce 
que ce vice provient de la nourriture 
étrangère qu'a eu dans la matrice de la 
mère un animal , qui dans fon origine 
étoit tait pour être un âne. Cette diffé- 
rence de nourriture a bien pu mettre de 
la diflerence dans fa grofleur & fon poil. 
Pourquoi ne pourroit-il pas aulfi altérer 
fa faculté génératrice ? 

Ainii les générations des diverfes ef- 
péces d'animaux , & même les phéno- 
mènes en cette matière , s'expliquent fort 
bien avec le fyftême que nous propolbns, 
qui même a cet avantage particulier fur 
tout autre , que les oblèrvations & ex- 
périences faites par tous les Naturalifi:es, 
qui ont adopté d'autres hypotèl'es , s'ac- 
cordent aulîî parfaitement avec la nôtre, 
que s'ils les eullen: faites dans la vue de 



Sur l'Hisioir 
la confirmer. 

D'après l'exemple d'Hartfoeker , qui 
s'avifa ( nous dit l'Auteur de la Venus 
phyfique ) d'examiner au microjcop: cette 
liqueur , qui riejl pas u ordinaire L'objet des 
yeux attentifs & tranquilles; je rapporterai 
ici une obfei vation la plui concluante, 
qui le puille pour mon fyfiémc , faite 
par un Phylicien plus moderne , de lé- 
xaâitude & de la fidélité duquel je puis 
répondre. J'en demande pardon aux 1 .ec- 
teurs délicats : mais il n'ell: pas poiribie 
de me priver,par la même dé!icateile,d'u- 
ne preuve qui tranche laqueRion donc il 
s'agit , de la manière la plus complète & 
la plus décifive ; que la curiofité de mon 
Phyficien fiât répréhenfible ou non , c'eft 
ce que je n'examine point. Voici le fait , 
donc je ne fuij pas l'Apologille , mais 
i'Hiftorien. 

Il reçue de îa fémence humaine dans de 
Peau claire ë: froide , au fo.cir du canal 
de l'urethre ,dans laquelle il vit très-dif- 
tinâemenc , même lans lefetours de ver- 
res , un fœtus blanc , de matière opaque 
& fluide , dont la tète écoic d'un tiers 
plus forte que le refte du corps; il pen- 
doit aux quatre extrémités du tronc qua- 
tre filets , qui formoient les bras H. les 
jim.bes. Toute la diftérence de ce petit 
fœtus d'avec un embryon , qui eue lé- 
journé dans une matrice, c'efi' que la tête 
étoit au moins d'un tiers plus torte que 
le corps 1 & c'eft fans doure cette difpro- 
po tion c]ui aura empêché les autres Ob- 
fervaieurs , qui ont fait la même expé- 
rience que mon Phyficien, d') faire aulïï 
la même découverte. Ib auront piis la tè- 
te du fœtus pour un amas deniariére plus 
épaiffe & f lus cuite que le refte de la 
fëmence , & les bras , les jambes & le 
corps pour des parties de la même ma- 
tière prolongées en fil , à caulè de leur 
■vifcofi-.é. A'iais les yeux feuls fuffilent 
pour convaincre un Ipectiieur attentif, 



eNaturelle. 17 

que ces malfes viîqueufes & blancl-âtres 
lonc de vrais fœ:us , & les verres mon- 
trant leurs parties plus en détail , ne bif- 
fent pas le moindre doute. 

Le même Obfervateura fait une expé- 
rience femblable lur des quadrupèdes. 
Mais aucun de ces animaux ne lui a laide 
voir un fœtus plus diftinèl , qu'un âne qui 
kiila tomber fa femence dans un vafe plein 
d'eau. Il y vit le petit ânon formé d'une 
matière jaunâtre, épaiffe & fluide ; il y 
dilcernoit aifément une tète fort grofle , 
le tronc, les quatre pattes & la queue : 
le tout nageant dans un liquida tranfpa- 
rent &i. verdâtre- 

JMon Phyficien a fait une troifiéme ex- 
périence , que chacun peut , s'il le veut , 
réj éter après lui. Il a ouvert une poule 
immédiatement après l'approche du coq. 
U y a diftingué dès-lors le poulet tout 
formé d'une matière blanche & fluide , 
ayant unegrofie tête, & le refte du corps 
très-petit a proportion , le tout arraché 
fur le jaune de l'œuf, & entouré dun 
peu de matière gluante & tranfparente. 

Si de pareils faits , joints aux principes 
que nous avons établis , ne convainquent 
pas invinciblement , que le père feul dans 
tous les anim.iux fournit le fœ:us tout 
formés , & que les matrices des femelles 
ne font que des réceptacles , où ces fœ- 
tus font dépofés pour y prendre leur 
nourriture & leur accroiflement , j'avoue 
que je n'ai pas d'argumcns plus forts à 
prélenter. Mais je doute que les Adver- 
iaires de mon fyfteme en a)enc d'aulïï 
forts à y oppofer. 

Au refle , loin que ce fyftème ait rien de 
neuf on de révoltant , c'eft au contraire 
Celui de tour le genre humain , auquel û 
nemanquoit quedes raifons développées, 
tc dci pieuvei tirées de l'expérience. 

Les premiers Philolbphes, avant Platon, 
prérendoient que la femence de Vliommt 
renfermou feule toutes Us parties convena.'^. 



!<; O B s E R V 

bics à fermer un corps , 6c coniidérolenc 
les liqueurs cjuel.i matrice fournit au fœ- 
tus , comme les fucsde la terre à l'égarçl 
d'un arbre ou d'une plante. 

De tous les tems, & par toute la terre, 
les pères ont ué regardes comme les vé- 
ritables pvo-çrcateurs de leurs enfans ; 
cefl à eux cju'on fait tous les honneurs 
de la génération. 

Le langage même des faintes Ecritures 
t'ft conforme à cette doctrine. Il y eft 
toujours dit c]ue tel engendra tel autre , 
ôi jamais il n'efi dit des femmes qu'elles 
pyent engendré. Elles engendreroient 
pourtant en effet , fi elles fournidoient 
j^urt part dans la fubflance du fœtus. 
Que fçais-.je , fi ce n'eft pas fur cette 
.croyance univerfeile , qu'eft fondée la 
prééminence de notre iexe fur l'autre ; en 
fjarticulier dans notre France la difpofi- 
tion Salicjuc fur la facceffion de la Cou- 
ronne. Si ce n'eft pas pour les mêmes rai- 
ionsque les Anciens Romains aitribuoient 
^ux pères (ur leurs enfans un pouvoir 
prefque illimitée fous le titre de puif- 
fance paternelle , pouvoir dont ne Jouif- 
ibient pas les mères , qui ne pouvolenc 
pas exiger de ceux qu'elles avoient mis 
monde , que des refpefts & des déféren- 
ces ? 

EXP Lie ATI ON de la Planche A 
d'Anotomie, où ejî repréfemé le Fœtus hu- 
main. 

Cette figure d'embrlon , qui n'a ja- 
mais féjourné dans la matrice , a été def- 
finée d'après nature , à travers un verre 
plein d'eau dans lequel étoit tombé la 
î'emence. 

Figure I. 

L'embrion vu fans le fecours d'aucune 
Joupe & dans fa grandeur naturelle. 

A. La tête de l'embrion. B Le cor- 
don. C. Les jainbes. D. Les bras, E. Le 



A T I N.S 

verre qui contient l'eau dans la?^uellc;3 

nage. 

F I c U R E IL 

Le même fœtus vu avec une loupe. 

Je n''ai pu avoir les Dcffeins faits fur 
les fœtus des animaux , mon Ph\ liciea 
s'eft contenté de les obferver : mais je fe- 
iz.1 en forte de les joindre par la fuite à 
cette Difiertation. 



OBSERVATION IL 

Sur lin Hermaphrodite ^ actuellement v'ivarfi 
dam ïîjle de Corfe, 

L'H E R M A p H R o D 1 T B a été de 
tout tems l'objet des Obfervationj 
& desdifputes des Naturaliftes. 

C'eflpour en donner unejulle idée, 
& (uivre à cet égard , l'ufage ordinaire , 
que je commence par expliquer le nom 
d'Hermaphrodite , & par en déterminer 
l'étimologie qui vient des Grecs. Ce font 
eux qui l'ont compcfc de deux noms de 
leur Langue, afin d'exprimer en un feul 
mot le mélange ou la conjonélion de 
Mercure & de Venus , qu'ils ont crû avoir 
f réfidé à la naiCance de ce Sexe extraor- 
dinaire , carfijit que les Grecs ayentpuifc 
ces préventions dans les principes de 
l'Aftrolcgie judiciaire , ou de la Pliilo- 
fi^phie Hermétique , l'on doit convenir 
qu'ils ont ingénieufement imaginé par 
ces rapports qu'Hermaphrodite étoit fils 
de Mercure & de Venus : ils l'ont enfuite 
admis au nombre des Dieux , ayant pré- 
tendu que la Nymphe Salmacis , deve- 
nue éperduement amoureufe du jeune 
Hermaphrodite, avoit demandé aux Dieux 
de ne faire de leurs deux corps qu'un 
feul: elle obtint , félon eux , cette grâ- 
ce ; mais les Dieux y laifferent le Typa 
imprimé des deux fexes réunis. Nous 
pouvons inférer de cette Fable, que le» 

anciens 



< 



J 



m 








SUR l'H I S T O I R 
î«ncîens avoîent eu connoi(rance de l'u- 
•nion des deux fexes dans un mcme lu- 
jet , & que cette bizarrerie de la Nature 
«ft l'origine de la fiSion , citée par Ovi- 
de ^ Liv.lV. de fes Métamorpliofes. 

Ce prodige iîéanmoins paroit n'avoir 
pas été accueiUi favorablement de tous 
les anciens Naturaiiftes, puifquefuivant 
Je fentiment à'Alexanier ah Âlexandro , 
ce genre d'hommes, qui porte en foi le 
.fexe mafculin & féminin, a été misau 
rang des rr.onftres j on avoit coutume de 
Jes précipiter dans la mer à Athènes, Se 
dans îe Tybre à Rome. 

Plufieats Auteurs modernes , curieux 
de cet événement, ont rapporté ce qu'ils 
en ont vu , comm.c Gafpard Baiihin, Mé- 
decin à Bâle , qui en a fait un Traité ex- 
près , Ludovicus Bonaciot ^ TraBatu de 
Part. form. Chap. IX. Paul Zacharie , 
ç.Vct/?. Med, Légal. Tom. I. Lih. 7. §. 8. 
M. L'Ojfhagon ^ dans les nouvelles Litté- 
raires de la mer Baltique i 704. p. ic^. 
Traité des Hermaphrodites. Jac^ueiDu- 
val , Rouen j 171». /U/lmu/induideMonp 
tris , Crc. 

Mais malgré toutes ces recherches » il 
faut croirtî que la mauvaife & imparfaite 
conformation des parties qui fervent à la 
génération , les tefticules cachés dans le» 
hoinmes , 'àc le clitoris plus long qu'à 
l'ordinaire dans les femmes , peuvent 
avoir fait illuGon Se donné occafion à des 
remarques peu folides. 

On diftingue cependant en général 
quatre efpéceà d'Hermaphrodites, dont 
les trois premières n'ont que les fauffes 
apparences des deux fexes. Celle donc 
je vais parler.efl d'une de ces trois efpcces, 
& la mieux formée dans fon genre. 

La quatrième 'claiTe qui eft celle des 
Hermaphrodites parfaits ( s'il yen a ) fe 
réduit à un très-petit nombre,& par con- 
féquenttrès-rare : on prétend, fans raifon, 
f^x'û s'en ell vu qui ont eu des enfans de 
Année 1751. Tom. 1. 1. Part, 



E Naturelle. 17 

l'un & de l'autre fexe. Dansîe Droit Ro- 
main & dans le Droit François, il y a des 
peines prononcées contre 1 Hermaphro- 
dite qui u(e des deux fexes. 

Le ficur de Rennefort dit qu'à Surate ; 
r.u Mogol j il y a bea^jccup d'Herma- 
phrodites. OU! avec des habits de femmes 
portentle turban pour fe diftinguer , Se 
afin d'apprendre à tout le monde qu'ils 
ont deux lexes. 

C'efi: l'Hermaphrodite parfait dans les 
deux fcxcs que les Grecs ont nommé 
Â!'^po7 cV&'c , id eji , v'ir partiirkiis ^ vel vir 
gen'itrix ; nous avons adopté ce nom 
en Frmçois , & nous en avons for- 
mé celui à'Androgjm , pour défigner la 
double puiflance de l'Hermaphrodite 
parfait , à qui feul ce nom dévoie appar- 
tenir^ étant homme parfuit & capable de 
mettre des enfans au monde par le fe- 
cours du fexe féminin , c'eft ce qu'on n'a 
jamais vu. 

D:<ns les Dialogues de Platon , il y a 
une Fable des Androgynes. Ce Philofo- 
phe dit que certains hommes naquirent 
doubles avec les deux fexes ; que cetre 
duplicité de tous les membres leur ayant 
procure becccoup de force & de vi- 
gueur , ils pouffeient l'infolence jufqu'à 
déclarer la guerre aux Dieux ; que Ju- 
piter pour réprimer leur audace, parta- 
gea ces Androgynes en deux , enibrte 
pourtant qu'il eil toujours refté à ces 
deux moitiéb féparées une forre paffioa 
de fe réunir , & que de là vient l'amour 
réciproque des deux fexes. 

On peut conféquemment obferver que 
beaucoup d'ani-naux font,ainfi que les 
hommes , quelquefois pourvus de l'appa- 
rence des deux natures, & pour cette rai- 
fon nom.més Hermaphrodites. Dans hs 
Quaprupedes on trouve louvent des 
Hermaphrodites. 

On a p;é:endu mal-à -propos que les 
limaçons, les efcargots , les vers îk pki- 



it O B s E R 

fleurs autres infectes , qui engendrent 
fans femelles , le lont toas par leur propre 
nature. 

Voici la defcription de cet Herma- 
plirodite actuellement vivanr , qui m'a 
été remifc par M. le Chevalier Boyer , 
Doifteur Régent de la Faculté de Mé- 
decme , avec fii fij^ure deflînée & peinte 
d'après nature dans Tlfle de Corfe , que 
M. le Maïquis de Curfay .Commandant 
en Chef dans cette Ifle , lui a envoyée ; 
Je crois que les amateurs verront avec 
plaifir la delcription qui en a été faite 
fur le rapport des Chirurgiens du lieu» 

Defcription d'un Hermaphrodite vifité en 
confequence des ordres de M le Marquis 
de Curfay ^ Maréchal des Camps & Ar- 
mées du Roi , &- Commandant en Chef 
dans l'IJIe de Corfe ^ par nous Chirurgiens 
Aydes-Major des Hôpitaux- Militaires 
établis dans ladite Ifle, 

Maria No n z i a eft l'Hermaphro- 
dite dont nous parlons, née en 1695. 
au Village de Luvi , Province du Cap 
Corfe : elle a • té élevée en fille ; fes pa- 
rens, loir qu'ils ignoraffcnt fon état, ou 
qu'ils vouluflent qu'elle feignît de l'igno- 
rer , ( ce qui c^us paroit plus vraifem- 
blable ) la marièrent en iyi6. "Lépoux 
qu'on lui donna ne s'apperçut de rien , 
ou du moins li mourut (ans mot dire en 
lyij. Elle fe iem:.iiaen 1753. avec un 
jeune homme fort fmple, qui s'imagi- 
nant que toutes les femmes étoient éga- 
lement conformées ^ ne s'apperv^ut de 
l'état de la fienne , qu'après avoir eu en 
1739. un commerce avec fa Servante , 
de laquelle naquit un enfant. Le mari le 
pourvût en Juftice , f^ après les vifitcs 
ordinaires en pareil ..d.> .w.. ..lariage fut 
déclaré nul. 

Ce détail nous a paru ncceflaire avant 
d'entrer dans les obfervations auxquelles 
Qotre Examen a donné lieu , parce qu il 



V X T I O N S 

préviendra les queftlons qu^^n pourroic 
nous faire fur le tableau de l'Hermaphro- 
dite que nous commençons. 

Maria Non^ia , eft d'une complexion 
forte & robufte ; fa taille ordinaire , fo» 
vifage fec & barbu, lui rend la phifio- 
nomie mâle : elle a les mamelles comme 
les autres femmes , à la réferve que la 
circonférence des mamelons eft garnie 
de poil ; mais les autres parties que nous 
avons découvertes, la conftitucnt préci- 
fcment dans ce genre Hermaphrodite 
fous lequel nous l'avons annoncée dans 
le Préliminaire de cette defcription , & 
en l'examinant , nous aTons reconnut» 
conformément à la planche ci-jointe que 
nous avons fait tracer , que Maria Non* 
^ia eft revêtue de toutes les parties de la 
génération de l'homme ; mais nous avons 
obfervé que fa verge dont la racine eft 
environnée de poil , n'a que deux pou- 
ces de longueur. Le gland y eft à décou- 
vert , & arrêté par un filet qui retenant 
le membre viril , en interdit l'extenfion. 
Le C'nnal Ae i'nrpfrf y manque ; mais l'Ur 
rine trouve fon paffage par le méat uri- 
naire , ce que nous avons vénhé par le 
moyen de Valgali. 

Nous y avons découvert enfuire les 
deux cloilbnsdes(crotums,féparées 5i un 
peu applaties , les deux tefticules étant 
d'une groffeur aftez ordinaire fe trou- 
vent renfermés chacun dans leur cloifon 
avec leur cordon fpermatique , tel que 
dans l'homme. En écartant & relevant un 
peu les Bourles , nous avons vu une ou- 
verture d'un pouce & trois lignes & de- 
mie de longueur à l'endroit ordinaire cii 
la Vulve eft pincée , laquelle ouverture 
reftant toujours béante , nous a permis 
d'obferver par une introduétion ; relque 
forcée du doigt , qu'elle va un peu du 
haut en bas , Ck du bas en haut , où nous 
avons touché deux petites brides en tra- 
vers dans le Vagin à peu de diftance 



***^- 



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*UR l'Histoir 

l'uno de l'autre , & il n'efî pas doureux 
que fi dans le terni on avoir augmenté 
l'ouverture par une petite incifion, Ma- 
ria Nonjia auroit pu fouftiir l'introduc- 
tion. Elle a eu fes régies comme toutes 
les autres femmes ; mais nous n'avons 
trouvé aucune mrirque de Clitoris. 

La fingularité de ces difiérentes par- 
ties nous ayant engagé à demander à 
cette Hermaphrodite , quelle étoit la na- 
ture des déGrs dont elle avoir éprouvé 
la fenfation , elle nous a répondu que les 
perfonnes du fexe ne l'avoient jamais 
affeélée ; mais qu'à l'âge oii elle ctoit , 
elle fe trouvoit encore pour les hommes 
les mêmes défirs qu'elle avoit dans fa pre- 
mière jeuneiïe. 

Tel eft le tableau fjccinf de l'Herma- 
phrodite de Corfe , fur laquelle nous ne 
ferons qu'une feule obfervation concer- 
nant la génération, & nous ne balançons 
pas à croire que Maria Noniia auroir été 
féconde , fi on avoit fait à propos l'inci- 
fion dont nous avons parlé plus haut j 
mais on noviE dira peuc-ccrc c|ue Cette 
Hermaphrodite ayant toutes les parties 
de l'homme, eft incapable de concevoir, 
nous répondrons à cette objeétion , que 
nous regardons la verge & les tefticules 
comme neutres & lupeiflus par leur 
înaftion dans le cas particulier ; d'ailleurs 
l'expérience nous a fait voir que des fem- 
mes revêtues des parries de la généra- 
tion de l'homme avoient enfanté. 

Voilà Je détail que nous devions au 
Public , nous attendons des Sçavans les 
obfervations particulières que demande 
la fingularité de cet événement. Fait à 
Baftia le premier Juin ly^o. Signé Ju- 
lien , ancien Chirurgien Ayde-Major , 
& SouLÉg ) ancien Chirurgien & Ayde- 
Major. 

Dans b partie fulvante , on donnera 
d'autres Obfervations fur ce fujet. 

L'Hermaphrodite fuivant a été vu 



E Naturelle; 19 

long-tems à Paris , &i l'on croît qu'il eft 
aftuellem°nr à Londres. 

EXPLICATION de la Planche B 
d'Anatomie ^ qui repréjème ïHermar 
phroàite de Corfe. 

A. Le nombril. B La verge. C. Le 
prépuce. D. Les tefticules , ou ovaires , 
renfermés dans le fcrotum.E. Les gran- 
des lèvre;. F. L'orifice du vagin. E, Le 
méar urinaire. 



OBSERVATION IIL 

De M. Mevtmd , Chirurgien ordinaire du 
Roi , DémonJIrateur en Anatomie &" 
Chirurgien au Jardin Royal , fur un 
Hermaphrodite vu à Paris l'année der^ 
mère 1750. 

L'Hermaphrodite dont nous donnons 
la difcription eft vivant , il eft âgé 
de 1(5 ans, bapdfé à Paris à la Paroiffe 
Sainte Marguerite, Fauxbourg S. An- 
toine , & s'appelle Michel- Anne Drouart, 
fon père & fa mère l'ont élevé en fille, 
& lui ont donné l'éducation convenable 
pour des gens de leur forte , étant ou- 
vriers en Bas au métier ; jils ont caché 
fa difformité jufqu'à l'âge marqué ci- 
defl'us. 

Cet Hermaphrodite eft d'une ftruc- 
ture maigre & charnue, d'une alTez vive 
complexion ; fon vifage eft fec un peu 
allongé , t=i d'un air commun ; elle n'a 
fur la poitrine aucune apparence de 
gorge naiflante ; fes hanches font équi- 
voques , elles ne paroiflent point autant 
élevées qu'il convient au corps d'une fill© 
de (on âge. 

Je penfe qu'après fa parfaite puberté, 
elle pourra fe trouver plus conforme à 
l'état de fon fexe dominant : aéluelle- 
ment l'un ne domine pas plus que l'au- 

Cij 



fia O B SE V 

tic , comme on peut le voir par la re- 
préhintatlon des parties gravées par M. 
Gantier. 

Le ventre & l'ombilic n'ont rien de 
diftérent de celui d'une iîUe ou d'un gar- 
çon de fon âge. 

La verge recouverte de fon prépuce , 
p;arnie d'un peu de poil à fa racine , ref- 
lemhle à celle d'un garçon de i6 ans; 
ayant deux corps javerneu-x , qui font 
très bien faits , de même que le gland. 

Mais ce qu'il y a d'extraordinaire^ 
^■"60: que la verge n'eft pas perforée. 

Le prépuce qui contribue à former 
une bride fous la verge, & qui vient d'un 
repli de la peau , qui tient lieu de gran- 
des lèvres aux femmes & de Scrotum aux 
hommes , laiffe une ouverture qui ap- 
proche de la vulve ou de l'orifice du 
•vagin que l'on appelle orifice de la ma- 
trice. 

Cette ouverture fe termine en bas par 
une bande qui refiemble alfez à la four 
chttte : on y voit un petit bouton fem- ' 
blable à celui qui fje trouve dans les jeu-, 
nés filles. 

Au-deCus de ce bouton & vis - à - vis 
fe trouve l'ouverture du canal de l'urè- 
tre , qui paroît en le fondant» aufll court 
que celui d'une fille , à la différence qu'il 
eft fitué un peu plus bas dans l'ouverture, 
de la vulve. 

L'ouverture de la vulve eft beaucoup 
plus étroite que celle des filles bien con- 
figurées , à peine peut-on y introduire 
le petit doigt , & on n'y voit point es 
caroncules myrtitormes. 

Elle n'a point eu les régies qui arri- 
vent, quelquefois plutôt , aux filles de 
fon âge. 

On ne voit point de tefîicules , dans 
ce.qui tient lieu de fcrotom, ni dans les 
aines. 

Amlroifi Paré dans fon Traité des 
Monftres, Chap. VU. pag. loi j , par- 



T 10 N S 

lant des Hermaphrodites , rapports 
l'Hifloire de trois filles qui avoient éré 
élevées & baptifées pour filles, & dont 1 
YS^^Q de quatorze à quinze ans les partie* 
de l'homme fe font développées. 

Il pourroit bien arriver à celle - ci 
quelque développement , foit les régies 
oui dénotent le (exe féminin , foit les tef- 
ticulos qui marquent le fexe mafculin. 

Mais quand l'un ou l'autre cas arrive- 
roit, cette Hermaphrodite n'aura jamais- 
la véritable puiflance d'aucun fexe. 

On donnera dans la partie fuivante ,. 
d'autres remarques fur les infeéles que- 
Ton croit Hermaphrodites , & pourvus- 
des deux parties de lar Génération. 



OBSERVATION. IV. 

Sur lajiw^uliere confîruEiion des Poidmom ; 
du foye^ des Tejiicules ù" -des Yeux dela.i 
Taupe, . 

J'Eus dernier<«rt»cnt occafion de diffè- 
quer une Taupe que le hazard me fit 
attraper à 1% campagne pendant qu'elle fe . 
creufoit un palfage dans la terre ou elle ■ 
alloit fe replonger, 

J'obfervai dabord dans cet aninsal- 
( qui étoit mâle ) la groffeur des pattes 
antérieures, le prolongement du mufeau- 
& la petlteffe des yeux , c'efl ce qui me 
donna la curiofité d'approfondir les mif- 
téres de fes organes. 

Je fçarois d'ailleurs l'hiftoire <îe la'' 
Taupe, elle vit ordinairement dans la . 
terre , comme les poillons dans l'eau , 8c ; 
les oifcaux dans l':.ir. Plufieurs Auteurs 
anciens difent qu'elle eft fans yeux , ou . 
du moins qu'elle n'en a que les apparen- 
ces ; mais c'eft à tort , cet animal jouie 
de l'organe de la vi'ie : fes yeux font a 
la vérité petits & caches par les poils qur 
les couvrent ôz (jui environnent le mulrj 



SUR l' H I S T b I 

cîe CUtaDe de leurs globes , comme des 
rayons pofés autour d'un centre , & s'é- 
cartent à la volonté de i'animal , pour lui 
îaifler appercevoir les objets , lorfqu'il t(ï 
hors] de la terre j ce qui ne fevoit pas fi 
les yeux lui étoient abfoîument inutiles. 
D'ailleurs pour fçavoir fi cet animal a 
réellement des yeux , il fufîit de le jetter 
dans l'eau tout rivant , vous les appercc- 
vez alors à merveille pendant qu'il nage, 
le mufeau en l'air & les yeux ouverts , 
pour chercher le rivage; auquel il abor- 
de fans fe méprendre. Ce n'cfl: vraifem- 
blablement que dans la terre où les yeux 
ne lui fervent de rien. Cet habitant des 
ténèbres ne fe fert.je crois, que de l'odo- 
rat dans les routes obfcures & tortueufes 
qu'il fuit pour chercher fa retraite & fa 
nourriture. La ftrudare de fon Boutoir 
garni de deux larges narines femble 
prouver cette fuppoficn : il me parut 
délié & bien organifé , il furpafTe même 
l'ouverture de la bouche de 5 ou 5 lignes. 

J'ai de plus apperçu que l'organe de 
l'ouïe de es petit animal efl llibtil Si- 
propre à recevoir les imprefîîons ds' 
l'air jufques dans les endroits les plus 
profonds de la fuperficie de la terre où 
ce premier élément communique par les 
intervalles des particules grolîieres qui 
compofent la furfnce de notre globe. 
( On connoît cette communication de 
l'air extérieur , avec l'air enfermé dans la 
terre , par les échos qui fe forment aux 
enviions des fouterrains , quand même 
ils n'auroient aucune iflùe. ) 

Sa peau eft couverte d'un poil doux 
Sifoyeux: , de couleur noire ordinaire- 
rnent , quelquefois grife , ou cendrée : 
fille l'en dans la pelleterie à faire de bel- 
les fourrures. Les vieilles coquettes & les 
femrncs de poil rouge , s'en fervent pour- 
fe faire des fourcils poftiches. 

Le corps de cet animal reflemble à uns 
pelote de velours , dont le mufeau poin- 



R. E Naturelle. 21 

tu ix la queue coui te Si rondo font les 
extrémités. 

Defcription anatomique de la Taupe 

J'eus beaucoup de peine à fendre îa 
peau du bas - ventre fans percer les muf- 
cles de l'abdomen , j'y parvins cepen- 
dant , & je dépouillai l'animal de fon 
furtout; ce ne fut point fans répugnance 
à caule de la conformité qu'à cette béte 
avec les fouris , pour laquelle l'homme 
a une efpéce d'averfion. Je trouvai ce- 
penda-nt que fon odeur n'étoit pas défa- 
gréable , & que fa chair fentoit celle du 
lapin ; la fubftance de la peau étolt épr.ifle 
comme du chamois , elle étoit compofée 
de couchei différentes ; j'y trouvai d'a- 
bord l'épiderme, où étoientimplantés les 
poils jufqu'à la peau.qui couvroit la mem- 
brane ad;peuf>; j le panicule charnu étoit 
extrêmement mufcuiéux , & contenoic 
des fibres longitudinales qui fe p:)rtoienc 
du fiernum à Vos pubis & de Vooc:put3los 
facrum ; & de plus il y avoir une fécon- 
de ccoidie de fibres charnues qui é:oienc 
pofées un peu obliquement , & qui cou- 
poient le premier plin en angle aigu. Ce 
panicule fe détachoic avec peine de la 
membrane &: des mufcles, car il y avoic 
des plans de fibres qui les traverlolent & 
ne faifoienc qu'une feule maffe avec le 
corps du mufcle. 

J'ouviis le bas-vencre , & je trouvai 
que les mufcles de l'abdomen étoienc 
très-minces & prefque entièrement apo- 
névrotiques ; l'eRomach étoit confidéra- 
bJe & occupoi: la moitié de la portion 
épigaftrique &: tout Thypocondre gau- 
che. La Ratte étoit attachée à l'eilomach 
parles vni{ieav.x vafa hreria comme dans 
l'homme, à l'extrémité du /7/z«creai , di à 
Vepiploon ; mais elle ne tenoit pas avec les 
bords du diaphragme; elle fe détachoit 
naturellement de l'hypjcondre. 

L'eftomacb étoit rempli da cKjle en 



22 Observa 

forme de pâte liquide , de couleur gris- 
brun. L'animal avoit mangé apperem- 
ment de petits filamens de racines & des 
vers, car on diftinguoic parties des uns & 
des autres , que la digeftion n'avoit pas 
encore altères. 

Du Foye. 

Le Foye croit de couleur rouge brun , 
il tapiflbit tout Thypocondre gauche & 
toute la lurface concave du diaphragme 
par cinq lobcs très-étendus & très • dil- 
tincts , parmi Icfquels celui qui portoit 
fur le diaphragme étoit le plui grand , & 
d'une forme lenticulaire : ceux du côté 
droit &: du côté gauche fe couchoienC 
fur celui-ci , & les uns fur les autres , 
comme des lames de diverfes figures ; 
les deux lobes placés dans Thypocondre 
droit, étoient de différente grandeur, 
& le plus petit qui entouroit le rein, le 
lèrroit étroitement & étoit foufdivifé 
en plufieurs lobules : mais du côté gau- 
che, le plus petit lobe le trouvoic lituc 
entre les deux reins & couvroit les vaif- 
feaux émulgens. 

J'obfervai que ces differens lobes 
font entièrement Céparés & détachés les 
uns des autres , & que chacun d'eux com- 
munique avec la Veine Porte Hépatique 
par une branche efTentieile ; je vis enfuite 
au microfcope , que ces branches lont 
fouldivifccs en plufieurs rameaux qui fe 
répandent dans fintérieur de chaque lo- 
be aux grains pulpeux , ou follicules , 
pour filtrer la bile ÎSc de-là former les ra- 
mifications des vaiffeaux qui vont com- 
pofer plufieurs troncs ou conduits hépa- 
tiques , de façon que ces lobes femblent 
par leurs fcparations particulières , avoir 
des filtres differens & lormer divers 
conduits pour conipofer le conduit 
cholidoque qui va gagner le duodé- 
num. A l'égard de la vélicnle du fiel , je 
n'en appsiç^us aucune , foit que je l'eufle 



T I O NS 

aevc e en féparant l'eflomach & les intef- 
tins du bas-vontre, foit qu'il n'y en eut 
aucune en effet , ou qu'elle fut prefque 
imperceptible , ce que je pourrai voir 
dans une (econde difiection. 

Je ne doute pas que les diftérens lobes 
du vifcere dont nous venons de donner 
la démonfiration , qui ne iont pas dans 
d'autres animaux , ne faffent des offices 
divers pour la digeftion , & que les fe- 
cretions différentes du fang dans tous ces 
lobes , ne préviennent les maux que l'a- 
nimal contracteroit immanquablement 
dans la terre. 

Les reins de la Taupe font de la 
même forme de ceux de l'homme , de la 
même couleur 8c dans la même fitua- 
tion , mais prefque tout contre la Veine 
cave & l'Aorte inférieure, par le peu d'é- 
tendue des vaiffeaux émulgens. Ils font 
de la groffeur d'un haricot ; Us vaiffeaux 
émulgens qui les pénétrent , font fitués 
de la même façon que dans l'homme , 
c'eft - à - dire , que de côté & d'autres > 
ils n'ont qu'une artère & une veine émul- 
gente qui le divife en plufieurs rameaux; 
à l'entrée du rein. Les canaux des ure- 
tères font extrêmement déliés. 

Des parties de la Génération. 

Ces parties étoient bien configurées,' 
& beaucoup plus compoiées que celles 
de l'homme à des animaux quadrupè- 
des ; c'efi: ce qui m*a fait croire que cette 
multiplicité d'organes donne à ces ani- 
maux plus de facilite de concevoir , & 
de jetter leurs femences lans aucune agi- 
tation extérieure des parties, parce que 
les accouplcmens de ces animaux fe font 
vraifemblablement que dans la terre, fc- 
jour incommode & où ils n'agillent pas 
avec facilité comme les autres lur la terre, 
qui font dans un fluide qui fe prête à tous 
leurs mouvemens. 

11 eA fcnfé que l'agiiatlon & le mou- 



SUR l' Histoire 

▼ement de ranimai dilatent les glandes, 
enjajje les particules , & les prelfe de paf- 
fer dans les véficules : au lieu cjue le re- 
pos que font obligées de garder les Tau- 
pes dans leurs jonâions, doit être com- 
penfé par des organes plus lubtils & plus 
multipliés. 

La veflie de l'urine étoit de la groffeur 
d'un pois; les véficules féminales , dé- 
tachées de la velîîe , & chacune en par- 
ticulier accompagnée de deux corps 
étrangers, qui communiquent cependant 
enfemble » 6: dont les oiifices Te dégor- 
gent . l'un au canal défèrent j ôi l'autre à 
la véfîcule féminale. 

Ces deux corps différent entr'eux, & 
la véficule léminale en grofleur Se en 
ftrudure. Le plus gros efl celui que quel- 
ques Auteurs ont pris pour les véritables 
véhcules ; mais bien loin d'être la véri- 
table véficule , ce corps n'efl qu'un g^n- 
glion nerveux Se une efpéce de plexus , 
qui apparemment fert de refervojr à la 
chaleur Hc aux efprits animaux ; enve- 
loppé de plufieurs tuniques & terminé 
par un canal fort mince ik fort étroit , il 
va fe joindre au conduit déférent à l'em- 
bouchure de la véficule féminale à la- 
quelle il appartient. 

Le fécond de ces corps efl: de moyenne 
grofleur entre la véficule iSr le réfervoir 
dont nous venons de parler ; ce corps 
efl fitué l'ur la continu.aion du canal dé- 
férent avec lequel il communique. Je 
crois que les premiers tefticules api es 
ayoiv prépare le fang , le portent par le 
canal dcférent i ce lecond corps , que 
j'appelle lecond refticuie , pour être per- 
fedionné ainli que dans ceux des autres 
animaux , car la flrutture de celui - ci 
reÛembleplus à celle des vrais tcfticules 
que la ftrudure de ceux que j'appelle 
corps glanduL-ux dans lefquels les vaif- 
feaux fpermaùques fe poitent d'abord, 
«omme dans les ovaifes prétendus des 
femelles. 



Naturelle. 25 

A l'égard des premiers tefticules , i!s 
font applatis & faits de même que les 
ovaires des femmes : rien n'eft fi fingu- 
lier que cette partie de la Taupe : je vis 
avec plaifir l'opinion contre les ovaires 
appuyée par. cette découverte. Ils 
étoient ovales Si longs , enveloppes 
d'une duphcature du péritoine , j'y dif- 
tinguai avec le microlcope des grains de 
couleur jaune-pâle , accumulés enlemble 
par une matière fpongieufe. 

Ces ovaires ou tefticules mâles étoient 
placés entre la peau commune & lesapo- 
nevrofes des mufcles du bas-ventre, làns 
aucune enveloppe particulière, telle que 
le fcrotum dans les hommes & dans 
quelques animaux ; aucune tunique al- 
Duginée , & enfin s'ils avoient eu toute 
autre fituation , ils feroient regardés com- 
me des ovaires par les oviparijles. 

La verge étoit de fix lignes de lon- 
gueur , mais le prépuce étoit attaché aux 
tégumens communs , & félon les appa- 
rences , il ne laifloit fortir que le gland 
qui me parut pointu & crochu comme 
celui d'un chien. 

Il y a des Auteurs qui ont crû , mal- 
à - propos , que cet animal fortoit de la 
terre pour s'accoupler , je l'avois penfé 
de même : mais ce qu'il y a de plus vrai- 
lemblable , c'eil que la conftiuftion de 
fes parties lui fournit à propos la fe- 
mence fans qu'il loit btAiin d'aucun 
mouvement. Cette obfervation efl; nou- 
velle & mérite l'attention des Natura- 
liftes» 

Je ne parle point ici ni des tems dé 
leur accouplement , ni des tems de leur 
produdion ^ non plus que des ravages 
que ces animaux font dans les jardins , 
c'eft ce que j'obferverai une autre fois. 
Je donnerai dans la fuite la figure de 
cet animal & jepailerai alors du fenti- 
ment des Naturaliflcs fur l'Anatomie de 
la Taupe & de les verius médecinales. 



24 G B s E R V 

Je ne donne ici que ce que j'ai vu moi- 
nicme par la diffeétion que j'en ai faite. 

Be V union des Multlcs. 

La Taupe eft pourvue d'une force 
fiipcricurc à ce!!c de tons les animaux 
quadrupèdes ^ même du, Lion propor- 
tion gardée ( je m'explique , je ne veux 
parler que des pattes antérieures ; ) le 
befoin continuel où elle cft d'écarter la 
terre, quelquefois féche Sz dure en cer- 
tains endroits , demande cette force ex- 
traordinaire : fes muldes font raccourcis, 
épais , charnus , ^ aux extrémités tendi- 
neux Si. prefque ofleux ; lès os font bien 
articulés, folides , & les tuberofîtés ex- 
liauffces. Afin de donner au pecloral 
plus de force, la Nature a formé le fter- 
num de cet animal , élevé & tranchant 
comme ceux des oifeaux , il iurpafTe les 
clavicules , ou pour mieux dire > les cla- 
vicules & les premières côtes ne Ibnt 
pofées que fur les deux tiers de l'éten- 
due inférieure de ces os , la portion fu- 
périeure au lieu d'être fous la clavicule 
comme dans l'homme , excède les clavi- 
cuL-s & fert à donner naifTance à un dou- 
ble peéloral dont ladireclion eft contraire 
à celle du premier de ces mufcles. 

L'aétion oppofée de ces mulcles eft 
fécondée par le mufcle grand dorfal , le- 
quel non-feulement eft fait comme à 
l'ordinaire ^ mais il eft double par un 
âorfal particulier , cliarnu , pofé fur la 
partie poftcrieure des faufles côtes , & 
fe joignant par fon extrémité avec le 
premier dorlal , il ne fait plus qu'un feul 
gros mufcle qui va fournir fes attaches 
fur la partie antérieure de Voi humérus. 
Cet os eft prefque quarré & a la forme 
d'un nez.dont les angles feroicnt émouf- 
fés & creufés pour recevoir les articula- 
tions du fternum , du cubital Hc du radirl. 
Un doit juger par cette forme de la 
iorce des attaches des mufcles & de l'ac- 



4 T I O N 8 

tion des pattes antérieures de det animal 
pour écarter & repoulfei les terres qui 
s'opp ofent à fon paflage dan» les foutec- 
rains. 

La fup:nat!on & la pronation des pat-' 
tes antérieures font fupprimées , & par 
conféquent toute la force des mufcles fe 
réduit au mouvement de flexion & d'ex- 
tenfion, ce qui augmente ces deux ac- 
tions , fî uêcefTaires à la Taupe pour 
creurfor la terre : les pattes de derrière 
font plus flexibles & beaucoup moins 
fortes. 

Des Poulmons &' du Cœur. 

Après avoir difféqué le Foye l les 
parties de la génération & les pattes 
antérieures, j'ouvris la poitrine > où je 
trouvai le cceur & les poulmons enve- 
loppés d'une fubflance fanguine & fpon- 
gieufeque je regardaiavec le microfcope. 
Aj'ant enlevé cette fubftance,je décou- 
vris les poulmons qui étoient compofés 
de cinq lobes diffcrens, féparés & très- 
difiinéts , ce qui n'eft pas dans l'homme, 
car ces divifions fe confondent 5c ne font 
qu'un fèul corps : trois de ces divifions 
occnpoient la partie droite de la poitri- 
ne , & les deux :utres écoient pofées du 
côté gauche; elles tenoient chacune en 
particulier avec lartére &leiveincspouI- 
monïires d'une part, <5c de l'autre avec la 
branche de la trachée artère ou vaifleaux 
aériens; ces Lobos ne couvrent point le 
cœur , lis le couronnent feulement Sç 
tombent fur ces côtés & fur fa partie pot 
térieure , en forte que le cœur en eft 
prefque dégagé. 

L'enveloppe fanguine & fpongicufe 
que nous avons remarquée, & ladiftinc- 
tion do ces Lobes diffcrens, peut contri- 
buer à différens ufages. i". A rafraîchir 
6c raréfier le fang avec accélération , Icrf- 
que l'animal eit hors de la terre, i". A 
lui conferver un degré de fluidité S: de 

fraîcheur 



s U R l' H I S T o r R 

'Fraîcheur pendant Ion réjourfouteiiain. 

J'oblervai enfin que le ccfur forme un 
cône parfait.dont la pointe appuyé fur le 
diaphragme, & la balTe fournit les troncs 
capitaux des vaifi'eaux fanguins ; il ref- 
femble à une petite olive tronquée. Les 
vallFeaux coronaires font diftinds. Les 
corps glanduleux, ou lesglandestimiques, 
font attachés aux vaifTeaux fanguins , tant 
à la groiïe artère qu'à la grolie veine , à 
une demie ligne de dillance de la bafedu 
cœur , ou de la partie tronquée. 

Les Oreilles de la Taupe^ 

Les oreilles de l'animal dont nous fai» 
fons rhiftoire , fon: droites & fe plo - 
gent de haut en bas dans le cerveau ; 
elles font cachées par les poils qui les 
environnent : leur ouverture extérieure 
eft grofle comme le tuyau d'une plume 
d'aile de pigeon fans aucun contour an- 
térieur, & formée par deux pièces el- 
le ufe s. 

Ce qu'il y a de particulier dans l'oreille 
de cet animal, & qui mérite l'attention 
des Naturalises , c'efl la foûpape dont 
elle eft pourvue à l'orifice du con- 
duit pour empêcher que le fable ne bou- 
che fes oreilles pendant qu'il eft dans Ii 
terre. Cette foûpape eft une membrane 
qui fe levé & qui fe baifle comme la 
paupière des yeux , & dont on apper oit 
le méchanifrae e i razant la tète de la 
Taupe. 

Les Yeux de la Taupe. 

11 me refte à obferver les Yeux , car 
pour ne pas rendre cet ouvrage chargé 
de remarques inutiles , je donnerai feu- 
lement dans chaque animal en particu- 
lier , la démonftration anatomique & 
comparée des parties qui les diftinguent 
des autres , & ce qu'ils ont de plus re- 
marquables. 

Les Yeux de la Taupe font fous la 
.^niue 1752. Tom, L I. Part, 



E N ATU R'E L L E. 2^ 

peau, ils font ronds & faits comme un 
grain de moutarde, à peu près de la mê- 
me grofleur : ils iont enveloppés d'une 
tunique,ou cornée.noire : l'ouverture où 
font pofés l'iris & le criftalin , eft trèi- 
petite. Ils tiennent à un nerf un peu al- 
fongé de la figure des cornes d'un lima- 
çon ; ce nert pafie fous le mufcle crota- 
phique , &c s"in(inue par un petit trou 
fous ce mufcle , & de-Ià dans le crâne. 

On ne trouve aucune foffe orbiculaire; 
& au lieu du trou ofleux , comme dans 
les autres an maux , l'œil de la Taupe eft 
enveloppé à fa partie antérieure par les 
tcgumens. Le mufcle Crotaphique occu- 
pe la partie latérale & antérieure ; & 1 1 
partie latérale ^. intérieure eft occupée 
par les aponevrofes des mufcles fron- 
taux , c\ enfm la partie poftérieure de 
l'œil par le nerf orbiculaire ; voilà quel 
eft la forme Si la fituation de l'œil de la 
Taupe, que tant d'Auteurs ont défavoué. 

On trouve dans plufieurs Auteurs La- 
.îinc, desdefcriptions de la Taupe Pline 
en parle , Gerardi Blafii , dans fon Ana- 
tomie de animau . Jobannes JonBon, 
dans l'Hiftoire Naturelle des quadrupè- 
des Muralto . dans fon Vade mecum d'A- 
natomie • &c. di dans les Auteurs Fran- 
çois, entr'autres , M. Men en a parlé 
dans les Mémoires de l'Académie des 
Sciences; mais la plupart des Obferva- 
tion ciueje donne ici cle la Taupe, font 
de moi, & avoient échappé aux lumières 
des celé re Auteursque je viens de citer. 



OBSERVATION IV. 

Sur la découverte de M. d'Aubenton ; con- 
cernant les Couleurs des Pierres pré- 
^ieufes, 

JE viens de lire dans le Mercure de 
Juin 175 1 , que M. D, avoir trouvé 
par le fecours du Prifmc , à leur faveur 



26 O B s E R V 

de l'image lumineufe qu'il produit , le 
moyen de comparer la couleur de Pierres 
fines : pour dénommer avec précidon 
leurs teintes , i<i en marquer les idées 
j'ufte par cent. Un Indien, par exemple, 
dit M. D. pourroit écrire en Europe 
qu'il a trouvé une Pierre précieufe de 
telle teinte , ou de telle couleur , répon- 
dant à tel degré de l'image, 3ic. Quanti 
la qualité, elle eft démontrée par la di- 
vilion ordinaire que l'Auteur en a fait en 
trois clafles ; » La première comprend 
» les DiAMANs; la féconde , les Pierres 
» que l'on appelle Orientales, & 
» la troidcme , celles que l'on appelle 
55 O r c I D li NT A LE s , DU nombre 
» defquplles le criftal de roche doit 
» être admis. » M. D. prétend de plus 
que l'image lumineufe contient toutes 
les couleurs imaginables: il neft pas diffi- 
cile de dcmontrcr que cette méthode efi: 
imparfaite > t<c même impratiquable par 
les réflexions que je vais Lire. 

1°, i.'on ne démontre ras toutes les 
couleurs des Pierres fmes , dans la {im- 
pie image de la chambre noire. 

z°. Les couleurs vaiient félon les an- 
gles reh ingens du Prifme , ce que M. D. 
n'a paj al.'ez bien expliqué. 

5». Cette méthode paroît impratiqua- 
ble ; parce que lobliquitc où la foiblefTe 
des refraftions diverge & condenfe plus 
ou moins les couleurs de l'image , ti les 
rend plus ou moins vives , ou plus ou 
moins obicures : c'efl ce que je vais prou- 
ver en deux articles, 

Pour donner toutes les couleurs de Pierres 
fines , il faut trois Prifines. 

Le Prifme dont rangfe réfringent ; 
n'ef^ que de 6o degrés , lelon la métho- 
de ordinaire des expériences de M. 
Nevf ton * , donne à la vérité , à la dif- 

* Il faut apparamment que M. d'Auhenton 
ne fe fou fervi que de celui-ci , car il ne don- 



A T T o N S 

tance de 1 5 pieds une trcs-belle Image ; 
mais fi l'on fe fert d'un Prifme à coté 
de celui - ci dont l'angle réfringent , 
foit de 90 dégrés, on verra une vivacité 
dans les couleurs de ce dernier , bien 
plus partaite : quoique la couleur jaune 
difparoiire. La preuve en eft facile , Si, 
je fuis furpris que M. U. . . qui ne laifle 
rien échapper , n'ait pas pris garde à cette 
particularité de l'efîct des Images colo- 
rées de la chambre noire , entre lef- 
quels eftets , on diftingue plufieursefpé- 
cesde rouge , de verd Se de violer. Cela 
étant démontré , on peut aflurer que les 
Pierres d''occidenti dont les couleurs font 
moins vives , ne fe comparent qu'avec 
l'image produite par l'angle réfringent 
de 60 dégiés ; au lieu que les Pierres 
orientales plus vives & plus éclatantes, 
redemblent aux couleurs de l'image pro- 
duites par un angle réfringent de 50 dé« 
grés. 

M D. . . veut remédier au défaut de 
la vivacité des teintes par une façon ex- 
traordinaire , il dit, » Mais l'oifqu'on 
" veut comparer des Pierres d'une teinte 
3> très - foible, on efl obligé de les éloi- 
5» gner à une fi grande diflance , que 
» 1 efpace de la chambre pourroit n'y 
i> pas fufîîre. Pour remédier à ce petit 
» inconvénient , on met à la place du 
» crillal , un verre concave , qui en ren- 
;j dant les rayons divergens afioiblit leurs. 
» couleurs , &c. 

Toutes ces précautions font inutiles," 
les deux images font avec plus de pré- 
cilîon , ce que l'on voudroit faire par le 
fccours d'un verre concave , ( duquel on 
ne fixe ni le fo\er , ni !a diilance ) & de 
plus les divcrfes teintes de ces images , 
font plus multipliées , quelorique l'on fe 
fert léulenîcnt du Prilme ordinaire de 
M. Newton , cependant malgré les eftets 

ne aucune définition de l'angle du Prifme dona 
il le fcrvoit. 



SUR l'Histoir 

multipliés de ces deux Priimes , on n'y 
trouve pas encore toutes les couleurs des 
Pierres en général ; par exemple , le Sa- 
phir maie d'Orient , eft couleur d'eau , 
ëc tire Ivir le blanc, & ne fe trouve pas 
■dans les images du Prifme. 

Le Rubis oriental , eft d'un rouge vif, 
tranfparanc , 6: étant expolé au loleti , 
il reiiemble à un charbon allumé j c'eft 
pourquoi il eft aufli nommé Carhunculus , 
fa couleur ne Ce trouve qu'au Pjrifme de 
<)0 dégrés. 

Le Rubis balais , eu couleur de rofe 
vermeille , & donne un peu fijrle cra- 
moifi-vif. Il n'cft pas fi écarlate que le 
précédent , & on ne peut pas le compa- 
rer dans les couleurs de l'image. 

Le Âiibis fpinelle , eft couleur do gre - 
nat , & quelquefoir il tire fur la couleur 
hyacinte , couleurs que l'on ne trouve 
pas dans les images ordinaires ; ainli 
voila trois efpéces de rouge dans le feul 
Rubis.dont les couleurs ne font pas dans 
l'image du Prifme de Nevton. 

La Topaze d'Orient , eft claire & nette, 
elle tire fur le jaune-citron ; cette cou- 
leur ne fe trouve pas non plus dans l'i- 
mage ordinaire , il s'en faut de beauceup. 

La couleur de verd-d'herbe, de YE- 
jneraude Oriental» , eft plus pure & plus 
brillante de beaucoup que celle de Î'E- 
meraude commune , ou d Occident ; on 
trouve cetre couleur dans le vçrd que 
donne le Prifme dont l'angle réfringent 
eft de 90 dégrés , & non dans celui de 
60 dont s'eft fervi Newton. 

L'Emeraude praftus , ou des anciens ; 
cette Emeraude naît aux Indes Orien- 
tales , Occidentales , & en Bohême ; 
cette Pierre eft d'un verd - poreau ; fa 
couleur fe trouve dans les confins du 
verd & du bleu du Prifme de 90 dégrés. 
Il y en a de trois efpéces ; l'une abfolu- 
ment verte , l'autre tachetée de rouge, 
& l'autre de bleu ; les couleurs tache- 



E Naturelle. 27 
tée font impoflibles à comparer. 

L'Emeraude prafe , que les anciens 
appcWok prefmcH : elle eft de quatre for- 
tes; la première tient du jalpe , elle eft: 
mcîée de jaune & de verd ; la deuxième 
eft de couleur de fougère ; la troidéme 
eft d'un verd barbouillé & femble com- 
pofée de rouge , de jaune de verd 5c de 
bleu , & enfin la quatrième eft anllî bar- 
bouillée de bleu , de jaune , de rouge & 
de noir, elle vient dans les Indes Orien- 
tales , Occidentales & en Bohême. Ces 
couleurs ne peuvent fe donner avec au- 
cun Prifme. 

UAmethiJîe Orientale, eft couleur de 
vin clairet ou de pourpre tirant fur le 
rofe , elle ne fe trouve pas fur les images 
produites par les Prifmes blancs. Il eft 
irapoflible de rencontrer cette couleur 
fans un Prifme coloré. 

L,' Aiguë marine , à laquelle on donne 
le nom dOrientale, eftde couleurd'eau 
de mer. C^ette couleur n'a jamais paru 
dans le Prifme ordinaire ^ on peut la 
trouver au Prifme coloré. 

La Hyacinte , félon M. de Bcece,tH de 
quatre efpéces ; la pieoiiere tire fur le 
Rubi . , elle eft un peu laqutu'e. Ceper- 
dant la feconùe tire iur la couleur de fa- 
fran ou orangé, La tro.fiéme eft couleur 
de citron tirant fur le hyacinte en 
certain point de vue S: dans d'autres 
étant couleur de terre d'ombre. Celle-ci 
ne s'imitera jamais par aucun Prifme. La 
quatrième eft couleur de grenat. 

La Chr^foiite eft verd - d'olive » cette 
couleur fe trouve fur l'image ordinaire 
entre le verd & le jaune. 

Les Opales font des pierres très-cu- 
rieufes par la diverfité de leurs couleurs, 
elles font de quatre efpéces. La première 
imite l'arc - en - ciel , elle paroît rouge - 
orangé , verd , bleu , & pourpre ; 
la féconde dans une certaine noirceur, 
jette un rayon de feu comme l'Efcar- 

Dij 



aS O B s E R V 

boucle; elle eft: très - prccieufe (Se très- 
rare ; la troifiéme à travers un jaune fait 
paroître diverfes couleurs , comme le 
rouge , l'orangé & le verd , mais peu 
bi illantes. La quatrième eft la faufTe opale 
ou G'irafole * diaphane, elle reflemble. 
aux yeux d'un poiflbn ; l'on croit que 
c'eft \& proide de Pline , que l'on nomme 
ccil de Soleil. On ne trouve point ces 
couleurs à travers un trou par les rayons 
du Prifme, . 

La Panthère ou héracontalite , eft fé- 
lon quelques uns dans la clafte des opa- 
les , (Se lèlon d'autres ^ dans celle des 
jafpes ; elle prend fon nom de la diverfué 
de fes couleurs , fenibljble à l'animal dit 
Panthère , elle donne du noir , du rouge, 
du jaune , du verd , de l'incarnat , du 
purpurin ; enfin toute forte de couleur: 
de Ibrte que celui qui la compareroit à 
quelque efpéce de couleur particulière 
feroit fort habile. Cette pierre eft très» 
rare & très-précieufc. . 

L'Oeil du Chat , eft une pierre chan- 
geante comme la précédente , aind elle 
ne peut être fixée dans fes couleurs , elle 
eft plus eftimée que l'opale , parce qu'elle 
eft plus dure. 

L'Iris eft gris de lin , tirant fur le rou- 
geâtre, Pline dit qu'elle fe trouve dans 
la Mer Rouge ; elle eft appellce Iris, 
parce qu'aux rayons, du foleil , elle 
donne une infinité de couleurs , ce qui 
la rend impropre à être comparée aux 
rayons de M. d'Aubenton. 

La Vermeille , eft appellce auffi mara- 
àle, parce qu'elle eft d'une couleur pure 
de rouge cramoifi. Ce rouge ne s'eft ja- 
mais trouvé dans Tirnage de Nevton , il 
faut un Prifme coloré pour la donner. 

Les Grenats appelles Orientaux , font 
de trois qualités ; les premiers font appel- 
lés Grenats javiens , à caulè qu'ils font 



A T I O N S 

violets tirant fur le pourpre ; on a voulu 
les appeller du nom (ïamnifte à iufte.- 
raifon : les féconds font de couleur hya- 
cinte , on pourroit les appeller aufli hya- 
cintes : les troifiéraes font d'une couleur 
de grain de Grenade , un peu noirs ; ils • 
ne donnent leur couleur que fur une 
feuille d'aigent , mais les furiens ont une 
vraie couleur de.Grénat, & font les plus 
eftimés : ces couleurs, hors le violet, 
pas une ne fe trouve dans les images des 
Prifmes blancs. 

Je donnerai des oblërvacions cpm- 
plettes fur les Pierres précieufes & les 
Diamans , dans d'autres volumes ; ce que 
je dis en paffant n'eft que pour faire voir" 
que les couleurs de la plupart des Pier- 
res , les Orientales principalement , ne 
fe trouvent pas dans le Prifme dont M. 
d'Aubenton s'eft lérvi, 5i qu'il eft impof- 
fible de trouver toutes leurs couleurs en 
général qu'avec des Prifmes colorés. 

Il faut donc avoir recours à un troi- 
fiéme Prifme , je veux dire au Priime 
coloré : il eft vrai qu'en colorant un 
vaifteau prifmatiqae avec une liqueur 
teinte de rouge , de bleu ou de jaune , 
on trouve alors toutes les teintes imagi- 
nables de Pierres fines , mais cela ne ferî 
pas de grand chofe ; c'eft ce que nous 
allons démontrer. 

Les couleurs des Prifmes ne font point fixes X 

On peut prouver cette vérité de plu- 
fieurs facjons, 6c même dans le Syftéme 
de Ne'Wton ; voyez ce que nous dit cet 
Auteur : « Les couleu.s primordiales 
» font compofées en particulier de diffé- 
» rentes efpéces de rayons , defquels les 
>3 homogènes font parallèles entr'eux ; 
« mais malgré ce parallelifme , il s'en 
» trouve qui différent plus ou moins 
» de dénûté , & quelques - uns de ces 



2 Je parlerai une autrefois de cette efpéce d'opales, dite proprement Cirafokf 



Sur l*'H I s t o 1 r 

» rayons homogènes , tiennent de leurs 
» voifins hétérogènes. 

Ainfi en s'écartant indifféremment du 
Prifme ( comme M. D .... le prétend ) 
on ne fçait fi l'on rencontrera Tune ou 
l'autre de ces efpéces de rayons neutres, 
qui ne font ni homogènes à la couleur 
dont il eft queftion , ni hétérogènes avec 
lescouleurs voifines, defquelles ils appro- 
chent le plus. LesNewtoniens avoueront 
que l'on ne fçauroit définir la vraie dif- 
eance du Prifme pour fixer l'ordre des 
couleurs ; il s'enfuit donc de-là , l'incer- 
titude des comparailons que l'on pour- 
roiî faire avec les Pierres fines de diverfes 
teintes. Mais fans adopter ce lyftéme, 
on peut par une infinité d'autres raifons» 



E N A T U R E L L E. 2p 

s'oppoler à cette nouvelle mcchode de 
M. D. ... la faifon , la hauteur du So- 
leil , les brouillards , ou la pureté de l'air, 
font des obftacles à la fixation des cou- 
leurs du Prifme : au lieu que les Pierres 
font toujours de la même couleur : & fi 
l'on fe fertde vaiffèaux prifmatique pleins 
de liqueurs colorées, comme je viens de 
dire , pour avoir les couleurs des Pierres 
précieufes, c'eft encore pis ; le degré de 
ces teintes eft illimirable, & quoique l'on 
puifle les rencontrer par hazard avec les 
trois Prifmes : on ne fçauroit en fixer 
avec précifion la véritable teinte àcaufe 
de toutes les variétés qu'il eft impofîîble 
d'indiquer. 



PHYSIQUE. 



izi^ r ^^^^^ 



^ 



OBSERVATION PREMIERE- 

Sur la théorie du mouvement & de laparalaxe de la Lune ^ de Mejfieurs 
de Lis LE, & le Mo nier. 



^S^^^ I E N n'^eft' plus important 
X "D jC aux Aftronomes & auxPilo- 
y % tes que dé connoître la vraye 

"^i^^^^ théorie de la Lune pour l'u- 
fage de le Navigation , & pour celui de 
la Phyfique cciel^e. 

Pour parvenir à cet objet efientiel , 
nous avons jufqu'aujourd'hui deux obf- 
tacles invincibles à furmonter. Le pre- 
. mier eft de déterminer la façon de pren- 
dre au jufte la paralaxe de la Lune & 
celui des autres Planettes ; & le fécond 



eft celui de connoître la vraie théorie 
du mouvement Univerfel. 

Malgré la fameufe régie de Kepler, 
qui nous a découvert le rapport des dif- 
tances de toutes les Planettes principales 
au Soleil , on ne fçauroit changer ces 
rapports en grandeurs abfolues : il fau- 
droit avoir préciiément les lieux des 
diftances des Pknettes au Soleil, ou à la 
terre. 

On trouvera dans l'Hiftoire de TAca- 
déanie de 1706 , pag. 5^. les tentatives 



Opservatioks sur l 

faites à ce fiijec, & quoiqu'il leinbleqiie 
les Aftronomes (oint parvenus depuis ce 
tems-là , 1 mieux connoicie la paralaxe 
de la Lune ; il n'en eft cependant ri;n : 
lorlqu'ils obiervent ils conncMlfenc l&ur 
peu d accord fur ce point , 6: ne s'ac- 
cordent entr'eux qu'après avoir obCe: vé; 
mais alois c'elt , ou dcférence au fenti- 
ment des autres , ou crainte de s'être 
trompé. 

Il faut fe dérabufer de ces craintes , 
& convenir qu'il faut plus philo- 
fopher & mieux connoître notre At- 
molphere , avant d'obferver les diltances 
des globes qui nous font voifins , & la 
caule deleus mouvemens. 

Tout le monde fçait que la parahxe 
dépend de la connoiilance de i'angle, 
formé par les lignes qui vont aboutir 
du centre de la Planeite au centre de la 
terra & à l'œil de l'Obfervateur , & que 
l'on fe l'ert d'une Etoile fixe pour corri- 
ger les réfraétions que fouffrent les 
rayons de la Planette à travers l'air fub- 
til & notre Atmofphére. Mais comme 
les lignes, qui forment l'angle de la para- 
laxe de la Planette & celles qui partent 
de l'Etoile , ne font pas prilès dans le 
même tems , elles ne peuvent pas être 
fijppofées égales , à caufe du changement 
qui peut arriver à la température de 
l'ai', dans la moindre intervalle de tems. 
D'a.;ieurs la léhaciion d'une Etoile fixe 
n'eft pas compar^ible à celle d'une Pla- 
nette ; le» dillances de l'une & de l'autre 
étant inégaies & les couches d'airs pnr 
conléquent différentes , l'incidence des 
rayons qui viennent d'une Etoile , 
doit ctre plus ou ni.iins oblique fur no- 
tre Atmofohere , dans les diflerens cli- 
mats , quo celle des rayons d'une Pla- 
nette. Ainfi comme toutes ces lignes 
ne font que luppolées droites, & qu'elles 
ne le Ibnt pas cffeélivcmenr , à caufe du 
brifement plus ou moins grani des 



Histoire Naturelle, 

rayons , qui nous font appercevoir !» 
Planette & l'Etoile ; lelquels fe refraétenc 
& (e brifent à travers les diftérentes cou- 
ches d'air de diverfcs épailleurs qui 
compoiênt notre Atmofphére ; il s'en 
faut de beaucoup que ces lignes foienc 
telles qu'on les a fuppoftes. Par confé- 
quenc le triangle que l'on croit con- 
noître , eiï une figure irréguliere , de la- 
quelle on ne connoît qu'un angle & un 
leul de (es côtés. 

M. de la Caille confirme mon fen» 
timent , dans l'avis qu'il donne aux 
AftronomeA pour la paralaxe de la Lune, 
qu'il va obfetver au Cap de Bonne-Ef- 
perance. » Il faut , dit-il , obferver que 
» l'intervalle du tems entre les palla- 
» ges de la Lune Si des Etoiles ? ne foie 
» que d'environ trois heures avant ou 
'> après , parce qu'un changement con- 
» fidérable dans la température de l'air , 
» rcndroit les réfraâions d'autant plus 
» inconrtantesque letemsentrelespalfa- 
3' ges (eroii plus long. 

C'efl là poiitivement convenir de ce 
que je veux démontrer dans cette Ob- 
fervation , contre M. de Lifle & M. le 
Monier. 

Dans mes premières réflexions j'atta- 
querai .M. de l.ille fur fa Lettre au Jour- 
nal di Trévoux de Janvier 1751, pag. 
328. & enluite je donnerai mes Remar- 
que^ fur les Objen/aiiom âz la Lune , des 
Planettes ù^ des Etoiles fixes de M. le 
Monier 

Je ne ferai pas bien long fur ce qui 
concerne M. de Lifle, mais je m'éten- 
drai un peu plus fur l'artisjle de M. le 
Monier, parce qu'il s'agit du fyflême de 
Newton ; le public fçait déjà quelles lor.t 
mes vues contre cet hypotèfe. 

M. de Lifle dans la Lettre que je viens 
de citer , dit , que » le moyen de déter- 
» miner la diftance réelle des corps 
» cékftes à la terre.fans foriir de la terre. 



SUR LA Physique et 

efl bien fimple. » 11 nous donne ^ pour 
appuyer Ton opinion , l'exemple de la 
régie de Géométrie extraite de la vingt- 
cinquième Propofïùon dupreivier Livre des 
Elémens à''Edcide , avec laquelle il eft à 
la vérité facile de méilirer les diflances 
inaccefiîbles ibr la terre à la portée de la 
vûe^ parce que les lignes vifuelles prifos 
lur deux points , que l'on choific ucur 
former la bafe du triangle , ont leurs 
diftances fur cette bafe exadement con- 
nues, & ces lignes, ou ces rayons , qui 
forment les cô:t s du triangle ne pafient 
dans de pareilles opérations, qu'à travers 
an même air. Alors on pouvoir dite que 
le moyen de méfurer les diftances cft 
bien fimoie. 

Mais je demande à M. de Lifle s'il peut 
nous aflurer que fa méthode loit aulli 
fîmple & qu'il loit vrai que 1 on oblerve 
avec la même exaditude, dans un trian- 
gle dont la bafe n'eft pas bien connue & 
dont les rayons qui forment les côtés 
ne les torment qu'à travers plufieuis for- 
tes de corps diaphanes . inégalement 
denfe , d'environ 90000 lieues d'éten- 
due. 

. M. de Lifle dit lui-même .après nous 
avoir donné cette régie, ^ qu^i! ne fufirt 
35 pas d'imaginer les méthode? qui foient 
« vrayes dans la théorie » il faut , dit - il , 
n encore qu'elles foient pratiquables. Ce 
célèbre Aftronome devroit luivre lui- 
même ce précepte y mais dans l'inftant il 
fait le contraire. 

Il veut que l'on obferve la paralaxe de 
la Lune en deux diftérens endroits de la 
Terre & dans le même infl.int, delquels 
endroits il fuppo e que l^on connoît 
exadement les dégrés de longitude & de 
latitude > & qu ils font à plulieurs cen- 
taines de lieues l'un de l'autre. 

Je fuppofe donc que l'un des Obfer- 
vateurs ert: fur la ligne équinoxiaîe , & 
l'autre au 45 dégrés de latitude Sep- 



S U R L A P L I N T U R E. 5 I 

t ntri:)i>3l.3 , ô£ je les veux lur le même 
méridien , exactement obicrvé , comme 
prétend aufii M. de Lifle ; il arrivera alors 
que les rayons de la Planette &i de l'E- 
toi!e,obfervées'en partie ulier.dar.s le mê- 
me inftant & dans la même pbc;; , pa- 
joîtront cependant plutôt ou plûtaid 
qu'il ne faudroit dans les divers lieux fur 
l'hoiifon , fi l'obfervation fe fait au lever 
ou coucher ; à caufe des réffadions dif- 
férentes de l'air plus épais de notre cli- 
mat, & par rapport à l'oir plus lubtil &: 
plus fiutde de la Zone Tonde : cela efl: 
inconteftable- 

De plus, fi la Phnette 5i l'Etoile font 
obfervées au Méridien , & que Jes deujj 
Oblervateurs attendent avec toutes les 
précautions imaginables le paflage ds 
cette fgne; l'un d'eux obfervera le poinc 
de la Pianette & celui de l'Etoile dans 
une déclinaifon plus grande que l'autre» 
par rnpport à la différence da tems& à 
celle des diftances . & ils fuppoferonc 
l'Etoile plus près , ou plus loin , qu'il tve 
faudroit dans les lieux où k feront leurs 
obfervations , Si par conféquent elles fe- 
ront faufles & impraticablef. 

Quoique ces raiions foient fsns ré- 
plique , j'ai quelque chofe de plus fort 
à oppoferà h\. de Lifle , & à quoi Mel- 
fieurs les Ailronomes ne penloienc pas, 
lorfqu'ils ont lu cette diliertation dans- 
Vin-douie que j'ai d'abord fait paroitre. 

La plupart des Agronomes préten- 
dent avoir paré le coup de cette remar- 
que, en difant que la didance plus ou? 
moins grande de lEtoile fixe , qui feir 
à corriger les réfractions de la I^lanette ,. 
ne fait rien , puifqu'elle eft observée ain- 
fi que la Planette dans le pa.fl"age du .Mé-' 
ridien , c'eft- à-dire , fur la même ligne ^ 
& que la diftnnce du tems des obferva- 
tions n'étant pas confidérable^ le chan- 
gement de la température de l'air ne 
fgauroit nuire à ces obfervations , d'au^ 



52 Ob'servationssurl 

tant mieux c]ue l'air ne s'épaillît tk ne fe 
dilate que pnr des degrés infenfibles. Ce 
qui ne luffit cependant pas, comme nous 
allons voir. 

Je fuppofe la Lune obfervée , dans 
deux endroits quelconques , à fon paiTa- 
ge du Méridien. & une minute après l'E- 
toile de correétion , obfervée fur la mê- 
me ligne. N'efl-il pas vrai que ces deux 
aftres ne le trouveront jamais lur Je mê- 
me point d'obfervation , dans detlx dit- 
férens endrt/its , & dans le même tems ? 
cela eft inconteftable. N'eft - il pas vrai 
encore que notre Atmofphére eft fphéri- 
que , ce que tout le monde fçait ? Je 
dis donc que les réfradions priles (ur 
deux points diftcrens d'une furface fphe- 
rique , doivent avoir des angles dif- 
férensce qui eft démontré. Or donc 
Gomment MeOieurs les Aftrcnomes , 
}ufqu'aujourd'hui , ont - ils put fe pcr- 
fuader que la réfraétion du milieu d'une 
furface fphéiique où l'on fuppofe la Lu- 
ne , Ibit la même que celle d'un endroit 
plus éloigné de ce milieu, où l'on fuppo- 
fe les Etoiles qui fervent de correélion 
aux différentes réfraélions. 
-Il faut donc convenir que on ne trouve 
pas un moyen sûr d'obferver les Planettes 
e-n calculant auparavant avec exaétitudela 
différente denfité d'air de chaque climat, 
celle du tems & des faifons : ce qui ce- 
pendant ne fuffira pas, jufqu'à ce que les 
Philofophes foient certains delà vérita- 
ble nature des corps , & principalement 
de celle de la lumière. 

Il femble au contraire que l'on veut 
exclure la méthode Snithetique , en 
adoptant des fyftemes que l'on croit 
fondés fur des (impies faits , toujours 
incertains & mal établis , & l'on veut 
remonter aux caufes nu lieu de def- 
cendre de la pofition des caufes à 
l^xamen des effets. C'eft ce que 
.acuj allons voir préfeiuement dans les 



Histoire Naturelle,; 

Obiervations de M. le Monier. 

Si M. le Monier prétend former de 
bonnes Tables Aftronomiques , en fui- 
vant la Phiiofophie naturelle des princi- 
pes Mathématiques de M. Newton. Il 
eft bien éloigné du but ; ainfi ce que je 
vais prouver. 

Je n'avance ici rien de trop ; comment 
peut - on donner des tables certaines des 
lieux de la Lune & de fes diamètres ap- 
parens , pour faire connoître chaque 
fois le rapport de fes diftances à la Terre, 
il l'on ne connoît pas la vraye caufe qui 
Ta fait mouvoir ? M. le Monier a beau 
dire, que » les Tables des Aftronomes 
« lont les élemens cffentiels pour véri- 
" tîer la théorie , & pour découvrir à 
» quelle cau(e l'on doit principalement 
» attribuer la différence qui fe trouve 
» entre la Table & Tobfervation du 
33 mouvement de la Lune en alcenfîoa 
M droite de longitude. » Les Obfer- 
vations modernes feront comme les an- 
ciennes ; il y aura toujours quelque 
chofè à redire : il faut auparavant fçavoir 
ce qui fait éloigner ou approcher cette 
Planette de la Terre & du Soleil, & ce 
qui caufe fes bonds dans fes croiffans & 
fes décours ; & en un mot , ce qui oc- 
cafionnc fes aphélies & Çei périhélies . Je le 
répète encore , c'eft ce que l'on ne peut 
démontrer avec la théorie de M. New- 
ton ; l'attraélion Si la gravitation ne 
s'accordent pas avec les irrégularités de 
la Lune. 

Si ce fyftéme avoit lieu , dans cer- 
taine pofition , la Lune feroit double- 
ment attirée par la Terre èc par le So- 
leil ; dans d'autres pofitions , elle feroit 
atttirée d'un côté par la terre , tandis 
que le Soleil l'attireroit par le côté op- 
pofé j de forte qu'elle feroit fufpendue 
& comme attachée par cette double at- 
traction, c'eft ce que nous ne voyons 
pas dans les péiiheliesj au contraire, il 

arrive 



SUR LA Physique 

arrive foiivent que la Lun2^ dans une 
même poCtion à l'égard de la Terre 6c 
du Soleil , efl: tantôt plus , tantôt moins 
cloignce de notre orbe. 

Je dis donc que fi Tattradion ou la 
gravitation exercent leur puiflance fur 
les corps planétaires par des forces pro- 
portionnées aux diilancos Se aux tems , 
& que la matière foir inanimée ^ il fayt 
alors que les révolmions loient invaria- 
bles ôc confiantes ; car le Soleil , la 
Terre & la Lune , ne pourroient pas 
plus graviter & attirer dans un tems que 
dans un autre. Mais fi l'on luppofe que 
la matière eft animée 5c qu'elle agit par 
caprice , ce qui ell abfolument ridi'ule , 
les Newteniens font pardonnables de 
croire que ces deux caufes » occultes 
jufqu'à préfent à ceux même qui les ad- 
mettent , font les feules qui occafionnent 
les variétés de la Lune. 

Mais, dira Al. le Monier^ les autres 
planettes y entrent pour quelque chofe, 
& l'attraction des unes vers les autres 
dérange U Lune de l'orbre régulier 
qu'elle traceroit , fi elle n etoit mife en 
mouvement que par la gravitation , & les 
attractions réciproques du Soleil & de \à 
Terre ? Je crois que fi c'étoit là la leule 
raifon que nous eulTions pour expliquer 
les irrégularités de la Lune , nous ne !e- 
rions pas long-tems à former une théorie 
certaine de Ion mouvement ; mais au 
contraire , la preuve de cette impofllbi- 
lité eft conftatée par le fentiment des plus 
célèbre Académies 1 & par celui de M. 
le Monier lui - même. i°. Témoin le 
Programme qui parut dans le Journal 
de Trévoux ( Février 1750.) de l'Aca- 
dcmie de Péterfbourg , dont voici le 
contenu , » Sçavoir , fi toutes les inéga- 
j3 lités qu'on obferve dans le mouve- 
jj ment de la Lune, font conformes à la 
j> théorie de Newton : qu'elle eft la vraie 
M théorie de ces irrégularités , en vertu 
Annéi 17 j 2. Tom. 1. 1. Part, 



ET SUR LA Peinture. 5^ 

» de laquelle on puiile déterminer, pour 
» quelque- tems que ce foit , le lieu de la 
» Lune. 

2°. M. le Monier , dans l'extrait de 
la Préhice du livre que j'ai cité, dans le 
Mercure de Juin dernier,/'. 14, dit: » La 
" Théorie de M. NeNCton donnera fans 
M doute bien-tôt des Tables plus com- 
» plettes ( du mouvement de la Lu- 
» ne. ) Si les Aftrouomes agiffent de 
» concert dans le defl^ein d'achever cette 
» Théorie , qui a furpafle jufqu'ici les 
n forcesdel'Analyfe ». Je crois que ces 
témoignages fuffilent pour prouver l'im- 
perfedion des prétendues découvertes 
de Newton, & que AL Monier a tort 
de vouloir former des Tables fur ce 
principe ^ puifqu'il le reconnoîi incer- 
tain. 

Pour donner cependant plus de poids 
à ces fortes conjectures contre les Tables 
de M. le Monier, je renvoyé le Lecfteur 
aux Démonftrations Mathématiques de 
rimpulfion , contre le Syftcme de New- 
ton , & contre l'Aftronomie du Dcfteur 
Grcgori , que j'ai données dans la fécon- 
de Partie du premier volume de ma 
Chroa genefe ,aPms chez Delaguette, 
17 51. 

II me fuffit de donner ici un Extrait 
de ma nouvelle découverte fur le mou- 
vement de la Lune,& de démontrer dans 
le Théorème fuivant, la façon dont elle 
peut fe mouvoir autour de la Terre , avec 
plus de vraifemblance. 

T H E O R E M E. 

La Lune peut fe mouvoir autour de la Terre, 
par la feule impulfion des parties ignées , 
qui (e compriment du Soleil à la Terre ^ 
du Soleil à la Lune , ^ de la Terre à la, 

Lune. 

Nous fçavons que la Terre eft environ 
4p| fois plus grande que la Lune, & 

E 



34 Observations sur l' 

par confcquent cjue fon diamètre eft 
comme i i à } ( voyez là - dellVs les 
Aflronomes. ) 

Voilà le point edentiel fur lequel je 
fonde mon 1 hcorcme , car je prouve 
par cette difproportion de grandeur, 
que la rcimpulfion qui le doit faire de 
la Terre à la Lune efl: plus grande que 
celle de la Lune à la Terre ; & par con- 
lequent , que la terre doit forcer la Lune 
à décliner de Ion apixlie, & s'approcher 
dcl on périhélie , malgré l'impulfion di- 
recte du Soleil ; & enfuite retourner 
par degrés de fon périhélie à fon aphcUc , 
ï'elon que l'angle de léimpulGon ell: plus 
ou moins giand j c'ellce qui fait pnoire 
à nos yeux qu'elle tourne autour de laTer- 
re, comme elle y tourne effedivement par 
des lignes fpiiales , qu'aucun Allrononie 
ne connoît point encore , ( à ce que je 
crois ) & que je n'ai découvertes que 
par fon Syftcme de l'impulfion. Je me 
flatte qu'aNant démontré ce TJiéoreme, 
j'aurai fait tin grand progrès dans l'éia- 
bliflement de mon Hvpothèfe. Je vais 
expliquer cette nouvelle figure, ( voyez 
figure première. ) 

S le Soleil , T la Terre , L la Lune , 
ALA l'orbe des aphélies de la Lune , 
PLP celui des périhélies de la Lune , 
TT l'orbe de la Terre ; a , b , c , d,e , 
f,g,h, i, les différentes pcdcions de 
la Terre dans fon orbe , k , l, m, n y o, 
P> 9> »■» ^» Jes différentes pofitions de 
la Lune dans la ligne fpirale qu'elle 
trace autour du Soleil , par la rcliflance 
des rayons renvoyés de la Terre, ou de 
la réimpullion des paities ignées de la 
Terre à la Lune. 

Démonstration. 

Je fuppofe la Terre en « & la Lune 
en k , je dis alors que 11 la Terre, par fon 
mouvement de rotation & orbiculaire, 
trace Ja ligne courbe TT , comme j'ai 



Histoire Naturelle'; 

démontré ailleurs , & que par la rflêms 
C3u!b , la Lune en fade do uicme fur 
Ion orbe à'aphelie LAL , fi rien ne la dc- 
touine , en ce cas , fa proximité vers la 
Terre , & la grandeur de none globe , 
plus confidéiable que le fien , occafion- 
nant une réimpujfion des parties ignée;, 
ou de la lumière vers la Lune , en tout 
endroit où elle fe trouve oppo'ée à la- 
Terre, cette réimpulfion agiffint deprès 
& en grande quantité , forcera la Lune 
dans fon mouvement de rotation & or- 
biculaircj de le détourner de fon oibe , 
& de s'approc'ner d-e fon périhélie , à iTie-^ 
fure que les rayons réfléchis delà Terre' 
la pouileront vers le Soleil. 

J'ai démontré dans mon h'ivre , que' 
la matière étoit padîve & inerte , & par 
conféquent que tout Globe, de quelle 
grandeur immcnfe qu'il foit , refte à 
l'endroit où il efi: dans Pair, & ne fe re- 
mue aucunement, s'il n'eft comprimé par 
quelqu'autre corps. 

J'ai prouvé que les parties ignées font 
les petits Cor[s dont Dieu d lert pour 
mouvoir tous les Globes & ce qui les 
environne. 

J'ai de plus démontre dans le deu- 
xième Corollaire du fécond 1 héoréme 
de mon Livre , que les rayons du Soleil 
ne fçauroient poiiifer les lourdes tnafles 
des Planettes , qu'à une certaine diftan- 
ce , Si que la comprefTion des autres 
particules, répandues lur la même Ligne 
& en de-là de la compreflion , les rete- 
noit & les arrêtoit dans leurs orbes. 

Je répète ici toutes ces définitions, 
pour ne pas perdre de vue ce que je veux 
établir. 

Cela pofé & démontré , la moindre 
force d'augmentation à celle qui relient 
une Planette dans fon orbe & l'emré- 
che de s'éloigner du Soleil , la détermi- 
nera à s'avancer vers cetallre , & aftoi- 
blira l'impulfion de fes rayons , c'cû ee 



nô-i- OBSERVATION J-urCUi,tCoirc N-atureUe. jiir.la l'àt^naiie . fU^fy (a Peintccre .J^l.T. Tome !•: Pa/-tie J . 




rarje. 34 



e^. e^-s^y' itx Peinture. Fi. T. Tome i f Partie 7 . 



Monocorde 







Si 



m.= 




lœ 



Senti, 
C*yt\ , 



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Se* t i 
ton nu 



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ryxoJ . 






A 



t<yrx 



E> 






IM 



Pcu^e.2>4,.uh4.° u.Pq^ojSi'X. inix. 



SUR LA PhYSIQUEE 
ijne nous pourrons ici exaftement prou- 
ver ; car lorfque la Lune eft au point k^ 
& que la Terre fe trouve au point a, 
alors l'ang'e de réimpulfion , étant tou- 
jours égal à celui' de l'incidence , les 
rayons du Soleil comprimant par la Ligne 
S a la Terre , comme ils compriment 
par la Ligne S k\n Lune , il faudra né- 
ceffairement cju'une partie de la force 
imprimée fur la Terre, réjaillifle de fa 
fohdité , & rencontre par l'angle S ^ /:1a 
Lune ; la furface de la Terre étant plus 
grande que celle de la Lune , 6c par con- 
léquent renvoyant un très-grand nom- 
bre de rayons fur le Globe de cette Pla- 
nette > il faut alors que la Lune , quoi- 
qu'cgalement pouffée par l'impuilion 
direde du Soleil, cède à la rtimpulfion 
de la Terre, qui lui ell contraire, c'eltce 
que je démontre. 

Si la Lune fe trouve au point /^,& 
qu'elle foit mue par les rayons du So- 
leil , elle tracera la Ligne , k t , fi rien 
ne l'arrête , mais ii elle eft arrêtée par la 
force a k f Se àt plus entraînée par la 
prellion de l'air , qui fuit les points de 
l'orbe que la terre quitte , il faut qu'elle 
trace une autre ligne , & que cette autre 
ligne foit la diangonale d'un parallelo- 
^rame , dont la moitié e{[ ak t ; puifque 
Newton & tous les Philofophes con- 
viennent que des forces contraires join- 
tes aux deux côtés d'un parallelogramc, 
forcent le corps qui fe feruit mu dans 
l'un de ces côtés à décrire la diagonale 
de ces côtés , ce qui eft incontellable. 
Cela étant , il faut ncceffairement que la 
réimpuifion de la Terre à la Lune oblige 
cette Planette à décrire la ligne (pirale 
kl m. Sec. autour du Soleil , & lorfque 
la réimpuldon de la Terre agira dans un 
angle plus aigu. & par confequent plus 
impulfif, comme dans la lîtuation de la 
Terre en i. & de la Lune en / , l'angle 
de réimpuifion Sbl, fera plus élaftique, 



tSur la Peinture. 55^ 

plus comprellîf que dans S a k , 8i ainii 
des autres portions de la Lune , à l'égard 
del;i Terre 7 dans les Uefcenfions. Mais 
dans les Afcenfions de cette Planette, 
lorfqu'elle monte du point n aux points 
0, p, q, r, la démonftration eft alors 
bien plus facile , parce que la prellion 
delà Terre, qui la poufle devant elle 
par l'air qu'elle comprime , & la réim- 
puifion de fes rayons, fe joignant à l'im- 
puHion naturelle du Soleil, la font avan- 
cer & monter par la ligne fpirale n , 0, 
p , q , r : la. Terre le trouvant en e lorf- 
qu'elle eft en , en / lorfqu'elle eft en 
p , en g lorfqu'elle eft en ^ , &c. C'efi: 
ce que l'on n'aura pas de peine à com- 
prendre , & qui fe démontre naturelle- 
ment , lorlque l'on admet le fyfteme de 
l'impulfion , & ce que l'on ne fçauroic 
démontrer autrement. 

Premier Corollaire, 

Je fuis obligé de tirer ce corollaire 
pour mettre toutes chofes en régie vis- 
à-vis ceux qui n'aiment pas la nouveau- 
té ; on me dira que la Lune dans Ion 
périhélie eft plus éloignée de la Terre & 
plus proche du Soleil , &: par conléquenc 
plus repoulTée par cet aftre , de lorte 
qu'elle devroit s'approcher tout-à fait de 
la Terre. 

( Voyez fig. 1°. ) Pour démontrer 
qu'il eft impoliible que la Lune f- porte 
plus proche de la Terre dans Ion périhé- 
lie , faites les triangles S L T , T a S & 
T i S ; T fera la Terre , S le Soleil , L 
la Lune, -dans la même diftance à peu 
près du Soleil que la Terre, & Ma Lune 
plus proche du Soleil & plus éloignée de 
la Terrera, la lituation de cette Pla- 
nette encore plus éloignée de la ten e. 

La ligne L S eft égale à la ligne T S , 
ainfi ces deux impullions font égales; 
mais fi i'ôte la force L PS, alors L S 
fera — - L T S i fuppofez la force b 

£ij 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 

L T qui eftlD léiinpulfion delà J'édipfe : ce qui eft plus cjue fufKTant 



3^ 
L = 

terre ; donc la Lime.au lieu de s'éloigner 
du Soleil à la diftance L S , ne s'éloigne- 
ra plus c]ue comme i S ; & puifque l'an- 
gle b TS dans ce-te pofitinn e{[ plus aii',u 
que l'angle LTS, la rcimpulficn doit 
être plus violente , & pouffer davantage 
vers b que vers L. Et par la même rai- 
{\jn, Çi la force T b eft plus violente que 
L T , la Lune du point b doit defcendre 

vers le Soleil par une force /'a que 

je fuppofe = T b. C*ef1: tout ce qu'il 
falloit démontrer, pour prouver que les 
forces de rcimpulfion déduites des forces 
impulliveb i diminuent d'autant plus ces 
forces impulTives, qu'elles font plus di- 
rectes & moins obliques ; il fuit de ce 
corollaire que la Lune s'approche de la 
Terre, & S éloigne de (on/:'c/7/2ei/e, àmc- 
fure que l'angle de rcimpulfion eft moins 
fort &C plus obtus. Te n'ai pas befoin de 
démontrer ceci ; un Ecolier de Géomé- 
trie m'entendra. 

Deuxième CoroUain. 

, Pendant que je formois le précédent 
corollaire , il s'en efl ptéfenté un fécond 
fur les éclipfes de la Lune , où il n'y a 
plus de réimpulfion ; cela eft vrai. Sans 
doute on m'objedera alors que la Lune 
eft pouflce tout d'un coup vers la Ter- 
re , par rimpulfîon du Soleil dans ce 
phénomène , & que la terre refte 
alors fans mouvement. Je répondrai , i °. 
Que la Lune , étant plus petite que la 
Terre, elle ne doit pas empêcher la 
Terre de recevoir la lumière dans quel- 
qu'endroit , par couféquent de conti- 
nuer Ion mouvement , lîk les éclipfes 
de Soleil ne peuvent que ï: rallentir. 2". 
Que la Lune eft alors retenue parles 
parties de 1 air, qui font entr'elles êc la 
Terre , outre le^ angles de réflexion qui 
fe forment encore de la partie de la 
Terre, qui fe trouve éclairée pendant 



pour balancer Timpulfion de h Lune' 
vers la Terre dans le moment de l'cclipfe' 
du Soleil : Se comme ce phénomène 
n'empcche pas la Lune de fuivre ion 
mouvement en ligne courbe autour du 
Soleil , ou de continuer fa ligne (pirale , 
elle découvre enfin la terre qui agit alors, 
&C continua fa réimpulfion, comme au- 
paravant. 

A l'égard des éclipfes totales de 
Lune ., il fc peut que la Lun3 refte fans 
awcun mouvement pendant féclipfe. 
( ce qui peut s'obferver ) Mais comme 
la Terre ne tarde pas à la découvrir aux 
rayons du Soleil , & qu'elle en peut re- 
cevoir des réimpultîons , lorfqu'elle ne 
pafTe pas dans la même ligne, qui coupe 
le centre de la Tene & celui du Soleil, 
elle peut encore par ces réimpul- 
f4ons latérales de la Terre , être 
déterminée à quelque mouvement 
pendant réclipfe. Mais fon inertie la 
maintient toujours dans la mémefitua- 
tion où elle !e trouve édipfée , fans 
qu'elle foit obligée de i'éloigner ou de 
s'approcher plus ou moins de la Terre , 
jufqu'à ce qu'elle foit découverte, iSc 
éclairée de nouveau par le Soleil. 

Ceci futfira pour prouver à M. le 
Monier , que les Tables des Aftrcnomes 
ne font pas les élemens ejjhitieh pour vérifier 
la théorie de la Lune dans h Syjltme de 
Newton. 

Les vaiiétés de la Lune pourront (e 



démontrer par les 



impulfîons 



plus ou 



moins grandes, fuivant les lieux de cette 
Planettc & les poiitionsde la Terre , Si 
leKm qu'elle recevra les impidfîons des 
paities terreftres ds notre Globe, plus 
impulfives que celles des mers. 

Cette nouvelle Théorie fondée fur 
une cuufe univerftlle, connue & facile 
à démontrer, à la portée même de nos 
fens, telle que la lumière, mérite bien 



SUR LA Ï'hYSIQUE 
l'attention des amateurs de la vérité. 

Sans la lumière du Soleil , ap;erce- 
vrions - nous les Planettes & le» phafes 
de la Lune. Que les Phyficiens , 
me difent (i cetce himiére eft au- 
tre cliofe qu'un mouvement de particu- 
les , qui fe portent naturellement du So- 
leil à 11 Lune , de la Lune lur la Terre , 
& de la Terre à nos yeux ? C'eft ce que 
l'on ne me peut nier. On avouera donc 
que ces particules ont une puiOance 
motrice indépendante , qui ne peut le 
concevoir que comme émanée du Soleil, 
centre commun à tous les rayons qui 
en dépendent. J^ourquoi donc ne pas 
admettre cette caufe fi iimple & fi natu- 
relle pour faire mouvoir h Lune & la 
Terre , puifque la lumière fe porte (ur 
des Globes conrtruits de matière paflîve, 
inerce &: incapable de mouvement ? En 
véiité , c'eft fermer hs yeux à la lumiè- 
re. Moins de prévention pour des fyOê- 
mes ridicules , ou il faut complication 
de caules , ou il faut animer la matière , 



ET SUR Pe 1 NTu''RP. ^7 

& lui donner des qualités inconnues. 
Plus de fincérité. 

Si mon hypotèfe eft vraifemblable , il 
n'en coûtera que quelques réflexions , 
qu'un peu de recherches , pour s'af- 
fûrer rout-à-fait de la réalité. Medieurs 
les Aftronomes arrêtez vos Obferva- 
tions & vos Tables ; étudiez un peu 
cette matière, C vous la jugez digne de 
votre attention ; faites quelques recher- 
ches en confèquence , vous ferez tou- 
iotvrs à tems de revenir fur vos pas , Cï 
elles ne vous contentent pas mieux que 
celles de Newton. Et avant d'aller dans 
l'Hèmifphére méridional , méfurer la 
diftance de la Terre & de la Lune , con- 
venez de la véritable nature de la lu- 
mière , de celle de l'Air & des réfradions 
que la lumière obferve dans les diffèrens 
corps tranfparens , afin de déterminer , 
du moins avec plus de prècifion , en com- 
bien de lignes on doit confidèrer celle 
que le point vifuel adopte mal-à-propos 
pour une feule ligne direfte 



PEINTURE. 



^^^^^^^ï^ 



^^:^^^^^?^S^^^^^É^ 



OBSERVATION PREMIERE- 

Sur la Mujique des Couleurs , inventée par le Père C as tel. 



ï'p.^'CH;;? A Pierre philofophale eft 
O L ^ moins difecile que l'exécution 
^;^^£ de cette Muiique ; le P. Caftel 
«.-<^.,y y a travaillé des tems immen- 
fes , fans en venir à bout ; l'idée en eft in- 
génieufe , cela eft vrai. Mais quand mê- 
me elle (erolt praticable,elie ne pouiioit 



être d'aucune utilité , ni aux Muficiens , 
ci aux Peintres. Je vais obferver que 
cette invention de l'analogie des Sons à 
celle des Couleurs, n'a aucun rapport, 
malgré le fentiment de M. Newton , 
qui, d'accord avec le P. Cafte! .les com- 
pare aux Cordes de la Ce d'un Ton , d um 



38 



Observations sur l'Histoire Naturellf, 



tierce mineure , une feptiéme ^ &* une hui- 
tième au - dejfus de cette Clé ^ crc. voyez 
fbn Traicé d'Optique , troiUcme propo- 
iition , Liv. i. Part. I \. 

Si le P. Cartel a puifc cette Tlicoiie 
de Newton, Newton, à (on tour, l'avoit 
puifée d'Ariftote : cet ancien Auteur 
dit , qu'il y avoit un rapport entre les 
Couleurs éc les Sons. ( 3. Chapitre du 
•Livre des Sons £/ des qualités fenflbles, ) Il 
prctendoit que le rapport entre certai- 
nes Couleurs font comme de 2 à 3 , 
& comme de j à 4 , de même que 
certains Sons , & que ces rapports dans 
cette proportion , forment les accords 
les plus agréables dans la Mudque & dans 
les Couleurs. 

Les Peintres & les Muficiens Grecs 
employoient autrefois , & indiffcrem- 
ment , le terme de Ton , c'eft - à - dire , 
TsVii' dans les différences marquées 
entre le , Son grave &c l'aigu^ comme 
entre le clair & l'obfcur , ce qui a fait 
prendre le change au P. Cartel. Au lieu 
de comparer le Silence & le Son au Clair 
& à rObfcur, c'ert - à - dire^ le Ton le 



que chaque couleur p.ifle en particulier 
par toutes les clafles de clair & d'obicur, 
c'elt - à - dire , du ton le plus grave au 
plus aigu; un rouge par exemple , peut 
le rencontrer à l'uniilon avec un bleu, 
un vert , un jaune , &c. Il lufiit de com- 
parer les couleurs, pour connoître cette 
vérité , & l'on trouvera aifcment dans 
chacune en particulier, le degré de clair 
ou d'obfcur , qui s'accordera à l'uni tfon 
de teinte de celle de différentes ef^éccs 
qu'on veut luiaccofder. 

Ainfî Tanalogie piérenJue des fons 
& du clair obîcur, n'crt que le rapport de 
la lumière à 1 ombre , comme de celle du 
bruit au filence. Ce qui peut paifaite- 
ment b'accorder , mais non pas celle des 
différentes couleurs, qui n'ont aucun rap- 
port déterminé entr'elles. 

C'ert fur ces fondemens incertains 
que le Chancelier Bacon a cru entrevoir 
le rapport des couleurs aux tons nnifi- 
caux, n'appercevant pas la force ducLir 
obxur , qui domine indifiéremment tou- 
tes les couleurs , & qui (eul peut en faire 
les accords dans les diflcrentes teintes 



plus grave , & celui dont les vibrations par les pofitions & les contraftes du ta- 
font les plus lentes & les plus proches du bleau. 



lilence , aux Ombres les plus fortes & 
les plus proches du vrai Noir , & les 
Tons les plus clairs ^ à la lumière la 
plus vive & la plus proche du blanc par- 
fait ; au contraire, le P. Cartel a voulu 
comparer les fons aux couleurs , n'ap- 
percevant pas que ces couleurs de diflé- 
rentes efpéces ne font dégradées que par 
l'ombre 6c la lumicrç , êc qu'elles n'ont 
aucune teinte déterminée , qui leur foit 
plus propre qu'un autre , fi ce n'eft d'ê- 
tre plu3 claires ou plus obfcures, félon 



Avec toutes fortes de couleurs,prifes à 
part , on peut faire un tableau en y mê- 
lant du noir & du blanc, de forte que 
l'on appelle ces tableaux d'une feule 
couleur Cainayeux *. Je demande donc, 
fi un camayeu rouge , à coté d'un autre 
bleu , d'un jaune & d'un vert , dans le(^ 
quels on n'aura fait entrer que du noir & 
du blanc, pour taire les différentes dégra- 
dât ions, ne reprélentera pas leb mêmes ob- 
jors , & ne formera pas les mêmes oppo- 
luions que le bleu, le jaune 6c le vert. 



qu'elles font plus mêlées d'ombres ou de & fi les quatre tableaux, quoique de 
lumières. différentes couleurs en particulier , ne 

Les Peintres fçavenr parfaitement feront pas en gcnéial à l'unilfon dans les 



f Camayeu veut dire » tableau d'une feule cou- leur,frappé cependant d'ombre & de lumière. 



SUR LA Physique e 

lointains , dans les mafles d'ombi e , dans 
les coups Je lumière , &c. Donc ces qua- 
tre couleurs peuvent s'accorder en tout 
point, quoique différentes , & leurs ac- 
cords entr'elles ne provient que du clair 
obTciir. 

Si je change ces différens Camayeux , 
& que d'un morceau de l'un, je faffe 
une draperie ; d'un morceau de l'autre 
le Ciel ; de celui - ci un arbre, & de 
l'autre un corps de bâtiment , je ferai un 
Tableau coloré de diveifes couleurs, qui 
fera à l'unifTon de chaque Camayeu en 
particulier. 

Cette preuve fuffit pour détruire la 
vaine opinion , que les couleurs peuvent 
s'accorder entr'elles , comme les difté- 
rens fons , fans faire mention du clair 
obfcur , qui les domine , qui les gradue, 
& qui fixe leuis dégiés de teinte. Il cil 
ridicule de dire , que la couleur rouge, 
par exemple , s'accorde avec telle autre 
couleur , fans parler de fon degré par- 
ticulier ; il faut dire plutôt , que c'efl le 
degré ou la teinte de telles couleurs qui 
s'accorde avec le degré & la teinte de 
telle autre couleur , par la proportion de 
leur clair obicur. 

Le P. Kirker , Jéfuite , a donné auflî 
dans cette ruppoOtion, & il s'accorde 
avec M. de la Cliarvhre , pour dire que 
le vert répond à l'oélave , le rouge à la 
quinte , le jaune à la quarte, 5cc. Tous 
ces Auteurs fuivent Ariftote , Auteur 
décrédité &: que tout le monde copie ; 
on ne change que les noms , mais on 
laifl'e fubdfier le fond de fês imagina- 
tions. M. Neivton ëc le P. Cajîel , vou- 
lant cependant renchérir fur le lentiment 
du vieux Fhilolophe , l'un a divifé les 
couleurs de l'image de la Chambre noire, 
& l'autre a compoic un ordre Cromati- 
que , & en poullant l'hypotèfe plus loin, 
ce dernier a voulu faire un Clwecin de 
couleur. 



T SUR LA Peinture. 39 

Newton croit avoir démontré par ks 
méfures prifes fur fon image , l'ordre 
Diatonique,&avoircompa(fé lacordedu 
fpcBre de la ChaiTibre noire, comme les 
Compofiteurs en Mufique font du Mo- 
nochorde, & il dit alors , que la » ré- 
55 gion du rouge répond à l'intervalle, 
j) qui fe trouve entre le re 6c Vut ; toran- 
» gé , à celle qui fe trouve entre l'ut 3i le 
nji; k jaune entre celle qui fe trouve en- 
n tre le Ji èclela; le vert à celle qu'il y 
» a entre le la & le fol; le bleu â celle du 
» fol & du /a ; l'indigo à celle du la & du 
» nït ; & enfin le violet à celle du 777; Se 
» du re «. Nous avons quelque idée du 
monochorde mufical ; il y a à Marfeille 
un Orgue de notre façon ; je me reflbu- 
viens que le Diapafon étoit compofé de 
deux ions , fçavoir le ton grave & le ton 
aigu : ces deux fons comprennent de 
l'un à l'autre fept intervalles , c'efl; - à- 
dire, trois tons majeurs , deux mineurs, 
& deux demi tons majeurs. 

Il luit, de cette divifion plufieurs ac- 
cords , les voici : 

"L' Héxacorde major , ou fexte majeure, 
compolé de deux fons, l'un grave , èc 
l'autre aigu , comprend cinq intervalles > 
fçavoir deux tons majeurs , deux mi- 
neurs , Se un demi ton majeur. 



L'Hexacorde 



minor 



, ou iexte mineure. 



contient l'intervalle de deux tons ma- 
jeurs & un mineur, & de deux demi tons 
majeurs . 

Le Diapente ou quinte , contient l'in- 
tervalle de deux tons majeurs , un mi- 
neur & d'un demi ton majeur. 

Le Diatefferon ou quarte , contient 
l'intervalle de deux tons , un majeur ^ Sc 
un mineur d'un demi ton majeur. 

Le Dhon, ou tierce majeure, efl com- 
pofé de deux tons, l'un grave & l'autre 
aigu, qui comprend deux intervalles, un 
ton majeur & un ton mineur. 

Et enfin le feml-Diton^ ou ùerce .vni.- 



40 CrsFRVATIO>^S SUR L 

nc'iire , comprenddeuA autres intervalles, 
fçavoir un demi ton majeur, & un ton mi- 
neur , ou un demi majeur , un ton mineur. 
Pour prouver géométriquement les 
premiers accords , je coupois ma corde 
en fix parties égales ; avec la moitié , j'a- 
vois fur le champ l'odave » car la corde 
en entier étoit le Ton Grave , & la moitié 
de la corde faifoir le Ton Aigu , & don- 
noit politivement l'oâave ; & en prenanc 
quatce parties de ma corde ^ j'avois la 
Quinte , parce que toute la corde étoit 
divifée en fix , & formoit l'étendue de 
quatre à Hx . ou comme 532, c'eft-à- 
dire, lediapente. 

En prenant cinq parties de cette même 
corde , j'avois la Tierce mineure qui 
étoit comme 6 à <;. 

Pour trouver enluitele diatejjèron , je 
divifois ma corde en quatre , & en pre- 
nant trois parties de cette corde, j'avois 
la Quarte. 

Et enfin , pour trouver les Tierces 
majeures, je divilbis la corde en cinq, 
quatre parties de laquelle me donnoient 
alors la tierce majeure : & (ï je ne pre- 
nois que } parties de 5 , qui compo- 
foient toute la corde ^ j'avois la Sexre 
majeure, & laSexte mineuieje Pavois , 
en divifant la corde en 8 & prenant y 
parties. 

Er pour avoir le ton Majeur, je divi- 
fois ma corde en 9, delquellesj'enprenois 
8, ce qui me foi moit ce ton majeur. 

Enfin je divifois la moitié de la corde 
en 20 parties , & j'en prenois 1 1 , j'avois 
la Scp'iénie ; de (orte qu'en polant ces 
divilions Tune fur l'autre , je formois 
les lept intervalles de /fl , y? , ut, re,mi, 
fa , fol , la. Ce qui fait Tcchelle de la 
Game ; c'efl: - à • dire les Ton^ auxquels 
on donne le nom d'Ami la , de B-fa -fi , 
de C fol ut , &c. 

L'afTemblage de ces proportions for- 
moit les intervalles du diapalbn ou de 



Histoire Naturelle. 

l'octave , fçavoir de trois tons majeurs , 
deux tons mineurs, &i deux ibmi - tons 
majeurs. 

Outre cette divifion, j'avois encore les 
accords majeurs du la, la tierce majeure, 
& la fexte majeure j c'ell - à -diie , Uc 
dieie , & Fa die^e. 

Voyez la figure qui reprcfente toutes 
,ces divifions,appcliee Monochorde. 

J'ai été forcé malgré moi , d'entrer 
dans une efpéce de détail , afin d'offrir 
ii la vue les proportions que les cordes 
muficales ont entr'elles, pour former les 
Sons. 

Ces proportions fe gardent exaéle- 
ment dans les tuyaux d'orgues : mais 
fur les inflrumens à corde , la tendon 
plus ou moins grande forme les Tons , 
quoique cependant cette tenfion, plus ou 
moins grande , eft limitée à une certaine 
portée j après laquelle les cordes caffent : 
rnais dans les intervalles dont parle M. 
Nevton , il n''ell queftion que des pro- 
portions fixes des fons , que l'on veut 
comparer à celles des couleurs, fort mal- 
à-propos. En voici la raifon. 

i •. Je ne fçais lî M. Newton , & les 
autres modernes , qui ont voulu trouver 
l'accord mufical lur l'image d'un p.ifme, 
ont fait reflexion que la région qu'ils pre- 
noient pour l'étendue du fon , n'étoic 
que l'excédent d'un ton à l'autre : par 
exemple, le Monochorde que l'on voit à la 
fin de tette Partie , dans la planche , ex- 
plique en deux mots la mépi ilé de cette 
prétendue proportion ; les 1 ons de cha- 
que note ne font pas compris dans l'in- 
tervalle B A , ainfi que prétend New- 
ton cklVl. de Voltaire, ^c qu'ils appel- 
lent ré'ion , mais feulement dan^ les cor- 
des entières qui compolent les Ions. L'ur 
comprend HA, & le re HB , & non 
pasl'w h région A B, & le rc, celle de 
B C. Cette erreur détruit toute l'hypo- 
tèléj elle tombe enluite d'elle-même. 

Que 



SUR. LA Physique et 

Que l'on ne penfe pas cjue je me mé- 
prends , Se que je n'explique pas bien 
ces Auteurs, je m'en rapporte à leurs 
propres ouvrages qu'il eiï aifé de voir. 
L'étendue des fons fait leur dégié de 
gravité , par confcquenc, fi l'orangé qui 
répond au y? , eft moins étendu que le 
jaune qui répond au la & que le verc qui 
répond aujol, il eft inconteftable que les 
proportions de l'image du priime n'ont 
aucun rapport avec celles des tons mufi- 
caux du monochorde, puifque l'étendue 
des notes diminue à mefure qu'elles font 
plus aiguës ; je crois qu'il n'y a rien à ré- 
pondre à ceci. 

2°. Ce qui détruit encore ce prétendu 
ordre diatonique des couleurs de Timage, 
c'eft que les couleurs les plus aiguës, 
c'eft-à-dire les plus claires , font au cen- 
tre de l'image, comme le jaune, l'oran- 
gé & le vert ; & les plus obfcures , com- 
me le rouge , le bleu & le violet , font au 
contraire aux extrémités : quelle raifon 
a pu faire imaginer à M. Newton cette 
comparaifon f II falloic qu'il ne fut ni 
Peintre, ni Muficien. 

Voyons préfentement le P. Caftel , 
qui veut toucher l'Orgue des couleurs , 
comme on touche celui des fons. 

Je dirai avec M. de Mairan , dans 
les Mémoires de l'Académie de l'année 
1757, que fanalogie des efpéces colo- 
rées avec les fept intervalles des tons de 
l'oftave , a conduit quelques perfonnes 
à croire ( apparemment le V. Cartel ) que 
les couleurs llparées fur le fpeétre par 
des incervallts confonnans , doivent 
mieux s'aflur ir que les autres , c'eft - à- 
dire , taire enlemble un effet plus agréa- 
ble aux yeux ; par exemple la couleur 
d'Or & l'mdigo à l'intervalle de quinte. 
M. Newton paroît fe prêter à cette idée ; 
& il en eft quelque chofe fans doute, 
continue M. Mairan; mais outre qu'il 
y a bien des circonftaiices accidentelles 
Jnnée 1752. Tom. 1. 1. Pan, 



SUR LA Peinture; 41 

dans les fentii-nens de ces convenances ; 
que les avis peuvent être fort partagés en 
différens tems , & en divers lieux , en un 
mot que l'irabitude & la mode y exercent 
leurs droits , tandis que les affortimens 
Toniques fondamentaux ou les Confo- 
nances parfaites , font detou les tems & 
de tous les Pays. 

Ce célèbre Académicien demande en- 
fuite aux perfonnes qui ont de bonr yeux 
& l'oreille délicate, ii une féconde colo- 
rée entière ou de femi-ton , le vert & le 
jaune, par exemple , le rouge & l'oran- 
gé, ou la couleur d'or, vue l'une près 
de l'autre pendant quelques minutes, font 
fur eux une imprellion auffi confidéra- 
ble que celle que feroit un fa & un fol 
un ut , & unji , qui raifonneroient con- 
tinuellement enfemble pendant le même 
tems. Il avoue avec raifon qu il n'y 
trouve nulle comparaifon , nulle analo- 
gie , Se penle que la moUeiie , la flexibi- 
lité , & 1 humidité des fibres de la Rétine, 
ou de la Choroïde , en oppofition à la 
dureté & à la féchereffe des membranes, 
& des parties offeufes de l'organe de 
l'ouie , ont beaucoup de part à cette 
différence. 

M. Mairan , qui paroît ici combattre 
l'analogie des Ions Se des couleurs , pré- 
tend enluite que le vert , par la manière 
qu'il atiede l'organe , tient un milieu 
entre le blanc , ou la lumière & le noir ; 
mais on peut dire , ajoute - t - il , que ce 
n'eft que par Texpérience du pufme, 
que cette railôn a été mife dans (on jour, 
& qu'elle a celle d'être une fimple 
conjedure , car on voit en effet lej^erf , 
commencer au milieu du ipedre , en 
venant du violet , & paffer enfuite pac 
les points.moyens de rèfîangibilitè.&des 
forces de la lumière colorée , autour du- 
quel il s'étend , &c. M. Mairan conclut 
enfin , que les lumières homogènes, ou 
les couleurs n'ont point d'octaves , ni 



42 Observations surl 

dans le corps liimineux , ni dans le mi- 
lieu , ni dans l'organe , ni dans nos 
f^nfarions ; chaque couleur étant toujours 
dépendante d'une réfrangibdité , ou d'une 
fréquence déier.ninée des vibrations , ù" les 
cBaves ne r-Julitnt que des vibrations quel- 
conques des différentes vueffes en raifon 
double , ou fous-double. 

Ainfi les Auteurs même qui adop- 
tent la diftcrente léfrangibilité des cou- 
leurs , doutent de la convenance & du 
rapport des Sons muficaux , avec les 
divcrfes elpéces de couleurs ^ comme de 
fait , il n'y en a aucune. 

Le P. Caftol dit cependant n qu'ayant 
y> au moyen de cordes de foye , de fils 
35 d'archal , & de Targettes de bois^ 
>y ajudé des machines pour ouviir les 
« coffres des couleurs , les comparii- 
»> mens, les peintures, & en un mot , 
» les Lanternes éclairées en couleur ; 
»> de manière , dit - il , qu'en touchant 
» le Clavier de mon Buftet , au même 
») inftant que vous entendez un Ton , vous 
sj voyez une couleur relative à ce fon , de 
î) façon que plus les doigts courent & 
3> fautent fur le Clavier j plus on voit de 
» couleurs en accords , ou dans une (uite 
a d'harmonie. 

Les couleurs & les Lanternes colorées, 
font au nombre de 144 compartimens, 
c'eft, dit le Père Cafiel , douze odaves, 
& chaque octave eft compofée de 12 
notes, ut bleu, ut dieze céladon , ré vert , 
ré dieze olive , mi jaune , fa aurore , fa 
dieze orangé , fol rouge , fol dieze cramoi- 
Ji , la violet , la dieze agate , & enfin fi 
)/iolant. 

Ces odaves répondent aux divers jeux 
qui tiennent au Clavier , lequel n'a ce- 
pendant que quatre odaves.lans corapter 
fbn ravalement ; on fçait que la, pédale &c 
lejîageolet du même ton, font îk quatre oc- 
taves l'un de l'autre, ce qui fait 144 
tons fur les i^S couches , qui compofeuc 



HISTOIRE Naturelle; 

le Clavier au-delliis du ravalement. 

Sur cet arrangement de notes , & par le 
moyen du Clavier ordinaire , le l'ère 
Caitel allure qu'à mefure que l'on joue 
une Fugue , par exemple , 6" que les fins 
Je font entendre , il s'^tnfuit nccejjhircment 
une Fugue en couleurs ^ pur la repétition des 
couleurs en la mèfureprefcrite.- 

La iiiéhodie des frjns^ li elle eft aflem- 
blée avec celle des couleurs ( ainli que 
le Père Caftel vouloir faire en conftrui- 
fant lui- même fon Orgue ) eftaceroic 
certainement celle de; Lanternes colorées, 
lorfqu'il s'agiroit de Fugue ou de tout 
autre accord harmonieux. On peut dire 
que les fons & les couleurs ne (ont ana- 
logues , que par le clair obfcur qui les 
modifie, mais non pas par leur elpéce 
différente : que le louge , par exemple , 
va du noir au blanc , ainfi que les autres 
couleuis, comme les fons vont aboutir 
aulilence, par toutes les clafles Toni- 
ques , du plus grave au plus aigu : mais 
les couleurs de différentes natures , font 
feulement entre elles comme les difté- 
rens Lnftrumens qui donnent plufieurs 
tons femblabîes , 6c non pas comme les 
diflérens tons , qui ont rapport à plu- 
fieurs couleurs , car le rouge d'un certain 
ton , peut être à l'uniffon d'un vert d'un 
certain ton, &c. 

Conclufion , les organes de la viie, & 
celles de l'ouie , comme vient d'obier-, 
ver M. de Mairan , font d'une lituation 
d.fférenre, les premières ( comme la Ré- 
tine ) embralTent le fujet tout à la fois, 
3c c'eft ce qui occafionne les comparai- 
fons momentanées & non fuccejjlves , que 
nous faifons des oppoficions de clair obf- 
cur, & des nuances des couleurs, au 
lieu que l'Ouie n'ell: que la fenfation 
d'une fucceflion de vibrations, qui peu- 
vent fe pafler en diflérens tems , & dont 
les intervalles même font l'agrément , ce 
qui ne fçauioit arriver à un paifage ni à 



SUR LA PhYISIQUE E 
tous autres tableaux, que l'on nous feroit 
voir par compartimens fuccellivement , 
Se à travers une Lanterne, j'en dirai da- 
vantage une autre (ois , fi le Père Caftel 
veut défendre fa découverte. 



OBSERVATION III. 

Sur les Tableaux expofés dans le Salon du 
Lcuvve au mois d'Août i 75 1. 

LEs plus grands Peintres de l'Antr- 
quité avoient coutume autrefois , 
d'expofer leurs Ouvrages â la cenfure 
publique ; ces expolîtions fervent au- 
tant à inftruire le Public que les Ar- 
tlfles mcme , par les critiques fenfées 
qu'elles occafionnent. 

On voit tous les ans avec plaifir , 
dans le Salon du Louvre , les merveil- 
les de nos Appelles François. Je n'ai 
jamais manqué d'y aller (arisfaire ma 
curiofité , &. j'y ai fouvent puilé des 
leçons extrêmement utiles. Cependant 
comme je fçais qu'Homère dort quelque- 
fois , j'ai pris la liberté de m'apperce- 
voir de certaines négligences qui peu- 
ventéchapper aux plus grands Maîtres. 

Je vais rendre compte au Public de 
l'impreflion qu'ont fait fur mois les Ta- 
bleaux de cette année. 

Le premier qui m'a frappé , efi: de 
Al. Oudri ; il re'pié\tnie un Lapereau di 
une Perdrix grij'e , pendue par les pat- 
tes ; la perdrix eft li douillette & fi na- 
turelle, que j'en aurois volontiers ar- 
raché les plumes , pour voir fi la chair 
répondoit à la douceur du furtour. Le 
Lapereau eft moelleux , il reffent le poil 
à merveille , & le tout enlemble fait un 
morceau dans fon genre, au-deflus de 
tout ce que l'on nous vante des Maîtres 
d'Italie. Ce n'eft point ici un efprit de 
flaterie qui me fait parler, c'eft l'amour 
de la vérité. 

Je me fuis enfuite occupé à des nior- 



T SUR LA Peinture. 45 

ceaux de Fleurs fous glace , extrême- 
ment finis 8c d'un grand goût , de M> 
Portail. J'ai vu dans le même genre, un 
Loriau & wnGeay , de M. Oudri: tous 
ces morceaux iont d'un beau coloiis , 
& dignes des peinceaux qui les onc 
produits. 

J'ai pafTé enfuite aux grands Tableaux 
où l'art fe déployé & où les fautes 
font plus fenfibles. De tous ceux du 
Salon , celui qui méritoit le plus d'at- 
tention , eft fans doute le Portrait du 
Roi , que j'ai trouvé bien hiftorié & 
dans le goût de Vandeik^ aufll vigou- 
reux de couleur , & même , fi j'oie le 
dire , d'une teinte auHi noble que celle 
du Titien. Les contours font fiers , l'at- 
titude admirable ; mais M. Vanlo s'efh 
un peu négligé fur les proportions, & 
il a fait la Tête d'un coloris trop 
foible , ce qui ôte la reiTemblance : fi 
ce célèbre Peintre avoit moins craint 
de la manquer . il auroit donné des 
touches plus hardies. Cette partie du 
Tableau alors répondroit au refte de 
la compofition , 8c il auroit mieux réufîî . 
Ordinairement les grands Peintres d'Hif- 
toire ne réuflîflent gueres au Portrait « 
cette partie eft trop au-deffous de leur 
fçavoir : en voici la railon. 

Pour peindre l'Hiftoire , il faut fça- 
voir exadement dellîner ; il faut con- 
noître toutes les fciences qui ont rapport 
à la Peinture ; méprifer le tarillonnage , 
céder au feu de l'imagination , placer 
des lumières où l'accord du Tableati 
le demande, ombrer les endroits .fail- 
lans de coups de force dominans , 6c 
ménager fi peu fon pinceau dans cette 
verve pittorefque , qu'il faut fouvent 
trancher une face par le coup d'ombre 
d'un cafque , par celui d'un chapeau , 
d'un turban , &c. mettre une main dans 
l'obfcur pour faire valoir un bras , éclai- 
rer quelquefois la poitrine ou l'épaule 

Fij 



44 Observation» sur. l' 

d'une figure, tandis que tout le refie 
ne conferve cjue le ton moyen ou quel- 
quefois les plus grandes ombres. On 
ne finiroit jamais , fi on voutoit expri- 
mer les accords que demandent les 
Tableaux d'HiiloireJorfqu'on veut faire 
du beau & lutter avec les Anciens. 

Mais le Portrait efl: le chemin le plus 
battu de l'Art de peindre : il y a des 
loix prelcrites dont il n'eft pas permis 
de s'écarter î point de chapeau ^ poitïc 
de calque , point de turban, nud tête, 
parce que cette compolition donne un 
air jeune ; il faut toujours des mains 
bien blanches pour décorer 1a figure. 

Certains dcmiconnoifleurs , en par- 
lant des Peintres qui avoient pris la li- 
cence de mettre tant foit peu d'ombre 
fur les mains d'un Portrait , pour fiire 
valoir le ciair de la tête , les ont blâ- 
més. Ils ont prétendu que leurs figures 
avoient les mains barbouillées. Je pen- 
ie que M. de la Tour Se \\. Peronncau ^ 
ont raifon de faire leurs Portraits fans 
mains : on fe tire alors d'affaire , un 
bout de tête fuffit. 

Mais , diia-t'on , du tems de Vandeik , 
de Porhus , de Rdmhran , & de tant d'au- 
tres fameux Peintres de Portraits , ils 
prenoient ces licences ; ils mettoient 
de gros gands à leurs figures ; ils om- 
broient hardiment les mains ; on cou- 
vroit les têtes . & on les lailfoit nues fi 
on vouloir j & cependant les Portraits 
de ces maîtres de l'Art , font encore 
aujourd hui des Chefs-d'œuvre , & font 
l'ornement des plus fameux Cabinets : 
cela eft vrai j mais alors les particuliers 
vouloient bien être peints mal-peignés ; 
à préfcnt les maudits Perruquiers n'ont 
inventé la frifure & la poudre , que 
pour faire enrager les Peintres. Les 
cheveux rangés & poudrés ôrent l'eflct 
de la tête : elle paroit brune , lorfqu'elle 
tft à peine au degré de teinte qu'il faut j 



Histoire Naturelle ; 

cet excellent ton doré que les Peintre* 
Flamands ont répandu fur leurs chairs, 
ne s'y trouve plus. Il eft vrai qu'ils ti- 
roient un grand avantage des habits 
noirs ou bruns qui faifoient tout l'orne- 
ment d'un Forerait de ce tems-là » ce 
qui aidoit au jeu du Tableau. Les étof- 
fes de laine font avantageufes , une 
fraife négligée fait à merveille. Enfin 
tout ce que la noblelTe de la Peinture 
exige , fe trouve dans ces Ouvrages. 
Aujourd'hui ce n'eft plus cela , il faut 
du velours , de Vov , de l'argent , des 
moires , de la poudre , de la fiilure ; 
la fimple nature en efl: bannie : & les 
Peintres de Portraits fe tirent d'affaires 
comme ils peuvent j lorfqu'ils peignent 
en grand. 

m. Ndtkr efl , à la vci ité , forti de ce 
genre , & a fait quatre Portraits , qui 
ont toute la grâce & la noblefle pollà- 
bles : mais malgré cela , /"aimerois mieux 
le Portrait de la Reine qui parut l'an- 
née paffée ; cet air naturel £k majeftueux 
que M. de la Tour avoir fi bien faili , 
cette parfaite reffemblance , font , à la 
vérité , bien ellimer un Peintre qui 
s'adonne à ce genre , & lui font mériter 
les louanges de tous les Connoideurs. 

LaiiVons-là les Portraits , la carrière 
en feroit trop vafle. Paflbns au.xj Ta- 
bleaux d'Hiftuire. 

Le Tableau du Sacre de S. Auguftin , 
que j'avois vu , il me femble , l'année 
paffée , m'a paru avoir du être traité 
pour le Coloris, comme celui du Por- 
trait du Roi ; il efl cependant de la 
même main , mais moins empâté , 
quoiqoe la compofition en foit li- 
bre & excellente , les étoffes bien 
drapées , fouples & moëlleulès , Se 
qu'on y reffente au-deffous la char- 
pente. Mais à l'égard de la couleur en 
général , je la trouve trop griie ; 
les draperies qui décojent tous ces 



SUR LA P HYSIQUE E 

Êvéques font prefcjue de même teinte , 
au lieu d'être aflbities par des eff.ts 
plus frappans. Ceiles du devant du Ta- 
bleau , font les feules que l'on peut 
Jniffer en blanc ; elles doivent porter 
fur d'autres teintes plus fales , ou Air 
des couleurs moins reliaulfces que le 
blanc , car quoique le blanc de toutes 
ces draperies foit ménagé avec art , 
cependant la grande quantité rend le 
Tableau trop entaflé , & en aft'oi'jlic 
TefFet. 

L'excellence du deffein fe rencontre 
dans ce Tableau : la beauté des carac- 
tères , &i même la variété s'y trouvent. 
J'aurois voulu qu'il y eut moins de têtes 
pofées de protil , fur-tout fur le de- 
vant, & que quelqu'une, & eflentielle- 
ment les jeunes , fuliént moins tournées 
vers l'action pour trancher la compofi- 
tion. 

Cette légère obfervation n'empêche 
pas le grand beau qui régne dans tou- 
tes les produdions de M. le Chevalier 
Vanlo : ce grand. Peintre fera toujours 
le m.odéie de fon Siècle. 

Je vis enfuire la grande Fuite en 
Egypte de i\i. Fierie , qui pavoît plutôt 
un repos ou une préfentation , qu'une 
Fuite : d'ailleurs le tout eiï exécuté d'un 
Pinceau li'ore & fçcivant , d'un feu de 
lumière admirable. Ce tableau; fe fou- 
tient à merveille à côté de celui de M. 
Vanlo j ce n'efl pas p»u dire. 

Un grand Tableau fur l'Efcalier^ atii- 
ra enfuite mes i égards : c'eft un morceau 
vafte , il repréfente Didon , qui fait voir 
à Enée , les Bàtimens de Cai thage. Ce 
Tableau , à ce que me dit un Abbé , qui 
Jorgnoit les Numéros ^ & qui lifoit en- 
fuire dans fa petite Brochure, eft deftiné 
pour les Tapilieries des Gobelins. La 
Tapiflerie eft autre chofe que le Ta- 
bleau ; le Peintre qui travaille pour ce 
gecsre, eO affujetti , & je fuis nés - cer- 



T SUR LA Peint ÛR F. 45* 

tain , que ce morceau exécuté en Tapil- 
ferie , avec la liberté & le grand coloris 
que je connois à M. Rejîou, fera un mor- 
ceau d'un giand cftet. 

J'ai entendu dire par des Connoifleurs 
qui étoient àcôcé de moi , pendant que 
je confidcrois ce Tableau , que les Bàti- 
mens ne font pas du fujet, &. qu'il n'y a 
rien qui reflemble à la Fondation d'une 
Ville, qu'il paroît au contraire, que ce 
font des Ouvriers qui bâtilfent une mai- 
fon particulière, d'un goût commun. 

Ils prétendoient qu'il falloit donner 
du vafie ^ faire paroître des Grues en 
quantité à toute diftance ; des Palais à 
moitié finis , Se en un mot , un fracas 
d'un plus grand détail du côté des Bàti- 
mens ; quand même on auroit dû retran- 
cher le nombre des Speftateurs , qui ne 
font fouvenc qu'embarrafler les Ou- 
viiers; mais je les regardai comme de 
mauvais Ciitiques. Je m'écartai pour ré- 
fléchir fur l'Anatomie des Figures nues 
des autres Tableaux : c'eft dans le nud , 
ou l'on connoît la Icience de l'Artifte. 

Si on ma permet de dire mon fènri- 
ment en qualité d'Anatomifte , fur les 
Figures nues en général, des Tableaux 
qui lont expofés cette année au Salon, 
j'oblerverai- que les Mufcles de quelques 
Figures qui agiirentj font trop peu étu- 
diées ; plufieurs fe gonflent , tandis qu'ils 
devroient garder le repos , & d'autres 
gardent leur fituatlon naturelle, pendafit 
qu'ils devroient agir , ce qui rend les 
contours un peu duis. 

L'Anatoaiie eft trop négligée aujour- 
d hui par nos Peintres : lous prétexte 
que la trop grande connoiHance de cette 
Science donne la dureté , on ne la cultive 
pasaflez, tk on renchérit fur le Prover- 
be , Tanto che Bajla. 

A tort méprife - t'on la parfaite con- 
noiflfance des Muîcles & de la chai pente 
humaine, à caufe , dit- on, qu'il ne tauï 



45 Observations sur l'Histoire Naturelle , 

faire fentîr la ihbilitc Se l'adion de cer- » comme ils les avoient . dit - il , contî- 

taincs paitics, qu'au delTous de la peau, nueliement devant les yeux, ils obler- 

&: qu'il luffit par conféquent de connoî- voient toutes leurs adions , & en remar- 
tre en général la place des principaux 



Mufcles , & celle des jointures des os. 

Plufîeurs Peintres difent aullî , que le 
modèle vivant fuffir pour nous guider 
dans le nud : ce raifonnement n'ell pas 
fondé. Je vais prouver que fi l'on ignore 
la moindre partie de la compolition 
humaine, à l'exception de ce qui eft en- 
fermé dans le Crâne , dans la Poitrine , & 
dans le Ba(lm , on efl; très - éloigné de 
faire voir le Naturel & le Beau, & d'ap- 
procher des Figures antiques , que les 
tems ont relpedé , comme celle d'Her- 
cule , de la Venus , de l'Apollon ^ &c. 

Peut - on nier que les Auteurs de ces 
merveilles, ne fulTent partaitement ver- 
fésdansl'Anatomie ? Où trouver aujour- 
d'hui des morceaux qui marquent l'aétion 
des mufcles, comme l'Antique? 

D'où viennent donc les défauts des 
Ouvrages modernes ? Aurions - nous 

moins de génie que les Phidias & les peut attrapper : ce Dcmonftrateur eft 
Praxicelles? Moins de facilité, moins Chirurgien, il ne connou pas les grâces 
d'occafion d'apprendre que les Anciens? de lAutique, la noble proportion, la 



» quoient ce qu'il y avoit de plus beau 
j> dans les membres du corps , & dans 
» leurs ditîérens mouvemens , & ils en 
« formulent de fortes idées « : Quelle 
ridicule excufe , pourquoi ne pas dire 
plutôt , que l'étude de l'Anatomie eft 
tombée f 

Je içais cependant que Ton dilTéque à 
l'Ecole de Peinture , &l que l'on rcpré- 
fente l'Ecorché : mais celui qui fait cette 
opération , eft-il Peintre ou Sculpteur , 
&. les Peintres qui l'écoutent lont - ils 
Anatomiftes ? Ou du moins ont-ils didé- 
qué eux-mêmes , comme Mtcliel-Ange } 
Fouillent-ils les entrailles ? Jnjedent-ils 
Jes vaiileaux ? Connoilfent - ils les atta- 
ches , & le mouvement méchanique des 
Mufcles ,'' Ils voyent a peu près la (impie 
pofition des Mufcles fur un Sujet , quel- 
quefois maigre & décharné , court , mal 
conflruitj tel que le Démonftrateur le 



Non fans doute ; nos Rois n'ont épargne^ 
ni les EtablilTemens , ni les Penfions , ni 
les titres d'honneur , rien ne manque 
pour encourager les Artiftes. 11 y a donc 
unecaufe inconnue, qui fait dégénérer 
les talens : c'eft le défaut d'étude dei'A- 
ratomie. Que l'on ne fe retranche point 

du S ■ 



belle forme, l'adion des Mufcles, les 
eftéts dans les politions , la foupielTe des 
contours : il ne peut montrer ce qu'i4 
ignore , en cela il fait fon office, ainfi 
que l'ont fait les prédeceffeurs. On n'y 
Içauroit remcdicr , qu'en obligeant les 
Académiciens dedifléquer eux- mêmes j 
pour connoître le corps humain , & en- 



dans la prétendue ignorance du Siècle ; . _ , r>v - 

le goût reviendroit , fi les Artiftes fai- lu'te en élevant parmi eux . des De- 

foient mieux. Les modèles d'Hommes monihateurs ou Profefleursd'Anatomie, 

& de Filles ne manquent pas plus que comme il y en a de Defleing & de Co 



du tems des Efclaves. Felibkn nous fait 
accroire , pour excufer la foibleffe du 
delîein de fon tems : » Que les fameux 
» Sculpteurs de l'Antiquité , dont nous 
» avons de fi beaux morceaux , avoient 
» un nombre infini d'Efclaves , qui la 
3ï plupart du ceras ctoienc tout nuds ; 



loris. 

Les Peintres Grecs ctoient tous verfés 
dans les Sciences , & fur-tout dans celles 
qui avoient rapport à leur Etat. 

Sans parler des Gens de Lettres, qui 
ont profeifé la Peinture , comme Dernof- 
thène , Pacuyius , & le fameux Appollo^ 



SUR LA Physique 

dore j qui le premier obferva dans les 
Tableaux la beauté des Contours , j'en 
pourrois citer plufieurs autres qui fai- 
ibient exprellément profellîon de Phi- 
lofophie, parmi lefquels Methoodore Se 
Pamphik de Macédoine , joignoient à 
cette Science celle des Mathématiques; 
& ceux - ci les croyoient fi nécellaires 
pour la Peinture, qu'ils difoient fouvent 
qu'un Peintre qui les ignore ^ ne peut 
être parfaitement fçavant dans fa Pro- 
feflion. PamphiU efi: celui qui obtint par 
fon grand crédit & Ton fçavolr , qu'il n'y 
auroit que les enfans des Nobles qui 
s'exerceroient à laPeinture,&: qu'on dé- 
fendroit aux Efclaves de s'en mêler : 
c'efl: de fes mains qu'eft forti le Grand 
Appelles , qui , fans doute , avoit aupara- 
vant eu l'éducation que l'on donnoit 
alors aux fils de Nobles. Melantius fut de 
même c[u appelles, Difciple de ce Sçavant 
Peintre ; & Perfée , Dilciple Ôl Appelles , 
écrivit fur la Peinture d'une manière 
philofophique,qu'il dédia à fon Maître.il 
établit dans fon Livre, des principes ex- 
trêmement fçavans. 

On ne peut nier que ces anciens Pein- 
tres , ne fuiïent aufli les plus célèbres de 
leur rems : nous içavons , à n'en pas 
douter) que c«s grands Maîtres de l'Art 
faifoient leur principale étude de l'Ana» 
tomie. * 

La Peinture déclina & périt enfuite, 
par la négligence des études néceflaires 
qui l'avoient fait fleurir fi long- tems; 

" Du tems à' Appelles, on ne difféquoit point 
encore publiquement les corps humains , il 
étoit même défendu de toucher aux Cada- 
vres , ma. s les Sçavans étudioient l'Anato- 
nie en patciculier) ce ^ui paioît par leurs 



E T S U R P E I N T U R E. 47 

les guerres , les mifcres publiques , la 
ruinèrent entièrement , & tarirent la 
fource de ces grands Hommes ; & nous 
ne devons fon renouvellement du tems 
de Léonard , de Michel- Ange , & de Ra- 
phaële qu'à l'étude que ceux - ci ont fait 
des reftes de l'Antiquité^ & aux connoif- 
fances qu'ils avoient aufli des Sciences 
propres à leur profeflîon. 

Malgré toutes les réflexions que je 
viens de faire , il n'efl pas dit que les 
Peintres de notre fiéde n'égalent ceux 
du tems à'Appelles. La plupart de MM. 
les Académiciens , font en particulier, 
ti es- attachés à l'étude des Sciences con- 
venables à leur Art , & fur-tout à l'Ana- 
tomie. Les Figures de M. Pigal , & 
celles de xM. Salli , montrent bien que 
nos Artifl:es prennent le chemin de ces 
grands Hommes donc nous venons de 
citer les talens. 

Je viens d'expofer mon fentiment , 
fcm humeur , fans verbiage , fans flatterie 
& fans pédant fme. Je ne conduis per- 
fonne à Ver failles pour voir lesTahleaux *, 
je ne les promené point dans les àifférens 
quartiers de Paris. Je dis uniment ce 
que je penfe fur le Goût du Siècle ; 
j'offre mes Obfervations fans crainte , 
fans animofité. L'amour feul de la vé- 
rité & du bien général me guide : fi j'ai 
outré mes remarques, que l'on m'en falTe 
appercevoir, je m'en corrigerai ; je fuis 
toujours prêt à fléchir du côté de la 
raifon. 

Ouvrages, & par leurs Ecrits. 

» Extrait que l'on a fait dans le Mercure 
d'Octobre , de l'Elfai fur h Peinture, k 
Sculpture , & l' Architecture, 



48 



Observations sur l*Histoire Naturelle; 



LES DISPUTES 

DES PHILOSOPHES 

ET DES ARTISTES MODERNES. 



^■^^ E S Phllofophes s'accorde- 
"^i^J ""^ roient à la fin entr eux fur leurs 
»>/^>\* ^yficmes & les Artiftes fur leurs 
* V *> opérations, fi les Controverfes 
n'ctoient aigries & perpétuées, par les 
parlions humaines. La plupart des hom- 
mes font attachés à leur fentiment , non 
pour l'amour de la vérité , mais pour 
l'amour d'eux-mêmes. On hazarde &c 
on embrafl"e fans peine une opinion , la 
palinodie coûte, & rarement l'on eft ad'ez 
grand homme pour avouer de s'être 
trompé. Nous devrions cependant pré- 
férer la perf<;div)n des Arts & des Scien- 
ces à une gloire mal entendue. 



Pour prévenir cet effet dangereux de 
Tamour propre , il faudroit , je penfe , 
cxpofer fans partialité les Controverfes 
des différens Antagoniftes ; le Public , 
ce juge intégre , fur le fimple expofé 
du pour & du contre peut alors décider , 
& la vérité triomphe. 

Je me propofe de fuivre cette exafte 
neutralité dans le compte que je rendrai 
des difputes qui s'élèveront dan-, la Phy- 
Cque & dans les Arts, & comme mes 
Adverfaires viennent de m'attaquer à 
Londres Se à Paris , je débuterai par 
celles qui me regardent pcrlonnelle- 
ment. 



ARTICLE PREMIER. 

Reponfe d'une prétendue Réfutation ^ inférée dans le Journal économique 

du mois de Juin lyji. 

SItôt que la pafllon fe mêle dars oue l'on veut faire de mes opinions ;e!le 

les difputes philofophiques, adieu la confifte en une infinité d'injures , &à 

raifon : on s'égare , on prend les lignes vouloir forcer le l'ublic de croire que je 

paraUcks pour des lignes inclinées emr' elles ^ n'ai pas Vomhre de la Géométrie, & on 

Êr les hypotél'es pour des fa:ts incontejïMes. termine cette partie de la critique la plus 

Voilà furquoi eft fondée la réfutation véhémente, en promettant n d'exami- 

» ncr 



SUR t\ Physique 

■» ner enfin au poids de h laine raifon 
» les idées de M. Gaïuier fur li torma- 
» tion des couleurs , & l'on fe flatte de 
«démontrer, que s'il eft des opinions 
» bifares ^ iticoiiféquences , Gr ténébreufes , 
» celles de M. Gaurier méritent de tenir 
3} un rang diftingué parmi elles. 

L'Anonyme prétend dcmontrer , 
après ce préambule , mon incompétence â 
tous é'yards pour juger du (yjîêine de New- 
ton , & il cite la difpute que j'ai eu à 
Londres ; il confond mes Démonftra- 
tions, & fait comprendre qu'il perd de 
vue lui-même cette prétendue /àiwemi- 
fon dont il fe pare , en contondant la dl- 
redion de la différeme réfrangibiUté des 
prétendus rayons colorifiques , avec la 
réunion de ces rayons , qui , félon Ne\i'ton , 
doit produire le blanc ; & veut après un 
tel quiproquo prouver , que mes De- 
monllrations font contradidoires. 

Ce zélé dcfenfeur de la caule com- 
mune, dit , avec autant de fureté que Ci 
perfonne neut lû mon Livre , » Que di- 
9) roit M. Gautier lui-même d'un Géo- 
î) mètre , qui, après avoir entrepris de 
» prouver une certaine propofîtion en 
j) vertu d'une certaine fuppofition, après 
5j avoir vanté fa Démonftration comme 
3» un Chef-d'eeuvre de la Géométrie Si 
3i de l'efprit géométrique , après avoir 
y» défié tout l'Univers géomètre de l'in- 
j) firmer , viendroit enfuite approuver 
» tout le contraire d'après la même (up- 
» pofition f Voilà cependant précilé- 
55 ment le cas où eft l'Adverfaire de 
» Ne\t'ton. 

Loin de m'cloigner du but & de con- 
clurre autrement que je m'étois propofé, 
lorfque j'ai attaqué Ne\Yton , dans la 
première propodtion de mon Livre, au 
contraire, je prouve clairement l'impof- 
fibilité de la réunion des rayons au cen- 
tre de l'image , & je tire de ma Démon-' 

î Auteur Ani;lois que l'Anonyme copie 
Année 1752. Tome 1, l. Partie, 



ET SUR LA Peinture. 49 

ftration des corollaires incontcfl:abI-.3 ; 
il y a donc de la malice ou de l'i^ao- 
rance , de dire que je me contredis f 

Le Public quelquefois s'amufe , com- 
me on fdilbit anciennement , des difpu- 
tes des Philofophes ; les vivacités de 
part Se d'autre, qu'elles ont occafionnées, 
l'ont fouvent réjoui. Nous tomberions 
dans le méma cas , (i je voulois répondre 
à toutes les inventives du Ne\?tonien. 
Sans le nommer , je pourrai cependant 
rendre compte de ce qui s''eft pafle entre 
nous ; je ferai voir eniuite combien il 
fe trompe ; qu'il me critique fans m'en- 
tendre , & qu'il ne s'entend pas mieux 
que M. Thomas Daniel * ne s'entendoic 
lui-même. 



ObjeBioji faite pulVquement au Nen/toiilcrij ' 
à laquelle il ri a pu répondre. 

Un homme'un peu Géomètre, & au- 
cunement Phylicien , fut lâché par quel- 
que Difciple de Newton , qui l'avoienc 
infîruit de l'endroit oii je failbis mes ex- 
périence's, C'eft-!à , où éloigné du bruit 
de Paris & à Tabri de la multitude je 
démontre quelquefois à mes amis, les 
découvertes que j'ai mifes au jour con- 
tre le Philofophe Anglois, lorfque Phce- 
bus débarraflfé des nuages, qui le cachent 
fouvent dans ce climat, perce les Prif^ 
mes que j'oppofe à fes rayons , qui , mal- 
gré la noirceur de l'endroit où je les re- 
çois, peignent dans un inftant les mu- 
railles de couleurs les. plus belle* & les 
plus vives. 

Cet homme , ardent défenfèur du 
Newconianifme, entre prefque hors d'ha- 
leine argumente contre moi ,m'apoflro- 
phe , &c dit en pleine Compagnie » de 
}3 quoi vous mêlez-vous ; vous n'êtes pas 
» Géomètre f Et s'il vous plaît, je n'avois 
dans ici objei^ions. 



5-0 Observations SUR l' 

pas encore dit le mot. Un tel im- 
pionip'u attira les regards & l'attention 
de toute l'AiTemblcé , on fe tourna vers 
moi , & on auendoit avec impatience 
ma rcpo;.fj. La plupart des Spe6tateurs 
furent lu' pris de voir ma tranquillité , & 
la façon froide avec laquelle je reçus 
cette vive attnque. 

Apiè^ quelques fouris de ma part & 
de celle de me^. amis, j'adreflai la paro- 
le au zélé défenfeurde Newton. Je vais , 
lui dis-jc , vous démontrer que je fuis 
Géomètre ; je traçai fur le champ la 
figure l'.dela ?t, planche de cette partie, 
ABCD , je tirai les lignes E F , F G , 
GH . GS & HS. 

Je dis à (.e NeWtonien . je fuppofe 
que la figure ABCD , efl: un cube de 
crilbL dunpiedd'cpùfleur.ou un vaif- 
feau de verre , d'environ deux ou trois 
pieds de profondeur , rempli d'eau pure 
& vive. 

Je fuppofe de plus, que la ligne EF, 
eft une petite coiomne compoîée de 
quelques rayons du Soleil , pafiant par un 
trou de deux ou trois lignes de diamè- 
tre , fait au volet d'une chambre noire. 

Je vous demande alors , ^îonfleu^ , lui 
dis-je , s'il ne faut pas que les rayons à tra- 
vers ce Cube tranfparent , fe réfiaâent fe- 
Jon leur différente réfrangibili'é au point 
F , & fi les couleurs font aîors fépai ées par 
la première fuiface du Cube , je vou- 
drois fçavoir fi elles peuvent être réu- 
nies fur la féconde furfâce au point G H 
& nuis donner du blanc : ou 'i au lieu 
de donner du blanc , fuppofe que Ion 
applique une feuille de papier à cette 
féconde furface , elles pourront fe diftin- 
guet , ainfi qu'il arrive lorfque l'on fe 
fert d'un prifme , & que l'on reçoit une 
image i la même diftance. 

Le Newtonien refla interdit h cette 
proportion ne fçavoit quel parti pi en- 
dte , s'il fâlioic nier U réunion du blanc 



Histoire Naturelle; 

fur la féconde furface , ou l'admettre. II 
ne fçavoit s'il hazarderolt de dire. jque les 
couleurs ne paroitroient pas fans doute à 
caufe de leur différente réfrangibilité, ou 
qu'elles fe conlondroient par attraélion : 
( car c'eft l.\ la reflource des Newto- 
niens ) mais l'attraétion , lorfqu'il s'agit 
de démontrer géométriquement quel- 
que phénomène , n'efl: que fuppofée ; 
& les Sedateurs du Fhilofophe Anglois 
n'ont jamais entrepris de la prouver : 
il n'ofa donc fe fervir de cette iuppofi- 
tion , parce qu'il eft inconteflable, que 
fi les rayons fe divergent différemment 
( fuppo'e qu'on admette leur dillérente 
réirangibiiité ) il faut alors admettre 
qu'ils refient diverges fur la féconde fiir- 
facc du Cube , fi on les arrête dans cet 
endroit par l'application d'une feuille 
de papier blanc , parce qu'alors depuis 
le point de leur divergence julqu à la 
féconde furface, ils n'ont pas changé de 
milieu. 

Co.mme mon Adverfaire fçavoit par- 
faitement , que dan;, une telle expérien- 
ce à lapirxd CiH de la féconde furface, 
on ne fçauroit trouver des couleurs , 
quand mcme le Cube auroit fix pieds de 
profondeur, il (e contenta de dire après 
bien des réflexions , que la différente 
émergence des rayons de l'air dans le 
verre , & du verre dans !'air> les remettoit 
à leur point de réunion , & les redonnoit 
tels qu'ils étoient entrés dans le Cube ; 
mais c'étoit alors battre la campagne. 

Nous connoilfons , lui dis-je , cette 
double émergence des rayons de l'air dans 
le verre & du verre dans l'air , qui arri- 
ve ici , & qui doit réunir effectivement 
les rayons après la féconde furface , à la 
même diftance du verre dans l'air , que 
celle de leur divergence , de l'air dans le 
verre ; mais vous conviendrez , M onfieur, 
lui dis-je, que quand je vous propofe d'ar- 
rêter les rayons au point GH , je ne vous 



lyBl 0L'Cf^v^2éu>m<- sic*' Ùii. lou c XuturcIU,.n4rlaPlu.^UfU€ e^ sur U Pel*itiirc^ PI WTomc 1". partie V^ 



^Lq.r 




^^^^^^^^m. 



Fiaure àe-lDwpt^Ufue', qm, àe£r2iÙ7 
jtùSque^ aprese^tt ■ 






il H, 



"-"iiubiiiui^j^ 



Fig , -2 ^ guLprcnt/ve que ^ans- l'espace 
I.H.R. îes Rmon^ sontcojUinueUc - 
me/îtCTûis-es et nonpos reums amimejy 
àan^s' [espace BXI>JE 

WTl 



'Kb 



'■■■■'iT'irMri"iiiiiip[irimiii'iiii 



irrpïïijiïim; 



! GtuUie*' .pa^ Liifuuie an patt i^oir-qi/a^t. 
[l'acciurc œrUre l evi^ftccàeL-z X)sni^i'> - 
' tfxitûnt <^'aa^aT/^i^n4^'e ài sepcu\z^£nhpr^ 
tendue . quv s&J^'oic^'^ fcuofts s ils cùnefit 




IlilIliillÉlMfcBMB.^ 




jA3e. 5o . in. j-i cCJ'cLçe lâ a - i«-i'-* ■ 



'aPhumjue^ ei- ^-ur Icv Petnture_^ Pi . Il f Tome I'^'". pa rhe I ^f-' 







SUR LA PhYISIQUE E 
dis pas de les laHfer réunir au poinc S. H 
ne (çùt enfin que répondre à cette objec- 
tion. Je paflTe fous illence toutes les au- 
ti es marques de victoire.que j'eus fur lui 
dans cette occafion, 

M. Legoiq de Guedan ^ Giand-Bailly 
de Dijon, qui ctolt préfent , Se un Mi- 
lord de fa connoiflance , ne purent s'em- 
pêcher de rire. Le Newtonien fut alors 
tout-à-fait déconcerté , il le tût, &fortit 
enfin très-piijué & toujours endurci. 

I I. * 

Le Newtonien ri a pas compris ma De- 
monftration ^ &" li la combat fans l'en- 
tendre. 

Il n'efl: pas difficile de prouver cette 
vérité. L'Anonyme prttend que je me 
fuis contredit, c'eft à- dire, que j'ai pofc 
une certaine propofition , de démontré en- 
fuite le contraire. Voici le fait , je prie 
le [.eéfeurd'y faire attention. 

Ne\k'ton veut nous faire accroire 
que le prifme occajionne la féparation des 
rayons calorifiques , & différemment ré- 
frangibles, Ck; que la lentille à fon foyer 
donne le blanc par la réunion de ces mêmes 
rayons; il falloir donc pour détruire cette 
hypotéfe , prouver que la réunion des 
rayons ne produit point le blanc i & 
que s'il y a du blanc au centre d'une ima- 
ge prilmatique ^ malgré la féparation des 
rayons , le Syftéme de Newton eft in- 
i'outenable : c'efi: ce que j'ai fait dans ma 
première objedion. 

Un Anglois qui ne me comprenolt 
pas , a voulu réfuter cette objeélion : j'ai 
fait imprimer fa défenfe & ma Réplique 
à la fin de mon fécond Volume : l'Ano- 
nyme donne cette défenfe comme une 
nouveauté , Scia fait paroître aujourd'hui 
fous le titre de Réfutation , dans laquelle 
il confond la réunion avec \z féparation 
des rayons prétendus coloriciques. 



T SUR LA Peinture. yi 

Voici ce que je dis , page 53 & '5 4 
de mon fécond Volume, jj Si cela 
» eft , le rayon rouge du rayon fimple 
» fupérieur , doit croiier au centre de 
3J l'image le rayon violet , le bleu & 
35 même le verd , de ceux qui fontpra- 
j> duits par -le rayon fimple inférieur, 
j) ce qui devroit produire une confufion 
3> de couleurs dans cet endroit , au lieu 
» d'une réunion de couleurs , comme le 
» prétend M. Newton , car les lignes qui 
y» iecroifenr , ne le réunifient qu'à leurs 
» foyers. Il eft donc impoflîble de trou- 
3> ver ici le foyer réuni de tous les 
» rayons colorés , ou prétendus colori- 
3> fiques , fur une même ligne perpendi- 
» culaire à l'horilbn , à tout point de 
» diftance , &c. J'explique enfuite la 
figure de cette Démonftration ( Voye^ 
figure 2^ de la ^^ Planche de cette Partie,) 

» MBC repréfente un prifme placé à 
» l'ouverture PQ d'une chambre noire 
» MNOL. 

» DB, & EF^ font deux rayons du 
3) Soleil que nous fuppofons , l'un à la 
» partie fupérieure de la colomne , qt t 
» entre dans le prifme , & l'autre à I& 
» partie inférieure. La réfraâion du 
» rayon DB fe fait en GH , & la réfra- 
» dion du rayon , E F i fe fait en IK. 
X R. eft le point où les différentes cou- 
3> leurs de ces deux rayons commencent 
» à fe c roi fer 

n N'eft-il pas vrai que dans l'efpace 
3) IHR , où ily a du blanc fur la muraille^ 
» atout poinc de diftance , il ne peut y 
3> avoir de réunion de couleur ; ( ainfi 
» que le prétend M. Ne^}rton) puifque 
j) les rayons diverges qui occupent cet 
M efpace , ne font pas continuellement 
3) croifés , & puifque les lignes croifées 
» ne font réunies qu'au feul point du 
M croifement.'' Je veux dire que le point 
» du croifement ne peut pas être conti- 
» nuel , & par-tout. D'ailleurs , l'efpace 



Observations sur. l'Histoire Naturelle ; 



52 

5> GK eft plus grand que l'efpace TV, 
» &: parconlcquent.il ne peut pas y avoir 
35 du blanc dans cet efpace HIR , com- 
3> me dans l'e'pace BX , où les rayons 
30 fonr parallèles & véritablement réu- 
9) nis : au lieu que dans HIR, ils font 
3> croifés & déllinis. Donc , fi dans l'ef- 
» pace HIR , il y a du blanc aulîi par- 
ai fait que dans refpace T V , & plus 
» parfait que dans l'efpace BX , ce qui 
») arrive ici en eftet , le Syftéme de M. 
j> Newton eft infoutenable , comme je 
i) l'ai fi fouvent démontre dans mes Dif- 
»} fertations. 

Je demande préfentement à tout hom- 
me raifonnable , fi cette Dcmonftration 
indique l'impojjibiiné de la J'eparation pré- 
tendue , & fi au contraire elle ne défigne 
pas politivement que je veux me fervir 
de cette léparation chimérique , pour 
prouver qu'à l'endroit où elle eft admi- 
ie , & où les rayons font continuelle- 
ment croifés , il ne peut pas y avoir du 
blanc ; & par confcquent , il m'efl: alors 
permis de dire, que fi Newton prétend 
que le blanc n'elt produit , après la ré- 
fraftion des rayons , que par la réunion 
exade, qu'occafionne la lentille , il le 
contiedit , & que fon Syftéme tft faux* 

Mais que diioit-on £un Géomètre, qui, 
au lieu de failir le vrai de cette obje- 
élion , iroit me taxer de nier ce que 
î'admets, ix de pi cuver ce que je com- 
bats ? \'oilà pourtant, ce que tait mon 
i^ntagonifte. Voyons ce qu'il dit. 

» M. Gautier a pt étendu donner une 



» rente. ) On voit ici un trait admirable 
3> de la Géométrie Gaulterienne ; comme 
» M. Gautier n'avoit pas fait la Figure 
»qui fait la bafe de fon raifonnement 
J3 allez grand , il n'a vu que des lignes en- 
î» core toutes mêlées enfemble ;fi elles avoient 
n été prolongées plus loin ^ il auroit aifcment 
n va Jéparer toutes ces lignes dont les dire' 
n Rions font différentes. 

Je pardonnerois volontiers à l'Anony- 
me de ne pas me comprendre , il fuit en 
cela l'exemple de M. Thomas Daniel , 
mais je ne fçaurois lui palier la mauvai- 
fe humeur qu'il fait paroître dans les 
Ecrits, où il veut me tdurner en ridicule. 
Il prétend que je ne fuis pas Géomètre , 
& que je n'ai pas compris qu'en pro- 
longeant les lignes de ma Figure , j'au- 
rois vu la léparation des couleurs. Nous 
venons de voir qu'il n'étoit pas que- 
ftion de cette fcparation prétendue dans 
ma Démonftration , que je Tadmcttois 
au contraire, ce 'qu'il efl inutile de ré- 
péter. Mais c'eft à tort , & fans égard à 
la vérité, que le Newtonien Oeconomique 
veut que je perde de vue l'eftet que fe- 
roient ces lignes, (î elles étoient prolongées 
dans ma Figure: il n'y avoit qu'à tournerle 
feuillet , on auroit vu que cette prolon- 
gation m'étoit connue , & que je m'en 
fervis fort à propos pour faire enfuite 
une nouvelle objection à Meilleurs les 
ISe'W'toniens. Bien loin de croire cepen- 
dant que ce loit un effet de fa mauvaife 
foi, je crois certainement que c'en efl 
un feulement de la négligence. Pour 
» Demonfiration invincible de L'impoJJihilité réparer cette faute > il me luffira de rc- 
s» de la Jéparation des d<l]érentes e[péces de péter ici l'explication de la Figure, qui 
3> rayons ^ dans la fuppojition même que les luit dans mon Livre celle qui lait le fujec 
» ejpeces fujjent inégalement réfrangibles » de notre dilpute. ( Voy. Fig. i. de la 
3} ù- dans lefens où il prétend que Newton féconde Planche de cette Partie. ) 
«J'a.t^u ( c\efi-à-dire , de manière que tous n ABC le prifine , D le rayon fupé- 

») Us-jayo;n5 fimblal-lanent colorés fujjent « rieur , E le rayon inférieur. EMF , 
j> égaleir.C;U réfrangibles entreux , & plus » la divergence du rayon inférieur. 
}> ou moins que tous hmx Wune ejpéce dij]t^ » D «g, celle du layoïi lupéàeur. 



SUR LA Physique 

^ a le rayon rouge du rayon iupé- 
» rieur, b l'orangé , c le jaune , d le verd , 
» e Je bleu clair , /l'indigo, g le violet. 

= F le rayon rouge du rayon inféiieur; 
» G l'orangé , H le jaune , I le verd , 
» Kle bleuclair, L l'indigo, M le violer. 
» g M intervalle occupé par les feuls 
» rayons homogènes & violets. / L > 
» intervalle occupé par ks bleus indigos , 
» e K intervalle occup'é par les bleus 
» clairs , d I intervalle occupé par les 
» verds , c H intervalle occupé par les 
» jaupes, b G intervalle occupé par les 
a> orangéi , a F intervalle occupé par les 
» rayons homogènes & rouges. 

^ M/, Le,'Kd,Ic, Vib,Ga,ef- 
» paces c]ui doivent le former nccefl'ai- 
= remenc entre les rn\ons prétendus 
» homogènes !k paral'é es , violets &c 
» indigos , indigos ëc bleus , bleus & 
=> verds , verds & jaunes , jaunes & oran- 
» gés , orangés & rouges. 

^ Ceci eft prouvé géomé:ricjuemeiit, 
a> & fi. on dit c]ui mes lii^nes (ont tirées 
a» à plailir , que l'on en tire d'auties avec 
» plus d'exaClitude , où le Syrteme de 
3> Newton loit mieux démontré. Le 
?> prétexte que prend Nevton de vcu- 
» loir que les rayons h&mogénes m foient 
» pas homogènes à tous égizrds , fir que les 
» plus bas des uns de imme nature , s'accor- 
» dent avec les plus hauts de ceux d'une 
-a> nature injerieure ^ ne lervira de rien. 

» NO, ligne fur laquelle les rayons 
» rouges , prétendus homogènes, & les 
» violets fe réparent entièrement des 
» autres , comme les plus & les moins 
3-> réfrangibles ; où les autres refietit 
» encore confondus en partie , & où il 
-» y a toujours cependant du blanc par- 

y:> tait. 

Cette féconde Dèmonftration prou- 
ve non-feulement , que je fçais que les 
lignes inclinées & parallèles fe fèpa- 
rent de celles qui les croifent , & qui 



ET SUR LA Peint UR F. 5:5 
font aulli parallèles entre elles , à une 
certaine diftance ; mais encore que 
dans leurs intervalles , après un éloi- 
gnement fuffilanc du prifme , elles 
devroient fe quitter tout-à-fait : ce qui 
n'arrive pas dans l'expérience. Cecte 
Dèmonftration prouve de plus , que le 
Newtonien m'accufe mal - à - propos 
d''avoir critiqué Nevcon fans l'enten- 
dre. Meiîieuis les Newtoniens doiven-t 
choilîr un meilleur Dèfenfeur , s''ils veu- 
lent prévenir la chute de leurs opinions, 

I I I. 

L'Auteur Anonyme fe contredit ainjî que 

Newton, 

Il ne me refle plus qu'.\ prouver que 
VAnonyme ne s'entend pas mieu.x , que 
Newton ne s'entendoit lui-même. 

Laiflbns à part la prévention que l'on 
a pour Newton , & malgré la parade que 
font les Newf oniens df leur univerfalaé^ 
mettons ce Pbi'olophe à la barre de la 
Jurifdiâion publique , & qu'il marche 
de pair avec moi ; préientement il n'a 
aucun droit de prendre léance dans Is 
Tribunal de la Phyfique , qu'après l'en- 
tier jugement de la queftion agitée en- 
tre fes Seèlateurs & moi, 

U honneur du nom François alors n'aura 
rien de compromis , il fiut abfolum?nt me 
laifler la liberté entière de lurrer avee 
cette prétendue lumice, qui éclaire aujour- 
d'hui le genre hum An ,. & avec fes Difcî- 
ples. 

L'Anomyme prétend djue les propoji- 
lions M.ithématiques de Nzwton , qui , du 
moins font prifes hypotétiquement , font 
incontefiables au jugement de Huygens , de 
Leihmf{ &" de Bernoulii ^ il ne corjnôîc 
donc pas la portée de fes termes » ja- 
mais hypotèfe n'a été incanteftable. 

Ne\ïton s't-ntiind aufli peu que foa 



Observatîoks sur L'Histoire Naturelle, 



54 

zélé Dcfcnfeur ; voici ce cju'il dit a 1 oc- 
c.'.fion des rayons difteienirnent rétian- 
gibles , qui devroient fe quitter après 
leur réparation. » Chaque rayon du So- 
j3 leil a (on degré particulier de rétra- 
»> (flion , & conféqucmment quelques 
>» rayons homogènes font plus réfrangi- 
i> bics , d'autres le font moins , mais de 



coup de toutes les productions de l'ef- 
prit humain, anime les , effort s des Au- 
teurs , (5c réveille leur émulation. La cri- 
tique fage & folide,qui doit affaifonner 
ces Jugemens périodiques , fait éviter 
ou répaier les fautes attachées à 1 huma- 
nité , Si dont les plus grands lalens ne 
peuvent louvent fe garantir: mais fitôr 
31 façon cependant, que le moins réfrangiMe que les légitimes Ariflarques de la Lit- 
» de chaque cfpéce de rayons, a un degré de térature perdent de vue l'objet qu'on i 
X réfrangibilné decetteefpécedeiaycnlquicji eu en leur confiant cette Jurifdiétion , 



t> au-dejjhus de lui dans l'image ^par exem- 
y> pie les rayons viokis les moins réfrangi- 
»> blés ont un degré de réfrangibiiné égal aux 
» rayons d'indigos les plus réfrangibles. 

Quelle ridicule luppofition ! dire que 
les rayons font tous de différente réfran- 
gibilité (elon leurs elpéces dificrentcs ^ 
& que c'efl podtivement cette différen- 
ce qui produit l'image colorée , & en- 
fuite dire, que cependant il y en a dans cha- 
que cfpéce d-jférente, dont les moins réfrangi- 
bles tiennent des plus réfrangibles , qui leur 
font voifins. Eft- ce cette 1 umiere,qui éclai- 
re le Genre humain, qui parle ainfi ? A- 
t- on jamais oui pareille contradiétion ? 
NeTton a donc la pcrmillion de tout 
dire , 6c fon Défenfeur veut donc nous 
perfuader de tout croire ; & je ferai bor- 
né au point de ne pouvoir pas feulement 
démontrer, que les lignes qui fe croilent 
ne font pas continuellement réunies. 



ARTICLE II. 

Repartie de M. Gautier à VExti-ait du Syfîi' 
me de ï Univers ^ inféré dans le Journal 
des Sçavans du mois d'OBobre 1 7 5 i . 



fitot que la négligence , la partialité , la 
fatyre ou la louange les entraînent , ils 
décrient eux-mêmes leurs Ouvrages, & 
en dctiuifent l'utilité. 

Les Auteurs du Journal des Sçavans 
ont Içù fe garantir mieux que d'autres, 
de ces défauts ; le fçavoir , le difcerne- 
ment , l'équité les guident; mais ils ne 
font pas toujours à l'abri , fi on lofe 
dire , d'un peu d'inattention & de négli- 
gence. Je ne puis m'empécher de le 
penfer , en lifant l'Extrait qu'ils ont don- 
nés dans le Journal d'Octobre 175 î. 
de mon Livre du SyJîC-me delUniteSf 
& de la Génération des Couleurs. 

U paroît d'abord qu'on parle de moi 
fans connoitre mes Ouvrages , & fans 
avoir lu mon Livre ; puifqu'on dit que 
je me fuis fait connoître par l'art d'im- 
primer les Tableaux en trois couleurs , 
&L qu'il efl: à préfumer que cette Mé- 
thode m'a conduit infenfiblement à re- 
chercher leur origme. Dans l'Avant- 
propos du fécond Volume , je traite 
de i'art d'imprimer les Tableaux , je 
démontre les divers genres que l'on a 
pratiqués dans cet Art ^ & je prouve 
au contraire que la mcthode d'impri- 
mer avec trois couleurs , qu'on veut m'at- 
tribuer , ne m'appartient pas , qu'elle 
efl fautive & n'a jamais réuflî 5 c'eft celle 



UN des établiffemens les plus uti- 
les à la République des Lettres, que pratiquoit le fleur le Blond. Cette 
ell fans doute celui des Journaux : la méthode eft relative au Syftcme de 
^onnoiffance qu'ils répandent touC7à- ^ewton , & enluite à la réforme qui 



SUR LA Physique E 

fut fuite par M. Dufay & le Père Cajkl: 
mais ni le Svfteme Newtonien , ni cette 
réforme n'ont feivi de rien au nouvel 
Art de rimprtfTion des Tableaux 3 la 
feule manière dont je fuis l'Inventeur 
a réuflî ; elle efl: fondée fur quatre cou- 
leurs effentielles , au lieu de trois , parmi 
lefquelles j'admets le noir comme cou- 
leur primitive , & par conféquent le 
blanc que le papier nous donne naturel- 
lement : les autres couleurs ne font que 
les teintes fecondaires , que les Newto- 
niens prenoient pour des couleurs pri- 
mitives. 

Le Jûurn:ilifle n'eft pas mieux fondé , 
en ajoutant que la pratique des couleurs 
m'a conduit à la recherche de leur ori- 
gine , & que comme cette matière tient au 
S)Jîtme général de [Univers ^ il a fallu em- 
brajJLr les différentes quejuons des plus 'grands 
Philofophes ; on ne fait pas de dccouver- 
tesau hazard ; fi je n'avois pas été au- 
paravant certain du vrai nombre des 
couleurs , & de leur vraie nature , con- 
formément à mes expériences Phyfiques, 
je ne ferois jamais parvenu à la connoif- 
fance de l'art d'impiimer les Tableaux. 
Loin que la pratique conduife dans 
cette carrière à la théorie , c'eft celle-ci 
qui mène à lautre ; l'imagination leule 
de l'Artifle travaille dans la diflirlbution 
des teintes fur les diftérentes Flanches , 
dont raflembiage ne forme qu'un leul 
Tableau. Si la théorie manquoit au Gra- 
veur devenu Peintre fans pinceau Si 
fans couleurs , lorfqu'il trace le noir , le 
bleu , le rouge & le jaune , avec un mor- 
ceau d'acier, il ne peindroit qu'en aveu- 
gle , puifque, fans que les yeux apper- 
çoivent les couleurs , il faut que la ieule 
rai'.on les enfante , non félon la méthode 
du fieur le Blond , mais fur des régies 
fûres. Cet Artifte Newtonien , ainfi que 
les Difciples de Defcartes & ceux de 
Mewton, exduoit le noir de la claCfe 



T SUR LA Peinture. jj 

des vraies couleurs ; je prouve au con- 
traire par mon Art , qui fait la plus belle 
expérience de mon Syflême , que j'ai 
jhilolophé avant de peindre. 

L'inattention du Journalifte ne fe fait 
pas moins fentir^ lorfqu'il me reproche 
d être trop long lur le Chapitre du yniàe. 
Cette matière , qui ert la plus fubtile 
de toure la. Philoiophie , cette ma- 
tière , fur laquelle font fondées tou- 
tes les loix du m.ouvement , celle en- 
fin qui diflingue le nouveau Syftéme de 
celui de Defcartes , auioit dû être félon 
M*** traitée en deux ou trois pages ; & 
au lieu de faire un Livre raifonné Se 
fuivi , je n'aurois dû donner qu'un Ex- 
trait de la façon de ceux des Journaux. 
Mais ce n'eft pas aiud que l'on doit pro- 
céder dans la recherche de la vérité. Il 
faudroit donc s'écrier avec le Journali- 
ù.e , nous abrégeons extréirement toutes czs 
queflions ^ parce qu'elles ne contiennent rien 
de nouver.u ^ Sr quelles fervent comir.urJ- 
ment de prclé^orr.znes aux Traités de Ph^jî- 
quefckolajliquc. 

Je ne iç:ii> pourquoi l'on me prête la 
Méthode ScholafLiqne; eft-ce parce que 
j'ai dit que c'efl dans cet efpace immen- 
fe & fans bornes que Dieu a placé le 
monde , qui eft fini & borné , & que 
cette étendue ou ce vuide qui ef^ unifor- 
me Si fimilaire en toutes (es parties , ell: 
rempli par l'immeniité de Dieu ? Mais 
quelle injuftice n'y auroit-i! pas de taxer 
ce langage de jargon d'Ecole f 11 tau- 
droit donc renoncer à l'adoption de l'im- 
menfité de Dieu dans les Traités de 
phyfique. ■« 

Je conviens que mon fentiment fur 
le vuide immenfe n'efl pas nouveau , il ell 
compofé de eux de Newton & de Gaf- 
fendi; mais je le donne pour tel î & fi 
M*** y avoit fait attention, il eft trop 
jufte pour n'av'jir pas fait connoitre 
avec quelle esadticude je lends jull:'' 



^5 SU!i Î.A PnVSIQUE E 

aux découvertes des autres. D'ailleurs la 
tncthode de Newton , & de Gafiendi , 
fur l'explication du vuide , mcthode qui 
efl précircmerH la même que celle que 
l'on veut blâmer , me juftiiie du repro- 
che que le JournaliAe me ù'i:, de parler 
le jargon des F.coles. 

Ne» ton précend ( page 6 , des Défi- 
fiitions ) que l'elpace ahlàlu par fa na- 
ture & fans aucun rapport à tout ce qui 
çft externe , demeure toujours fimilaire 
& immobile , Spatium abfolutum ^ inquit , 
naturâ fuâ abfque rdatione , ad externum 
quoi VIS , femper manetfimUare & immo- 
Vilc. Gafl'endi admet de plus , deux for- 
tes de vuidojle ramassé Se le dispersé, 
,<]u'il appelle coacenuitum &' Aijjhninautm. 
Le premier eft celui j dit- il , qui eft au- 
de-là du monde. 

Je me fuis fervi des mêmes termes , 
je n'ai parle du vuide immenle , que d'a- 
près mon Compatriote & le Pliilofophc 
Anglois , pourquoi donc attaquer ma 
Mctliode, & la mettre danslacathégorie 
odieufe des Hilerno/s , & des Ergotifies ? 
Il eft vrai que j'ai cité dans ma DilTerra- 
tion S. ylu^iijlin , qui, étant interrogé, 
pourquoi le monde avoit été créé en tel 
tems , & non auparavant , répond : Pour- 
quoi a - t - il eié [ait en cet endroit où il 
ejl , c'ejl -à- dire , dans ce point de Vefpace 
immeiifc où jwus le voyons , &" non pas dans 
un autre point de i'efpace immenfe où nous 
l'aurions vu de mtme ? ^^i Von penfe , dit ce 
Saint Philofophe , quil eft des ejpacesinft- 
fus de teyns avant la création du monde , 
dms lefquels il ne femble pas aux Platoni- 
ciens que Dieu ail^ pu cejjer de travailler , 
ils doivent aujjîpenferquil eft des efpaces in- 
finis de lieux au-delà du monde , dans lef- 
quels^ ft quelqu'un ofe dire que le Tout-Puif- 
jaAt ri'apâ rien laijjér de vuide ^ il fera forcé 
de tomber dans les mêmes délires d'Epicure , 
en admettant des mondes infinis, ÊTc. 

Cetce citàiion vaut biea celles de la 



T SUR LA Peinture. 

foule de nos l'iiiloloplici modernes; elle 
peut figurer dans un Livre qui traite cet- 
te matière. Il faudroit donc , pour être 
écouté , (uivre 1 exemple de pluficurs 
Phyliciens , & en particulier celui de 
Nevton, dépouiller les anciens, les char- 
ger en;'uite de ridicule , & f»' parer adroi- 
tement de leurs plumes ; alors , dit - on , 
on éviteroit les longues citations ; le fujet 
en feroit plus brillant , plus flateur; mais 
moins vrai , faut-ij ajouter. 

Je n'avance rien de trop , lorfque je 
dis que Ne>);'ton a pille les anciens en 
donnant l'Attraftion univerlelle des 
corps , comme une découverte qui lu 
appartînt, il n'a été que Téciio de Dé~ 
mocrite , le père des Atomiftes. Le Phi- 
lofophe Anglois.en expliquant les caufes 
des effets de l'Attraction , n'a fait que 
changer les noms (]u'Arij!ote leur avoit 
donnés : au lieu de dir£ , par exemple , 
que le fer eft attiré par 1 aimant ^ par une 
venu fpecifique , Ne>)fton a dit que Tai- 
mant attiroit le fer par attraction, &c. 
L'un & l'autre ont penié que c'étoient 
des qualités intrinfcques aux corps ; avec 
la dilrerence cependant , que les Ptripa- 
tcticiens n'ofoienc les dire manifelles , 
ni à plus forte raifon en faire des Loix 
générales j en celi ils étoient plus fincé- 
cercs que Newton , qui a prétendu les 
démontrer mathématiquement , mais qui 
pourtant n'a pu démêler leur obfcuri.é» 
ni dévoiler leur nature. 

Ai-je donc eu tant de tort de rappel- 
1er ce que les anciens ont dit fur la ma- 
tière , (iir le vuide, fur l'attradion des 
corps , fur la gravitation , tkc ? C^eft ce 
que je ne fçaurois croire. Mais ce qui 
choque ici les NeWtonieiis , c'eft cet ef- 
prit de liberté philofophique , fi rare au- 
jourd hui, qui met trop au grand jour la 
relfemblance du Newtonianifme , avec le 
Pcripatétijme. Je n'ai pas craint de lever 
le rideau , je m'attends à la mauvaile hu- 

meui 



sua laPhtsique et 

iftieur des Newtoniens François , idolâ- 
tres de la Philofophie An^^loife. Ces 
Difciples zélés, aurolent pu mieux fer- 
vir la gloire de leur Maître i il falioit 
prouver l'originalité des opinions An- 
gioifes autrement que par une hauteur, 
•qui ne reffemble gueres moins ?.u mépris, 
ijues les dogmes de Newton ne reilcm- 
blent à ceux d'Ariflote. 

Puifcjue M*** a néglige de faire un 
extrait exad de ma découverte , je juge à 
propos de la donner telle qu'elle efl dcja 
publiée, fon expontion ferafeulela meil- 
leure critique de Newton, & la meilleu- 
re réponfe à fa prétendue réfutation. 

î°. Je n'adopte dans mon fyftême, ni le 
plein ni les tourbillons de Defcavtes ; j'ad- 
mets le yuide d'apiès Gaflendy & New- 
ton , & je détruits la néceflité des tour- 
billons , par léxiftance de ['mpulfion des 
lavons du Soleil. 

Je réfute l'attraElion & la gravitation , 
les forces centripètes , £/ la propenfion quel- 
conque vers le centre, félon Neivton, par des 
.démonftrations mathématiques , à quoi 
on ne peut répondra que par d'autres 
démonfirations. 

Je regarde ces termes , admis dans 
i'école des Newtoniens , comme des ap- 
plications vagues , à des effets , dont les 
caufes font inconnues ; je les compare 
aux facultés occultes Se fpécijïques des an- 
ciens : ce que je prouve par les contra- 
dictions de Newton même , dans fap/zi- 
hfophic nawxdle de fes principes maihéma- 
tiques. 

Pour réfuter mes raifonnemens fou- 
tenus de preuves m:ithématiques , il ne 
fuffit pas de lancer deux ou trois pointes 
d'efprit, comme fait M.*** après avoir 
expolc très fuccinrement quelques f ag- 
Kiens tronqués de plufieurs pages prifes^ 
de?côté & d'autre. Il ne fuîfit pas , je le 
Tcpéce , de prendre le ton décidf , ii faut 
fsife voir où eft le défaut de ces préteii- 
/innée 1751. Tome h L Partie, 



sua LA Peinture. '5:7 

dues lignes tirées à pUifir , par des dé- 
raonftratioDS plus folides, ainfi que j'en 
ai ufé en parlant de celles de Newton , 
on pourroit alors par l'echantiUon connol- 
îre La pièce. 

r> On volt, dit le Journalifle, parles 
3) échantillons , de quelles fortes f.^nt les 
» démonftrations géométriques de M. 
» G;.uti;r; nous renvoyons entièrement 
" pour toutes les autres , à l'ouvrage 
» même ; elles roulent à peu près fur le 
» même fujet , & doivent être mifes au 
» même rang , ce &c. 

Ce qui précéda cette définition 
hardie, n'eft pas feulement la plus petite 
partie d'un corollaire de l'une de mes 
moindres démonftrations , & dans touc 
ce raifonr.ement vague , ce qu il y a de 
plus frappaiTt, eft une réponfe à l'une 
de mes objedions. J'ai fuppofé , dans 
un endroit de mon Livre , une pierre 
fufpendue toute feule dans refpace , 
après la deftrudion du refte de l'univers. 
Je prétens , avec raifon , que dans cette 
hypotèfe Ja pierre ne pourroit nullement 
graviter vers le centre. Voici la réponfe 
du défenfeur de NeAVton, qui fera luivie 
d'une prompte réplique. 

Le Journaiifte commence par differter 
furla gravitation, {ar t'attraciion fur hforcs 
centripète & la force centrifuge , &.C. » Ceux 
» qui font au fait ( dit-il ) de ces matié- 
3) res , fçavent très bien l'ufage que l'on 
j) fait de ces diffcrens principes , de ces 
33 diverfes dénominations , & des idées 
» que Newton leur a a'.tachées en gé- 
3:> néral : ^ ainli il eft inutile d'en parler 
puifqu'on le fçait déjà. Il n'y a qu'à diie 
de même de tout ce que l'on ne peuc 
défendre. 

3ï L'attradion eft fuppofée être la 

33 caiife , la gravitation en rélulte , & on 

' 33 la confidére alors agifj'ante , fans avoir 

>j égard à la force d'i mpulfion , ou à la 

« force centrifuge, telle que les phcno- 

H 



yS Observations sur 

» mènes nous permettent di l'examiner, 
» & c]ue Ton fçait ctre variables luivant 
» les diftcrens dégrés de latitude. . et Nou- 
blions point ceci.d: nous verrons enfuite 
que ia répartie de M,*** ; ou du moins 
la détenfc des Ne\/toniens , eft encore 
bien foible, & ne repouiTe aucunement 
les objeflions qu'on leur Li:.. 

Dans l'article où je prouve qu'il n'eft 
point de qualité réelle dans les corps , je 
dis que la péfanteur ne peut ctre une 
qualité propre & naturelle à quelque 
corps que ce foit, au moyen de laquelle 
il cherche prcciftment fon lieu , parce 
qu'en quelque endroit que foit un corps, 
il a fun lieu , & n'en peut occuper un 
plus grand , ni un plus petit. Pour prou- 
ver cette vérité inconteftable j je (iip- 
pofe une pierre en l'air ^ Se que. 
Dieu anéantllfant toute la machine du 
monde , il ne laifle que cette pierre. 
Je dis que cette pierre ne fçauroit être 
mue , pour tendre au centre qui n'exifte 
plus. Il n'y aura alors, fans doute, ni 
haut ni bas , tout lieu ne lui iera-c'il pas 
indifférent dans cetefpace i 

M. * * * avance cette hypoièfe , telle 
que je viens de la rapporter, mais il en 
luppiime les conféqucnces, fans doute , 
pour des raifons fccrettes , mais qu'on 
devine aifément ; il dit de fon propre 
chef ( comme fi c'étoit moi qui parie 
à l'occafion de cette pierre ( » donc la 
3i gravité ne la fait pas tendre plutôt vers 
» un point que vers un autre , donc la. 
» gravité ri'cjlpas naturelle au corps ». 

Mais voici les corollaires de cette pro- 
pofition , & la fuite de la démonftration, 
telle qu'il falloit la rapporter avant de 
vouloir la combattre. 

L'Univers lui - même , quelque maiïîf 
qu'il foit , ( dis-je dans ma démonftra- ^ 
tion , ) n'eft - il pas iufpendu dans un 
point de l'efpace immenfe , qui envi- 
lonne fa. furface ? Si quelques corps 



l'Histoire Naturelle, 

croient péfans , la malfe du monde rre- 
Je feroit-elle pas à plus forte raifon < On 
dira peut - être que félon cette luppofi- 
cion , cette pierre feroit portée vers le- 
point où étoit auparavant le centre du 
monde ; mais ce point n'en feroit plus 
le centre , n'y ayant plus de lieu , ni de ' 
monde. D'ailleurs une pierre peut- elle 
avoir de foi-mème, unepropenlion quel- 
conque vers le centre ? Lui eft-il encore 
peimis, nia quelque corps que ce foit, 
de pénétrer julques-là ? Ce centre , étant 
un point indiviiible, ne peut être le lieu 
d'une chofe qui a quelque petite gran- 
deur. Un corps n'étant pas péfant, il ne 
peut être porté de foi même vers le cen- 
tre de la terre , il y eft feulement poudé 
par accident , en ce que limpullion le 
faifant tendre vers la terre ^ par la ligne 
la plus courte , c'eft - à - dire , la plus 
droite , nous comprenons qu'une telle 
ligne étant continuée, pafle par le centre 
de la terre. 

Suppofons encore que Dieu détruife 
les trois quarts de la terre , & que la par- 
tie qui refte , fur laquelle doit tomber 
la pierre, foit mue tant foit peu , du côté 
du midy , ou de quelqu'autre endroit, 
la pierre qui devoir tomber (ur la terre 
par une ligne courte , lorfqu'elle était 
entière, & demeuroit dans Ion lieu, y 
tomberoit - elle préfentemenc par une 
ligne oblique, c'eft-à-dire, vers la- 
partie de la terre , fur laquelle elle de- 
voit tomber , & vers le pomt dans lequel 
étoit le centre, ou !ur la partie de la terre 
qui refte , & qui a changé de place ? 
Cela n'étant pas vraisemblable , on doit 
inférer que la pélanteur prétendue ne 
peut être la railbn par laquelle , un corps 
tend au centre de la terre, Suppolez en- 
^fin qu'il n'y ait aucune communication' 
entre la pierre & la terre , comme il ar- 
riveroicli l'efpace qui environne la pier-- 
re étoit vuide , Se qu'il n'y ait aucune; 



SUR LA Physique et 

^m7uIfion de la pierre vers la terre , ni de 
réimpulfion de la terre vers la pierre ; la 
pierre feroit - elle alors portée vers le 
corps de la terre? Non fnns doute, n'y 
étant pas pouifée. il feroit fort égal que 
Ja terre fût dans cet endroit , ou dans un 
autre. 

Or l'air efi aftuellenient entre la pierre 
& la terre ; la gravité qu'on fuppofe à la 
pierre, peut - elle être excitée p:r l'air, 
pour la porter vers la terre ? 1,'air envi- 
ronnant la pierre de tous côtés , & étant 
une matière inerte comme les autres 
corps , n'eft pas de foi plus propre à 
l'exciter par on côté plutôt que par un 
autre, if faut donc conclure , qu'outre 
l'air, il y a une impulfion des particules 
ignées , qui détermine la pierre vers la 
terre ; que ni la pierre , ni la terre , ne 
pouvant (ê décider d'elles-mêmes , à aller 
mutuellement Tune vers l'autre , n'ont 
aucune péfanteur , ni gravité , 5c que par 
conféquent , la gravitation mutuelle eu 
.-chimérique,. 

Je fuis furpris que l'on mafqne les ob- 
jedions nnûnmtoniennes , puifque les 
Newtoniens font fi perfuadés de leurs 
bon droit. J'appelle mafquer les ob- 
jeftlons jlorfque l'on en cache les con- 
<lufions. J'ai conclu dans cette démonf- 
tration^queZi^gr^wMrion/niifi/elZe, (c'eft- 
à-dire, celledes corps vers la terre , & 
de la terre vers las corps ) eft chiméri- 
que. M. * * * veut au contraire faire en- 
tendre j qu'il ne s'agit que des forces 
gravitantes en générai : comme de celle 
des plus petites parties qui compofenc 
un corps entr'elles , & qui fe touchent 
mutuellement. 

La gravitation Neutonienne n'efl point 
ce repos mutuel : nous venons de voir 
que M.*** dit que ïattraElion ejl fuppojee 
être la caufe , la gravitation en réjulteis'on 
la confidére alors agijfante. Il y a bien de 
la différence entre confidérev les parties 



SUR LA Pe I N TU RE. yp 

en repos , les unes contre les autres , ou 
prouver le mouvement qu'ont les corps 
qui gravitent , pour s'approcher les uns 
des autres. C'eft confondre le repos 
avec le mouvement": les Newtoniens fe 
défendront mal, lorfqu'ils diront^ comme 
le Journaiifte , que c'eft-là,à peu-près , en 
quoi con{4ftent tous mes raifonnemens , 
contre lefquels les Newtoniens répon- 
dent , »» que les parties qui compofent la. 
3> pierre , tenir oient au centre même de la 
» pierre ^ puifque les autres parties de VUni- 
» vers font fuppofées anéanties, La pierre 
» eft conçue comme unpent monde, difent- 
n ils , donc le raifonnement de V Auteur n'efl 
» pas fans réplique. 

Je vais démontrer préfentement , que 
les Ne\Ptoniens font aulli embarralfés 
qu'avant la réponfe de leur zélé défen- 
feur ; ce petit monde prétendu que forme- 
roit la pierre , ne feroit qu'un monde 
en repos , iSr non un compafé des corps 
différens , gravitans les uns vers les au- 
tres , &: s'approchant mutuellement, 
pour fe joindre d'un certain point vers 
un autre ; & les parties de ce petit mon- 
de ne graviteroient pas plus d'elles mê- 
mes vers le centre , li elles étoient déta- 
chées du corps qu'elles compofent , que 
celles de tous l'Univers , fi elles n'étoient 
féparées & pouffées les unes vers les au- 
tres par des corps agiifans , c'eft-à-dire, 
\qs parties ignées ; puifque, je le répète 
encore , fi on écartoit une particule de 
cette pierre , qu'il n'y eût rien entre 
deux , & par conféquent qu'elle ne fût 
pas pouiTée vers la pierre , comme les 
corps le font vers la terre, alors la gra- 
vitation n'auroit pas lieu, & les Newto- 
niens feroient hors d'état de clé-;Her {i 
la particule demeureroit féparée de la 
pierre , ou fi elle en spprocheroit : S; 
-quel feroit l'agent qui occafionneroit 
cette accointance , fuppofé qu'elle arrivât ? 
Que l'on réponde à cette quellion î 

Hij 



'€o Obseuvatioks sur l' 

t'on y répliquera enfuite par de bonnes 
i/aifons. La matière en vaut, fans doute, 
la peine » & quoique Je Jouinaiilteme 
reproche detie trop long , il y a toute 
apparence , c]ue s'il eft toujours aulîi 
coure, il ne m'atteindra pas feulement , 
bien loin de me vaincre. Tout homme 
peut fe tromper ; ainfi pourquoi vouloir 
perfuaderle Public, qus mes Vémonjira' 
tions iTcnt pas donné la plus Ic'gcre at- 
teinte au Syftême du profond Géomètre, 
fans combattre dans les régies de h faine 
Philûfophie? Peut - on vouloir détruire 
des rai:on$ jcn leur oppofant feulement 
une prétendue infuillibilté, comme on 
faifbit du tems d'Ariftote ? 

1 1. Je fuppofe rUnivers-limitl ôc 
borné par le vuide immenfe , «Sec. c'eR ce 
que j'ai déjà dir,& qu'il eft par conréqucr.t 
inutile de répeter. J'ai aufli parle du 
vuide dirperfc , qui remplit les inter- 
valles des particules des corps , & qui 
facilite le mouvemer.t fur lequel j'ai fui- 
vi le fentiment de Newton , f=c de Gaf- 
fendi ; mais comme les particules les plus 
petites de tous les corps , que je nomma 
particules ignées , font les plu:; clafliques , 
toujours agitées & toujours en mouve- 
ment par leur extr.'nie ténuité , je fup- 
pofe qu'elles font vnides, 6c que le mi- 
lieu de ces particules n'ed: occupé par 
aucune matière , pas même par celle qui 
les compofe , mais par l'efpace univerfel 
dcjaadmi^. 

J'appelle cet efpace.le vuide inierjc&é. 
Voilà quelles font lef. trois fortes de vui- 
des que je fuppofe dans mon fyftéme. 
Les corps ne fçauroient être mus d'un 
lieu dans un autre , s'il n'y avoit point 
de vuide , parce que leur commune pref- 
fion rendroit l'Univers compaél & im- 
mobile ; cette vérité eft entièrement dé- 
montrée par les Philofophes que je viens 
de citer , & par ks dcmonfbations que 
i'ai dounées dans mon hvrc». 



Histoire Naturellt:: 

J'admets ce vuide dans les parti^sv 
ignées pour prouver leur élanicité. Par' 
la même rail'on que les corps pleins fon~ 
durs & folides , ceux qui font flexibles 8* 
élalliques^doivent contenir des effaces , 
qui-, après avoir permis l'approche de'i 
parties , doivent en permettre lafépaïa- 
tion : par conféquent , la caufe de l'é- 
lafticité & de la flexibilité des corps en 
général , doit être celle de l'élafticiaé des 
parties qui les comp:){er>t. 

Quant à la nature de la matière', je la 
dénnis comme une étendue pajjive [oifi- 
Lie , & impénétrable , au lieu que le vuids 
n'a- ni l'une ni l'autre de ces qualités : il' 
n'eft pas paffif ^ il ne fçauroit être tranf-- 
porté ailleurs , ni en tout , ni en partie :- 
il eft infenfible , nous ne fçaurions l'ap-- 
percevoir , il eft pénctrable, pivifiuie la 
matière le pénétre en tout lieu. Ce lont- 
là les feules diftinciions claires que Ion"- 
puilTe donner de la matière, Ik du vuide;. 
car il n'eft pas pollfoleds vouloir expli- 
quer la pâte & là compofition primitive/. 
& encore moins d'en conftatcr l'efl'ence' 
par les feules dimenfions de la longueur,. 
de la largeur , & de lu profondeur ; comme 
a fait Deicartes. Il faut alors nier l'exif- 
tence du vuide, & crrire que tout eft: 
matériel, eu que l'ePparc & le corps 
font la même chofe : je fais voir au con- 
traire , que ces trois dimenfions font pu- 
rement mathématiques , & v.onphyfques'i- 
qu'elles conftituent bien moins l'eflerca 
de la matière, que i'iwpénéiruldité^ car 
nous pouvons lup-poler à un efpace telle 
dimeniion que nous jugeons à propos 
notre imagiiiation peut rr.tme fe repré*- 
l'enter des villes au milieu de l'elpace qui-' 
fe trouve au de-là de l'Univeis ; mais- 
nous ne fçaurions comprendre la péné- 
tration , proprement dite , d'un corp? 
dans un autre. Les corps ne peuvenr 
fe concevoir pcnètrables, que parleurs-- 
pores , lefquêls ne font que le vuide oai 



SUR. LA Physique 

Te pur eTp-'.ce, & nullement la matière. 

Je dfhnis enfuite le mouvement , ceft- 
à-dire b tranfporc d'un corps d'un lieu 
de l'elpace, dans un aurre lieu de ce mê- 
me efpace ; c'eft ce que Newton' appel- 
le mouviment abfolu. A l'e'gard du mou- 
ycmem relatif , il ef!: fous-etitenJu par' 
la définition du premier. Cette délîni- 
tion nous fait aufll connoître le repos, 
qui n'eil autre' cho^e que le féjour d'un 
corps dans le même lieu de refpnce. 

Après !a définition du mouvement & 
du repos, je développe ainfi les caufes 
du mouvement. Si la matière , dis-je, 
eft pofée dans l'efpace , elle y occupe en 
quelqu'endroiï que ce foir , le iieu qui 
lui a été deiliné^ ellenerçauroit fe rranf- 
porter ailleurs, à caufe de fa paiïîbilité 5c 
<'e fjo inertie, qualités qui lui font, pro- 
pres, de l'aveu de tous les Philofophes. 
Chaque COI ps , chaque paiticule, félon 
moi , doix reirer naturellement en repos 
& dans faplace.iufqu'à ce qu'un Eirelu- 
piéir.e mette la machine en jeurmais com- 
inetous les corps éxiftans nous paroi flei'it 
Is mouvoir enlerable ou féparément , ^ 
que les plus lourds , même les glo- 
bes qui forment les planettes & la toiré^ 
femblenc tourner autour du Soleil ; il- 
faut abfolument qu'un agent puilTant faf-- 
fe mouvoir ces malles énormes : & de' 
plus nous voyons rous les jours, que cet' 
agent univeriel , non feulement agite 
tous les corps en général'^ mais que ceS' 
corps mêmes font agités dans toutes leurs 
parties. Tels font le feu, l'air, l'eau, &- 
rous les autres fluides. 

Les Philofophes, curieux d'approfon- 
àïï les'^diirérens Phénomènes de la natu- 
re , hazardent leiuo opinions. Newton: 
prétend que touresles mafles tournenr- 
autour les unes des autres, par les eflons- 
de l'attraition & de la gravité, de la for- 
ce centripète & centrifuge, ^c. &: que 
fes plus petites parties de toui ces corps- 



Et sua. LA Peinture. 6i 

en général , font aulli mifes en mouve- 
ment par toutes ces forces. Elles fontMî 
naturelles^ félon ce Philofophe, b" fi exac- 
tes, que. malgré leur différente puilfance, 
elles ne fe nuifent pas, dit-il , les unes aux 
autres, &c. Je trouve au contraire que li 
toutes ces forces étoicnr réelles , elles ne 
fçauroient cxiRer les unes avec les au- 
tres ; je penfe , qu'elles fe détruiroienc 
au lieu de fe foutenir mutuellemenr. 

Dans le Syilême du Philofophe An- 
glois , la matière cefferoic d'être fous 
l'Empire du Créateur; elle trouveroiten 
elle-même fa vie, fon mouvement &foii 
évillence. Bien loin de penfer comme 
lui , je dis , après l'Efprit Saint , In Dco 
v'ivimus ^ moyemur , ^ fumus. Un paûage 
de l'Ecriture , à l'appui d'une hypotèlè- 
pnilofjphique i quel blafphême dans ce 
îiécle lumineux.où le Sçavant n'a pas be- 
foin de l'Auteur de la Nature pour la 
connoître ! 

Je regards les parties du feu , com- 
me celles cjtii font les plus déliées , les 
p:us mobiles , & les phis élaftiques. Ces 
particules ignées. font, f;lon moi, l'agorkC 
puilTant & univerfe! du monde. La cha- 
leur , la lumière , le mouvement ne fe— 
roient point fans elles ; & le froid , les 
ténèbres & le repos, reprendroient mal- 
heureufement leur place. 

J"e ti ouve le point d'appui , de ce 'to- 
teur puiOant, à notre égard, dans le So- 
leil même ; les Etoiles peuvent être auflî 
d'autres points d'appui , pour leurs or- 
bes particuliers , qui n'ont prefque rien, 
de commun avec le nôtre. Je prétends- 
encore que ces Etoihs ne fçauroient dé- 
ranger les impulfions coarinuclles.que le 
ioleilfait, au moyen delà vibration de; 
ces parti':ules,lur les planettes. Ces orbes- 
planétaires lont tous terraqués comme le 
nôtre , & c'ert; leur compoiiticn de terre- 
& d'eau, par l'impulfion Solaire , qui les' 
fait tourner. L'on comprend, fans peu'-ej. 



éi Observations sur l'Histoire Naturelle, 

que de la diflsrence de la furface de ces l'impuHion directe du Soleil , & en re- 
î -1 1 -.A /r.a " " ' " ' 



deux clcmens , doit naître une rcTiflance 
inégale » & par confcquent un mouve- 
ment de rotation, hqucl alors devient 
rccefTairem^îrrt orblculaire. 

Le mouvement des fiitcilitcs des pla- 
netres. comme celui de la Lune autour 
de la terre , paroît impoflîble à dc'mon 



tranchant les forces de réimpulfion de la 
pullion commune , on trouve les diftan- 
ccs plus ou moins grandes de la Lune au 
Soleil , & fjs phafcs avec !a Terre. * 

L'explication de tous ces plicnomé- 
nes porce fur des Dcmonitrationsacconv 
pagnées des Figures gcométriques , elles 



trer parrimpiiHion ; mais il ne l'eft point ne peuvent céder , ces Dcmonilrations , 



du tour. La Lune br.ilfe vers le Soleil, & 
s'en cloi.^ne enfuite, de forte qu'elle pa- 
roît tantôt plus haute & tantôt phr. baf- 
fe, loifqu'elle eft poiifTée plus ou moins 
par les réimpuliîons de ces mêmes rayons 
de la Terre fur fon orbe : la Terre étant 



qu'à d'autres plus claires & plus lumi- 
neufes. On les attend du zcle éclairé des 
Newtoniens ; & pourquoi ne vien- 
droient-elles pas > L'elprit feroit-rl 
moins puilTant que la matière , & la 
merveilleule qualité de l'Attradion ne 



incomparablement plus grande que la feroit-el le l'apanage que de la fubilunce 
Lune , il faut bien qu'elle cède aux ef- la plus imparfaite ? 
forts de ces rcimpulfions contraires à 



* Voyez robfervation de Phyfique de 
cette première Partie , j'explique ie mouve- 



ment île la Lune pjr mon lyficuie. 



PROJET GENERAL 

des Planches Anawniques de M. Gautier, Fenftonnaire du 

Roi, 1752. 



EN 174Î, )e formai le projet de donner 
au Public un Effai de mes Planches Ana- 
tomiques, d'après ladilTeftion de M. du Ver- 
ney,très-célébre Anatomille, & je les fis en- 
fuite paroître en 1 746. Je fus interrompu tout 
audl-tôt par un procès qu'on m'intenta , & 
qui fut cependant décidé en ma faveur par 
Arrêts du Confeil du 8 Mai 174?- ^ '- Juil- 
let fuivant. Malgré les tentatives que l'on 
faifoit pour me détruire , je fus confirmé dans 
mes droits, & j'ai eu moi feul le Privilège 
exclufif de cette entreprife , que j'ai conrinué 
de donner jufques aujourd'hui en quatre fouf- 
ctiptions , dont voici le Projet Générai, 

Première Cr fecmàe Soufcr'iption. 

JilYOLOGIE, £N VINGT PLANCHES, 
^es huit premières Planches de cette par- 



tie repréfentent tous les Mufclcj de la Tête 
& ont fait la première (oufcription ; elles ont 
été d'abord données comme un Eflai ; M. du 
Verney en dédia la DilTeftion à M. de la Pey- 
ronie , &: en fit les Tables. Je commençai 
par donner les trois premières Planches eo 
ioufcrivant ; & à la dillribution des cinq au- 
tres , je fus conrraint de cefler par le procès 
dont nous venons de parler. L'ardeur que le 
Public eut pour ce premier Eir.ii , & les preu- 
ves indubitables qu'il donna pour la réuffite 
de ces nouvelles Planches, me fit propofer 
les douze fuivantes qui compofcnt la Myo- 
logie, pour le Tronc îk les Extrémités, lef^ 
quelles formèrent la féconde (oufcription. M. 
du Verney continua les difléûions de fujets, 
qui fervoient à ces Planches , avec tous les 
foins &: toute la fciencedontil étoit capable. 
Cette partie a été applaudie de tous les vrais 
connoilTeurs / Se les défauts que l'on y % 



SUR LA PhYISIQUE E 

«roiivés font fi minces qu'i peine ole-i'on en 
parler. 

Troifiéme Soufcription. 

ANATOMIE DE LA TESTE, 
EN HUIT Planches. 

Cette partie contient des morceaux très- 
rares , les Coupes du Cerveau , & l'origine 
des Nerfs y font parfaitement reprefcntts. 
J'ai eu l'honneur de la dédier au Roi , & j'ai 
reçu dans ce tems-là de Sa Majeité urie {^rati- 
fication de fix cens livres de Penfion. 

M. du Verney a travaillé à l'Anatomie des 
trois premières Planches ; enfuite après fa 
mort M, Tarin , fous les yeux de M. Morand 
6; de M. Winflou, a difiéqué les pièces qui 
ont fervi aux cinq dernières Planches. 

Cette partie fe doit joindre avec l'Anatomie 
des Vifcéres en particulier,quejepropofepré- 
fèntement, &que i'avois commencée avec M. 
Mertru.l , Démonllrateur Royal, qui a fuccédé 
à M. du Verney. Je continue moi-même au- 
jourd'hui l'Anatomie des Vifcéres, quoique 
cependant je ne Hiffe encore que fuivre les av;s 
des plus célé'ores Anatomifies. Sctupuleur. fur 
tout ce qui peut rendre mon ouvrage pavfait& 
le mettre à l'abri de tout reproche , j'ai pris le 
parti de faire difféquer aux Ecoles de la Cha- 
rité , des Invalides & ailleurs, les iujets dont 
j'ai befoin,&de les difféquer moi-même quand 
il le faut. Je les fais mouler tous préparés Sz 
difféqués, malgré les frais confîdérables que 
cela me coûte ;& enfiiite je les coule en cire 
colorée fi naturellement que les Artiftes 
même s'y trompent. Ces morceaux qui fer- 
vent d'orif:;:naux aux pièces que je grave , (ont 
fi vrais & fi fidèles que non-feulement ils peu- 
vent garantir mes ou'VTages s'ilétoit néceflai- 
le de les confronter , mais encore ils peuvent 
fervir aux Démonftrations des plus grands 
maîtres dans les cours publics au défaut de 
pièces fraîches. 

Qiiatriéme Zf dernière Soufcription.- 

ANATOMIE DES VISCERES, 

Angeolocie et Nevrologie , îm dix-' 

HUIT Planches, . 

Gtttc partie eft la dernière que je propofe 



T SUR L A Peinture. ^3 

au Public pour compléter mon ciitreprifc. 
Elle contiendra dix- huit planches , douze 
defquelles formeront quatre grandes figures 
fur pied. 

I. La figure d'une femme compofée de trois 
Planches , dont le Bas - Ventre , le Sein , les 
Bras & les Extrémités inférieures , font dif- 
Icqués & injedés. Cette figure eft déjà faite 
& diiiribuée aux Soufcripteurs. 

II. La Figure de l'homme de grandeur natu- 
relle , en 3 planches , eft pareillement dif- 
féquée & injectée de la Tête aux pieds, la Poi- 
trine ouverte , &: les Mufcles Ibus diverfes 
Coupes. Cette figure avec la précédente 
font deux rares morceaux , propres à orner le 
Cabinet d'un Sçavant , une Pharmacie , une 
Ecole de Médecine , ou un Amphithéâtre de 
Chirurgie ii l'on veut : on la difiribue prtfen- 
tement aux Soufcripteurs. 

in. La troifiéme Figure entière, fera l'hom- 
me vu par le dos , en trois Planches aulTi ; elle 
fe diilnbiiera inceffamment. Cette figure ac- 
compignera les deux précédentes. 

IV. Figure entiéte, de trois Planches comme 
les autres , lira diifribuée à la fin du mois de 
Mars 1751. Elle contiendra deux Squeletrcs 
entiers garnis & entrtlalTés d'une Angeolo- 
gie totale &: de la Nevrologie. Ces des figu- 
res dont l'une en face. Se l'.uitre vue p.u- le 
dos feront d'une fituation très-avantageufe à 
l'étude de cette partie d'Anatomie , & pofées 
de façon que les Amateurs auront lieu d'être ■ 
contens. 

Ces quatre figures , comme on vient de 
le dire , feront formées par douze Planches 5 
des fix autres Planches qui ne compoferont 
pas de Figures entières , il y en aura trois qui 
feront pour les parties de la Génération de 
l'Homme 8c de la Femme- , que l'on a déjà 
diflribuées. Les Vifcéres en particulier, fe- 
ront repréfentès dans les trois Planches res- 
tantes. Elle fe diftribueront à la fin de Juin • 
prochain , c'eil ce qui coirvplettera l'Anato- 
mie en général. 

Comme on a eu beaucoup de peine peur 
avoir des fujets conysnables , & que f Hyver 
eft le tems le plus propres à ces travaux ; on 
a fait la diflribution plus tard que l'onn'avoit 
d'abord promis, & i'entreprilc le trouve reçu-- 
lée de fix mois , ce qui n'efl: pas un tems bien . 
extraordinaire quand il s'sgt de.bien extcua- 
rer de pareilles plancheSo - 



(^4 OliSERV. SUR. l'HiST. NaTUR." sur la PhYS. et sur la PEfNT."* 



P RIX DES PLANCHES. 



Planches. 



20 



18 



Total 46 



Myologle en 20. Planches , avec les Tab'es 
explicatives 

Anatomie de la Tête en huit Planches , avec bs 
Explications. . . . . , 

Anatomie Générale de Vifcéres, Angeologie 
Ik Nevrologic en dix-huitPlanches. . . . 

Soufcription. . ...... . . . 

Première dilhibution compotce des trois 
Planches de la figure de la Femme. . , . 

Deuxième diflribution compofée des trois 



Planches delà figure de l'Homme. 



Troifiéme diflribution compofce des parties 
de la Génération de l'Homme & di la Fem- 



me. 



Quatrième diflribution compofée des trois 
Planches de h figure de l'Homme vu parle 
dos 

Cinquième diflributioTi compofée des trois 
Planches qui terminent le Squelette. . . . 

Sixième diflribution compofée des Vifcéres en 
particulier, gratis. 



Pn>: du 
Soufcrip- 
teur. 


préfente- 
m:nt. 


6 liv. 


90 liv. 


24 


36 


84 

• • • • 


12.6 


18 




18 





12 



12 



12 



I£ 



Prix des 46 Planches, 



1(58 liv. 



. 5 2 liv. 



^explication de la Planche D. d' Anatomie repréfentant r Hermaphrodite 

Drouart, 

A le nombril, "B le gland, C le corps delà verge, D la fofTe naviculaire, E le* 
grandes Icvres, F l'encrée du vagin. 



4 



h. 



d- 



OBSERVATIONS 

SUR 

UHISTOIRE NATURELLE, 

SUR LA PHYSIQUE 

ET 

SUR LA PEINTURE- 

AVEC DES PLANCHES IMPRIMÉES EN COULEUR; 

Cet Owvrage renftmtc les Secrets dci Arts t les nouvelles découvertes ^ Cl* 
les difputcs des Philofophes & des Artifies modernes. 

ANNÉE 17; 2. 

TOME PREMIER. II. PARTIE. 




**Srsfe 



A PARIS, 

chez DELAGUETTE,rueS. Jacques, à l'Olivier. 



'AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY. 



Les Planches en couleur fe diftribuent féparéraent chez M. G a u t i e r , Penlionnaire du Roy, niô 
ie la Harf e. 



A V I S. 

LES Planches colorées de VHifloire Naturelle feront la baze de cette 
entreprife. On fera enforte de donner quatre Volumes tous les ans 
coinpofés de trois Brochures chacun : Elles pnroîtront prefque tous les mois : 
Et po:rla commodité des A7nateurs , on enjera deux éditions en même tems , 
une in-doit%e avec les Planches feparêes , & l'autre in-quarto avec les Plan-, 
ches renfermées dans le livre même. 

Ceux qui voudront ranger à part les colleclions des Planches dans des 
forte-feuilles , pour mettre en ordre les claffcs des diverfes efpèces d'ani~ 
maux , de plantes , & d'infedles &c. ainfi qu'ils jugeront à-propos j pour- 
ront fuivre la petite édition. Le prix de chaque Brochure in-douze fera de 
1 liv. 4 /i Celui de chaque Planche féparée de . . . . i. liv. 

Les perfonnes au contraire qui voudront avoir l'œuvre ramplptte , & 
relier les Planches dans le livre , à mejure que les volumes paroîtront , fui- 
vront la prefente édition in-quarto i dont les parties feront toujottrs ornées 
de 2. 3 . & fouvcnt de 4. Planches. Le prix de la Eroc^iure in quarto 
ovec toutes les Planches qu'elle pourra contenir fera de 4. liv. 4. f. 

Les Libraires des Provinces & des Pats étrangers pourront s' adrejfcr à 
M. Gautier^ Auteur de ces Obfervations ( rue de la Harpe ) pour avoir les 
fuites defes ouvrages : & les perfonnes qui voudront avoir les préfentes 
Brochures ,à Paris , le jour même de leur dijîribution , avec les premières 
épreuves des Planches colorées , en payeront douze d" avance à AÎ. Gautier 
ou à M. Deiaguette , qui leur fournirent le billet imprimé jftgné de l Au' 
teur. 

• N.B. II n'y aura que fi x Brochures in- douze & in-quarto cette année 
I7J2. à caufe des Planches Anaîomiqnes que l Auteur dijlriluera , & 
pour Uf quelles il efl engagé avec le Public. 

On offre aux amateurs d Hijloire Naturelle, de Phyftque & de Peif> 
ture , rêfidans à Paris , dans tes Provinces ou dans les Pais étrangers , 
qui auront des Découvertes & des Obfervations fur ces matières & fur les 
fecrcts des Arts , dont ils voudront faire part au Public & qui défireront 
les inférer dans cet Ouvrage , de recevoir leurs Differtations , de les faire 
imprimer en leurs noms, O" de graver & joindre à leurs Obfervations les 
Pl^hes en noir & en couleur , gratis , pourvu qu'ils affranchijfent les 
ports des P acquêts ; qu'ils les addreffent a M. Gautier, & quil ny ait 
riiii de pillé ni contre les bonnes mœurs , dans leurs Ecrits» 




OBSERVATIONS 



SECONDE PARTIE. 

HISTOIRE NATURELLE. 



OBSERVATION V- 

Sur le Limaçon & les Animaux qui engendrent fans femelle. 



H toutes les parties de 
IHiftoire Naturelle , 
il n'en efl: point de plus 
curieufe & de plus fur- 
prenante que celle des 
Infeâes & des Coquil- 
lages : c'efl; celle auffi 
fur laquelle les anciens Naturàliftes nous 
ont le plus raconté de Fables , & où ils 
pnt moins approché de la vérité. Les 
Année lyjz. Tom, 1. II. Partie. 




Phyficiensmodernes,à leur exemple, fous 
prétexte d'écrire pour les jeunes gens & 
pour le beau Sexe, ont peu approfondi 
cette matière , ils fe font bornés à mettre 
en jolies phrales ce qu'ils avoient trouvé 
difperfé dans nombre d'Auteurs : Si au 
lieu d'obferverpareux mêmes, ayantac- 
tuellement l'avantage des microfcopcs, 
ils ont adopté toutes les erreurs de ceux 
qui les ont précédés. En parlant da 



66 O B s E RV 

Limaçon , par exemple , ils fe font atta- 
chés à fcs formes extérieures , fans pé- 
nétrer la \éritablc llriiclure ije fcs par- 
ties incernes. Ainfi mal^^ré des volumes 
immenfes de l'Hifloire Naturelle, an- 
cienne & moderne , on ne r^;ait comme 
un Limaçon efl fait, tandis qu'on ne peut 
faire un pas dansla campagne, fans en 
écraler quelqu'un. 

En vain a-t-on transformé les cornes 
de ces Infedesen des lunettes, ils n'onc 
pas donné plus de lumière au Public 
qu'ils en ont voulu prêter à cet animal : 
les corn s qu'ils prennent pour des 
yeux, ne (ont au contraire quelesbâtons 
d nt i! fc fert pour diriger fa route. 

Il n'cft pas plus vrai de dire , que lés 
Limai^ons, ainfi que les Coquillages & 
les animaux qui génèrent fculs , funt 
Her;iK;p!iroditcs : les Hermaphrodites 
font des mondes n'y en ayant jamais 
eu d'alfez p'arf^its pour fervir en même 
tems de m de à ure femelle, & de fe- 
melle à un n.âle , & de devenir propres 
à produire & à concevoir avec l'un ^ 
avec l'autre des deux ifexes : c'efl là 
pourtant ce que devroit ctre ce qu'on 
entend par un Hermaphrodite : les 
Sujets humains que l'on qualifie de ce 
non) , n'en Ibnt appel'cs que par abus ; 
loin d'être hommes & femmes, ils ne 
font ordinairement ni l'un ni l'autre, & 
re font finguliéiement configurés que 
par un jeu de la Nature , dont l'opéra- 
tion ordinal e a été interrompue. 

Dans l'adoption des ovaires, ainfi que 
dans les autres hvpothcfes l'ur la géné- 
ration , ce^ S) flêmes demandent alors 
que l'animal foit mâle & femelle , ou 
l'un & l'autre tout enfemble : mais 
depuis que j'ai découvert & démontré 
que tout fœtus fort entier & parfait des 
mâles de toute efpéce d'animaux , rai- 
fonnables ou non . terreftres ou aquati- 
ques, voJfttils ourempants, coûtes ces 



A T I o K S 

fuppofitions forcées difparoiflenc, tooc 
rentre dans un ordre uniforme ; les pro- 
diges s'évanouiirent, & ia clané fuccéde 
aux ténèbres ik la vérité aux erreurs. 

La rtru£lurc du Colimaçon c(l touc- 
à - fait particulière. Elle mérite l'at- 
tention des Phyficiens. Je ne crois pas 
qu'aucun Auteur jufqu'à préfcnt ait ofé 
entreprendre ia difl'edion ; elle eft trop 
difficile. Les parties de cet animal font 
Il moles & elles s'entailent fi facilement 
quand on y touclie qu'il efl prefqueim- 
polfible d'en venir à bout. J'y ai travail- 
té longtems & avec beaucoup d'applica- 
lion , mais je ne crois pas donner ici 
tout ce qui concerne les particulantès 
de cet infede rampant : il faudra que je 
revienne à la charge une féconde fois & 
alors j'expliquerai tout ce qui peut man- 
quer à cette Dillertation , & pour une 
plus grande intelligence j'y joindrai les 
figures en couleur qu'il iera nécefi^aire. 
Lorfque le Limaçon fort de la coquille, 
il ne s'allonge pas comme il paroît, il ne 
fait que fe dévider comme une bourfe 
que l'on retourneroit , de forte que 
quand il eft enfermé, la peau extérieure 
que nous avons vue ell empaquetée dans 
le centre de l'animal , 6c les parties in- 
térieures font alors feulemer.t couvertes 
de la coquille &: d'un èpiderme très- 
mince tout-à-faic dét:ché du corps , & 
qui fert à réparer la coquille lorfqu'elle 
ell détruite. 

La peau extérieure, n'cft autre chofe 
qu'un tiflu tendineux , propre à l'excen- 
fion & à la détention nécellaires à cet 
Animal ; elle efl compofre de pecites 
plaques dures qui le mettent à l'abri 
des injures du tems lorfqu il cherche 
ia fubfiftancc. Cette peau écail'cufe -'é. 
tend de chaque côté pour couvrir la 
partie charnue de l'animal , qui com- 
po'c les ancs rampantes avec le'qu.lles 
il fc traîne iur h terre par un moi>- 



sujv l'Histoir 
^ment veremiculaire. Ceiaî'eifoncex- 
îrémement épaifles & lolides dans les 
g»o; e'cargots , elles s'écartent Se s'al- 
longent à la volonté de l'animal ; elles 
Ion: conipoféei de fibres traniverlales 
&c longitudinales , qui fecroifent en plu- 
fîeurslèns. La partie inférieure, que for- 
ment ces aille- mulculeules, eft ce qu'on 
appelle le ventre de l'animal , il eltforc 
doux (Se toujours induit d'une liqueur 
gluante qui découle lan- celle par des 
tubes imperceptibles placés dans les in- 
tervalles des fibres : cette liqueur fert 
à l'attacher contre les mur- , & à for- 
mer ia cloi on lorlqu'il ie retire. 

Quand il veut fortir de fa coquille > il 
entre dans la peau extérieure comme 
dans un fac , & lorlqu'il veut fe retirer & 
fè mettre à fon aife , il quitte cette tuni- 
que mufculeufe , en fait un paquet , 
ployé ft's ailes 6c les ferre pour le befoin : 
ce qui fait qu'il vit avec peu de dépen- 
fe pour l'entretien de fes organes, ôc qu'il 
pâlie de longues fuites de jours fans man- 
ger : lorfqu ifolé dans fa retraite ayant 
tous fes mufcles dans l'inaction , fon 
être neconfifle que dans ie cerveau ôc 
dans les nerfs qui en dépendent. Dans cet 
état les efprits feuls circulent pour l'en- 
tretien de la vie. 

La façon de prendre fa nourriture n'efl 
pas mointfinguliére que celle de le mou- 
voir. Il a- une gueule armée fur la partie 
fupérieure d'un peigne à fept dents noi- 
res , aigliej 6c très-dure , que M. l'Ab- 
bé PUicJie ne met qu'au nombre de deux, 
& auxquelles il attribue l'ulage ordinai- 
re : il déchire au contraire 6c racle feti- 
lemenr avec Ion peigne le; feuilles , les 
fleurs 5c les fruits, dont il fucce enfui- 
te les humeurs & les particules les plus 
fines, àmefure qu'elles 'é détachent pour 
remplir ion e-lloniacCe viicére tient aux 
oeiophages & eu fitué en long fur le dos 
de l'Animai comme un gros boyau , qui 



eNatur.elle. 67 

va aboutir à la queue , où il fe dégorge 
dans un conduit, qui retourne vers la 
partie antérieure 6c qui a (bn ilFue eu 
dehors lur l'aîie droite de l'animal. Je 
crois que le ventricule duLimaçon eft le 
ieul boyau où fe fait la digeftion & où 
le fait en même tems la fecretion des 
alimensi ôc je crois que le dernier boyau 
ne fert que pour évacuer les excrémens 
6c les liqueurs fuperflues, 

La gueule ou le commencement des 
œfophages eft faite en entonnoir , elle 
paiîb ious un ligament tendineux ëc 
tranfverfal , qui fert apparemment à 
refferrer l'extrémité de l'entonnoir èc à 
retenir les liqueurs de la digeftion. Au cô- 
té gauche de l'eftomac elt placé lefoye, 
ce viîcére eft compolé de plufieurs lo- 
bes très-diftinâ; , 6c de l'autre côté tft 
placé un corps graifllux (dont on fait la 
pouiade de Limaçon) qui entoure la 
inoitiédu ventricule. Lci alimens digé- 
rés dans l'eftomac font comme une ef- 
péce de baume de couleur rouH'e 6c de 
la confiftance de Syrop ; on trouve à 
fon extrémité un corps qui forme 
la pointe interne de l'animal 6c qui ref- 
fenible a la ratte. 

Le cerveau eft fîrué au milieu du 
corps j 6c à la place du cœur , c'eft de- 
là d'où partent une infinité de nerfs 6c 
de plexu.; neipeiix , c'eft pofiiivement I» 
partie que le me propofe d'examiner une 
autre lois; je crois que ce qui nous pa- 
roît la tête n'tft qu'une pomme glandu- 
leufe pofée autour des oeiophages, qui 
forme l'extrémité du fac. 

Les cornes auxquelles cm a voulu don- 
ner le nom de liu.ittîs partent du milieu 
du corps iS: d'une pièce racornie & 
cartilagineufe , qui fert de baze aux vif»- 
céres du ventre fu périeur 6c qui fe trou=^- 
ve au milieu de la partie charnue. Il eft, 
facile de voir d'où fortenC ks cornes- 
f^ns dilléquer l'animal , elles fe voyenç. 



58] Observations 

à travers la peau , elles font bien cloi- L'Obfervarion Mîcrofcopiqucque je 

gnces , de l'endroic que x\l. Pluclie 3tp- coniptefdiredecetteparcieferviraànous 

pelle la tête de l'animal , fi s'étoit des mettre au fait fur fa véritable ftruiflure. 

lunettes elles iroient donc aboutir à la Cette partie de l'animal renferme des 

poitrine , pour informer ie l'una^on detout dards durs & friables , qui reflembicnt à 

ce qui Venvirone. une efpece de Sel, fort pointus, en partie 

A l'égard desparties delà génération , noirs & blancs ; je ne fçai s'ili fortent de 
le Limaçon en a ; mais elles font inté- l'Animal, & s'ils font élancés en certain 
rieurcs ; elles ne confillent que dans les tems parle Limaçon, comme prétend 
tellicules & les vélicules féminalesoù fe M. l'Abbé P/uc/ie, je ne puis contredire 
formen: leurs foetus , lefquels palTent ceque je n'ai pas vu ; je vais feulemenc 
enfuice dans une cfpéce de matrice de prendre tous les foins imaginables pour 
la figure d'un fac très mince , remplie m'inforraer de cette particularité, 
d'une matière rouiTe où nagent les œufs Suppofé qu'il arrive quelquefois au 
jufqu'au tems de leurs pontes, qui fe Limaçon de fe fervir de ces flèches , i! 
fait je crois par l'ouverture placée du faut alors fçavoir fi elles lui fervent de 
côté gauche , dont j'ai parlé. J'ai vu ces défenfes contre fes femblables ou contre 
œufs dans le commencement du mois d'autres inledes , comme les éguillons 
de Mars. Il y apparence qu'on peut en- des Abeilles : car de dire que c'cHpoiir 
core en trouver pendant le printems s agacer ù" préparer leurs approches, c'eH 
avant leurs forties. Ce qu'il y a de cet- établir une fuppofition difBcile à ex- 
tain c'eft que ces infectes ne s'accou- pliquer ; ce feroit-là une façon de fe 
plent jamais entr'eux , n'y ayant point carre (Ter un peu dure & qu'aucun Ani- 
de différence de Sexe, & ce qu'on a crû mal fur la terre ne s'eft jamais avifé de 
être la verge n'ell que les filamcns de la pratiquer : hormis d'avoir au lieu de 
liqueur gluante qui les cole lorfqu'ils l'amour , la rage dans le corps, 
font adolTés & qu'on veut les détacher. Si M. Neidham de la Société Royale 

Si quelqu'un ellalTez heureux pour dé- de Londres qui nous a donné de fi belles 

couvrir ces prétendues verges , que je Obfervations Microfcopiques , avoic 

n'ai pu trouver ni dans l'animal , ni en voulu fe donner la peine d'examiner les 

dehors, je lui ferai obligé de m'en faire organes du Limaçon , il m'auroit évité 

part. tout le travail que je me propofe de faire 

11 y a cependant fur la droite de à la fuitede l'anatomie decet Infede. 

l'animal près du cerveau un corps dur Je viens de m'appercevoir que cet 

& blanc en forme de poire, très-diflind Auteur a donné bien des remarques fur 

& affez ccnfidcrable & toujours tendu , lefquelles je ferai mes Obfervations dans 

dont la baze tient avec plufieurs nerfs la prochaine partie de ce Volume. 

L*i: la pointe , où la tête répond fur le dos — —— — — — i»^— ^ 

de l'animal en dedans vers la partie fu- OBSERVATION VI. 

périeure & i"''^^^^"^'^^^,^ '^YZnl'al' dl Sur um aueftion ie Medcane concerr^ant les 

que Ion voit remue quand 1 an mal cft î J ^ ^^^^^^^ * 

a nud a travers lepjderme : mais javer- r ^ , 'j 

ils que ce corps eft tout autre chofe qu'u- A Yant fait TObfervation precederi- 

nc vcr<'e. -^ te lur les Infeûes que l'on croyoït 

.» Ce^tte îueftion a été difcutée aux Ecoles ie la Faculté de Paris à l'Ade de Vefperie de 



SUR l'HiSTOI 

Hermaphrodites 6c féconds, quinefonc 
cepeudant que de vrais mâles, il vient 
de me tomber tort à propos entre les 
mains une dilTertacion latine Tur les Her- 
Tiiaphrodites , qui confirme mon fenti- 
inent. Je crois qu'on lera bien aife d'en 
Voir ici la traduction & une féconde def- 
cription exafte & détaillée de l'Herma- 
phrodite de Aiic. Anne Dfoiiart de Paris. 
On trouvera après cette Obfervation 
îa difledlion d'une efpéce d'Herma- 
phrodite des plus ilngu iéres , donc les 
parties ont été examinées & diflequées 
après la mort du Sujet. * 

J*EUT-IL Y AVOIR DES 

Hermaphrodites? 

On appelle Hermaphrodite ou An- 
'drogine un homme d'une conformation 
particulière, qui réunillant quelque cho- 
ie des deux Sexes , n'ell: ni entièrement 
feroblable à un homme ou à une fem- 
me , ni entièrement différent de l'un 6c 
de l'autre Sexe , & qui dans cette diffé- 
rence même a quelque reiremblance 
avec les deux. 

11 n'eft point abfolument rare de voir 
des Hermaphrodites , ou qui paflent 
pour tels ; depuis qu'ils n'ont rien à ap- 
préhender des préjugés oud-sloix , bien 
loin d'être jettes à la mer ou dans la ri- 
vière ; au lieu d'être relégués dans quel- 
que Ifle déferre, & regardés commodes 
êtres de mauvais préfage , comme autre- 
fois , on les cherche avec foin & on dé- 
lire de les voir; ce qui n'eft point fur- 
prenant , ce Phénomène n'étant pas feu- 
lement intéreffant pour un Phyficien ; 
mais encore étaflt de nature à piquer la 
curiolité, & même d'exciter l'attention 
des hommes les plus indifférens fur les 

M. Capet le i6 Décembre 1749. par M.Mo- 
land, FjIs alors Bachelier, adtiiellement Doc- 
teur Médecin de la même Faculté. 
? M» Verdkr Dcmonftratetir Royal à. S. Col^ 



RE Naturelle. 6() 

merveilles qu'ils ont fouvent fous leurs 
yeux. 

Ce qui contribue aufîi à augmenter le 
défît qu'on a de les voir , c'efl l'idée 
qu'on a attachée au mot Hermaphrodite. 
Le Vulgaire s'imagine que ceux quon 
appelle de ce nom , ont à la fois toute* 
les parties naturelles des deux Sexes , ce 
qui eft une erreur .• il eft vrai qu'il arri- 
ve quelquefois qu'on trouve réunies dans 
une même perlonne quelques marques 
extérieures des deux Sexes , mais il efl 
abfurde de croire qu'ils les ayent toutes 
enfemble, & encore plus qu'ils foiecc 
Hermaphrodites en puiflrance,c'eft-à di- 
re, qu'iispu ifent en même tems conce- 
voir & engendrer ; c'eft ce qu'on ne pcr- 
fuadera point à des gens raifonnables , 
& les Hiftoires que nous en avon?, doi- 
vent abfolument pafler pourtrès - fufpcc- 
tes , mal entendues & fabuleufes. 

Ce que l'on appelle Hermaphrodite 
ne diffère ordinairement des autres fem- 
mes que par quelques i arries qui man- 
quent ou qui font fuperflues, enforte 
que de deux parties natureiles qu'un 
Hermaphrodite parort avoir, il y en a 
touiours une qui eft inutile & imparfai- 
te, & fouvent elles font imp^arfaices & 
inutiles toutes l.s deux. 

Cequiafuuventdonnélieu à cette er- 
reur dans les femmes , c'eft h longueur & 
lagrolTeur contre nature du clitoris , & 
dans les hommes l'apparence d'une ferf- 
te fituée au périnée, laquelle repréfer.- 
te une petite vulve, mais qui n'a aucuR 
ufage. 

Il y a ea quelquefois des gens qu'oa 
aregardés , mais mal à-propos, comme 
des Hermaphrodites ; ce font ceux 
qu'H^/^pocrafe appelle Tci^a;^ aù^iar , c'eft- 
à dire, qui, ài'âgedepuberté, deviens 

me conferve cette figure chez lui dans \'c^\l 
d'alun, & c'ell fous fes yeux qus M,«S'«*I'» 
diffcjuée. 



70 O B S E R V 

ncnt garçons > de filles qu'on les avoic 
crû , les parties de l'homme , quiétoient 
demeurées cachées , forçant tout d'un 
toup ,'o'j par la force du tenipéramcnc 
qui prendiedeillisàrâgede 15 ans, ou 
de i 5 ans^ ou à l'occafion d'une chute 
ou de quelque effort violent; témoin 
cette fille dont parle Ainhroife Paré, la- 
quelle ayant fait un effort en fautant un 
foiTé, devint homme en un inftan: , & 
fe trouva fournie des parties naturelle» 
qui font propies à ce Sexe- 

Puztcrus rapporte un fait à peu-près 
fembiable d'une fille qui quitta tout à 
coup fes habits de femme pour fe revê- 
tir d'habits d'homme , & fe fit nommer 
Jacques. 

La même chofe auroit pu arriver à 
cette fervante de 18 ans, dans le corps 
de laquelle Jean Bauhin trouva les orga- 
nes de la génération qui appartiennent 
à l'homme. 

Enfin il y a des efpeces d'Hermaphro- 
dites dont il ell difficile de décider le 
Sexe , ayant de^ n.arques confulcs de 
tous les deux, tel éioit ce jeune homme 
qQ'Aitfcnnc décrit ainfi. 

lll'rcurlo genit'jis f.itus genùrice Cl'herd, 
Noiiiir.is ut mixdjî: corpcris h;r:naphroditus 
Cpncretus f:nu, fed non ■perficlu.s utro]ug, 
Anihiguz >\.'neris , neutro ponundus amore, 

C'efl dans cette clalTc qu'il faut ran- 
ger rilermaphrodite qu'on voyoic à Pa- 
ris l'année dernière, & dont je joins ici 
la dcfcription * 

Michel- Anne Drouart, âgée de 1 6 ans, 
bapcifée comme fille fous la Paroitfe 
Sce Marguerite, FauxbourgSc Antoine 
à Paris , travailant à enluminer des 
iZflampes , eft mince , maigre , & féche. 

Sa poitrine efl platte.Sc ne montre rien 
qui annonce une gorge naiffante ; elle 
ne fent aucun avant-coureur des régies , 

• Ce n'eft point ici une répctjtioa de ce 
Çu'on a déjà die fur cet Hermapliroii^te ; c'cft 



A T I O N S 

ni aticune des incommodités qui ont 
coutume d'accompagner leur défaut; 
elle a la marche , le port , les geftes , & 
le ton de voix d'un garçon. 

Elle a une verge corapofée de deux 
corps caverneux, fans uréthre, mais feu- 
lement une petite déprefllon qui eft à 
J'endroic du gland oii le canal devroit 
s'ouvrir. 

Le prépuce , quoi qu'ayant aiïez 
d'ampleur , ne peut pas recouvrir le 
gland , par rapport à une forte bride qui 
vient former au périnée de chaque côté 
un repli de la peau , qui en tenant lieyt 
de grandes lèvres, forme une fente alfez 
reflTemblante à la vulve d'une petite Elle 
qui vient de naître. 

L'ouverture qu'on y apperçoît repré- 
fente affez bien celle du vagin , à l'en- 
trée duquel fefait remarquer par fa cou- 
leur vermeille un petit corps qu'on pour- 
roit prendre pour une carruncule mirchi- 
forme. 

L'ouverture de ce petit vagin eft fi pe- 
tite qu à peine on peut y infinuer le petit 
doigt, avec lequel on touche ailément 
Je fond. 

C'eft dans ce canal à peu- près vers 
l'entrée que s'ouvre le méat urinairc; 
maison ne peut fias dire précifemenc 
dans quel endroit: fuivant cette derniè- 
re defcription , il efl aifé Je fentirque 
cet Hermaphrodite ne peut faire ufage 
d'aucune de fes parties , attendu que fa 
verge, quoique fufceptible d'éreéiion , 
ne peut fe redrefferà caufe du double 
frein dont j'ai parlé , & quib tient tou- 
jours abailTee, D'ailleurs (Ci on doit 
ajouter foi à ce qu'il dit ) il ne fent au- 
cun plaifir de l'introdudion du doigt 
dans le petit vagin ; il n'cfl donc ni hom- 
me ni femme , bien loin d'être l'un Se 
l'autre , & je ne crois pas qu'on pijiffe 
rien conclure des taches que l'on voit 

le fentiment de M. Morand^ bien oppofé à ce- 
lui de M. Meiirud, 



sua l'Histoi 

'i.fa clicmife , que les uns dilent être des 
fleurs blanches , & d'autres des taches 
faites par la liqueur féminale. 

Si cependant on vouloic abfolumrnt 
décider quel Sexe domine dans cet Her- 
maphrodite , ce qui ell difficile d'après 
l'examen de les parties, il feroit bien 
plus fur iSc plus naturel d'avoir fL^cours 
aux fignes acceflbires qui caradlérifent 
lesdcux Sexes ; la hardielTe, la vivacité 
dans les allions , fa voix forte à l'âge de 
puberté , beaucoup de poils fur le corps, 
principalement au menton & aux par- 
ties naturelles , enfin les autres lignes af- 
fez certainsde la virilicé; au contraire, 
la peau douce & polie , une petite voix , 
un certain maintien , & à l'âg' <^^ P'-'" 
herté la gorge ■'k l'arrivée ou Is prelîen- 
timent des régies font des fignes qui ne 
font pas équivijques Se qui déciJent le 
Sexe féminin. 

On peut donc, encore , aujourd'hui, 
fondé fur l'exemple de cet Hermaphro- 
dke & fur quantité d'autres dont Icsdef- 
cxi prions nous ont écélaiflees pardesi\u- 
teurs éclairés & dignesdefoi, on peut, 
di^ je, croire qu'il n'y aura jamais de véri- 
tableHermaphroJite. Quoique laNature 
s'écarte quelquefois, ou du moins femble 
s'écarter de les !oix , elle nelaifiT; pas ce- 
pendant d'obferver une certaine régu'a- 
rité dans fes ouvrages , & peut-être mê 
roe n'a-t-c!le fouvent en vue dans fcs 
caprices que de nous la cacher fous une 
bizarrerie indullrieufe qui nous occupe 
tout entiers ; mais jamais on ne verra les 
d^ux Sexes dans une même pcjfonne,; 
le tempérament de l'un & de l'autre Se- 
xe eft trop différent pour pouvoir fe 
trouver unis enfemble dans un même fu- 
jet , & il n'y a pas d'exemple qu'on ait 
rencontré fur le même fujet les parties 
génitales de l'un & de l'autre Sexe , par- 
faites en nombre & en conformation , 
;^ quand même cela fetrouveroit , il y 
Jnnée l-]^i.Tom. l. 11. Paru 



RE Naturelle. ji 

auroit de l'abfurdité à préfumer qu'il 
pût en même tems concevoir & engen- 
drer ; enfin cela ne s'ell point encore vu : 
je finirai par citer un feul exemple oi!i 
toutes les apparences étoient pour cette 
finguliére polTibilité dont le tems au- 
rcit pu nous alTurer fans la mort du fujec 

DiJfeBion d'un Ha-maphrodite. 

Ilyafix ans qu'il tomba entre les mains 
de M. Sue Chirurgien le cadavre d'un 
entant de treize à quatorze ans, qui avolt 
paifé pour mâle , étant fourni extérieu- 
rement d'une verge & d'un fcrotura , 
qui , à la première vue , paroiflbient bien 
conformé , de manière que cet Anato- 
mille ne découvrit la monftruofité qu'à 
l'ouverture du bas-ventre qui fit apperce- 
voirune matrice , .-Se enfuice les apparetv . 
cesdes parties de la génération de l'hom -^ 
mecvde la femme dans l'ordre luivanr^ 

Lamatrice, félon M. Sue, étoitdansfa 
pofition ordinaire entre la veffie & le rec- 
tum, elle préfencoit au côté droit un ovai- 
retrès diftinft attaché à la partie latérale 
de fon fond & dans fa longueur à une 
trompe de Fallope; ce conduit partoic 
du fond ce l'utérus tout près de l'ovaire 
ôi fe terminoit par des franges bien mar- 
quée^ , enfin un ligament rond venant 
aulh de Ja partie poftérieurede la matri- 
ce & fe terminant à l'aifne. 

Du côté gauche , au lieu d'ovaire , de 
trompe & de ligament rond étoit un ca- 
nal qui fe terminoit en un tefticuleg'êla 
& allongé , mais qui ne fortoit pas da 
ventre; à fa partie fupérieure ce tefticule 
avoit un corps tenant la place d^in Epididi- 
me , on voyoit partir du ti flicule m^me 
Ideux tuyaux qui alloicnt fe rendr« dans 
e premier canal auprès de fon infertion 
dans l'utérus, de manière, qu'au casque 
l'ovaire du côté droit Ôl ce lefticule du 
côté gauche fulTent bien conformés, cet 
enfdtic auroit pu concçvoir d'une pajc 

K ^ 



72 O B s E R. V 

& engendrer de J'anrre , par le moyen 
de ces d.ux canaux , qu'on petic regar- 
der comme dts vaiffeaux d.férensou 
éjacuîatoires , deftinés à porter dans la 
matrice la liqueur prolifique préparée 
dans le i edicule ù" fcccnder les œufs qui au- 
roieiu pu fe feparer de.- Vovaire & tomber 
dans ia matrice, ce qui auroic pii arriver 
ou naturellement , ou à l'occalion de 
quelque fecoulTe que ces parties auroic n: 
pu recevoir , même extérieurement par 
J'introdudion du doigt, (ditiVl.Suë)ou 
autres chofes pareilles dans le vagin, le- 
quel fe terminnit par un trou fort petit, 
lituéainfiquele mcat urinaireàla partie 
antérieure du fcrotum, de manière que 
la verge qui étoit /mper/ciree les ca choie 
tous deuxquand elle étcic pendante S:c. 

Quoique toutes ces parties eulTcnt à 
l'extérieur la conformation & la Itrudii- 
re qu'elles dévoient avoir , cependant il 
eÙ à préfunier , que fi eu enfant fût par- 
venu à l'âge de puberté , il n'auroit ja- 
mais donné aucun figne d'une double 
puilTancCi (Se qu'il mànquoit quelque 
cliofe à l'un ou à l'autre Sexe, & peuc- 
ttre à tous les deux. 

On peut donc, en attendant qu'on 
voye ce Phénomène, ranger, ce qu'on 
appelle vulgairement un Hermaphrodi- 
te, dans la clalVe du Satyre, du Phœ- 
nix , de la Syrene & aut'cs animaux fa- 
buleux qui n'ont jamais exifté & qui 
n'exifteront jamais. 

Jen'ni pas fait difficulté d inférer ici 
le fentiment de M. Sue fur les ovai- 
res ; les Naturaliftes n'en feront pas 
furpris lorfqu'iis feront attention que 
M. Sue n'a donné cette DilFertation , 
que rapporte Monfieur Morand , qu'en 

1749. "^ H"^ '"^ découverte fur la gé- 
nération contre les prétendus œufs 
des femelles n'a paru qu'en Septembre 

1750. Alors les Anatomiftes adop- 
* Elle m'a cté commuDiçiuée pat un Mem- 



A T I o N S 

tokni les <>rapes Si les effigies conicnnss 
les unes dans les autres a l'infini : je ne 
crois pas que ce foit de même aujour- 
d'hui ; l'évidence des faits que je pro- 
pofe a certainement été bien reçue des 
Sçavans qui cultivent la fcience d'Ana- 
tomic. 

Comme la queftion des Hermaphro- 
dites vient d'être nouvellement agitée 
à Paris & à Londres , & que les Plan- 
ches que j'en ai fait paroître font répan- 
dues par tout , il convient que je n'ou- 
blie rien d . ce qui peut contribuer à l'é- 
claircillement d'un fait fi extraordinaire. 
Je vais donc finir mes Obfervations fur 
les Hermaphrodites parla remarque fui- 
vante * & par la deicriptionMe la Flan- 
che C. de l'Hermaphrodite diflequée 
que je donne dans la féconde Partie da 
premier Volume in 4'. de i752« 

Remarque fur le mêmefujet. 

L'Hermaphrodite Drouard , ( rcpré- 
fente dans la Planche de cette partie) a 
réellement l'apparence des deux Sexes, 
mais dans le fond , ce n'eft qu'une fille. 
Ce qu'il y a de fingulier dans ce fujet, 
c'efl; que le Sexe qui paroît en elle le plus 
dominant n'eft pas ion Sexe véritable, 
mais un c-litoris allongé , muni d'un 
gland imperforé , qui , par fa figure & 
la grodeur imite parfaitement la partie 
de l'honmie: c'eft fous cette verge qu'on 
apperçoit les parties du Sexe féminin, 
dont l'entrée ell extrêmement petite Sc- 
ies lèvres point faillantes. Maisdurefle 
on diflingue très bien le méat urinaire, 
l'entrée du vagin CS: les nymphes ; le 
tout cependant dans une petitelTe pro- 
portionnée à la grandeur de cette parue, 
qui a dû fe diminuer par l'àccroiiTemenc 
de ce monftrueux clitoris ; ce qui prou- 
ve encore que ce clitoris n'eft pas une 
bre de l'Acadt-mie de Chirurgie de Paris» 



:f. 



^ ^ 



SUR l'Histoir 

véritable verge , c'eit fans doute le dé- 
faut d'urecre 6c celui des teflicules qui 
devroienc l'accompagner , de force cjue 
ce prétendu Hermaphrodite n'eft qu'u 
re fille pourvue if un grand clitoris, ainfi 
que Je crois que i'onc tous les Androgi- 
ces ou Hermaphrodites. 

Sur les Hermaphrodites en général. 

Je vais préfentemcnc expliquer moi- 
même la figure du fujet que M. Sue a 
donnée. 

Je conviens avec M. Morand qu'il 
n'y a point de vrais Hermaphrodites , 
& que tous ceux que l'on qualifie de ce 
nom font incapables de concevoir d"au- 
cune façon par la mauvaife conformation 
de leurs parties , & je les range aufli au 
rang des nionftres : cependant je croirois 
que non feulement celui-ci , mas tous 
les Hermaphrodites en général iontdans 
le fond desfilies mal configurées. Leurs 
gefles, êileurattitudcma culineneprou- 
veroient rien : leurs inclinations domi- 
nantes doivent piCuôc décider le iexe 
qui les conftitue. 

Celle de Paris dont on vient de par- 
ler, n'a pas choifi une fille pour voyager 
&:pour courir le Monde comme elle tait 
aujourd'hui, mais un garçon d'allez bon- 
ne mmequicomptede partager avectlle 
fa bonne ou mauvaife fortune. 

Celle de Corfe, dont nous avons par- 
lé dans les obfervations précédentes , s'eft 
aflez clairement expliquée fur les incli- 
nations de fon cœur , & quoique pour- 
vue de gros ttllicules enfermés dans 
le fcrotum & pendants fur l'entrée du 
vagin & fous la verge , elle n'en a pas 
moins eu fes ordinaires tous les mois. 
D'ailleurs M. Morand n'opine point po- 
fitivement que Michel-Anne Drouart 
foie un homme ; 11 donne au contraire 
dcsraifons très-fenfées qui font balancer 
le jugement que l'on veut porter fur le 



eNatURELI. E. 75 

Sexe le plus naturel de ce fuiet rnonf- 
trusux, ikjaurois volontiers crû mii-inè- 
me que c'étoit un iMmme, à caufc de 
la fuppreffion deiés régies (qui p:uvenc 
p.roître à préfent) & à caule de fes 
poils nailTans à la mouflache. Mais 
ayant eu occafion de lui par'er en parti- 
culier , en la deilinant & en la peignant; 
pendant quelques jours , je me luis alors 
apperçu , que ce monftre à travers fes 
grimaces, étoic réellement dan. le fond 
ce qu'elle affedoit de ne pas être. 

Voyei les figures de la l'ianche d'Ana-. 
tomie C. 

Figure i. 

a Le corps de le matrice, i Latrom- 
pe d'heullache , & le morceau frangé, 
c L'ovaire. ^iLe col deli n atrice e l eli- 
gament rond. /l. a veflie. g Le iig<nienc 
rond joint aux trompes renverlées & 
hors de fituation. h L'extrémité des 
trompes, i L'ovaire gauche qu'on a pris 
pourun tefticule. k Le corps Je la verge, 
ou clitorismonfiirueux. (L'entrée du va- 
gin bridé par latenfion desautres parties. 

Figure 2.. 

m Le mont de venus, n Le corps de 
la verge. Legland. p La fofl'e navi- 
culaire q L'entrée du vagin, r Le meac 
urinaire. 



OBSERVATION VIL 

Sur les fleurs & fur les caufis de la, variété 
de Leurs couleurs ^ par M. Giïyot, 

CEtte obfervation mérite certaine- 
ment l'attention des Naturaîifles; 
elle donne une idée de la combinaifon 
des couleurs par le nêlange des fleurs de 
même efpéce & diverfcment colorées, 
que l'on féme à côtei'une de l'autre. M. 

Kij 



74 O B s E R V 

Càiiyot prétend qu'cl'es forment encr'el- 
Jes, non leulemcnt des fleurs de leur^cou- 
leur propre , mais encore des fli urs de 
couleur mixte, toujours co«ipofées de 
leur mélange naturel , ainfi qu'un l^ein- 
tre fait avec de pareilles couleurs fur 
une palette. On peut encore conclure) 
des expériences qui produifent ces mé- 
langes iinguiiers , quelles font les cou- 
leurs primitives & permanentes des 
corps, &. celles que Ion peut appeller 
fecondaires ou mélangées. . 

C'efl par le foin extrême (dit ^î. 
Guyot) que Ton prend depuis peu pour 
la culture des fleurs, & le mélange qui fe 
ftitnaturellcmentde leur différente cou- 
leur dans les Planches où on les féme , 
que Ton eft parvenu à en élever qui lur- 
paflcnt de beaucoup celles que l'on avoit 
précédemment cultivées : les Tulipes, les 
Airkules , les Renoncules les Ammoms, 
n'étoient point il y a 6aans aufli belles 
qu'elles le font ppéfentcment ; ce qu'il y 
avoit alors de plus beau . fei^oit au',our- 
d'hui du dernier rebut. Selon le fenti- 
nicnt commun l'on croit que ce n'cfl; qu'à 
force de fémer & d'éliter les fleurs fans 
égard à leur couleur , dans les mêmes ef- 
riéces , que l'on cft parvenu à en éiéi- 
ver quifemblent avoir acquis , dans les 
teintes qui les carailérifent , les variétés 
les plus brillantes. Je dis au contraire que 
jufqu'à préfent les mélanges que l'on- a 
faitspar Lazard ont eu la meilleure part à 
la produftion des différentes efpéces de 
couleurs qui fe trouvent dans les fleurs., 
àc que la culture n'a fervi qu'aies mieux 

* Hiftoire de l'Acaiicmie , i7u- P« ?'• 

* Cette expérience mérite d'être fuivie. 
Je crois que fi les fleurs communiquent Se 
rnclcnt leurs couleurs par lapourtiére^le leurs 
étamincs , ce qui eft bien difficile à expliquer 
phyfiqucmcnt , il faudroit alors croire que les 
plantes fom toutes de vrais hermaphrodites & 



A T I o N S 

nourrir & à leur donner une plus beîlè 
forme. On n'a pas pris garde qu'il n'y a 
rien de plus Jacile que d'élever des fleurs 
dans les couleuis telles que l'on délire-, 
c eft cj qu'on pourra faire préfentcmenf, 
ainfi que je vai'> le démontrer. 

Je ne prétende parler ici que de-; efpié^ 
ces de fleurs cultivées parles Amateur» ■ 
flcurifles. Ces fleurs font les Tulipes^ les 
Anémones la Auricules les Oeillets , les 
Jacintes &. les Serri-dnibles , furlefqucl- 
les efpécc-) de fleurs j'appliquerai mes 
obfervations j Ik je ferai enlorte d-'en 
expliquer les variétés infinies. 

M. Gcofroid le cadet * nous a donné 
une nouvelle conjecture fur la généra- 
tion des plantes; il prétemt que la pout 
fiére du fommec des étaniines des fleurs 
tombant fur leur piflil'e procure la féi 
condité de leurs graines, & que li l'on 
coupe les étamines d'une fleur aufTi tôt 
qu'elles paroiiTent , la fleur ne donnera 
pas de graine. 

De là je luis porté à croire que les 
étamines de fleurs de même efpéce ', 
plantées les unes près les autres, fe pro- 
curent réciproquement la fécondité,* Se 
que fi ces fleurs font de couleurs diffé- 
rentes entr'elles , celles qui proviendroirt 
de leurs graines feront de couleurs qui 
tiendront du mélange de celles qui au- 
ront procuré à ces graines la fécondité", 
ce qui ne peut avoir lieu entre des plan- 
tes de différentes efpéces , d'où il nat- 
troit des fleurs bizarres qui riendroient 
de lanature&dj la couleurde celles dorrt 
la poulîiére des étamines auroic contri- 
bué à la-fécondité des graines. 

qu'elles ont i'cine & l'autre des parties pro- 
pres à la génération : elles feroient donc d'u- 
ne produdion plus compofée que elle desan:- 
maux & désinfectes. Je diiferteras une autre fois 
lur cette remarque. 



Sur l' h t s t o I r 

If Tuic de cette opinion que deux tleurs 
de même efpéce , mais de deux couleurs 
dilîerentes, plantées l'une auprèsde l'au- 
tre & fleuries en même tems , doivent 
produire une plante de mémo efpéce , 
dont la couleur de la fieur tiendra du 
mélange des couleurs de celles dont la 
poudiére des écamines aura réciproque- 
ment contribué à la fécondité de la 
graine. 

Pour s'afTurer de la vérité de cette 
conjedure , qui, comme ]i le fjrai voir 
ci-après , paroîc alTez vraifemblable , il 
ne s'agit que de faire fleurir dans un en- 
droit à l'écart ,dés Heurs mêlées enfem- 
ble, de même efpéce, fimple & ponant 
graine , de couleurs pures , fçavoir moi- 
tié en rouge, moitié en jaune, 5:defémer 
féparémcnt la graine qui en proviendra, 
laquelle doit produire des fleurs de cou- 
leur rouge, jaune ôc orangé, puifque' 
l'orangé eflr produit par le mélange 
du rouge d: du jaune. 11 s'en trouvera 
inêm"e parmr le mélange, produit de ces 
deux premières couleurs, qui lerom bi- 
garéa d'orangé & de rouge. 

Pour faire cette expérience avec plus 
deprécifion , il faut faire enforte que les 
plantes fleuriflent autant qu'il fera polîl- 
ble , enfemble & dans les mêmes jours, 
ce qui ell très- facile, en retranchant des 
fleurs de la plante qui en donneroit en 
plus grande quantité que l'autre: par ce 
moyen on retardera le tems d'éclore fes 
fleurs par le grand nombre qu'elle feroit 
obligée de nourrir. Il faut avoir atten- 
tion de faire fleurir ces fleurs le plus 
près qu'il fera poflible. 

Si l'opinion de M. Geofroid eil vrai?, 
les renoncules pro venues desgraines que 
l'on recueillera, feront des couleurs indi- 
quées cideflus , ou de couleurs très ap- 
prochantes. Si, au contraire, lefdites grai- 
nes produifoient des plantes de couleur 
violette, pourpre ou blanche, il y auroic 



eNaturellîî, 7; 

lieu de douter de cette communica- 
tion. 

On peut par contre expérience fai<e 
fleurir féparément & éloignées les unes 
dos autres les fleurs des couleurs ci- defl~us, 
& les fémèr àparc ; elles donne ronif 
chacune des fleurs de leur même couleur. 
Ces expériences font faciles à faire, 
& fufliront pour s'aflurcrde la vérité de 
mon opinion. 

Voici les remarques générales que 
j'ai faites fur les fleurs , qui confirmenc 
les expériences particulières dont je 
viens de parler. J'ai femé des graines 
des différentes efpéces ce fleurs détaillées 
ci-delîus , & j'airéuiTlà éiéver des fleurs 
de couleurs mixtes & combinées. Par 
exemple, j'ai fémé un millier de grai- 
ne d'Auricules de diflerentes couleurs , 
celles qui en font provenues ont porté 
des fleurs de couleurs compofées & mê- 
lées de celles que j'avois fémées : il nà 
s'en eft pas cependant trouvé deux exac- 
tement femblables entr'elles , elles 
étoient toutes plus ou moins mélangées 
des couleurs des fleurs qui avoient porté 
les graines. Pour peu que l'on connoif- 
fe le mélange des couleurs , il fera faci- 
le d'appercevoir cette combinaifotî. 

Je me fuis apperçu que quand je îê- 
mois des grain: s des Auricules rouges , 
pourpres, violettes & blanches, celles 
qui provenoient de leurs graines n'é*- 
toient jamais ni bleues ni' vertes , ce qui 
cfl; conforme à la nature des couleurs", 
atréndu que le bleu , qui eit une couleur 
primitive , ne peut être produit par Te 
mélange d'aucune de ces couleurs, & 
que le vert ne fe peut produire quelorf- 
qu'il y a du bleu & du jaune : mais les 
fleurs qui provenoient de ce mélange, 
étoient ou cramoifies, étant produites 
par la communication des étaniines des 
fleurs violettes & couleur de feù , on 
couleur de rofe, étant produites par h 



7(î O B s E R 

communicarion des étamitics de fleurs 
Maaclies, ci amollies & couleur J. fea , 
ou couleur de paille produiccs p;u" celles 
des fleurs jaunes (Se blanches , ccc 

L'Auccur de la Nature , dont la (à- 
gefle iniinie a tout prévu, a créé fore 
peu d'efpéccs de ileursde couleur bleue: 
& il c(l facile de remarquer que le^ mê- 
mes elpcces de Heurs qui lontde couleur 
bleue ne lont jamais en mêine tems jau- 
nes, ce qui auroic produit , par le mé- 
lange des couleurs , des fleurs toutà faic 
vertes, qui n'auroient point été agréables 
à la vue, & fcroicnt alors confondues 
avec les feuilles de la plante même qui 
les auroit produites. 

Ceux qui cultivent les fleurs & qui 
«'imaginent d'clévcr des renoncules 
bleucs, font dans l'erreur, parce quil n'y 
a aucune couleur dans les renoncules 
dont le mélange puiH'e produire le bleu; 
s'il y en avoit dans leurs planches de cet- 
te couleur & qu'elles (e communiquaf- 
fent avec les jaunes , elles produiroient 
des fleurs vertes , fort défagréables ; Si 
de plus CCS fleurs bleues feroient des cou- 
leurs ternes & fales par leur mélange 
avec la plus grande partie des autres cou- 
leurs , &: alors on ne recueilleroit plus des 
fleurs de couleur rouge pur , jaune , oran- 
gé. Ces cfpéc.^s feroient abâtardies & 
gâtées par le feul mélange de la cou- 
leur bleue qui n'efl point analogue ni 
avec le rouge , ni avec l'orangé , ni avec 
le jaune. 

Les Jacintcs font toutes ou bleues ou 
blanches ; qucKiucsunes ont un peu de 
couleur de rofe : il n'y a point à crain- 
dre que le mélange de ces trois couleurs 
en puiiTe produire de défagréables à la 
vue, il n'en peut provenir que des Ja- 
cintes bleues plus ou moins pâles , ou 
foncées, ou violettes-bleues , ou pana- 
chées en bleu & blanc. Jamais on n é- 

* On entend par rouge pur la coul;Ui' ^de 



V A T I O N S 

lèvera des Jacintes jaunes , ces trois cou- 
leurs ne pouvant point produire parleur 
mélange le jaune. 11 en cil de même du 
pied d'allouette qui eft dans Ils mêmes 
couleurs que la Jacinte. 

Les Anémones lont en général bleues- 
violeites, ou d'un rouge- cramoifi ; il n'y 
en a point de rouge pur * , d'orangé ou de 
jaune ; en un mot quand une efj cce de 
fleur produit des couleurs jaunes elle 
n'en produit point de bleues, quand elle 
en produit de bleues elle n'en produit 
point de jaunes : mais il faut obfervet 
que dans toutes ces efpéces il s'en trou- 
ve des violettes-pourpres & cramoifies, 
parce que ces couleurs ne font point pri- 
mitives, &; que leur molange avec le bleu 
d'une part & le jaune , l'orangé & le 
rougede l'autre, ne peut produire de vert 
parfait ni des couleurs défagréables. 11 fe 
trouve des Auricules couleur d'olive , 
m:iis elles font produites par le mélange 
du violet (Se du jaune. 

Si malgré ce que j'ai ci-defl[iis expli- 
qué , on veut que les fleurs ne fe com- 
muniquent point leurs couleurs, que l'on 
me dife donc pourquoi dans les mêmes 
efpéces de fleurs qui font de couleur 
bleue , il n'y en a jamais de jaunes (Se 
pourquoi lesjaunesne font jamais bleues. 

Il fuit naturellement , de ce que je 
viens de dire &. de ce que j'ai éprouvé, 
que les fleurs de difî^-;rcnte nature, com- 
me la renoncule avec l'anémone, &c. ne 
fe communiquent pas leurs couleurs. 
S'il étoitvrai que lapoufîiére des écami» 
nés d'une Narciffe jaune pût contribuer 
à la génération des graines d'une Jacinte 
bleue , il en naîcroit des fleurs vertes qui 
tiendroient de la nature de la Jacinte & 
de la NarcilTe : c'eflcequi ne s'cll point 
encore vu & que le prétendu hazarin'a 
point encore produit. 

On peut conclure de tout cc que je 
r(;cailatte ou Ju vermillon. 



Sur l' h I s" t o I r. 

viens de dire, qu'il n'efl; point difficile 
d'élever des fleurs de couleur, telles 
qu'on les voudra, ou fort approchantes; 
il faffira pour cela d'avoir un certain 
nombre de plantes fimples & portant 
graine des couleurs primitives , fçivoir 
en rouge, orangé, jaune, bhnc, vio- 
Jet d'une part , & de l'autre en bieu, 
violet 1 cramoifi , blanc & brun , pour fe 
donner des couleurs plus ou moins clai- 
res ou foncées. 

Si on veut élever des renoncules cou- 
leur de fouphre , on plantera dans une 
caifl'e de-; renoncules jaunes 5c blanches, 
& l'on iëmera la graine qui en provien- 
dra , laquelle doit donner des renoncu- 
les couleur de fouphre ou panachées de 
blanc. 

Si on veut avoir des renoncules auro- 
res , on plantera des renoncules rouges 
& jaunes, & Ton fcmera la graine qui 
en proviendra, qui donnera des renon- 
cules aurores ou panachées en jaune & 
rouge ; & ainfi des autres. 

11 faut beaucoup d'attention pour fai- 
re ces expériences , & on ne peut fe dif- 
penfer de tenir des notes exactes de la 
façon donc on aura opéré. 

Je ne démontrerai pas ici de quelle 
façon la pouiïiére des étamines d'une 
fleur, volant dans l'air, agit fur le piltille 
d'une fleur voifine ; cela appartient tota- 
lement à la Phyfique, & d'ailleurs ce 
que j'en pourrois dire ne feroit que fort 
sbftrait & fort incertain. Il me fuffit de 
faire voir qu'elles agifftnt effeélivement 
& communiquent la couleur de leurs 
fleurs; ce n'eft que par des expériences 
réitérées que l'on pourra s'alTurer foi- 
iiiême de plus en plus de la vérité de 
cette opinion. 

^ Ceux qui ont écrit de la Tulipe, & la 
plus i^rande partie des curieux appellent mal- 
à-proposie panache delaTulippele blancSc le 
jaune y ce qui n'eu autre chofe ^ue la couleur 



E Naturelle. 



77 



D'oK frov'wn dans lesjleurs le parhzche. 

Dans chacune des différentes efpéces 
de fleurs on en diftingue de deux fortes, 
fçavoir les pures & les panachées, les 
pures ne fontque d'une feule couleur, ôc 
les panachées font de 2 ou 5 couleurs. 

Cette différence des fleurs pures & 
panachées ne vient , félon moi , que de 
ce que dans les premières les couleurs 
plus ou moins claires ou obfcurcs , qui 
font toujours le blanc , le rouge , l'o- 
rangé & le jaune d'une part , ou le rouge 
cramoilî & le viole: de l'autre , font mé- 
langées & parfaitement confondues avec 
la couleur du fond de la fleur , & de ce 
que dans les panachées les couleurs fonc 
féparées & diftinguées les unes des au- 
tres, par les couleurs qui forment le pa- 
nache & par celles du fond. 

Application aux Tulipes. 

Dans les Tulipes que l'on nomme" 
couleurs, les couleurs qui doivent for- 
mer le panache de la Tulipe , qui fonc 
le rou2;e , le pourpre , ou le violet , plus 
ou moins foncés , fonc confondues & 
mêlées les unes & les autres avec la cou- 
leur du fond de la Tulippe qui eft tou- 
jours ou jaune ou blanc * : ce n'elt 
qu'après plufïeurs années & des planta- 
tions réitérées que les couleurs , qui fer- 
vent à former le panache , commencent 
à fe féparerde la couleur du fond 8c for-- 
ment par là ces variétés admirables qui- 
fonc le mérite de la Tulipe. 

La couleur du fond de la Tulipe;, 
qui eft toujours ou blanc ou jaune plus 
ou moins doré , efl: alors étendue fur 
toute la feuille de la llïur, & la cou- 
da fonds qui s'Jtend fur toute la Heur. J'ea- 
teiid par couleur du fond , non ceile du fond 
dii c.ilice , mais celle qui eft étendue fur tou- 
te la feuille en généraL 



7S O B s E R V 

leur du panache ne fe trouve mêlée 
avec celle du fonJ , que dans quelques 
endroits : c'ell ce qui fait qu'il n'y a 
point de Tulipe Jonc le panache Ibic 
de couleur primitive , lorlque le fond 
çn cft jaune , attendu que le jaune fe 
mêlant avec le rouge & le violet , fait 
varier fes couleurs félon qu'il fç trouve 
plus ou moins foncé ; plus le jaune efl 
pâle, plus les couleurs du panache 
approchent du rouge ou violet i plus 
il efl doré , plus elles s'en éloignent. 

Lorf4ue le fond de la Tulipe cft 
^)lanç . la couleur du panache eft rouge 
pu violette, plus ou moins claire ou fon- 
cée , ou pourpre "Se cramoili, ce qui efl: 
produit par le mélange de ces couleurs 
«f< du blanc, 

Pluficurs Auteurs fc font imaginés que 
\çs Tulipes panachoienc de vieillelfe; 
je ne fuis pas touc-ù fait de ce fentiment. 
Une Tulipe panache , félon moi , en 
ce qu'elle détache & fépare , des fucs 
Cu'elle reçoit avec plus ou moins d'a- 
fjondance , les petites particules qyi 
forment la couleur du panache & 
celle du fond de Ja Tulipe , cou- 
leurs , qui demeurent accrochées <Sç 
confondues dans certaines terres. Les 
canicules des fucs nourriciers , lorf- 
que la Tulipe panache , coulent li- 
brement le long des fibres qui partent 
du pié du vafc de la Tulipe, & s'éten- 
dent le long, des feuilles de la fleur ; ces 
particules colctées (que je fuppofe vio- 
jettes) avant que la Tulipe panachât, 
ctoicnt confondres 5c mélcçs avec le 
fond bîane de la fleur, 5c formoient une 
^ulipe d'un violet pâle , mais fe trou- 
vant a'ors rapprochées les unes des au- 
tres , cllc^ donnent en ces endroits une 
couleur plu^ vive & plus foncée , & for- 
ment i'agréable variété que nous voyons 
dans les Tulippes. I es endroits ou la 

î* M, Guyot employé aux poftes. 



A T I O N s 

coi^Ieur violette du panache e'fl. d'iHv 
violet noir, font ceux ou ces particules 
fe font le plus accumulées , & font com- 
me engorgées dans les fibres des feuilles 
de la fleur. 

Souvent une Tulippe panachée de- 
vient pure , fans doute , parce que la 
couleur du panache vient à fe confon- 
dre de nouveau avec le fond de la fleur ; 
la qualité de la terre ou la trop grande 
abondance de fève , peut produire cet 
e/Tet, 

Application aux Oeillets. 

Les Oeillets panachent ordinaire- 
ment dès la première année , & lorf-r 
qu'une fois le panache fe ipéle avec U 
cou'eur du fond , il ne s'en fépare point, 

I! y a tout lieu de croire , que lorf- 
que les particules qui compofent le pa» 
nache de l'Oeillet, fe font confondues 
dans la fève avec celles du fond , alors 
les marcottes qu'ils produilènt ne peu- 
vent plus féparer lescouleyrs pour fqr- 
mer le panache. 

Voilà en général tout ce qu'on peut 
dire de plus vraifembl.ible iur ce qui 
forme le panache des fleurs. Je laifl"ç 
jiux amateurs , qui voudront faire les 
expériences, dont j'ai parlé ci-defliis, 
la liberté de douter de tout ce que je 
viens de rapporter , jufcju'à ce tju'ils 
s'en foient convaincus par eux mêmes , 
&.' je les prie jufques là , de vouloir 
bien fulpcndre leur jugement. Je ferai 
cependant toujours très -flatté que les 
plus intelligens veuillent bien me faire 
l'honneur de me communiquer leurs 
fcntimens. * 

Depuis quelques années on a élévç 
des Oeillets dont le fond efl; jaune ; il? 
ne font pas d'un beau jaune ; mais fi on 
en continue la culture , il y a tout lieu 
d'efpcrcr que l'on ayra par la fuite des 

Oeillets 



Torrv. 1 . Farc a , Pa^ .78 .&ti^ , 



fie fte-'j/n 






rf-Ss?;^;, 



SUR l'Histoir 

Oeillets dont le fond fera d'un jaune 
varié, dans les mêmes couleurs que les 
Tulipes dont le t'ond ell jaune , puif- 
que les Oeillets à fond blanc ont les 
mêmes panaches que les Tulipes de 
cette couleur. 

P'oye^ la Planche de VHiJloire Naturelle 
des Fleurs , marquée A. 

F I G u RE I. 

a Le fond blanc de la Tulipe, h Son 
panache qui tient de C€tte couleur & 
du cranioifi. 

Figure 2. 

c Le fond jaune de la Tulipe. A 
Son panache qui tient du rouge & du 
jaune. 



OBSERVATION VlIL 

Sur le Pliiliinder ou Lo'.r d'y^ménque^ 

UN Capitaine de vaifTeau Hollan - 
dois me fit préfént d'un Loir Sau- 
v.ige-i c'efl ainfi qu'il appelloit le Plulan- 
àxr ou OpaJJ'um , que l'on nomme auiTi 
Carigueja au Bréfil. Jamais animal n'a 
é:é plus diveriement nommé que celui- 
ci : les Amériquains le nomment Sei'Oii, 
les Portugais Rapo^a , les François demi 
Renard; dans les anciens Zoologilles il 
efl nommé Adantacaca. 

Hernandez l'a nommé Flaguatfin , 
Gefner ThepoJJum , & Levy Savigoy. 

Prefquetous les Naturaliftesconnoif- 
fent cet animal , 6c M. Seba en a don- 
né la deicription dans fon Locupletijjimi 
renan naturalium Thefawi. Ainfi l'on 
croira lans peine les fin^uliéres qualités 
que je vais remarquer de cet animal, & 
les recherches particulières que j'en ai 
faites, je n'ai pas manqué d'y joindre la 
figure colorée d'après nature , que j'ai 
Année 1751. Tom, L U. Pan. 



E N A T U R E L L E. y^ 

peinte & dedinée moi-même. 

Le Loir d'Amérique, que me donna 
ce Capitaine, étoit mort depuis deux 
jours à bord de fon vailTeau : il l'avoic 
apprivoile & le nourriffoit depuis quel- 
ques années dans une cage : la femelle 
étoit morte prefque aufil tôt qu'elle avoit 
été prife; il n'en confer voit que la peau 
fourée de paille. 

Je dilTéquai au(îî-tôt cet animal : je 
trouvai que les parties de la génération 
approchoient beaucoup de celles de la 
Taupe. 

Avant que de donner la defcription 
de ces parties , je vais décrire la figure 
extérieuie & les qualités de cet animal. 
La tête de cet animal reiïemble à 
celle du Renard ; elle eft même plus 
pointue, & fon muièau efl garni de deux 
larges narines comme celles du cochon ; 
il a la gueule bien fendue <5c garnie de 
dents, pointues & extrêmement blanches 
& luifantes, fes oreilles font de forme 
ovale , chauves & défagréables ; mais en 
revanche , fes yeux font d'une extrême 
beauté : lorfque cet animal efl vivant, 
ils bril'ent comme ceux du chat, félon 
ce que me die le Capitaine HoUandois; 
ils font entourés de poils foyeux & touf- 
fus qui pendent aux côtés des mâchoires; 
on apperçoit danslafigurequej'en donne 
ici les taches jaunes qui les décorent. 

La couleur de cet animal en général 
efl brune tirant fur le noir , telle que je 
l'ai dépeinte. Son poil efl doux Se co- 
tonneux, mais la queue eft tout à faic 
vilaine & chauve à fon extrémité; elle 
n'a de poil que dans fon commence- 
ment , le refte efl garni d'une elpéce 
d'écailles romboïdes. 

Les pattes antérieures font comme 
celles des fînges , les ongles font cepen- 
dant un peu plus pointus. Les pattes 
poflérieures font au contraire moins or- 
ganifées & plus mal -faites , garnies d'ua 



8o O B s E R 

Calcanmm long & plat , couvert d'ua 
tégument dur a racorni. 

Cet animal eft de Ja grandeur d'un 
Lapin ou d'une groHe Murmotte. 11 s'al- 
fit aifément fur Ion cul»Sc fait mille lin- 
geries avec fes pattes. 11 grimpe à mer- 
veille fur les aibres & ne fe nourrit que 
de feuilles, de fruits &: d'écorce Jeier- 
tains arbres, c'eft p 'lirquoi il cil li dif- 
fici'e d'en élcver.ck que nous n'en v> yons 
point en Europe. 

J'aurois bien voulu avoir la femelle 
dans le même état , mais il n'y a voit pas 
moyen : j'appe çus fous la peau de fon 
ventre une clptce de manchon détaché 
& d'une forme lînguliére, bien fourré 
en dchoi s & en dedans, où je pouvois en- 
foncer mon poing. Ce manchon étoit 
extrêmement douillet ; je crus d'abord 
que c'étoit une pièce rapportée -, mais 
ayant examiné de près , je vis qu'il tc- 
noit naturellement : cette nouveauté 
me furprit : je courus m'informer de Ja 
raifon de cette lingularité. 

J'appris avec furprife que la femelle 
de cet animal eft avantagée par la natu- 
re de cette commodité pour fatisfaire 
à l'amour extraordinaire qu'elle a pour 
fes petits qui nailTent malheureufcment 
nuds & pelés , les yeux clos , & par con- 
féquent dans le befoin d'être fecourus ; 
ce qui arrive à bien d'autres; leur mère les 
foigne elle-même, ne les quitte plus, les 
carefTe fans cefle , les nourrie , les met 
dans [di poche, ou dans fon mandion , pour 
les réchauffer : elle les porte par tout 
avec elle , fans les expofer à l'air & au 
froid; elle les alaite à l'entrée de ce 
berceau portatif avec fes mammelons , 
rangés exprès pour la commodité de ces 
petits marmots à l'endroit qu'il faut & 
à leur portée. 

Cette bonne mère, l'exemple de la 
tendre (Te , les fait fort:rde tems entems, 
furtouc quand il pieu: , pour les laver ; 



V A T I o N S 

elle les eiïuye avec fes pattes, lesléche 
& les remet promptement dans fa poche', 
quelquefois elle les met au foleil quand 
il tait beau , &: lorlqu'ils oncles yeux ou- 
verts, elle les amufe, elle danfe avec eux, 
les agite, leur apprend à marcher: mais 
aulfiiot qu'ils font alfez forts pour cher- 
cher leur nourriture, elle les chaflé en 
apparence pour les exciter à fe paffcr de 
fes foins ; cependant elle les fuit de loin 
& veille à leur conduite , & fi par ha- 
zard le moindre bruit l'avertit de quel- 
que danger , elle court aux uns & aux 
autres, les met tous dans fa poche & les 
emporte dans un endroit plus fur & plus 
tranquille. Elle ne voit aucun mâle juf- 
qu'à ce que fa petite famille foie en état 
de fe palier entièrement de Ion fecours, 
elle ne la quitte qu'après mille carelTes, 
mille gambades & mille regrets. 

Les mâles font des libertins qui cou- 
rent les champs pendant ce tems là , & 
n'approchent de nouveau leurs femelles 
que îorfqu'elles font libres de toutes les 
attentions qu'elles donnent à leur petit 
ménage. 

Anatoirùe des parties de la génération dit 
Loir fauvage. 

La vefîîe de l'urine eft en forme de 
poire; les vtficulesféminales en font dé- 
tachées & fort groiïes , compofées de 
plufieurs circonvolutions , & féparécs 
en deux corps par une cloifon membra- 
neufe ; le premier de ce corps repond 
aux vaifteaux defercrs qui paroiftent 
s'enfoncer dans la propre fubftance & 
former ces convoturions. Ce corps eft 
prefque entouré de celui qui paroît plus 
propre à faire l'office ordinaire que font 
les vélïcules féminales dans les autres 
animaux; ils s'abouchent cependant, ces 
deux corps, par uncelpéce A'entonnoir ou 
de trompe adhérente à l'un & à l'autre. 

Les tefticules font fort gros & les épi- 



Su R l'H I SI O I 
didiine5 font faits d'une façon extraordi- 
naire ; on peut les voir ici fans en donner 
d'autre defcription que leur propre 
fit^ure. (Voyei la Planche cCanatoink C.) 
"Le prépuce tien: à !a peau commune, 
& ne permet que la furtie du gland qui 
s'élance en dehors , & ell extrêmeuienc 
]ong Si uni comme une tube ; fon ou- 
verture eft fort large. 

Le corps de la verge refte en dedans 
de l'animal , il elt entouré de plufieurs 
mufcles ére£leurs_, & accélérateurs , accom- 
.pagné de plufieurs glandes proftarcs qui 
aboutiiTen: au dedans du canal de l'u- 
réthre : fes glandes font garnies d'un 
grand nombre d'orifices qui répondenc 
aux véficules. 

C'eft ce qui dénote une grande fécon- 
dité & une grande facilité à générer. 

Voyei latlanche à la fin de iObfervation 
fuhante. 



OBSERVATION IX. 

,De Vanimal , dit le Parejfeux , au- 
trement THay. 

NOus venons de donner le Loir 
d'Amérique. Cet animal eft l'e- 
xemple de la tendrefle & de l'adivité. 
On a obfervé 'e> peines que la femelle 
prend pour 1 éducation de fa famille. 
Aufll multiplient- ils extraordinairement 
dans les Provinces qu'ils, habitent ; au 
contraire, le PareJJ'eux oulHay, donc 
nous allons donner la defcription , efl: 
fore rare , & on n'en trouve que dans ie 
BréfiI.SamoUefle.comme l'on peut voir, 
efl peinte fur fa figure. 11 efl: toujours 
mal peigné , a lesonglestrès-longs, il eft 
fort maigre , il ne fe nourrit que des 
feuilles qui tombenc de l'arbre fous le- 
quel il fe campe pendant prefque tout 
le cours de fa vie , fur lequel il grimpe 



reNaturelle. 8i 

quelquefois avec nonchalance pour évi- 
ter les approches des paflans. 

Il y a cependant de deux fortes de Pa- 
refleux , la première efpèce de ces ani- 
maux , efl: appellée par les Portugais, 
Pil illo Ligero, par contrevérité; & quel- 
quefois trigui^a. Cette efpéce efl de la 
grandeur de nos renards médiocres. Son 
col efl: aflez court , fa tête efl petite & 
prefque ronde ; elle refTemble à celle 
d'un finge ; fon mull'au qui va en poin- 
te , a la forme d'une toupie, fa gueu- 
le n'efl pas bien grande &^prefq'.ie tou- 
jours ouverte : fes dents font émouffées, 
comme celles d'un agneau ; il a le nez 
camard comme celui d'un doguin , noir 
& pelé , les yeux fort petits , de cou- 
leur noire & peu éveillés. On s'efl ap- 
perçu quelquefois qu'aux approches de 
fa femelle il s'endormoit à plufieurs re- 
prifes avant de la careflTer ; il n'a point 
de marques extérieures d'orei les : fa 
queue a la figure d'un pain de fucre. Il 
efl armé de trois griffes à chaque pat- 
te , d'une couleur [aune , tirant fur le 
blond ; fes griffes font courbées en de- 
dans & convexes en dehors. Tout fon 
corpsefl. couvert de longs poils de cou- 
leur de cendre C parmi lefquels il y en a 
de blancs) , & de la longueur de deux 
doigts. Cet animal ne boit jamais; on 
entend très-rarement fa voix ; il tient 
très-étroitement ce qu'il a faifi , & il eft 
fi poltron qu'il craint même la plus lé- 
gère pluye. 

De-Laétius a donné la defcription de 
cet animal & confirme la plus grande 
partie de ce que j ai dit ici fur fa figure 
& fur fa façon de vivre. 

La féconde efpèce, que l'on appelle 
Lerio ou Hay reflemble tout-à-faic à un 
finge. Son poil efl beaucoup plus hérilfé, 
que ceux de la première efpéce , 6c la 
couleur en efl brune ; celu-ei s'appri- 
voife facilement. J'en ai vu dans plu- 

Lij 



72 O B s E 11 V 

fuurs villes , que l'on nourrilloic com- 
me les linges. 

Margravi a obfervé djtis la diffeâion 
decec animal que le ca;i.r féparé du 
corps , confervoic l'on mouvemen: pen- 
dant demi-heure 3 & que dan^lci femel- 
les l'arriére- faix trouvé dans Lurs ma- 
trices , iorfqu'elles écoieni; pleines, étoit 
compolc deplulieurs petits corps char- 
neux , leaiblables à la lubftance des 
reins de diftérente grandeur, à-peu- 
près faits comme des févts , dans Icf- 
quclles les vafes ombilicaux étoient in- 
férés par beaucoup de rameaux , & il 
s'eft appeiçu que les foetus de ces ani- 
maux dans la matrice même , ont leurs 
poils , leurs dents & leurs ongles. 

Selon cet Auteur , le cœur du Parcf- 
f(ux a deux oreillettes creufes 6c très- 
remarquables. Son ventricule eft adhé- 
rent à un incellin de la longueur de 4 
ou 5 pouces, en forme de Cicaim.ians 
aucune iiïue , que celle qu'il a à côté de 
l'orifice fupérieur de l'eflomac , où cet- 
te poclie fe dégorge; apparctnii.ent cet 
appendice fertde refervoir à reftomac, 
pour la confervation des alimens , & 
pour fournir ce qui pouvoit lui man- 
quer dans le befoin , le ventricule a fon 
orifice fupérieur à deux travers de doigt 
du pilore. On y trouve fouvent une ma- 
tière tout -à fait verte compofée de 
feuilles d'arbres ,à moitié digérées par 
l'animal. La f melle a deux mamme- 
lons fur la poitrine couverts d'un cuirs 
rrèb-dur & gluant. 

Cet animal ell comme les grenouil- 
les ." fes efprits animaux font extrême- 
ment fobtiis ; on s'eft appcrçu . que mal- 
gré la fuppredîon de tous les incellins , 
même du cœur , il fe remuoit encore , 
qu'il maichoit &. fe foutenoit iur fes 
pieds pendant quelques momens. 

Hernandiis a dit qu'à peine il pouvoit 
faire 50 pas dans un jour, qu'il ne fai- 



A T I o N s 

foit du bruit que la nuit. Les dernières 
fyllabcs de fon cri iont prefqu'infenli- 
bles. Sa voix relfemblc aux lansentations 
d'un enfant qui fouffre quelque douleur 
lente, ce qui peut s'exprimer par iiii. 
Cet Auteur prétend encore qu il relie 
dans des rochers quelquefois 20 jours 
fans rien nianger , quand il eft effaié. 
Le Parefieux a la vue fort bafl'e , ce qui 
s'apperçoit en le menaçant à une cer- 
taine djllance. 

f^ojej la Planche A de VHijhire Natu- 
relle des Quadrupèdes. 

Figure i. 2. 8< 5. 

Le Loir d'Amérique & fes petits. 
1" I G u R E 4 . 

Le ParelTeux. 



OBSLRVATION X. 

Sur l'adrejje de l homme contre la force £r 
les rufes des animaux les plus féroces £r 

les plus terribles, 

JE donnerai pour exemple d'une ma- 
tiéreaulil intéreffante, ladefcriptioa 
d'un combat particulier deTaureaux,faic 
àCadixen i 74<5, dont le récit fera voir 
jufqu'à quel point l'adrelTe de l'iiomme 
furpafle la force des animaux. 

Pour l'intelligence de ce trait d'Hif- 
toire Naturelle, je vais donner une des- 
cription des combats ordinaires qui fe 
font enjllfpagne & de leur origine, quoi- 
que plufieurs Auteurs en ayent donne 
des relations allez amples, je rapporte- 
rai ici fidèlement ce qu'on m'en a com- 
muniqué , les recherches que j'en ai 
faites ôc ce que j'en ai extrait de diffé- 
rens endroits. 

Defcription des Combats de Taureaux. 

Pierre Aiexia , Auteur Efpagnol cra' 



i-d^a M aJ^^â^â 



JVcUarcLi. 



OlÛKj^^^^-^ 




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SUR l'Histoir 

que Jules-Cefar a introduit l'ulage de ces 
combacs , & que cet Empereur pen- 
dant fa Did;ature en tua lui -même. 

Le Perz Jcrome Roir.an Ibutisnt que 
l'inftitution de ce fpectacle elt du tems 
de Tarquin le l'uperbe * , & il critique 
l'opinion d'Alexiu 

Sebajhen de Canuvias Oroxès dit ex- 
prefitment que ce lonc les Komainb qui 
ont appris aux tfpagnols à combattre les 
Tauieaux; ainfi ces trois Auteurs ne font 
remonter l'origine des combats des Tau- 
reaux tout au plus qu'au tems des pre- 
miers Romains. 

Selon moi , le combat des Taureaux 
doit être plus ancien, & il me femble que 
dans les teras les plus reculés , lorfque 
les hommes n'avoient point encore for- 
mé de troupeaux de ces terribles ani- 
maux , ils s'exerçoient à les dompter Ôc 
même à les combattre , ce qui peut 
avoir donné lieu à ces fortes d'exercices. 

Nous en avons un exemple qui fub- 
fifte à Arles en Provence , où les Tau- 
reaux font indomptés , & dont les pi- 
queurs ordinaires , qu'on appelle Car- 
diens ou Bouyiers , peuvent feuls condui- 
re ces animaux dans la plaine de la Ca- 
margue. Ces Bouviers font les feuls qui 
fervent aux combats dans les fêtes que 
l'on donne quelquefois à Arles dans la 
Placedevant l'Hôtel-de-Ville, ou dansia 
campagne aux combats qu'on appelle 
Ferade. * 

Le célèbre Bofcan , Poëte Efpagnol 
caraâérifoit les Cavaliers ou Courtifans 
de fa nation par leur adrelfe à combattre 
les Taureaux. Cependant ce fpedacle 

* Septième & dernier Roi de Rome. 

* Je donnerai une defcription parciculiére 
de ceux-ci une- autre fois. 

** Me^eraj dans l'on Hiftoirede France de 
l'année 751 & Lim;m dans les recherches fur 
les antiquités Françoifes rapportent que, le Roi 
Pépin furnommé leBref,i caulè de fa perire tail- 
ICf dans un combat ^uildonnoit à Ferriercs 



E Naturelle. 8j 

n'étoit pas alors il comir.un en Efpagne, 
ni porté au dégre de perfection où il l'a 
été depuis. 

Nous Içavons que Philipe IV , Roi 
d'hfpagne parut pluiieurs fois dans la 
Place publique de Madrid , fuivi des 
principaux Seigneurs de fa Cour , qu'i. 
furpafîbit prefque tous par l'on adrelîe- 
C'ell à ce titre qu'il a été clnnté par les 
plus beaux efprits de fon Royai>me. 
Dom Francijco de Quevedo ^ dans fon Par- 
nalfe Efpagnol, a fait avec pompe l'élo- 
ge de ce Prince. ** 

En général toute la Nation Efpagno- 
le regarde le combat des Taureaux com- 
me une réjouilfance qui doit célébrer les 
plus heureux fuccès : mais ce penchant 
eft beaucoup plus décidé dan^ les deux 
Caftilles que dans le refte du Royaume. 

Il n'y a prefque point de Ville confi- 
derable dans ces deux Provinces où l'on 
ne donne ce fpedtacle deux ou tiois fois 
l'année, fans compter les réjouiflances 
extraordinairesjcomme pour une victoi- 
re fignalée, poio" la Canonijatïon d'un Saint, 
pour la Dédicace d'une Eglife , poue 
la nai fiance d'un Prince , pour fon avè- 
nement au Trône , ou pour l'éléva- 
tion de quelque particulier à un polîc 
important. C'eft ainlî que de nos jours 
la ville de Santo Domingo de la Cal^adit 
témoigna fa joye quand M. le Marquis 
delaEn^enada entra dans le Miniftere. 

La veille du fpeétade , tout le mon- 
de fort pour voir les Taureaux qui fone 
dans quelque pré à peu de diftance 
de la Ville : c'eft-là qu'on augure du 
fuccès de ce fpeélaclc par la contenance 

d'un Lion & d'un Taureau , le Lion aiant fâifi 
le Taureau par ie coi , le Roi demanda aux 
Seii^neurs de fa Cour s'il n'y avoit perionne 
qui ofàc faire lâcher prife a ce furieux animal, 
ce que pas un d'eux n'ola , le Roi alors al- 
la droit au Lion & d'un feui coup Je fabre 
lépara la tète du corps de cet animal. 



8^ O B s E R V 

qu'on remarque dans ces animaux. On 
a foin exprcliénienc d'en avoir des Pro- 
vinces qui produifeni les races les plus re- 
nommées. Tout le monde fçaic qu'en 
Hfpagne & ailleurs , les pâturages de di- 
vers cantons produifent dcsbéces plus ou 
moins forces & plus ou moins fougueul'es; 
les pâturages inlluenc même fur la belle 
ou mauvail'e figure des bêtes de pâture en 
général , ce qui fe voit efTenticUemen: 
dans les clievaux, «Se particulièrement en 
Andaloulie où les Taureaux & les che- 
vaux font les mieux faits, les plus adroits, 
& les plus légers à la courfe. Les Tau- 
reaux de Salamanque & des environs 
font , par exemple les plus forts & les plus 
féroces. Ils font cc pend int moins grands 
que ceux de l'Eftrémadure , dont la tail- 
]e eft cxcelîîve , ainfi que celle des Tau- 
reaux de PoUillo près de Valladolid. 
Ceux de Xarama près de Madrid font 
aufTi fort ellimés par leur vîtefle & leur 
agilité. 11 y en a dans quelques cantons 
du Royaume de Navarre , qui appro- 
chent beaucoup de ceux de Xamara , Se 
qui les furpaflènc même dans la courfe. 
Non feulement on diftingue entre les 
Taureaux ceux des diverfes Provinces ; 
mais on diftingue encore ceux des difle- 
rens troupeaux d'un même endroit: il y 
auroit fur cela une infinité d'obferva- 
tions à faire , que nous refervons pour 
une autre fois. 11 fuffit dobl'erver ici 
que pour bien élever ces fortes de Tau- 
reaux, il fjut, 1°. leur abandonner tout 
le lait de leurs mères: z°. les tenir tou- 
jours loin des Bourgades en raie-campa- 
gne, &c fans jamais les metcreà couvert. 
LcsTaureaux qu'on nieneaveclafron- 
dc font ordinairement les plus hardis, 
& craignent moins le fer que ceux que 
l'on mène avec des piques ferrées. Ceux- 
ci fuyent quelquefois à la vue du fer des 
combattans , parce qu'ils font accoutu- 
més à être punis par les Bouviers qui 



A T I O N s 

les conduilent avec ces longues piques. 
Cependant ceux de Salamanque , quoi- 
que menésde cctteforte , ne perdent rien 
de leur bravoure. La férocité des Tau- 
reaux de cette lacea quelque choie de 
fugulier: on en a vu à Salamanque, 
qui après avoir abbatu leurs ennemis, fe 
font avilcs de prendre des piquets &; des 
arbres pour des hommes vivans , &. fe 
font rompu la tête à force de lutter 
contre ces adverfaires immobiles. 

L'âge des Taureaux qui doivent fer- 
vir à ce f|5e(flacle efl depuis fix ans juf- 
qu'à douze. Avant qu'ils ayent atteint 
les fix ans , on les appelle A'ovillos , & 
l'on s'en fert dans les villages ou dans les 
moindres fêtes des villes pour un exer- 
cice qui ne va pas jufqu'à les tuer , mais 
qui leur apprend bien des rufes , dont 
ils fe fervent après , quand on les mène 
dans les Places publiques pour un exer- 
cice plus férieux. C'eft pour cela qu'un 
de ces animaux qui aura été exercé plu- 
fieurs fois de cette forte , eH fort à crain- 
dre pour ceux qui veulent les mettre à 
mort : On J'appelle alors Torro corriào. 

Nous avons aflez parlé de la nature 
des Taureaux , de leur différence par 
rapport aux cantons ou ils font nourris : 
il efl à propos de dire préfentement en 
peu de mots l'attirail & la manière de 
les combattre. 

Ces combats font des efpéces de fê- 
tes , dont les hommes fe fervent pour 
éprouver leuradrefTe , aiguillonner leur 
couiage,& donner des prtuvesdelapuif- 
fance qu'ils ont fur les animaux les plus 
vigoureux & les plus féroces. 

Ces fêtes fe font ordinairement dans 
un cirque, fuit odlogone , foit ovale, 
de la grandeur d'environ i lo ou 150 
toifes de circonférence. Onypiacedeux 
ou trois rangs de loges tout au-tour au- 
defTus d'un Ampliitéatre de Lptà huit 
marches, au devant du quti il y a un pa- 



SUR l'H I S T O I R 
rapet de deux ou trois pieis,qui en a 
cinq à fix de haut pour empêcher les 
Taureaux , qui font dans le cirque que 
forme ce parapet , de fauter dans l'Am- 
pliitéatre , ■ ce qui arrive quelquetois 
malgré cette précaution. 

Ces loges font toujours extrêmement 
parées & occupées par divers particu- 
liers , ce qui forme un fpedacle des plus 
brillans. Les cirques que j'ai vus à Se- 
ville contenoient environ 30 à 40 mil- 
le perfonnes , toutes les Dames y écoient 
extrêmement parées & à découvert 
comme elles font ici dans nos fpedtacles 
François. 

Ces fêtes fontcompofées de l'élite de 
la NoblelTe du Pays. ll;y a à Seville une 
compagnie de ces Nobles^ qu'on appelle 
de la Maijîrance , qui ont tous des habil- 
lemens uniformes , de drap écariatte , 
galonnés en argent fur toutes les coutu- 
res. 

Le jour du combat , toute la ville & 
les étrangers qui y accourent en foule , 
fe placent dans les loges dont nous ve- 
nons de parler , aux marches de l'am- 
phitéatre , aux fenêtres tk fur les bal- 
cons qui ont vije fur la Place dans la- 
quelle efl; placé le cirque. 

Quand le fpeftacle eft ouvert, l'Offi- 
cier de commandement avec fes Sol- 
dats fait le tour de la Place pour empê- 
cher qu'il n'y relie perfonne que les feuls 
comhactans : le Magiftrat quand tout le 
monde efl retiré, donne le lignai du bal- 
con de la Ville. 

Alors deux Gentiihommes de hMaïf- 
trance entrent dans le cirque la lance en 
main, montés fur les plus beaux che- 
vaux du Pays couverts des plus fuper- 
bes hamois. Ils ont chacun à côté d'eux 
deux Domefliques qui tiennent leur che- 
val , lorfque le Taureau fort du Torilio*. 

* Chambre noire fous l'Amphitéatre » où 
l'on renferme les^ Taureaux, 



E Naturelle. S; 

Il y a en outre quantité de jeunes gens à 
pied , habillés uniformément en petites 
velles de différentes couleurs , ornées de 
rubans, en bas de foye, efcarpins blancs , 
fort lefles & bien ajuflés. Ils ont tous de 
petits manteaux de camelot blanc ou 
d'autre couleur , qu'ils tiennent à la 
main & qu'ils font voltiger autour d'un 
petit bâton. Les Cavaliers s'étant poflés 
à l'entrée du Torillo , le Taureau en 
fort furieux , tête bailTée , les yeux en- 
flammés , ce qui n'efl pas étonnant , 
car on a foin de le mutiner & de l'effa- 
roucher en l'enfermant pendant vingt- 
quatre heures dans le noir Torillo , 
dans lequel on le pique à travers une 
grille de bois pour le faire fortir. Alors 
les Cavaliers qui Tattendent de pied fer- 
me, le frappent de leurs piques, 'l'évitent 
quand il fejettefureux, & lepourfuivenc 
enfuite pour rompre leur lance fur fon 
corps. Mais fnôt qu'ils ont rompu leurs 
lances ou qu'ils font menacés de quelque 
danger , ces jeunes gens qu'on appelle 
Chujcos ou Volantes , courent au devant 
du Taureau avec leurs manteaux , la 
détournent & l'empêchent d'aller fur 
les Cavaliers , qui fans cela courre-, 
roient grand rifque d'être éventrés avec 
leurs chevaux par le Taureau , comme 
cela arrive quelquefois au premierchoc. 
Le plus grand foin de ces Cavaliers , cft 
donc d'éviter le premier feu de l'ani- 
mal , & enfuite de calTer leur lance fur 
le Taureau le plutôt qu'il leur efl poflî- 
ble. * Ils fe retirent enfuite pour laifTer 
exercer les Volantes qui mettent l'animal 
à mort. 

A la fortie du fécond Taureau , il s'y 
trouve deux autres Gentilshommes qui 
entrent en lice avec le même cortège, & 
font la même manœuvre que les pre- 
miers. Ceux-ci font place à d'autres 

* Le bois de ces lances efl fi foible qu'il fc 
calfe à coup-fiir la premiîrefois. 



S5 O B s E R V 

& ainfi jufqu'au dernier Taureau. H 
arrive fouvenc que dans une (eule fête 
on en fait encrer dans Je cirque depuis 
lo jufqu'à 20 qu'on mec tous égale- 
ment à more l'un après l'autre. 

Pendant cet exercice &; furtout dans 
les inccrmeJcs , les Mulicienb (qui Ibnc 
placés dans une loge , en peffpedi\e de 
celle du Koi , ou des Magillracs ) jouent 
continuellement des fanfares & autres 
niuiiques guerrières. Ces orquetlres 
font compolés de hautbois , de violons, 
de trompettes 5 de timbales , de balles, 
de bîflons , de cors de chalfe & de tou- 
rcs fortes d'autres inllrumens en ufage 
dans ce pays. Mais lorlqu'on va mettre 
Je Taureau à mort, au lieu de Kmfare, ils 
fonnen: le toclin avec les trompettes feu- 
lement. 

Ces Muficiens font tous habillés en 
uniforme de drap bleu , veftes 6c pare- 
inens d'ccariatte , leurs habits galonnés 
en or fur toutes les coûture-> , ce qui au- 
gmente la fomptuolité du Ipeùtacle. 

Les Ciuijcos ou P'oiantés dont nous 
venons de parler) baJincnt a»'ec le Tau- 
reau avant de le mettre à mort , & cha- 
cun d'eux s'cjForce de montrer fon adrel- 
fe en caracollant ik faifanc des teintes au 
Taureau , qui s'anime de plus en plus 
par le mo}en des petites lances à cro- 
chet qu'ils vont lui planter tout autour 
du col , de la tête , & même des nari- 
nes auxquelles on attache des queues de 
guirlandes de fleurs <Sc de rubans , & 
fouvcnt des pétards «S: des ferp.nteaux, 
6: toutes fortes de feux d artihce qu'ils 
ont foin d'allumer auparavant; ce qui 
irrite tout- à -fait ce pauvre animal. 
Ces Chufcos font ' quelquefois juf- 
qu'au nombre de 50 . plus ou moins ; 
après avoir badiné longtems le Taureau 
qui fe trouve à la fin extrêmement fati- 
gué & afl'oibli par la courfe & le fang 
qu'il a perdu par fes blcllures : alors Igs 



AXIONS 

plus brave des Chufcos fe prcfente de- 
vant le balcon du Koi ou de l'Alcade & 
demande la permillion de tuer le Tau- 
reau ce qu'on lui permet ordinairement, 
& c'elt auifi ce qu'il fait d'un foui coup 
d'épee qu il lui porte au cœur. Aulfitùc 
tout le monde bat des mains en criant , 
l^iâor,l/'idor. Le brave elTuye fon épée, 
& va faluer le Koi ou 1 Alcade qui or- 
donne lur le champ que le Taureau tîioïc 
lui lera donné en prélcnt ; il tite fa pro- 
fonde révérence , le tourne vers les Sei- 
gneurs, & ne quitte pas laPlacc fans ra- 
malTer bien des pialtrcs & lans répéter 
fes révérences une centaine de fois. 

Le Taurau mort ell enlevé pompcu- 
lement par lix mules extrêmement bien 
ornées 6c caparaçonnées , conduites par 
de galans muletiers qui attachent le 
Taureau par les cornes à une corde qui 
tient aux harnois & le tirent hors du cir- 
que. C'eft ainli que finit cette tragédie ; 
où les ipcdateurs qui ont de l'humanité 
n'ont iouvent point de p'aifir , parce 
qu'elle ne fe paffe guéres fans cataftro- 
phc. 

Les fête; communes ou particulières 
font d'une autre efpéce; elle font accor- 
dées par le Koi ou par les Magiltrats à 
de? particuliers, qui louent les Llaces, 
&i employenc le revenu à des ccuvres pies, 
ou à 1 établiffement de quelque projet 
utile au public. Ce5 fêtes ne font pas 
aulfi brillantes , mais elles font plus re- 
marquables par 1 adrelîe & la force des 
i'.iwaWtîi p'iqi'.nirs , armés de fortes lan- 
ces, (qui ne fe rompent pas du premier 
coup com'iie celles des Gentilshommes 
de la Ma'iilrance.) 

Tous les chevaux ne font pas propres 
pour ces fortes de combats ; il n'y a que 
ceux dont fe fervent les Piqueurs & que 
l'on nomme Andaluces fur lefquels on 
puilTe compter : ils montrent dans cet 
exercice tant de bravoure , d'inirépidi- 

lé ôz 



Sur l' h î s t o I k. 

rté & de foupleûe , qu'ils affiontenc le 
Taureau 5c en évitent toutes les rufes; 
&: ils ne font jamais éventrés que par la 
faute de ceux qui les montent, ce qui 
n'arrive pas fouvent. 

Les Piqueurs à cheval -fe placent d'a- 
bord dans le cirque à côté du Torillo , 
l'un Se l'autre à une certaine diftance , 
de forte que quand le Taureau fort, il ne 
manque pas de fe jetter fur le premier 
Piqueur qui fe préfente à fa vue : le Pi- 
queur l'attend de piei ferme & le relan- 
ce d'un coup de pique * qui fait drefTer 
^ fauter le Taureau du côté oppofé où 
il rencontre l'autre Piqueur qui le re- 
çoit de même. Le Taureau, fe fentant 
ainfi piqué à droite & à. gauche , cher- 
che à s'enfuir & ne voyant pas par où 
pouvoir s'échapper , revient fur les Pi- 
queurs & leur livre combat. 

Ces Cavaliers Bouviers ou Piqueurs 
fe fervent parfaitement bien de leurs pi- 
ques : ils en tiennent le bout pendant 
qu'ils enfoncent le fer dans le corps du 
Taureau pour l'obliger de reculer, & 
quelquefois le Cavalier le mené de la 
forte en faifantle tour de la Place. Quel- 
quefois le Taureau l'emporte & rend la 
pareille au Cavalier , fans aucun dan- 
ger pourtant , pourvu qu'il tienne fer- 
me & qu'il mette toujours par le moyen 
de fa pique un efpace convenable entre 
]a ligne fur laquelle le Taureau marche 
& celle qu'il fuit lui même. Cette pra- 
tique demande plus de force & moins 
d'adrelTe que celle de combattre avec les 
dards, (comme on le pratique en quel- 
ques endroits de l'Efpagne ) qui efl 



'Naturelle. S7 

La rencontre du combattant & du 
Taureau fe fait en ligne droite ; mais 
quand le Taureau eft fur le point de 
frapper, on le prévient en le frappant 
lui-même & on fe retire par une autre 
ligne qui fait avec celle-ci un angle 
droit , & plus le combattant ferre cet 
angle, plus il court de rifque d'être at- 
teint. 

Pour fe mettre au fait de cette ma- 
nœuvre, il f^iut remarquer que le Tau- 
reau , quand il entreprend fa courfe, 
fuit ordinairement la ligne droite, s'il 
n'apperçoit quelque chofe qui l'en dé- 
tourne ; voilà pourquoi le Cavalier n'at- 
taque pas le Taureau en courant, ce qui 
feroit regardé comme une témérité ; 
mais il oblige le Taureau de courir lui- 
même , & il l'attend alors de pied ferme 
avec moins de danger , parce qu'il fçaic 
alors quelle ligne cet animal doit décri- 
re , ce qui lui donne une plus grande fa- 
cilité de fe préparer à décrire lui-même 
fon angle droit. Il y a des Taureaux qui 
ne prennent pas le change , & contre 
lefquels ces précautions font inuti- 
les. Ce font ceux qui ont été exer- 
cés dans les villages. Ceux-ci fortent: 
du Torillo , non en menaçant comme les 
autres , & en s'élançant fur tout ce qu'ils 
trouvent devant eux , mais avec un fang 
froid qui glace le courage des plus fa- 
meux combattans. Ces Taureaux regar- 
dent maieftLeufement dans tous les 
coins de la Place, comme s'ils n'étoienc 
fortis que pour voir ce qui fe paiTe par- 
mi les fpedlateurs , & ils fe tiennent 
fort tranquilles en attendant que les 



beaucoup plus dangereufe pour le Ca- combattans approchant d'eux pour les 

' '■ bien recevoir. Un Taureau de cette 
trempe eft fort à crainJre , & 41 eft ra- 
re de le voir tomber mort fans qu'il ait 
auparavant tué ou bleifé niortollemenc 
quelqu'un des Athlètes. Avec un tel 



valier , au lieu que cette manière de 
combattre avec la pique préferve le Ca- 
valier, aux dépens du cheval, qui fe ruine 
ibuvent les jarrets , par la grande refif- 
tance qu'il fait à ce Taureau, 
ï Que les Efpagnols appellent Galoche. 
/înnà 17^2, Toms 1, 11. Partk, 



M 



8S O B SE R V 

Taureau , les Cavaliers même Piqueurs, 
ne réuliîir;nt pas ordinairement , alors 
il, ccJenc la place aux combattans à 
pied, qui on: plus de reffources en mét- 
rant en ufage toute i'adrclTc que la fupc- 
riorité de i'cfprit humain leur fournie 
pour furinonccr toutes les rufes & la 
force de ces animaux. 

La luanceuvre de ceux qui combat- 
tent à pied , cft à peu près la même que 
celle des Cavaliers , moms brillante à !a 
vériié , mais plus dangereufe. Ils 
fe fervent d'épéeî ou de dorai-piques 
pour tuer le Taureau , & fe jouent quel- 
que tenT^, ainfi que nous avons dit, ce 
qui divertit beaucoup les Ipcftateurs. 

Ctf|;eâ:acle le donne quelquefois huit 
jours de fuite & même davantage ; iln'eft 
pas bien confidcrcble lorfcju'il ne dure 
que trois jours. Le tcms le plus propre 
à ces fortes de combats eu. le mois de 
Mai, c'ell a'ors qt:e les Taureaux font 
plus animés à combattre & que les jours 
font plus grands. 

Je vais préfentement donner la preu- 
ve la plus convaincante & la plus déci- 
five contre les faulfes idées de ceux qui 
égalent les bêtes aux hommes. Ils verront 
au contraire que quelque fort &. intelli- 
gent (fi l'on peut fe fervir de ce terme) 
que puilTe être un animal , tel qu'il foir, 
l'homme le plus ruflique & le plus bor- 
né a toujours fur lui l'empire que le Créa- 
teur lui a donné. 

Defcription d'un combat particulier d'uiifeul 
homme contre plufieursTaureaux. *- 

Un homme de Buenos- Aires qui avoit 
été condamné à la Caraque ** à Ca- 
dix , extrêmement adroit , s'avifa de 
propofer auGouvcrneur & à l'Alcalde de 
donner quelques fêtes au Public gratis 

*Ce combat s'eft paflëà Cadix en 174^ 
«ommc j'ai déjà dit. 



A T I O N S 

moyennant qu'on lui accorderoît fa li- 
berté : Il promit d'abord qu'il attaque- 
roit le Taureau le plus furieux lui-feul 
& fans autre arme à la main qu'une cor- 
de , qu'il le terraiïeroit , qu'il le pren- 
dioitavec fa corde par tel endroit que 
l'on voudroit , par les pieds , par la tê- 
te ou pa- les cornes, qu'il le l'ellcroit, 
le brideroit , monteroit defTus 6c com- 
battroit ainlt monté deux autres Tau- 
reaux des plus furieux qu'on feroit for- 
tir du Torillo , & qu'il les mettroit tous 
à mort l'un après l'autre , dans l'inftanc 
qu'on le lui commanderoit & fans le 
l'ecours de perfonne : ce qui lui fut accor- 
dé : mais on ne fe flattoit pas de Ci reuf- 
fite. Voici comme il fit. 

Ce brave Indien parut dans le cirque 
à cheval avec une feule corde à la main, 
& après avoir fait le tour de la Place Si 
falué l'aflemblée, on lui lâcha du To- 
rillo un Taureau des plus furieux ; il 
l'attendit de pied ferme i l'animal vou- 
lut fe ruer fur lui , il évita fort adroite- 
ment fon choc en le contournant & 
galopant après le Taureau , qui fuyoic 
alors devant lui. 

Il demanda à l'Alcalde par où il fouhai- 
toit qu'il prit le Taureau avec fa corde , 
l'Alcalde lui répondit que cela étoit indif- 
fèrent pourvu qu'il fit ce qu'il avoit pro- 
mis : le brave jetta aufTitôt fa corde qui 
avoit un nœud coulant au bout, & avec 
uneadrelFc furprcnante il attrapa & faifit 
le pied droit du Taureau , & tirant la 
corde à lui l'affujettit avec force après 
quoi il galopa tout au tour du Tau- 
reau oc l'ayant garotté , par trois à 
quatre tours , le Taureau fe trouvant 
extrêmement ferré par les jambes fe 
renverlà entrelaflc de la corde. 

Alors l'Indien mit pied à terre & 
fon cheval tenant la corde tendue èc 

** La Caraque eft un endroit où l'on met 
les malfaiteurs condamnés aux Galères, 



SUR l'Histoir. 
■ferme comme fi elle avoic été attachée 
à un piquet , il s'avança vers le Tau 
reau & montant fur lui par la croupe , 
il le frappa dun coup de poignard 
entre les deux cornes & l'étendit more 
fur le carreau : il détacha la corde & 
revint joindre l'on cheval. On retira 
3[ Taureau more avec fix mules à la fa- 
çon accoutumée. 

Ce ne fut là que le prélude , il fit en- 
tendre aux fpeftatcurs qu'il alloic les ré- 
galer d'une autre manière. Aujîîtôt on 
fit fortir du Torillo un Taureau enco- 
re plus furieux ■> pour être fellé & bri- 
dé. Voici de quelle façon l'Indien s'y 
prit. II fe pofa du côté du Torillo avec 
la plus grande tranquillité du monde , il 
évita les cornes du Taureau en caraco- 
lant autoîir pour gagner la croupe , & 
après l'avoir pourfuivi, il l'attrapapar la 
tête, ou par les cornes, avec la corde & 
l'ayant entraîné vers le piquet que l'on 
avoir planté au milieu du cirque, il l'at- 
cha û bien contre ce piquet en tournant 
tout autour fa corde ^ que le Taureau 
ne pouvoit plus remuer 6: fembloit im- 
mobile. Alors il defcendit de fon cheval, 
qui tenoit à l'ordinaire la corde tcndue,& 
avcc'une felle,que l'on avoir mile aufli ex- « 
près dans le cirque , il fella le Taureau 
& l'ayant bien fanglé , il le brida avec 
une autre corde qu'il avoir paOée dans une 
grotfe éguille de fer & qu'il lui fourra à 
travers les narines , il pafla enfuite la 
corde par delTus le col du Taureau en 
forme de bride , fe munit d'une pique > 
mit le pied à l'ctrier & monta delfus. 

Le "Taureau faiibit pendant cette opé- 
ration des mugilTemens affreux , ce qui 
ne déconcertoit en rien notre brave ; 
au contraire avec le plus grand fang froid 
du monde il coupa avec Ion couteau la 
corde qui entouroit le Taureau , lequel 
pour lors débarraffé, femit à courir & à 
bondiravec toute la fureur imaginableen 



E Naturelle. Sp 

faifanc toutes foi ces de tours & de fauts , 
de mouton , tant en avant qu'en arriére, 
fans pouvoir m.ettre l'homme a bas. 

On fit alors fortir du Jcrdlo deux au- 
tres Taureaux , qui voulurent invefiirle 
Cavalier ; mais ces animaux quoique 
furieux , appercevant qu'il étoit monté 
fur un autre Taureau , le laifTerent & 
s'enfuirent au lieu de le frapper. Le Ca- 
valier fut emporté après eux par fon pro- 
pre Taureau qui fuivoit les autres à la 
pifie , ce qui donnoit la facilité à l'In- 
dien de lâciier de tems en tems quel- 
ques coups de pique dans les fefles de 
les poflillons. 

il fit plufieurs tours dans la Pla- 
ce à la fuite des deux Taureaux qui 
fu}'oient toujours devant lui ne voulant 
point venir de front fur leur camara- 
de : ce qui axant beaucoup amufé les 
fpetflateurs , l'Alcade lui commanda de 
le tuer, & voici comment il s'y prit. Il 
commença par celui fur lequel il écoit 
monté , Si lui ayant plongé le poignard 
entre les deux cornes , l'animal tomba 
mort & l'homme rtila droit à pied du 
côté oppolé à la chute du Taureau. 

Il alla reprend: e fon cheval qui étoic 
enfermé dans l'enceinte de l'amphitéatre 
& étant monté delîus , il prit un autre 
Taureau par un pied de derrière, & 
l'ayant entouré à fa façon accoiàtumée , 
il defcendit de cheval , le joignit, monta 
deflus , par la queue, & le tua d'un coup 
de poignard entre les deux cornes. Il fit 
enfuite la même opération au troifiéme , 
qui effrayé du manège n'ofoit rien 
entreprendre & fe contentoit de courir 
autour du cirque, ce qui finit le fpec- 
tacle. 

La fête fuivante , qui fut trois jours 
après, on fit fortir un autre Taureau 
pour être fellé & bridé. L'Indien le 
iella , & l'ayant voulu brider, le Tau- 
reau fie un fi grand effort qu'il cafla h 

Mil 



90 Observations s un l' 

cor Je qi:i le tt-noic garotté , & fe trou- 
vanc pour lorb libre , courut fur l'hoin- 
nie avec une telle fureur que l'Indien 
ne pouvant pus fc fauver aflez vite ^ & 
voyant le 1 aureau fur lui , fe jctta par 
terre. Le Tauicau qui étoit dans fa cour- 
fe le frandiic &: revint contre lui dans 
l'inflant ; niais iiottc homme confervanc 
fon fmg froid dans ce péril , prit fon 
poignard <Sc l'attendit alîis fur fon 
cul ; alors le Taureau s'approchant 
pour le prendre par les cornes, l'Indien 



Histoire Naturf.lle,"- 

iui donnoit des coups de poignard dans 
le niufeaUiCcqu'illit à plufieurs reprifes* 
parce que le Taureau revenoit tou)ours'. 
l.e Taureau le prit enfin par la bottina 
qui heureufement fe fendit, & l'Indien 
tomba par terre, Les Chujcos ou Vclan*- 
tés vinrent à l'inftant à fon fecours & 
ay;;nt détourné le Taureau 1 Indien fe 
releva , remonta à cheval & tua le Tavu 
reau , après l'avoir pris par le pied avec 
fa corde malgré l'Alcalde qui lui avcit 
commandé de fe retirer. 



P H Y S 1 Q U E. 

G BSER VATION IL 

Sur les Volcans , les Ouragans & les Tremblemeris de terre. 



'y ■'^^ Es Syflemes qui ont paru jul*- 
V L y ques à prcfent n'ont pu nous 
yJtVIJ^iîî fatisfaire fur l'explication de 
ces terribles Phénomènes , qui ne font 
cependant que des fuites néceffaires des 
caufes naturelles. 

Rien ne fe fait par hazard ; le hazard 
r'eft rien : au contraire l'ordre & l'ar- 
rangement admirable de l'univers eft 
toujours la caufe primitive de tout ce 
qui nous paroîc extraordinaire. Si quel- 
qu'un vouloir douter de cette vérité :, 
il feroit aifé de lui demander , pour- 
quoi la Terre tremble dans un coin 
pendant que le relie de notre Globe eft 
inébranlable. Pourquoi le Mont "Vé- 
fuve vômit-il de flammes , pendant que 
les Monts Apennins , qui n'en font 
pas bien loin , fooc tranquilles 5c ont 



leurs cimes couvertes de neîge. îf 
fembleroit cependant que le hazard de"- 
vroit faire trembler toute la Terre à la 
fois , faire vomir des fiâmes à toutes les 
Montagnes , engloutir tous les conti- 
nents , & faire époufler des iflesdans 
toutes les Mers. C'eft ce qui n'arrive 
point. L'Etre fuprême veille fans ceflTe 
à la confervation de ce qu'il a créé , & 
les merveilles , qu'il met continuelle- 
ment devant nos yeux , font pour prou- 
ver que tout lui eftpoflible. 

Pour expliquer tous ces Phénomènes 
nous avons la liberté de nous fervir des 
différentes hypothèfes des Philofophes 
les plus renommés & les plus à la mo*- 
de : on pourra donc choifir entre les 
opinions les plus raifonnables , celle de 
Defcartes, où VamaBion 6c la gravitation . 



Sur la Physique 

qtre Ne^;vton donne comme le principe 
aftif de toute chofe. On peut encore fe 
iervirdii feu central que d'aunes Piiilo- 
piies ont admis, &, ii l'on veut, on r^ira 
recours à Wirripuifion des rayons du So- 
hd, que j'admets pour le feul agent de 
]n Nature. Je vais ci:er ici les fenrimcns 
de ces Auteurs. Le Public fera bien-ai- 
fe de les voir dans un feul point de vue. 

Sentiment de Defcartes fur les Volcans & 
les Tremblemens de-Terre, 

Quant aux exlialaifons qui viennent 
de la terre intérieurcCditDefcartes) leurs 
parties font fi déliées qu'elles ne peu- 
vent compofer aucun autre corps que 
de l'air , mais elles le joignent aifément 
avec les plus fubtiles parties des efprits, 
Jefquels celTent par ce moyen d'être 
unies 5c giiiïantes , acquièrent de petites 
branches qui font qu'elles peuvent aufîî 
s'attacher à d'autres corps. Par exem- 
ple , elles s'attachent quelquefois avec 
des parties des fucs corrofifs, mêlées de 
quelques autres qui font métalliques, & 
ainfi elles compofent unfouphre ; quel- 
quefois elles fe joignent avec des par- 
ties de la terre extérieure » parmi lef- 
quelles il y a quantité des mêmes fucs , 
& compofent des terres combuftiles , 
comme du Bitume , delà Naphte , & 
autres femblables ; quelquefois aulîî el- 
les ne fe mêlent qu'avec des parties de 
terre , & alors elles compofent de l'ar- 
gile. Enfin quelquefois elles s'aflem- 
blent prefque toutes feules , à fçavoir, 
lorfque leur agitation ell fi foible que 
leur péfanteur eft fuffifante pour faire 
qu'elles fe prelTent les unes les aurres , 
au moyen de quoi elles compofent les 
huiles qu'on trouve en quelques en- 
"droits dans les mines- 
Mais lorfque tes exhalaifons, jointes 
aox plus fubtiles parties des efprits , font 



Et SUR LA Peinture. ^jr 

trop agiée^ pour fe convertir en huile , 
& qu'elles fe rencontrent lous terre dar.s 
des fentes ou concavités qui n'ont au- 
paravaivt contenu que de l'air , elles y 
compofent une fumée gralîè éc épailîe 
qu'on peut comparer à celle qui fort 
d'une chandelle lorfqu'elle vient d'être- 
éteinte: & comme celle-ci s'embrafeforc 
aiiément fitoc qu'on en approche la fià- 
me d'une autre chandulie , ainîi lorfque 
quelque étincelie de feu cft excitée en 
C€s concavités , elle s'éprend incontinent 
en toute la fum.ée dont ellts font plei- 
nes , & par ce moyen la matière de cette 
fumée , fe changeant en flàme , fe raré- 
fie tout à coup , & pouOe avec grande 
violence tous le côtés du lieu où elle ef% 
renfermée , principalement s'il y a en 
elles quantité d'efpriti ou de fels vola- 
tils. Et c'eft ainli que fe font les Trem- 
ble m.ens de terre ; car lorfque les conca- 
vités ru'elle occupe Ibnt fort grande?, 
elle peur ébranler en un moment tout 
le pays qui les couvre ou les environne; 

11 arrive auffi quelquefois que la flâ* • 
me qui caufe ces Tremblemens en-* 
tr'ouvre la terre vers le fomm.et de que!- ■ 
que Montagne & en fort en grande abon- 
dance , car les concavités oii elle fe for- 
me n'étant pas allez grandes pour la con- 
tenir, elle fait effort de tous côtés pour 
en fortir, & fe fait plus ailénîcntunpar- 
fage par le fommet d'une Montagne que 
par aucun autre lieu : premièrement par- 
ce qu'il ne fe rencontre guéres de coni 
cavité: qui foient fort grandes & propres 
à recevoir ces fumées , finon audeflbus 
des plus hautes Montagnes; il n'efl 
pas befoinde tant de force pourentr'ou- 
vrir & féparer les extrémités de ces 
grandes pièces de la terre extérieure, 
comme pour y faire une ouverture en ' 
quelque autre endroit, 

La flâme qui fort avec grande iitrpé- 
tuofué du fomraet de la.Montagne,p9ui- 



92 Observations sur l'Histoire Naturelle, 

le ordinairemen: devant foi beaucoup de de fon Optique explique la caufe des 

terre mêlée de fouphre & de bi:ume , Volcans & des TrembJemcns de terre 

& ces Montagnes brûlent encore long- de cette façon. * 

lems après leur irrupt-ion jufqu'à ce que Lorlque l'huile de Vitriol eft diflillce 

tout ce fouphre ou bitume foit con - d'un poids égal deNitre ; & qu'il dillil- 

fomraé , 6c jovfque les mêmes concavi- le de ces deux ingrédiens un efprit de 



tes fe rcmpHlfent de rechef de fcnihla- 
bJes fumées qui s'embrafent , la i:âme 
.en fort p!us aiiément par l'endroit qui a 
déjà ccc ouvert , que par d'autres , ce 
qui c(t caufe qu'il y a des Montagnes cû 
l'on voit les embrafemcns prefque con- 
tinuellement, comme au Mont Ethnaen 
Sicile , au Véfiivc près de Naples , au 
Mont Hecla en Iflande , &c. 

Au leile les Tremb'emens de Terre 
*ie finirent pas toujours après la premiè- 
re fecoufl'e, mais il s'en fait quelquefois 
plufieurs pendant quelques heures ou 
quelques lours de fuite. La raifon eft 
que les fumées qui s'enflâment ne font 
pas toujours en une feule concavité, 
ir.ais ordinairement en plufieuts, qui ne 
font féparées que d'un peu de terre bi- 
«umineufe ou fouphrée , enforte que 
Jovfque le feu prend en l'une de ces 
concavités, & donne par ce moyen la 
première fecoufle à la l'erre, il ne peut 
entrer pour cela dans les autres , julqu'à 
ce qu'il ait confommé la matière qui eft 
entre deux , ce qui fait qu'il y a des in- 
tervalles entre les ébranlemens de la 
terre. 

Le fentitnent de Defcartes a été fuivi 
R-peu-près de Newton, comme nous 
allons voir , c'eft toujours des embrafe- 
nicnsde matière fulphureufe, des elprits 
mitalliques 5:c. La différence de l'un à 



Nitre conipofé & que deux pavties de 
cet efprit étant verfées fur une partie 
d'huile de GéroP.e ou de tout autre hui- 
le pèfante , extraite des parties de quel- 
que animal ou de quelque plante , ou 
d'huile deThérébentine épaillleavec un 
peu de baume de fouphre , ces liqueurs 
ne fout pas plutôt mêlées enfemble 
qu'elles contraètent une fi grande cha- 
leur qu'il en fort une flâme brûlante 5 la 
véhémence & la foudaineté de cette 
chaleur ne prouvent- elles pas que les 
deux liqueurs fe mêlent avec violence, 
& que leurs parties portées rapidement 
les unes contre les autres en lé mêlant 
enfemble , s'entrechoquent d'une très- 
grande force? Et n'eft-ce pas pour la 
même raifon , que l'efprit de Vin bien 
rectifié étant verfé fur l'efprit de Nitre 
compofé, s'enllâme , & que la poudre 
fulminan te compofèe de Souphrc, deNi- 
tre & de Sel deTartre, éclate avec une dé- 
tonation plus prompte & plus violente 
que la poudre à canon, les efprits acides du 
Souphre & du Kitre fe lançant l'un vers 
l'autre, &: vers le Sel de [artre avec 
tant d'impétuofité , que par ce choc le 
tout s'exhale à la fois en vapeur & en 
fiâtiie? Lorfque l.i diffblution des corps 
qu'on mcle enfemble fe fait lentement, 
Tèbullition qui en provient eft lente & 
ne produit qu'une chaleur modérée: 
i'autre, c'eft que la caufe du f^uvientfe- lorfque la diUolution eft plus prompte. 



Jon Defcartes par une étincelle , 6c fé- 
lon Ne^Mun par le choc des parties. 

La caufe des Volcans félon Ner-'ton, 

Newton dans la troificme queftion 
* Voyez l'crij^:n.'.l ou U traJ.uftion de Colle. 



elle produit une ébullition plus forte , 
& un plus grand degré de chaleur ; 6c 
Jorfqu'elle fe fait tout d'un coup , l'é- 
bullition éclate par une foudaine 5c vio- 
lente fulmination , avec une chaleur 
égale à celle du feu & de U fiâme. Ainâ 



SUR. LA Physique 

une dragme de l'efpric de Nitre com- 
pofé, col qu'il vient décve décrie , ayan: 
été verfc'dans le vuide fur une deiiii- 
dragme d'huile de Carvi , ce mélange 
s'en; âma d'abord comme de la poiid-e 
à canon & caffa le récipient purgé d'air , 
qui étoit un vafe de verres de fix pouces 
de lai ge (Se de huit pouces de long. Le 
fouphre même tout gvo/Iier , écant mis 
en poudre & réduit en pâte avec un 
poids égal de limaille de fer & un peu 
d'eau, agit fur le fer, devient fi chaud 
en cinq ou fix heures qu'on ne peut Je 
toucher , & qu'il évapore en fiâme. 

Si après avoir réfléchi fur toutes ces 
expériences on confidérelagrandequan- 
tité de Souphre en quoi la terre abon- 
de , la chaleur de fes parties intérieures, 
les fources d'eaux chaudes , les Volcans, 
les brouillards, les inflammations qui 
fortent des Mines , les Treniblemens de 
terre , ks exhalaifons chaudes & étouf- 
fantes , les Ouragans &; les colonnes 
d'eau qui s'élèvent fur la furface de la 
Mer; on peut apprendre par toutes ces 
choiesjointes enfemble , qu'il y a quan- 
tité de vapeurs iulphureufes dans les en- 
trailles de la terre, qu'elles y feimcntenc 
avec les minéraux; que quelquefois el- 
les prennent feu tout d'un coup avec in- 
flammation & explofion ; que R elles 
font re (Terrées dans des cavernes fbuter- 
raines , elles caufent de grands Trem- 
blemens de terre en s'ouvrantun pafiage 
au travers de ces cavernes , comme lorf- 
qu'on fait jouer une mine ; que les va- 
peurs produites par cette explofion , 
s'exhalant à travers les pores de la terre , 
répandent dans l'air des chaleurs fuflb- 
quantes , produifent des Tempêtes & 
des Ouragans, & enlèvent quelquefois 
de grandes pièces de terre , ou caufent 
des bouillonnemens dans la Mer dont 
elles élèvent quantité d'eau en gouttes, 
qui par leurs propres poids retombent 
comme un torrent. 



ET SUR LA Peinture. pj 

Il y a aulîi des exiinlaifons fulphu- 
reufes en tout tciiis, lorfque la terre cft 
féche , Icfquelles élevées dans l'air, y 
fermentent avec des acides nitrcux , & 
venant quelquefois à prendre feu , pro- 
duifent le5 éclairs, lè tonnerre, & les au- 
tres Météores ignés ; car l'air abonder 
en vapeurs acides propres à produiredes- 
fermentations , comme cela paroît par 
le ter & le cuivre qui fe rouillent fi ai- 
fément en plein air ; & parce que le feu 
s'allume en foufianc 6c que le battement 
i'i cœur ejl entretenu par la refpiration. Or 
les mouvemens ci-dedus mentionnés 
font fi grands &: fi violens qu'ils fuffifen); 
pour faire voir que dans les fermenta- 
tions les particules des corps qui étoicnt 
prefque en repos , font mifes en de noiîT 
veaux mouvemens par un principe très' 
puijjant qui n'agit fur elles que lorfqu'cl- 
les font fort proches les unes des autres, 
& qui fait qu'elles fe rencontrent & s'en- 
nechoquent avec une extrême violence, 
&qu'étantjcchnuffées par ce mouvement, 
& venant [à fe froilTerà à fe brifer les 
unes contre les autres, elles s'exhalent en 
air , en vapeur & en flâme. 

Newton explique à merveille par la 
violence de iVatraElion le choc des par- 
ties , qui caufe l'inflâmation , & fe fer: 
de toutes les expériences qu'il a faites de 
fes Plwfphores , comme nous venons de 
voir , pour prouver la caufe primitive 
des Volcans &c. 11 feroit cependant né- 
cefTaire qu'il nous eur mieux démontré' 
la formation du feu par Je choc attraârf 
de ces petites particules. Ce n'eft risii 
dire du tout que de dire qaun Principe 
irès-puijjant ag/t fur Us particules , loif- 
qii elles font fort proches les unes des autres^ 
&" qu''étant échauffées par le mouvement 6* ' 
venant àfefioijjcr & àfe hrifer , elles s'ex- 
halent en air^ en vapeur Gr en fiâme. Nous 
fommes alors aufïï inftruits que nous 
l'étions auparavant. 



ç^ Observations SUR l'Histoire Naturelle," 

On pourroit répondre à Ne\fcon, 
d'où vient que ce Principe très-puijjaiu n'a 
point agi dans un tenis plutôt que dans 
un autre , puilque de tout cems les par- 
ticules Ibuterraines , de quelque nature 
.quelles loient . ont été touloursà côté 
les unes des autres , & li. elles le font 
.approclices i au contraire, par filtration 
ti; par fucceflioii de tems , on peut de- 



Sentimens des autres Philofophes modernes. 

Si les opinions que nous venons d'e- 
xaminer ne font pas concluantes, il faut 
donc avoir recours à d'autres hypothè- 
fes ; le^tu ceniral ^ cfl félon bien des l'hi- 
lofophes, le moteur des Volcans 6: ce- 
lui i^es fecouflcs qui arrivent en divers 



mander pourquoi elles ne fe îont pas endroits de la terre. Voici à peu-près 
froijfées &i choquéesk melure qu'elles s'ap- comme ils s'expliquent: Us prétendent 
rrochoient &. dans lei inllans fucceiîifs qu'au centre de la terre il y a un feu 
de leur formation, puifque le mou- continuel qui brûle fans cefle, qui ne s'é- 
vcment de ces parties ne dépend que de touffe jamais 6c qui échauffe notre Glo- 
leur approche mu:uelle ; car il feroic be intérieurement jufqu'à une certaine 

diftance,c'ell-à dire àccnttoifes de pro- 
fondeur, ce que l'on apperçoit en creu- 
fant dans certains endroits : £c ils ajou»- 
tent que les Volcans comme celui du 
Mont Etna en Sicile , du Véfuve près de 
Naples, celui d'£c/i2 en Iflande & ceux 
des Terres Magellaniques font tous des 
cheminées où la fumée <Sc les fiâmes de 
ce feu central fe dégorgent , 6c qu'en cer- 
tains endroits où s'engouilre ce feu cen- 
tral & où il veut percer des cheminées, 
il caufe les Tremblemens de terre : 
qu'alors le feu par fon impttuofité à 
vouloir foriir &. à vouloir s'élancer 



auITi ridicule de dire qu'il faut qu'il y 
.en ait une certaine quantité d'appro- 
chées pour s'enliâmer , comme ii l'on 
difoit qu'elles ont été tranfportées, mi- 
fes en poudre , dillillées 5c brouillées les 
unes avec Icsautres pour former les Vol- 
cans & les Tiemblemcns déterre. D'ail- 
leurs les fouterrains & les endroits bor- 
nés (Se couverts ne feroient guéres pro- 
pres à l'inuâmationqui feferoitde cec- 
.te manière , carie feu le plus violent en- 
fermé dans une boëte de fer ou de terre, 
.de quelque grandeur qu'elle ibit, s'éteint 
fur le champ au lieu de s'allumer. Et fi 
jSeN>t'ton avoir mi> dans un tonneau tou- 
tes les drogues dont il s'elt fervi , & 



ébranle quelquefois des Ifles entières. 
Voilà toutes les caufes que l'on attri- 

qu'il en eut'cxadle.iient bouché l'entrée, bue aux Volcans. Aiais ces caufes ne fa- 

il eft fur que l'infiâmation n'auroit ja- tis font pas trop l'imagination, 

.inais eu lieu. i^. Le feu central doit être appa- 

Qnelques-uns pour appuyer ce rai- remmcnt au milieu de la terre &: occu- 

fonnement & celui de Defcartes ont per un grand efpace pour pouvoir le coo- 

fuppofè des Briquets fortuits , c'edii duc fervcr (Se fe communiquer jufques fur 

des pierres dures qui fe détachent du fa fupcrficie. Cent toiles ou deux cens 

haut d'un fouierrain (Se en tombant fur toifes de profondeur ne Iont rien vis à- 

d'autres pierres d'une même efpéce , ou vis un diamètre d'environ ^ooo lieues. 

;furdes morceaux de fer, font éclater d^-s Ce qui détruit totvilement cctteopinion, 

étincelles qui allument les fouphres fou- c'efi que fi la terre s'échauffoit fi proche 

terrains, & alors tout d'un coup ces ma- de fa fuperficie par un feu central & 

tiéres fulphureuf-s (Se bitumincafes s'en- continuel , elle s'éduutTeioic enfin tont- 

flâment & caufent les Volcans & les à fait, 

■^remblemens de terre. *°« La 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 95? 

La matière combuflible qui Ibrc propenjion quelconque , qualités ocfuutJ 

Spécifiques, comme celles deiAnc'iens dont 



viroic à l'encietien de ce feu feroitdonc 
le bitume que vômilîcnt quelquefois les 
Montagnes embraiëes ; il en faudroic 
donc une bien grande piovifion pour 
durer iî longtems , puifque les Monta- 
gnes de fou jettent des Hâmesdepuis des 
tems immémorials. Si au contraire ce 
feu ne confume rien & qu'il brûle & 
s'entretienne par lui-même , je deman- 
de pourquoi (depuis le tems qu'il fort 
parles Montagnes, ) il ne s'efl; pas affai- 
bli, & pourquoi nous obfervons quelque- 
fois qu'il reprend vigueur & qu'il fem- 
ble s'animer plus que jamais. 

30. Si lefeucentrai ellla caufedetous 
les Volcans , pourquoi les fournaifes ne 
fe forment-elles pas plûtôc au milieu 
des plaines qu'au fommec des Monta- 
gnes f Il feroit bien plus aifé au feu cen- 
tral de percer l'endroit le plus foible & 
ïe moins folide. 

Je conclus donc que le feu central, les 
Ir/quets , les matières biiumineufes , ôcc. 
font des chimères de ceux qui n'ont pas 
connu la nature du feu, le principe & l'a- 
gent de tout mouvement. 

J'ai donné un Syfîéme univerfel de 
l'impulfiondes parties ijneei*, j'ai prou- 
vé que le Soleil met en mouvement & 
agite ces parties par le moyen defquels 
il fait tourner les Globes , végéter les 
plantes, vivre les animaux , & croître 
les minéraux. J'ai démtfntré que ces 
parties de feuécoienc le feul ngentdont 
le Tout-PuilTanc fe fervoit pourconfer- 
•ver l'Univers dans l'écacoù ileft, & lui 
communiquer tous les mouvemens qui 
lui étoienc néceflaires. 

On rejette ce fentimenc, on en a fait 
la critique dans piufieur^ journaux; on 
veut abfoiuraent s'en tenir aux opinions 
déjà reçues , & on lui préfère furtout 
VattraBiondela matière, (n gravitation, fa 

* A Paris chez Delaguette.rue St Jacques, 
Année,i-j^2. Tom. L U, Part, 



on parle & que l'on ne connoît pas. 

Cependant avec le fecours dcb rayons 
du b>oleil , on peut définir fans embar- 
ras ,fans Calculs Algébriques , les effets les 
plui compliqués & les plus difficiles à 
expliquer dans tous les autres Syflêmes. 
Je vais en donner un exemple dans l'ex- 
plication des Volcans &. des Tremble- 
mens de terre. 

J'évite de citer ici tous les fâcheux 
événemens qu'on trouve annoncés dans 
les Gazettes & dans tous les ouvrages 
de cette nature; il ne me convient que 
d'en donner les raifons phyfiques pour 
fati faire mes lefteurs. 

Les Volcans ne fe font jamais établis 
que fur le foininet des Montagnes pla- 
cées aux bords des Mers ou des Lacs, 
dans les Ifles & dans les Peninfules. com- 
me ceux que nous avons déjà cités. 

Ils n'ont jamais psru au centre des 
terres fermes, dans les plaines & dans 
les terres molles ; ce qui doit nous con- 
vaincre qu'ils ne viennent pas du feu 
central ni des bitumes allumés; car ie 
feu central perceroit (comme j'ai déjà 
dit plufieurs fois) les plaines plutôt que 
les Montagnes : il faut de plus obferver 
que les Mines fulphureufes & bitumi- 
neufes fe trouvent au centre des terres- 
fermes comme au bord des Mers & dans 
le plaines plutôt quefjr les Montagnes; 
les Mines font preique toujours dans le 
fond plutôt qu'aux fommets des Monts. 
Voilà donc des réilexions aiïez fuffitan- 
tes pour détruire tous les préjugés que 
l'on a eu jufqu''i préfent fur les caufesde 
l'inflâmation des Volcans Je donne- 
rai donc une autre raifon pour expli- 
quer la formation de ces feux extraordi- 
naires. 



à l'Olivier, i Vo!,in-i: 



N 



»6 



Observations SUR l'Histoire Naturelle; 

de ces feux fouterrains , en écliauffan^' 



Vimpuljlon univerJeUe des parties de feu 

ejl la caufe des Volcans b" des Trein^ 

blemens de terre. 

Les Montagnes font les pièces de ter- 
re les plus cxpofées aux rayons du So- 
Icil en tel Climat qu'ellesfoient. Ces ter- 
res font celles auflî où l'eau de pluie glif- 
fe avec plus de facilité & pénétre moins 
les parties internes : de forte que lecen- 
tre de labaze d'une Montagne doit tou- 
jours être fec & aride; & pour peu que 
cette baze foit creufe, elle doit ralfem- 
bler toutes les parties de feu qui pénétrent 
chaque jour la Montagne , puifque ces 
parties de feu y font naturellement por- 
tées & continuellement preffées par 
rimpuHiondes rayons du Soleil, à tra- 
vers les parties les plus dures & les plus 
épailTes qui compofent la Montagne; 
ce que perfonne ne peut difputer , de 



la terre & les parrois des environs de 
leur capacité , rencontre des mines ful- 
phureufes ou bicumineufes , ces matières 
combudibles coulent alors dans la cavi- 
té qu'occupe la ilâme , & étant allumées 
elles s'élèvent par tlots ce fuivent Icb par- 
ticules de feu pour découler du fommcc 
des Volcans : mais aufll c'eft ce qui n'ar- 
rive pas toujours , car ces forces de bi- 
tumes & ces fortes de matières ne fe 
rencontrent pas partout où il y a des 
Volcans , & lorfqa'elles font confom- 
mées , elles ceflent de paroitre: ce 
qui n'empêche pas les Volcans de 
fuivre toujours leur cours ordinaire- 
Ces matières ne s'accumulent que par 
une longue fuite d'années & ne filtrent' 
qu'infenliblement dans les terres voi- 
fines des Volcans : elles ne font au- 
cunement la caufe eflentielle des feux 



forte que ces parties ignées étant élaf- qui fortent des montagnes , puifqu'elles 

tiques , s'élèvent à la fin vers l'endroit --^—-'r — <- -- j — : i:-.. i- 

le moins comprimé , ainfi que fait la 
flâme ordinaire^ & parleurs efforts per- 
cent les Monts.qui leur fervent de bornes, 
dans l'endroit où elles font moins pref- 
fées, c'eft-à-dire, à leur pointe. C eft là 
où elles trouvent moins de réfillance 
qu'ailleurs , puifque le haut d'une Mon- 
tagne eft toujours moins comprimé par 
l'aftion èc la réaftion des parties de feu, 
répandues en tout lieu &c pouftees de 
toutes parts par le Soleil. La nége qui s'y 
conferve, le prouve. 

Ces fiâmes fecontinuent fan? cefle, fans 
lien conforomer & fans avoir befoin de 
matière combuftible , ainfi que le to- 
nerre & les autres feux extraordinaires; 
& quand une fois elles ont pris leur cours 
par l'ouverture du foiiiniec de quelque 
Montagne, les parties qui les compofent 
s'y portent continuellement avec facili- 
té éc fans obftacle. 



vômilfent fouvent des pierres au lieu de 
bitume, & même quantité de cendres, 
que ces matières n'ont jamais produit. 
Ce qui prouve que toutes les fiâmes que 
jettent ces fournaifes ne proviennent 
que du feul engouffrement des parties 
ignées , impulfées par le Soleil dans les 
creux des Montagnes , ainfi qu'elles 
s'allument dans les nues lorfqu'elless'ac:; 
cumulent pour former le tonnerre. 

On doit faire ici attention aux contra- 
didions où fe font expofés les Auteurs 
qui n'ont pas eu le bonheur de faiiir la 
vraie caulè du mouvement univerfel. 
Je puis me tromper commeeux; heureux 
cependant fi mon opinion a quelque cho- 
fe de plus vraifemblable & de moins 
embarraflant 1 

De ces définitions s'enfaivent celles 
des Tremblemens de terre. Ils ont la 
même caufe & produifent les mêmes ef- 
fets. Ce font toujours des parties de feu 



^i quelquefois U flâme continuelle excitées ^accuniulces par une longue 



SUR LA Physique 

Tuîte de tetns & donc l'élaflicicé éclate 
couc d'un coup, &. parplufieurs fecouires 
ébranle la terre , la fend , engloutit cer- 
taines parties , qui laiflent aux Eaux la 
liberté de prendre leur place. Les Trem- 
blemens de terre arrivent dans les pays 
montagneux fitucs autour de la Mer , 
furtout dans les Ifles & dans les Penin- 
fules plutôt qu'ailleurs 5 & toujours aux 
environs des Volcans. 

Comme la terre platte efl; humide, 
fouvent plus grafle & plus molle que 
les Montagnes , les parties engouffrées 
ont moins d'adivité que dans les Mon- 
tagnes ; elles font divifées Se étouffées 
par l'écroulement même des terres, qu'el- 
les voudroicnc entr'ouvrir pour s'écha- 
per.comme dans les Volcans ;c'eflcequi 
fait que dans l'endroit où la terre tremble 
il n'en fort pas toujours des fiâmes. lifuf- 
£t, dédire préfentement comment s'oc- 
cafîonne cet engouffrement des parties 



jgnees. 



I ''. Autour des Volcans , comme en 
Italie , il n'eft pas difficile d'apperce- 
voir que ces fournaifes prelfentles par- 
ticules de feu qui pénétrent la terre en 
tout fens , & les accumulent continuel- 
lement dans des veines ? dans des creux 
& même dans les interftices les plus pe- 
tits des corps qui compofent la terre ; 
ce qui nous fait croire que dans les tems 
du 1 remblement de terre, ces particu- 
les, prelfées &:accumu!ées dans les vuides 
ou fouterrains, & dans les interftices des 
corps, éclatent à la fin 6c mettent enjeu 
leur élallicicé ; il oft alors aifé de voir 
que leurs eiforts font place à d'autres 
particules homogènes qui font le mémo 
effet ; & pendant ce tems la terre s'ébran- 
le , s'entr'ouvre ; les particules , déga- 
gées de leurs obflacles, s'échapent , & 
au lieu de former des fiâmes parfaites , 
étant mêlées avec la poulîîére & la terre, 
ne forment que des vapeurs & des nuages 



ET SUR LA Peinture. ^f 

de poulîîérc , ce qui donne tous lestour" 
billons que nous voyons dans le tems du 
Tremblement déterre, les odeurs ful- 
phureufes & autres effets de cette efpéce. 
2°. LesTremblemensde terre fe fonc 
ordinairement fentir dans les terres ma- 
ritimes , fur les bords des Lacs , dans les 
?ays montueux , & au bord desileuves. 
'ar la même raifon l'engouffrement qui 
fe fait continuellement des parties de 
feu dans l'eau à la préfence du Soleil , 
peut occafioriner ces Phénomènes fur le 
rivage , fi la terre eft picrreufe , remplie 
d'intervalles & caverneufe. L'eau eftua 
corps diaphane où les rayons paffent ai- 
fément , îk d'où ils font très-peu ren- 
voyés : par conféqueut les particules 
ignées qm forment ces rayons, s'infinuent 
dans les terres pendant le jour & n'eu 
reviennent qu'avec difficulté pendanc 
la nuit ; parce que la nuit les eaux 
font alors plus condenfées & plus froi- 
des : il ne faut pas douter que pendant le 
jour l'eau donne paffage aux rayons avec 
plus de liberté, & qu'elle eft plus tiède & 
plus dilatée que la nuit. Cela étanc,que de- 
viendroient donc les parties de feu fi fou- 
vent impulfés vers les terres, au fond delà 
Mer & infinuées dans les cavités qu'elles 
forment? Il faut bien qu'elles éclatent à 
la fin & que leur ébfticité fe manifefte. 
Il eft vrai que tous les bordsdesMers, 
des Lacs & des Fleuves ne font pas fu- 
jets au Tremblement de terre, mais ils 
peuvent l'être ; & s'ils ne le font pas, ce 
r'eff que par la inollelTe des terres , les 
limons & les boues qui fervent de rem- 
part aux parties de feu & lesempêchenc 
de pénétrer avant , plutôt que les ter- 
rains durs & caverneux. 

Les pays montueux , durs & fecs ont 
la même incommodité : les rayons trou- 
vent moins de réfiftance fur ces côtesari- . 
des, où ils font prcfque perpendiculaires 
à leur pente, & pénétrent les Monts. Si 

N ij 



j>8 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



les Monts ne foncpa> caverneux, & que les 
parties des feux 'es traverfcnt , en s'cn- 
goiifFrant dans les terres voiiines, elles oc- 
cafionnent les Tremblemens , ainli que 
nous avons expliqué , lans former dîs 
Volcans. Pourquoi donc avoir recours à 
des opiniois extraordinaires pour ex- 
pliquer des effets fi naturels ? 



OBSERVATION III. 

Combien il importe ^ d'examiner les Expé- 
riences , Jur lesquelles on veut établir un 
Syjlême ; Sr de difiinguer des Caufes 
Phjfiques les Calculs Géométriques 

1E g. û' c{l prefque toujours entraî- 
j né par les préjugés ; l'efprit de cal- 
cul a chall'é refjrit de l'yi.êine ; New- 
ton a dit à la fin de fes Dcmoal; rations, 
quoderat deir.onftrandum ; celafalfit, on 
croît que rien n'eft plus certain. Par 
exemple on regarde comme une vérité 
démontrée que la Lune gravite vers la 
Terre & la I erre vers la Lune, l'une & 
l'autre vers le Soleil , que les particules 
des corps ont des vertus attraSives, «Se en- 
fin q'i'il y a partout des centres & des 
fropcnjions quelconques qui dirigent les 
corps vers ces centres. 

Les Auteurs tremblent aujourd'hui 
de lutter contre les opinions reçues , ce- 
pendant ils commencent à fuivre d'au- 
tres liypothèfes, mais ils fe dirent tou- 
jours N e^ toniens. 11 faut donc conve- 
nir que la Pliilofophie aura fon empire 
& Tes révolutions julques à ce que l'ef- 
prit de parti en foit tout- à- fait banni. 

Pour donner quelque atteinte à cet 
efprit , il faut en attendant que les hom- 
mes s'accordent entr'eux fur la f çon de 
procéder à la recherclie de la vérité , que 
je prouve par les exemples les plus fen- 
lîbles & le plus à la portée ds tout le 



monde , qu'il fi.flit de divifer un fyflê- 
me & de le découipoier dans toutes fes 
parties , pour le connoître à fend & n'y 
pas être trompé. 

L'Analyie d'un Syflcme découvre li 
pofition dcî caufes , les circonl'anc es 
qui caraLlérilenr les effets , & conduit 
à découvrir fi la caufe admife & les ef- 
fets , font analogues à la jufielle des cal- 
culs. 

Pour juger enfijite fi un Syfléme vaut 
mieux qu'un autie , il n'eft plus queftiorr 
que de mettre les différentes parties de 
chaque Svlléme en parallèle : Far exem- 
ple , il faut comparer les caufes avec les 
caules.les effets avec les cfiets,& les cal- 
culs avec les calculs : alors on appercfe- 
vra ii la caufe admife dans un Syilême 
s'accorde mieux avec les effets qui en 
reluirent , <Sc fi les effets dont on veuc 
prouver les caufes , font mieux démon- 
trées par les ca'euh. Je crois que cette 
méthode eft facile & infaillible ; c'efl 
aufil ce'.le que je me propofe de fuivre 
dans mes Obf;rvaiions i'hyfiques. 

Pour détruire le Syflême de Ncvx'ton 
& pour en établir un autre , ou pour 
confirmer le Syflême du Philofuphe 
Anglois & anéantir ceux qui lui font op- 
pofés , il faut féparer & difiinguer les 
principes phyfiqucs de ce Syflême & 
ceux de (jéométrie , mettre à partît 
caufe , les effets & le calcul. Faire autrement, 
e'ell tout confondre ; c'eil ne jamais 
vouloir fortir du cahos & des ténèbres. 
Voilà cependant ce qu'ont fait les Géo- 
mètres , lorfqu'ils ont voulu établir des 
bypothèfes phyfiques , &. ce qu'ils font 
aujourd'hui quand ils veulent le défen- 
dre. 

Le célèbre Pafckal a très- bien dcfinî 
la diflerence qui fe trouve entre les Géo- 
mètres & les Phyficiens ( Voyez pag. 
3 1 9. T. I. ) « 11 y a beaucoup de dif- 
u férence (die- il) entre l'efprit de Géo- 



99 



SUR LA Physique et sur la Pfinture. 

les principes foncpalbables , mais éloi- Newton s'accordent uiiêux avec îa eau 
gnes de l'ufage commun , de-forte "fe qu il établie qu'avec mes principes. 



» qu'on a peine à fe familiarifer avec la 
y> Oéomctrie, manque d'habitude j mais 
j3 pour peu qu'on s'y tourne ^ on y voie 
» les principes en entier , & il laudroic 
«avoir tout-à-fak refprit faux pour 
«mal raifonner fur des principes aufTi 
*) métrie& l'efprii de Phyfiqi.e; en l'un 
» grofliers , 6c qu'il cil prefque impol- 
» lible de ne pas appercevoir qi'and on 
5» veut. Niais dans la Phyfiqi^e les prin- 
3) cipcs font de 1 ufage commun de nos 
j) fens &c devant les yeux de tout lé mon- 
39 de. Il n'êft quefticn que d'avoir bon- 
35 ne vue, mais il faut l'avoir bonne, car 
>5 ces fortes de principes fort fi déliés & 
» en figiand nombre qn'ii eft prefque 
»impoflible qu'il n'en échape quel» 
S5 qu'un. Or l'omiffion d'un feul de ces 
3j principes conduit à l'erreur : c'ell 
» pourquoi je le répète : il faut avoir 
j) la vue bien nette pour les voir tous 
» fans confulion. « 

Confuhez à tête repofée hs principes 
mathéinatiques de la Flulojophie naiurdk 
de Ne^'ton , & vous ferez parfaitement 
convaincu que l'on peut être profond 
Géomètre fans êtrePbylicien : vous con- 
viendrez aulf] que pour entendre Nev- 
ïon il faut féparer fes hypothèfes de 
fes démonftrations mathématiques , & 
f&r tout ne pas confondre les caufes avec 
les effets, & le calcul avec l'effet & la cau- 
fe. Voyez ce que difent les Newtoniens 
dans le Journal des Sçavans , (Décembre 
1751,) vous treuvererqu'ils n'expofent 



s E- 



La cause des couleurs 
ION Newton*. 

Ce profond Géomètre prétendque le rayon 
de lunaire ^ tel quil nous paroît , eft compo/é 
de fept rayons primitifs ; chacun de ces 
rayons eft nommé fimple , parce qiîd ne peut 
plusfe décompojer ; fa couleur eft imw.uahle 
cr ne peut être altérée; il a une certaine dif- 
pcfition à are rompu : cette refraBion ne 
change qu à l'entrée des dijferens iritieux que 
le rayon trarcrfe ; mais un rayonfimpie eft 
toujours également refrangible dans le même 
milieu. Voici V ordre dans lequel ft refraElent 
tes diferens rayons de lumière , le rowe ^ te 
rangé, le jaune , le vert . le Lieu , l'indigo Sr 
le Viola; le rouge eft le moins réfrangïhle ^ 
&• les autres lejom en augmentant. Si Von 
réunit tous ces rayons primitifs en unfciq 
faifceau par le moyen d'une kntille . on aura 

la couleurblanche;fi onlesfepare après laréa-' 
mon,parlcpr;fr.e, ils rcparokront dans Fcr- 
dre que Con a marqua cMparavant : le fpec- 
tre des couleurs fe pant Jur irne diftmce dont 
la longueur eft connue b' détenninée. Meiv- 
ton a encore remarque quele même rayon, qui 
fouffrott une certaine reftaHwn, fuivoit la. 
même loi dans la réfttxion , en faifant un 
angleplus ou moins grand. On attrilueaft'e^ 
ordinairem.ent lacaufede cette moindre re- 
frangilite à la vîtejje ou à la figure de chaque 
rayon qui compofe la lumière. 

N'eft-ilpasvraiquece n'eft ici qu'un 
Syllême? Tout Syfteme demande des- 

, preuves, &fuppoféqq'on ait donné au- 

pasfibienlesqueluoiîsphyliqucsquele? trefois des prétendues preuves de ce^ 
démonftrations mathématiques r lis n'y Syftcme , & que ces preuves foient pré- 

fentement combattues par de nouvelles 
expériences , il faut donc répondre a' 
ces expériences : c'eft ce qu'en ne fait 
pas: on fe contente de dire , dans Is 
Journal desSçàvansqueje viens de citer-, 
,-; Ceci eft copié de l'exuait d» Journal desS-çavans , qu'ont fait les Nevytoniens, 



ajoutent aucune preuve. Mon hypotiièfe 
eft méconnoiflTable dans ce Journal , ce 
qui m'oblige de la donner ici moi-mê- 
me une féconde fois à côté de celle de 
Nevfton. Voyons fi les expériences de 



100 Observations sur l'Histoire Naturelle, 



33 Ce Syftême pôle , il eft clair que la 
3-> diverfué des couleurs dépend de la 
j> diverfué des rayons primitifs ; l'objec 
33 qui ne réfléchira que les rayons rou- 
33 ges , nous afifeiîtera de la couleur nom- 
» mée rouge. Il eft aifé préfentement 
j> de faifir le refte du Syltème de ce 

grand Philofophe , Se d'en faire l'ap- 



on fe jettera au contraire dans des raifon- 
nemens vagues; & il faudra à la fin con- 
venir que l'ombre exifte , du moins 
pour produire les couleurs. Sans l'ombre 
de la chambre noire, je demande de 
quelle couleur feroit le Spedre de New^ 
ton. 

Je vais prouver ici que non-feulemenc 
»> plication. Rapportons préfentement l'ombre pure oppofée à la lumière pro- 
33 quelques-uns des principes de M. duit les couleurs; mais qu'elles fe pro 



33 Gautier, par lefquels il prétend ren 
33 verfer ceux de Newton. « 

L'Auteur de l'extrait donne enfuite 
snon Syflême de façon que je n'ai jamais 
pu comprendre moi-itiême ce qu'il vou- 
loir dire , au moyen de quoi je ne fuis 
pas farpris s'il dit enfuite. 

a Voilà un échantillon des principes 
i> que M. Gautier établit ; nousfommes 
M perkiadés qu'on nousexemtedeles dif- 
=3 curer : ce font pourtant ces axiomes 



duifenc encore par Ijs oppofitions de la, 
lumière avec les corps ombrés mêlés de 
lumière. Par exemple , une chambre 
noire comme celle de M. Newton , ex- 
trêmement vafte , auiîî exademenc lutée, 
où le jour n'entreroit que par une ouver- 
ture d'un quart de pouce de diamètre, 
donne les mêmes couleurs & dans le mê- 
me ordre que celle où le jour entre par 
une fenêtre balTe de trois pieds de large , 
fur quinze pouces de haut , au-devanc 



13 qu'on oppoie aux vérités que Ne vton de laquelle on pofe un grand prifme , 
i) a reconnues par l'expérience. comme ceux donc M. Newton s'eft fer- 

La caufe des couleurs félon monSyfltme. 

* Les rayons de lumière ne font , in- 
trinféquemenc , ni colorifiques, ni colo- 
réi,mais lîmples,&les couleurs ne font 



vi : & cela parce que l'oppofnion de 
l'ombre fe fait toujours avec la lumière , 
dans le même ordre & dans la même for- 
ce réciproque. Quoique la chambre foie 
moins obfcure , elle l'ell allez pour s'op- 



produites que par leur oppofuion avec pofer à la lumière vive , qui palTe par le 



l'ombre. Le noir eftlacouleurgénéralede 
tous les corps non lumineux ; le blanc efl 
celle de la lumière. L'oppolïtion de l'om- 
bre à la lumière donne toujours, félon la 
force de l'ombre , le rouge , l'orangé & 
le jaune, qui font trois couleurs analo- 
gues: 6c l'oppofition de la lumière à 
l'ombre donne feulement le bleu clair 
ou foncé. Mais 
leurs , fait le vert & le violet 

Que l'on fe donne la torture pour nier 
Pexillence de l'ombre , que les Philofo- 
phes modernes la comparent au néant , 
cela n'avancera jamais la Philofophie : 

* Ceci eft extrait de mon nouveau Syftéms 
J.icques,. 



Je mélange de ces cou- 



prifme dans toute fon étendue , & peut 
également produire les couleurs , comme 
une chambre plus noire qui reçoit moins 
de rayons 

Démonjïration. 

Si la lumière du Soleil fcréfrafte tout 
à la fois par les deux faces du prifme , 
quand elle entre par la grande ouverture 
d'une chambre noire, alurselle produit 
deux images très-belles &. très-vives ; la 
première donne fur le mur au fond de la 
chambre noire, (Se eft produite par les 
rayons qui pafTent par la face inférieure & 

de l'univers 3 à Paris chez Delagwette rue Sr, 



SUR LA Physique et 

îéFringente ; la féconde donne fur le 
plancher de la chambre , 5c cil prodiiice 
par les rayons qui pailenc par la face lu- 
périeure. 

La première eftdonc plus élevée félon 
les loix de l'optique , que ia ieconde , par 
conféquenc les rayons, qui paiTent par 
la face inférieure ôc réfringente, font 
afcendans , Se ceux qui craverfent la ic^cç 
fupérieure & réfringente font en defcen- 
fwn, d'où je conclus que l'afcenfion des 
rayons fur la muraille , au fond de la 
chambre, doit caufer deux oppofuions 
d'ombre avec la lumière ; l'une à la par- 
tie inférieure des rayons , par l'inc^r- 
pofition de l'ombre , entre la muraille & 
cette partie inférieure, puifqueles rayons 
qui partent du prifme, fe portent alors 
obliquement fur la muraille. L'autre op- 
pofition fe fait par l'interpofuion de la 
lumière à l'ombre , dans la partie fupé- 
rieure des rayons afcendans * , car au 
haut de l'image la lumière efl: entre la 
muraille & l'ombre , au lieu que dans le 
bas de l'image , comme nous venons de 
dire, l'ombre eft entre la muraille & les 
rayon? de lumière qui partent du prif- 
me par la face inféiieure. 

Ces deux oppofitions différantes doi- 
vent faire» félon mon fyfleme, fur la 
partie inférieure de l'image , le rouge , 
ïorangé & ie jaune , 6c fur la partie fupé- 
rieure le to«cZair^ & le bUu foncé , ce qui 
arrive effedivement dans le SpeBre lumi= 
neux où les rayons font afcendant : mais 
fî les rayons font defcendans , comme 
dans la féconde image qui fe porte fur le 
plancher delà chambre noire, par la par- 
tiefupérieure,il arrive tout le contraire.Is 
TOuge efl en haut , & le bleu eft en bas ; 
ce qui n'eft pas difficile à comprendre. 

Le vert qui eft au milieu de l'image , 
n'eft produit que par la jondion de ces 

* Voyez la caufe phyfique de ces oppofi- 
îieas j ci-aptès dans la féconde queftion de 



SUR LA FeIKTURE. loi 

différentes oppofuions; cela eft fi vrai 
que lorfque j'approche du prifme une 
muraille portative de carton ou de toile 
blanche, ou lorfque les rayons palTenc 
par un angle moins réfringent , le verc 
difparoîc , & le blanc prend la place , 
parce qu'alors les oppofuions qui pro- 
duilent!ejaune& le bleu, ne peuvent plus 
fe joindre; c'eft-à-dire , que la lumière 
n'eft plus entre l'ombre qui produit le 
jaune, & celle qui produit le bleu. 

Quant iu violet qui fe trouve toujours 
fur l'expiration du bleu , cette couleur 
n'eft produite que par un retour de la 
lumière modifiée. 

J'appelle ici retour de lumière , la ré- 
flexion des rayons modifiés en bleu , 
qu'occafionne la colonme lumineufe qui 
fe porte fur 1 image : le commencement 
de cette réflexion eft encore un peu lu- 
mineux , & par fon retour elle produit 
une double tranfparence , comme celle 
du vcrc où cette lumière foible fe trouve 
entre deux ombres : mais comme elle eft 
prête à s'éteindre , & qu'elle eft domi- 
née par l'ombre, du côté de la muraille^ • 
elle occafionne le violet fur le haut de 
l'image : cela eft fi vrai que le violea 
eft très-fenfible & très-étendu dans cet 
endroit, lorfque les rayons font beaucoup 
réfradés & très obliques à la muraille. 
Au contraire quand l'image eft moins- 
oblique , il n'y a prefque point de violet; 
parce que l'angle de réflexion eft moins ■ 
grando ■ 

Condujîon. hes feules oppofitions ■ 
de l'ombre & de la lumière , & leur 
tranfparence , caufent les trois couleurs 
fecondaires de l'image , qui font le 
bleu , le jaune & le rouge : les couleurs 
intermédiaires , ou dominantes , qui fonc " 
l'orangé-ôc l'indigo, & les deux couleurs • 
tertionaires , qui font le vert & le violet 3 

la réfutation du Nev.'tonien œconomlius , Art. • 
llî, de la difpute des Philofophes, 



102 Odservatioks sur l'H 

fans a^'oir recours à des rayons colorés 
qui n'ont jamais cxillc. 

La laque ou le cramoifi ne fe trou- 
ve lur l'image lumineule de la cham- 
bre noire que par le lecours d'un Ic- 
cond pril'me , de façon que failant ren- 
contrer le bleu de 1 un avec le rouge de 
l'autre , on forme cette couleur dans 
toute fa pureté , laquelle eft alors pro- 
duite par unelumiere entredeux ombres, 
ou par une ombre entre deux lumières : 
ce qui arrive lorlcjue le bleu eft pofé fur 
le rouge , ou le rouge fur ie bleu. 

Je n'ai pas parlé du gris ; cependant 
le gris eft une couleur réelle : comme 
elle ne le trouve pas dans l'image de la 
chambre noire , M. NeNVtonigaoroit fa 
nailTance. Cette couleur eft produite 
par le feul mélange du noir &: du blanc , 
ou de l'ombre 6c de la lumière : c'elt une 
couleur fecondaire , mais ijbiée , de dif- 
férente natuve de celles dont nous ve- 
nons de parler; elle ne produit aucun 
c!ian2;emen: fi on la mêle avec les pre- 
rnieres , elle fert feulement a les lalir. 
Les Anciens Philofophes croyoient mal- 
à-propos que le mSlange du noir Cr du 
hlinc produijoit toutes les couleurs , ce qui 
efl: faux ; ce mélange ne produit que le 
gris , comme je viens de dire. lU igno- 
roient totalement la tranfparencc de L'om- 
bre (y de la lumière , que fat decmvzrtc. 

Après avoir établi les caufes de part 
& d'autre dans un fyflème , il faut par- 
courir les effets que l'on attribue à ces 
caufes: les effets font des Phénomènes 
certains &: inconteilables qai tombent 
fous les fens, & par conféqucnt fur lef- 
quels on peut compter. .Ainfi fi plufieurs 
eftecs s'accordent avec une caufe, c'ell 
une preuve que cette caufe doit être ad- 
mife & reçue: au contraire, fi d'un cer- 
tain nombre d'elftts , il s'en trouve quel- 
qu'un que l'on ne puifle expliquer par 
» Je donne ici la propre traduftion deCoC- 



isToiRE Naturelle ,' 

une caufe propofée, cette caufe doit être 
rejettée des principes, & regardée com- 
me hazardée , & non-recevable. Voyons 
donc les effets que l'on attribue à la 
caufe que Newton nous donne pour la 
formation des couleurs. 

Expériences parlefqudles Newton veut établir 
la ffptuplkité des rayons. 

Première expérience *. Ayant pris un 

morceau de papier noir , oblong & très fort > 
terminé par des côtés parallèles , je le di- 
v'ifai en deux parties égales par une 
ligne droite , tirée pzrpendiculairement d'un 
côté à l'autre. Je peignis une de ces par- 
ties en rouge , &' l'autre en bleu. Le papier 
et oit fort noir , &• les couleurs foncées &• 
épa'fjes . afin que le Phénomène fat plus fen- 
Jibk. Je regardai ce papier à travers unprif- 
me de verre f}lide ^ dont les deux faces j au 
travers dej quelles la lumière pajjoit dans 
l'œil , étoient planes &* bien polies ù'fai^ 
foient un angl; d'environ 6o dcgre^,quej'af- 
pelle l'angle réfringent du prifme. Et tandis 
que j'avots les yeux fur ce papier , /e le te- 
nois avec le prifme devant unefenître , de 
telle manière que les côtés du papier étoient 
parallèles au prifme ; que ces deux côtés Sf le 
prifme étoient paralldes à riiori^on , auffi 
bi:n que la ligne qui les croifoit ; ù' que la 
lumière qui venoit de la fenêtre fur le papier 
jaifoit fur le papier un angle égal à celui que 
la lumière réfléchie du papier vers /'œil fai- 
foit avez ce même papier. Au-de-là du prif- 
me le mur de la chambre au.deffous de la fe- 
nêtre éioit couvert dun drap noir , £/ le 
drap étoit entièrement dans Cobfcurité , afin 
que de-là il ne réfléchit aucune lumière^ qui en 
pajjant par les bords du papier à l'œil pût fe 
mêler avec la lumière du papier &• en olfcvr- 
cir le Phénomène. Ces choj'es ainfi difpofées, 
je trouvai , que f. V angle réfringent du prif- 
me efl tourné en haut ^ de forte que le papier 

te, difciple de Newton. 

paroijje 



Sur la Physique 

paroijfe élevé en haut par la réfraBion , la 
moitié bleue du papier fera élevée plus haut 
parla refraStion que fa moitié rouge. Mail 
Jî l'angle réfringent du prifme ejî tourné en 
bas j de forte que le papier paroiffè tranfporté 
plus bas par la refraBion , fa moitié bleue fe- 
ra par-là entraînée un peu plus bas que fa 
moitié rouge. Ainfi dans les deux cas ^ la 
umiére qui vitnt a Cccil de la moitié bleue à 
travers le prifme ^ fouffre en pareille circonf- 
îance une plus grande refraElion que la lu- 
mière qui vient de la moitié rouge , &* par 
conféquent eji plus refrangible. 

Ce Phénomène eft celui que New- 
ton propofè à la têre de fon livre, pour 
expliquer les différentes réfrangibilités des 
rayons de lumière qui différent en couleurs. 
-Newton conclue de cette expérience que 
la lumière qui vient à l'œil de la moitié bleue 
du papier à a-avers le prifme ^fouffre en pa- 
reille circonfîance une plus grande refraBion^ 
^ue la lumière qui vient delà moitié rouge ^ 
& par conféquent que le rouge efl moins 
refrangible que le bleu. 

A la vue de ce prodige , où la diffé- 
rente refrangibilité eft fi apparente, les 
ISewtoniens crient furie champ vidoi- 
re. Mais voici un autre Phénomène qui 
détruit ce bel édifice , fans quitter le prif- 
me & fans forcir de la place avec le mê- 
me carton & les mêmes couleurs. 

Au lieu de placer le carton moitié 
rouge & moitié bleu fur un drap noir, 
placez-le fur une feuille de papier blanc: 
îur le champ le rouge qui vous paroif- 
foit plus bas lorfque vous regardiez cet- 
te couleur fur un drap noir, ( l'angle du 
prifme dans la même pofition} vous pa- 
roîtra au contraire, fur le papier blanc, 
plus élevé que le bleu : & fi vous regar- 
dez avec l'angle réfringent tourné en bas, 
Je rouge vous paroîtra moins élevé que 
Je bl'eu. 

Que faut- il donc conclure de ce 
J'hénoménef Si lescouleurs étoientdif- 
Année, i^^Z, Tom. L U, Pan, 



ET suTi LA Peinture. lof 

féremment réfrangibles, ne leferoient- 
elles pas , dans toutes fortes de pofitions, 
& de quelque fond qu'elles fuITent en- 
tourées? Pourquoi font-elles dans la mê- 
me pofition de l'œil & du prifme , plus 
élevées les unes que les autres ; non à 
raifon de leur différence , mais à r^ifon 
du fond fur lequel elles font pofées ? 

Je conclus donc , que fi les refrac- 
tions des différentes couleurs ne font pas 
fi?<es , & fi , au contraire , elles font tan- 
tôt plus & tantôt moins réfrangibles les 
unes que les autres , elles ne font en 
aucune façon de différente refrangibili- 
té entr'elles. 

Expériences expliquées par la caufe que fait 
mets ; &* remarques néceffaires poit- 
C intelligence de la première expérience dr 
Neivtoru 

Je n'ai befoin que des expériences de 
Newton pour combattre fon Syrtême,' 
& pour établir le mien. Nous venons 
de dire qu'il faut qu'une caufe admife 
s'explique par tous les Phénomènes 
qu'on lui préfente , au défaut de quoi 
elle doit êtrereiectée:ainfi iaiiïbns pour 
une autre fois les expériences que l'on 
trouve dans mon livre, expériences que 
les Newtoniens n'ont jamais ofé mettre 
telles qu'elle? y font démontrées , ( ce 
qui peut facilement être vérifié,) il 
fuffit de nous fervir de celles qu'on a 
déjà faites & que tout le monde con- 
noît. Voici donc comment j'explique l'a 
Phénomène de la première expérience 
de Newton. 

J'ai obfervé que les couleurs primor- 
diales ne le rencontrent que par l'oppo- 
fit ion des corps, ou desfuperhcies:c'eft- 
à-dire , que lorfqu'unc fuperficie obfcu- 
re , de quelque couleur qu'elle foie , 
confine avec une autre plus claire , la 
couleur qui fe forme dans leurjondion 
eft pureaient bleue d'tine part , ou rou- 

O 



lo^ Observations sur l'Histoire Naturelle,". 

ge , orangé , & jaune de l'autre. plus noir. 

J'entends qu'un corps confine avec Par contre-expérience, fi je regarde 
un autre plus clair , lorl'que fon extrê- à travers latace réfringente & fupérieu- 
jiiité touche une Juperficie ou un fond re du piifme , c'eft à-dire à l'angle ré- 
plus clair , 5c je dis qu'un corp> etl polé fringant tourné en haut, & que les 



îur un fond pbfcur , lorfque les extrémi- 
tés de ce mcaie corps continent avec un 
• fond d'une teinte plus obfcure , en voi- 
ci un exemple. 

Je fuppofe une bande de carton blanc, 
poicc horiiontalemcnt fur une vitre. Si 
l'on ell dans une chambre & qu'on re- 
garde ce carton , labunde de carton lera 
ie corps ombré pofé fur un fond clair , 
parce qu'il efl plus obfcur que la vitre , 
puilque le jour vient à travers dans la 
chambre où on fait l'expérience : alors 
il le forme deux oppofnions de lumière 
à l'ombre du carton , une fupérieure & 
l'autre inférieure. Mais au contraire, fi 
je me fers de cette même bande de 
carton, & que jelapofeborifonta'emenc 
fur un papier gris ou brun , ou fur un 
drap noir, le carton confinera alors avec 
un fond obfcur, & l'ombre du drap nois 
fera deux oppofitions avec le carton 
blanc , une fur fa partie fupérieure & 
Fautre fur fa partie inférieure. 

Si je regarde les confins du carton 
pofé fur la vître, par la farce réfringen- 
te inférieure * d'un prifme ; comme cet 
objet eft entouré d'un fond plus clair , 
& qu'alors les rayons font endefcenfion 
fur la partie fupérieure, il fe formera 
dans ce: endroit une couleur bleue, nuan- 
cée du clair à l'obfcur : par l'oppofi- 
tion & la tranfparence de la lumière fur 
l'ombre du haut du carton : & l'ombre 
inférieure du carton dcfcendant fur la lu- 
mière delà vître, formera par fon oppo- 
fuion , le rouge , l'orangé & le jaune. 
La preuve de cette vérité ell , que ces 
couleurs font renverfées, fi l'objet clair 
«u le carton blanc font pofés fur un fond 
Z Ceft-^-dite l'angle ïefiingenttoiUKç en 



rayons foient en afcenfion , alors les cou- 
leurs font dilFcrentes, & totalement op- 
pofées. On obferve avec ttonnement , 
que l'extrémité fupérieure des corps 
oblcurs Iur le clair , eit bordée de rou- 
ge , de jaune 6c d'orangé, au lieu de 
bleu , dont cette partie étoit peinte au- 
paravant : &: celle des objets clairs , po- 
fés fur des fond:, obfcurs , devient bleue 
au lieu d'être rouge. 

Je conclus de là que l'afcenfion ou 1» 
defcenfion des rayons, caufées par les 
deux différentes faces du prifme, occa- 
fionnent les couleurs & leurs renverfe- 
mens ; & changent le rouge en bleu & le 
bleu en rouge; fuivant que la lumière 
s'oppofe à l'ombre , ou que l'ombre s'op- 
pofe à la lumière. 

Quoique dans cette obfervation \ei 
faces inférieures du prifme occafionnent 
la defcenfion des objets, & par confé» 
quent des rayons ; Se les faces fupé- 
rieures , l'afcenfion : ce qui fenible être 
oppofé à ce que nous avons dit ci- 
devant , en parlant de l'image de la 
chambre noire : tout eft en régie ce- 
pendant. Car il faut remarquer avant de 
croire qu'il y ait contradiélion dans cec- 
te démonftration , que cette différen- 
ce entre les effets des images d'une 
chambre noire , & ceux que l'on reçoit 
fur la rétine , à travers un prifme , n& 
provient que du renverfement qu'occa- 
iionne le criftallin aux rayons ; c'efl aiilîi 
ce que j'explique en détail dans les re- 
marques de mon optique. 

11 doit s'enluivre des propofitions que 
nous venons d'établir , que fi les lignes 
font perpendiculaires , & le prifme hc- 
bas. 



SUR LA Physique et 

rifontal , lorfque nous regardons à cra- 
vers les faces réfringentes , il n'y aura 
plus de formation de couleurs ; parce 
que les afcenfions ou deicen fions feront 
latérales & oppofées à la fituation des 
lignes. Mais fi le prifnie & les lignes 
des confins font perpendiculaires . le 
Phénomène fera bien différent de ce que 
nous avons dit ; le bleu fe trouvera fur 
lescôtés des lignes perpendiculaires, qui 
auront le clairà droite «S: l'obfcur à gau - 
che, fi l'on regarde par la face réfrin- 
gente du prifine , qui ell: du côté gau- , 
che. On verra le contraire , fi on re- 
garde par la face du prifme qui eil du 
côté droit. Et pour prouver que la ré- 
frangibilité prétendue de toutes les cou- 
leurs eft égale dans les deux faces ré- 
fringentes du prifme , & que les cou- 
leurs font également refrangibles ; que 
l'on regarde dans l'un 6c dans l'autre cas, 
avec l'œil droit ou avec le gauche ; que 
l'on mette la lumière d'un côté ou d'un 
autre ; le Phénomène fera toujours le 
même. Je ne crois pas que l'on fe foie 
apperçu jufqu'à préfen: de ces expérien- 
ces ; je ne les ai trouvées que par la vertu 
du clair obrcur. Un Philofophe ne peut 
définir les couleurs, fans écre Peintre, 
non plus qu'un Peintre , fans être Philo- 
fophe, c'eft pourquoi il n'ell pas furpre- 
nant que M. Nevton fe foit trompé. 

Je m'apperçus encore dans ces ob- 
fervations , que les lignes obliques fonc 
le même effet que les lignes horifonta- 
les, quand les lignes obliques à Ihori- 
fon féparenc deux furfaces» dont l'u- 
ne eftobfcure & l'autre claire. Si la li- 
gne panchée efl appuyée fur une furfa- 
ce brune , & foutient un fond clair ; c'efl- 
à-dire, que l'angle qu'elle forme avec 
l'horifon le plus aigu, renferme une fur- 
face obfcure, alors les confins des corps 
produifent le bleu , fi l'on regarde par 
là face inférieure du prifme , & au çon- 



suR LA Peinture; 105 

traire , le rouge 6c ic jaune. II faut >.n- 
fin conclurre de ces expériences , que les 
couleurs ne font point dans les rayons, 
mais qu'elles font produiccs par loppolî- 
tion de l'ombre & de la lumière. 

Explication de Vexpérience d: Newton. 

Pour expliquer le Phénomène que 
nous avons examiné , dont les New- 
toniens font le plus de cas , & celui 
fur lequel ils ont fondé toute leur 
croyance , il fuffit d'obferver,que lorf- 
que le papier moitié rouge & moitié 
bleu , eit pofé fur un fond noir , & que 
les rayons font en defcenfion par les fa- 
ces inférieures du prifme, jointes au crit 
tallin,(ain fi que nous l'avons dit) qu'alors 
l'ombre du fond noir, qui deicend fur 
les images rouge & bleue , ne détruic 
point la partie rouge, puifque l'oppcfi- 
tion de l'ombre à la lumière fait cette 
couleur , mais cette oppofition falit la 
partie bleue du haut du carton : de forte 
que le bleu paroît effacé & dégénère en 
vert noir & fale. Dans ce cas il faut que 
le haut du bleu fe onfonde avec l'om- 
bre defcendante : au lieu que dans le 
bas du carton 5 p'us clair que le fond 
noir , les rayons étant aulli en delcen- 
fion , la lumière rouge qui tombe fur 
l'onibre, s'efface & ne le ditlingue poirt ; 
& la lumière bleue qui tombe fur l'om- 
bre, augmente fa couleur , & devient 
plus diftinde. Voilà ce qui fait paroître 
le rouge plus élevé que le bleu. 

Mais lorfque le carton eft pofé fur le 
blanc , il arrive le contraire , parce qu'a- 
lors la lumière qui defcend fur le cartoa 
à la partie fa périeure, efface le rouge 
& le falit : & cette lumière au contrai- 
re éclaircit tout à fait le bleu. Mai- fur 
la partie inférieure, l'ombre rouge def- 
cendant fur la lumière, fe change en rou- 
ge plus clair , prefque orangé, &; l'om- 
bre bleue defcendant fur la luraié.e , de- 

Oij 



Observations sur l'Histoire Naturelle" j 



106 

vient bleu-fale & prefque verte , ce qui 
fait que le bleu du carton paroît plus bas 
que le rouge , peint à côté de cette cou- • 
leur. Je prouve donc bien claireraent,par 
cette obfervation , la faufle conféquen-. 
cède Newton, Que le Ledeur prenne 
un prifme tel qu'il foit , un carton moi- 
tié bleu , moitié rouge : qu'il le pofe al- 
ternativemciv fur un morceau de drap 
noir» Si. l'ur une feuille de papier blanc, 
devant une fenêtre , il verra ii je dis 
vrai. 

Pour cette fois , nous n'iron? pas plus 
loin. Dans une autre Obfervation nous 
combattrons une autre expérience , & 
de l'une à l'autre julqu'à la fin de l'opti- 
que , que noui voulons exadement dé- 
truire. Nous obferverons enfuite le mê- 



me ordre pour le Syftêine de l'Univers,-. 
& nous prouverons en même tcms le' 
ridicule des Géomètres , de vouloir pac 
le calcul connoître les caufes. 

Voyc:^ la Planche A de la Phyjïquc où ' 
cette expérience ejî repréfentéc avec J'es cou- 
leurs dans la différente pofition ducarton &*; 
du prifme. 

Figure 

a Le carton furie drap noir vu avec le 
prifme, l'angle réfringent tourné en bas. 
b le carton dans la même pofition , vu 
avec le prifme, l'angle réfringent tourné 
en haut, c Le carton pofé fur le blanc, 
vu, l'angle du prifme en bas. d Le mê- 
me carton vu , l'angle du prifme tourné 
en haut. 



PEINTURE. 



aË^^=^ 



^^/ 



OBSERVATION I V- 

Sur l'Optique des Peintres. 




Es livres Gaulois que Tonne 
lit plus, font d'une grande ret 
fource à certains modernes. 
Ceux de^ Langues mortes , & . 
desLanguesétrangérei.nc font pas moins 
utiles que ceux-ci à une infinité de pla- 
giaires. 

J'auroisoccafion de faire comme eux, 
& de donner l'optique des Peintres fous 
une autre forme & en mon nom; mais 
je fuis ennemi de tout plagiat. 

Léonard de Vinci a été traduit en mau- 
vais Fxanjois , il y a cent ans , par De- 



Chambrai , & les régies de Perfpeftù'C^ 
de Padri Po^o , de la Compagnie de Je-- 
fus , font mifes aujourd'hui à neuf, &. 
retournées par un Auteur moderne. 

Comme on a pris les de van s fur Pa- 
dri Po\o , il ne me refte plus qu'à par- 
ler de Léonard de Vinci. Celui-ci s'eft at-"' 
taché effentiellement à la perfpeétivc: 
de l'air; l'autre parloit de celle des li- 
gnes : & fi par hazard je trouve l'occafiori . 
de dire mon fentiment & d'y ajouter 
quelque chofe du mien, enexpofantfes. 
lejous d'optique , je ne prétends pas 




li:s\pt 



'j.lf'ar£,2.j\i 



^'Wit^' "' 




D e'PCCwbe.r 



F 1-7 4 




suK. LA Physique et sur la Peinture. 



qae la forme emporte le fond , & je 
donne d'avance à cec Auteur tout ce 
qui lui appartient. 

Premier Art. fur la PerfpeElive Aérienne en 
général &' fur le choix de la lumière. 

Les jours & les ombres forment le 
Tableau , les couleurs le décorent 6c 
rembellifîent , & la figure & le contouf 
le perfeftionnent. Voilà trois parties 
elTentielles à la Peinture : on peut les 
traiter féparémenc. 

Nous pouvons comprendre dans là 
perfpedive de l'air , les effets de la lu- 
mière & de l'ombre. La lumière s'éteinc 
par la route qu'elle a à faire , des ob- 
jets à nos yeux , & la clarté de l'air falic 
les ombres* dans de grandes diftances. 

Tous les Peintres connoilTent cec 
axiome , & les feuls ignorans s'écartent 
de cette régie. Plus un objet efl éloi- 
gné , plus il efl etiacé dans ces ombres 
& dans fes jours. C'eftfurquoi eft fon- 
dée !a Perfpeétive que no'us nommons 
Aérienne. Celle que nous entendons par 
Perfpeélive Linéale, ne confiHe qu'à dé- 
finir la diminution des objets par lear 
diftance, & le changement de leurs for- 
mes par cette même diminution , de 
forte qu'une ligne parallèle nous paroît 
inclinée au plan, lorfqu'elle eft raife en 
perfpeclive. Un cercle forme une ellip- 
fe par le racourciflemenc de l'un de fes 
Diamètres , Sec. Màh la Pérfpedive 
de l'âir ne fçauroic s'enrendre fans la 
connoilTance de la lumière Si dé l'om- 
bre. C'eft pourquoi nous ne ferons pas 
difficulté de parler du clair obfcur en 
parlant de la Perfpeâive de l'air. 

Le choix du jour eft d'un grand avan- 
tage dans la Peinture. Les 'Tableaux de 
nos grands Maîtres nous fourniflent de 
belles leçons fur cet objet elTentiel à ia 
perfeftion de l'Art. 

* En peinture lalir les ombres veut dire les- 



^07 



La lumière tranchée par les ombres 
avec trop de dureté , fait un très mau- 
vais effet dans les Payfages. Pour évi- 
ter ce défaut il faut fuppofer dans ces 
compofitionsunelumièreuniverfelle,un 
jour decrépufcule , ou cacher le Soleil 
avec des nuages ; ainfi que les Peintres 
FJamans Payfagiftes ont prefque tous 
exadement obfervé dans leurs compo- 
iîtions. 

Les fujets que l'on éclaire par la lu- 
mière qui vient en droiture du Soleil, 
font ou des morceaux d'Architefture, 
ou des compofitions particulières d'Hif- 
toire , auxquelles le nombre des figu- 
res n'eft pas confidèrable : alors le fujeû 
eft plus vif & plus faillant , ainfi que les 
Tableaux du Remlrand,td que celui de 
Tobie dans Je précieux Cabinet deM.le 
Marquis deVoyer, où les têtes ontune lu- 
mière admirable , Si où les ombres dans 
leurs teintes les plus noires oppofées à cet- 
te vive lumière , ne fervent qu'à former 
le contrafte le plus fçavant, le plusvi' 
goureux & le plus naturel. Le Tmtora 
a pratiqué quelquefois ce genre de lu- 
mière , il a parfaitement réufïï dans les 
effets piquants des Tableaux. Ce font ■ 
là des preuves certaines de la force des 
jours par l'ùppofition des fortes ombres. 

MichclAîige deCaravage étoic trop noir» 
il fe fervoit toujours du jour de lampe 
où les objets font trop éclairés de jau- 
ne , & les ombres trop peu foulagées de 
reflets. Ces fortes de "Tableaux (ont forÉ 
piquants & d'une force étonnante: maià- 
la Perfpedtive Aérienne n'y eft pas ob- 
fervée; les figures font bornées dansuii 
certain efpace, & peu diluantes les unes 
des autres, 

Les Payfjges font les endroits ou 
l'ArtdelaPerfpedtive Aëriennedoitétrê 
le plus obfervé , c'eft pourquoi le jouï 
univerfel y eft très favorable. Le fa-- 
éclaircîr. 



io8 Observations sur l'Histoire Naturelle," 

ineux Claude Lorrain , Teniere & le ce- l'aucre. Cette faute n'cfl plus d'ufage, & 

Icbre Vaiivremans n'ont pas forci de cet- on ne l'ignore nulle parc : il n'efl. quef- 

te efpccc de lumière, àl'onc parfaite- tion que du jour plus ou moins cranclié 

ment entendue dans leurs l'ayfages , & avec l'ombre , félon qu'il eft dirige d'ua 

s'ils onc lailTc échapper quelquefois des feul ou de pluficurs points. 
traits de Soleil dans leur compoficion La lumiéic du Soleil n'efl dirigée 

ces effets étoient portés à -propos & que d'un point fur les objets,ainfi que cel 



adoucis par des oppofitions tendres 

Mai-, il arrive malheureufemenc à 
quelques l'eincrcs , qui , fouvanc delîi- 
nenc alfcz bien , que l'intelligence & la 
pratique leur manque dans la Per- 
fpedtive de l'air , & dans f obfervation 
exafle de la lumière égale du Tableau. 
Ces Arcifles ayant des compofitions 
à faire, comme celles d'une bataille , 
d'un fujet de chulfe, peignent leurs figu- 
res ou leurs animaux dans les chambres, 
Si. les pofenc enfuite dans la campagne. 
Qu'arrive- 1- il alors? La campagne eft 
éclairée par un jour univerfel , comme 
rous venons de dire , ce jour étant le 
plus agréable & le plus flatteur , les figu- 
res font éclairées par un jour particu- 
lier. Peu de pc'.fonnes fcntent cette fau- 
te , quoique grolfiére , mais les bons 
yeux ne la laifient pas échapper; il fc peut 
q'jc le Peintre la connoiil'caulli lui-mê- 
me & i-ju'il fc flatte , fans doute , que 



le d'une lampe &: celle d'une petite fcnê- 
tredans une chambre; c'eft pourquoi les 
réflexions font moins étendues & pref- 
que uniformes , 5c le corps dans l'en- 
droit oppofé à la lumière , par confé- 
quent, plus charge d'ombre. Mais la lu- 
mière univerfelle eft celle qui vient du 
même côté , & de plufieurs points, 
comme dans une campagne avant le le- 
ver du Soleil, ou après fon coucher : la 
partie d'Orient ou d'Occident eft la plus 
éclairée , & celle du côté oppofé la plus 
ombrée ; mais de façon que la grande 
quantité de réilexions , différentes des 
rayons du jour, qui fe rét^cchiifent en 
tous fens fclon kur incidence , entoure 
l'objet & l'éclaitc avec douceur fur les 
parties ombrées , qui autrement feroienc 
plus obfcurcies. 

Ainfi donc, fi un objet efl tranché 
d'ombres fortes dans un Tableau , & 
l'autre adouci par la quantité des reflets, 



l'on n'y prendra pas garde: le brillant la compofuion eft faulfe & défeûucufe 
" '' .11 • n- i_. Ceci bien expliqué , nous raifonne- 

ronsavec plus de clarté, & nous ferons 
mieux entendus , dans les règles que 
nous démontrerons de la Perfpeétive de 
l'air, fi néceffàires pour la gradation des 
figures fur divers plans ^ & pour la re- 
préfentation des objets les plus éloignés 
du Tableau, que l'on appelle Loiraains, 
L'air eft un fluide tranfparent , mais 
cependant compote , de particules ma- 
térielles de forme fphériquc , 6c il n'cfl 
agi:é dans les particules qui le com pofenc 



de fa figure femble laflurer que les 
yeux communs ne diftingueronc pas ce 
défaut. 

On peut conclure de ces préceptes 
que le choix du jour eft le fondement 
du Tableau , & que fi un l'eintie fe fort 
dans une même compofition , d'un jour 
univerfel de campagne pour une certai- 
ne partie , & du jour particulier de 
chambre pour une autre, ce Peintre eft 
dans l'erreur , & fes Tableaux font un 
très-mauvaib effet 



Je ne parle pas de ceux qui ombrent que par les parties de lumière ou de feu 
les figures d'un côté , pendant que ccl- qui le pénétrent. Ces parties , que j'ap- 
Ics qui les touchent , font ombrées de pelle partkules ignées dans ma Fhilofo- 



SUR LA Physique et sur la Peinture. lop 

fhle ) gliffentaifémenc parmi les parti- vent être perfuaàés que je ne les épar- 



eules de l'air ôc dans leurs intervalles, 
ce qui empêche cet élément de le fixer, 
& c'efl; ce qui lui donne f i tranfparence 
êc fa fluidité. Mais auffi ce font les par- 
ties folides de l'air qui arrêtent à leur 
tour les parties de feu , qui les modi- 
iîent, & enfin qui brifent leur aétivité. 
Cette raifon une fois comprife , il n'ell 
pas difficile de concevoir , qu'il faut ab- 
folument que fi la lumière , comporée 



gnerai pas quand roccafion fe préfente- 
ra de les battre. 

Nous concevons que la Théorie de 
la Perfpeclivede l'air & le choix de lu- 
mière qui doit l'accompagner, peuvent 
faire un accord parfait dans un Tableau, 
£c qu'il eft utile de ne pas ignorer cette 
belle partie de la Peinture. 

A la lumière du Soleil on peut faire 
de belles Campagnes & de belles Ma- 



de ces parties igriées , nous eft renvoyée rines ; les Payfages du Titien font frap- 
j' „.._j„ j.A i i._:. pés de ces coups extraordinaires de clair 

obfcur qu'occafionne cette lumière , 
quand elle eft bien entendue. J'ai vu 
des clairs-de- Lune magnifiques : ces Ta- 
bleaux ont un goût particulier ; mais 
alors la lumière, comme j'ai déjà dit, 
étant moins réfléchie , la nape d'air efl 
moins claire, & les Lointains font plus 
noirs & d'un bleu dur & obfcur. 

Je ne vais pas plus loin dans cette 
diflertation. Je prie h Lefteur Peintre, 
de méditer fur ce.que je lui ai expofé, en 



d'une grande diftance à travers l'air, 
elle doit s'afFoiblir & être moins vive ; 
& par conféquent les objets éclairés fe- 
ront moins blancs, fi nouschoifiifonsle 
blanc pour la couleur de la lumière. 

Les ombres s'affolblilTent aulîi, c'eft-à- 
dire , tout ce qui approche du noir , 
parce que l'air ébranlé par la lumière, 
traverfé en tout fens des rayons , fait 
comme une toile de clair, plus ou moins 
épaifle , devant les objets ombrés, de fa- 
çon qu'un objet éloigné & de couleur 



noire paroît bleu & par conféquent plus peudemots, depluseflentieJ furlaPerf^ 



clair , par les tranfparences de la lu- 
mière fur l'ombre. Newton, pour ex- 
pliquer la couleur bleue que donneroit 
cet objet, iroit nous chercher /e^/^arricii- 
les qui n étant pas paiyenues à leur grojjeur, 
ne peuvent réfléchir que les rayons bleus, ôcc 



pedive de l'air, d'après les fentimens des 
plus fameux Maîtres de l'Art, & en 
conféquence des réflexions que j'ai fai- 
tes moi-même fur la Nature. 

Dans les articles que je donnerai dans 
- „ . ^ . la fuite, j'entrerai plus particulièrement 

On ne peut pas faire un pas dans l'opti- dans les effets de cette Perfpeètive ^ pe». 
que fans connoître les mèprifes de ce connue jufques à prèfem. 
Philolophe , & les Nemoniens peu- 






IIO 



Observations sur l'Histoire Naturelle.; 



T];^^ ^x=ïyî^E3^a*£»Or^ay^arS»rj y|»a^a ^iji^rri^;»i3 



H 







■J^ ^r3^"izî^r3^'a:^^i3'^5?l»r3?î^a^i=î^r=3!^â *^ a*g^rn^ig 




LES DISPUTES 

DES PHILOSOPHES 

ET DES ARTISTES MODERNES. 



^^nn^ — ^=:z3£r::z3r--4^ — ^^g zr zg r—^ 



ARTICLE m- 

Réfutation de la défenfe des Neivtoniem , inférée dans le Journal (écono- 
mique des mois de Juillet f Août & Septembre 1751. Par M. Gautier. 



'^A^V^ L efl: inutile de répéter ce 
^ T X qu'on a déjà dit contre la Ré- 
9(^ 1 y» futation de la défenfe des 
■^^^^^ Ne\rtoniens inférée dans le 
Journal de Juin i 7 J i . Exa- 
ininons feulement au poids de la faine rai- 
yô« la fuite d'une défenfe aufîi tranquille 
& auflî ménagée que celle du Newtonien 
Anonyme. 

On s'efforce de perfuader dans le Jour- 
nal œconomique de Juillet I 751, que 
jt n'ai pas fait mention dans mon livre de 
la première Expérience de VOptique de 
Newton , ce qui eft contre la vérité. 
Voyez ce que je dis ci deflus de cette 
expérience dans l'article de Phyiique, 
ce n'efl cependant que l'extrait moc-à- 
mot de ce que j'en avois dit auparavant 
dans mon f^'ccnd Vol. pag. çz. Cette 
première défenfe du Ncvconien donne 



une jufle idée de la force des autres. Il 
nousexpofeenfuite l'expérience desAca- 
démiciens de l'inflititut de Boulogne, 
des objets diverfement colorés vus avec un 
Télefcope. Ce Phénomène n'eft que la ré- 
pétition de celui que nous donne Ne\?- 
ton à travers une lentille ; l'Auteur ano- 
nyme s'efcrime beaucoup dans cet arti- 
cle {de Juillet) contre les refraElions la^ 
terales. Ce n'efl pas fans raifon , car el- 
les détruifent fans retour la prétendue 
preuve invincible de la différente refran- 
gibilité des rayons colorifiqucs , ainfi 
que nous allons l'expliquer. 

La DifTertation du Journal d'Août 
fert, félon l'Anonyme, à prouver que 
j'ai foutenu mal-à-propos que Neirton 
n''avoit pas connu la double feparation des 
rayons en traverfam les deux furfaces du 
Prifme. Il piétend dans cet article 



suii LA Physique et 

faire voir que je n'ai pas ofé combattre 
Vexpénence, prétendue, decifii/e, du Globe de 
verre donc parle Delcavces, Expérience 
que les Newtoniens veulent faire fervir 
à prouver !e Syftéme de Newton. Sup- 
pjfé qu'on ait oublié d'en parler , je fuis 
encore à tems d'en expliquer clairement 
l'cfîecpar les caufes que les Newconiens 
s'efForcerit envain de détruire. L'Ano- 
nyme veut encore fe fervir de cet arti- 
cle pour infinuer que je n'ai pas compris 
la différente refïexibdàé des rayons dijférem- 
ment refrangibles. 

Enfin le Nexv'tonien qui croyoit avoir 
tout dit dans l'extrait (d'AoïJc) , nous 
donne le commencement d'une féconde 
partie de la réfutation de M. Gautier, 
dans le Journal de Septembre. 

Dans celui-ci il s'efforce d'expliquer 
une expérience de mon optique félon les lolx 
de A^eifton. 11 veut aulFi foutenir la né- 
cejjité de bien lutter la chambre noire & de 
la rendre tout-à-fait obfcure , de ne faire 
porter quhtn filet de lumière , & de recevoir 
Vimage à une certaine dfiance, 11 prétend 
que mes prifmes font remplis de défaut , que 
ceux qui font pleins de liqueurs colorées 
ne peuvent fervir de rien à caufe des diffé- 
rentes drogues qui peuvent charger l'eau de 
plus ou moins de particules grojjîéres , con~ 
trains à la refran^ibilité. Enfin ce zélé 
défenfeur du Philofoplie Anglois ré- 
pond en peu de mots à l'objeilion que je 
lui fis dans ma chambre noire , queilion 
qui a été répétée dans la première Par- 
e de mes Obfervations ( Voye^ page 
14.0, in douze premier Vol. 1752.) 

1°. Je prouverai au Newtonien que 
l'expérience des Académiciens de Bou- 
logne n'eft pas contraire à mon Syftê- 
me; qu'elle n'eft qu'une répétition de la 
première & de la féconde de l'optique 
de Newton , que nous avons déjà re- 
futé. 

2.°. Que mes refra&ions laterfdes font 

Année 1752. Tom, l. Il, Pan, 



SUR LA Peinture. i i r 

très-eonformes aux luix de la Nature, 
qu'elles fedéfinillent parfaitement avec 
les principes mathématiques ; que les 
preuves contraires que l'Anonyme objec- 
te, fontabfurdes, & que l'expérience d?s 
prifmes colores les confirme. 

3 . Je prouverai que la double répa- 
ration des rayons à travers le prifme n'eft 
aucunement expliquée par Newton, <Sc 
que s'il en donne la figure fans en parler, 
c'eil qu'il f.iut croire qu'il n'écoit 
pas en état de la définir félon fon Syf- 
tême. 

4'. Que l'expérience de Defcartec 
avec le Globe de verre ne m'a point 
échappé , que je m'en fers fort à propos 
contre Nevcon , & que je fuis en état 
d'ajouter ici ce qui manque à l'explica- 
tion de cette expérience, 

5°. Je démontrerai que la différente 
réflexibitité devroit être tel'e que je la 
définis, fi le Syflème de Newton étoit 
véritable; mais Newton s'étanc contre- 
dit fur cet article , il n'eft pas furpre- 
nant que le Newtonien faifilTe un fens 
pendant que j'en faifis un autre. 

6'. Enfin je ferai voir que fi Newton 
s'eft apperçu que les confins de la lumiè- 
re faifoient les couleurs & qu'il dife feu- 
lement qtCil sen e(l apperçu , fans nous 
donner aucune définition de ce Phéno- 
mène , j'ai eu raifon de dire que New- 
ton n'a jamais connu les effets du prifme 
en regardant les confins de la lumière & 
de l'ombre. 

7°. Je prouverai de plus que fi les 
rayons étoientcolorés , quenila noirceur 
de la chambre , ni la diitance de l'ima- 
ge au prifme , ni la bonté , ni la forme 
du prifme , ne fçauroient les altérer : & 
je ferais voir que les prifmes colorés 
changent la différente refrangibilité , 
non feulement relativement les uns aux 
autres, mais dans chaque efpéce particu- 
lière de teintequ'on leur donne. 



112 Observations sur l'Histoire Naturelle , 

8". Je prouverai que l'expérience du » rouge aufiîdiflir.ûement qu'ils avoienr 

point dlicn^r/e eft mal conçue , mal ex- » vu le bleu. « LeNe\itoni(.n n'explique 

pliquée 5c mal définie par le Newtonien ni ne donne aucune raifon dece Phcno- 

anonyme, & qu'elle ne fçauroi: jamais fe mène , finon que cela veut dire , que le 

démontrer par les caAifes que Newton rouge elt moins refrangible que le bleu, 

admet. Comme nous connoilTon:» un peu la 

9°, 11 me fuffira enfin de renvoyer le Dioptrique , malgré ce que difenc nos 

Lecteur à la première Partie dece Volu- adverlaires , nous feron) appercevoir au 



me, pour prouver que le Newtonien n'a 
pas répondu comme il devoir à l'objec- 
tion que je lui fis de vive voix: cette ob- 
jeâiion ik la repartie qu'il a donnée dans 
le Journal œconomique de Septembre 
1751, feront jugées lur les pièces déjà 
cxpoleesdc part.ôc d'autre, fans qu'il foit 
néceflaire d'y rien ajouter. 

Je crois que fi je réponds à propos à 
tous ces articles , qui , apparemment , 
font les plus foites raifons que l'on puif- 
fe objeder contre mon Syflême, & que 
l'on puillo donner en faveur de celui de 
ISewton , on ne dira plus que je fuis un 
pécheur bien endurci ^ que je n'ai pas là ni 



Newtonien œconomique, que Meffieurs de 
l'Académie Bolonoife n'ont prétendu 
oblerver par cette expérience, que le 
même Phénomène de refrangibilité dif- 
férente, que Newton avoir déjà donné 
comme une merveille , &. comme la ba- 
ze de fes prétendues découvertes. 

Il nous refte à fçavoir préfentemenc 
fi l'objet étoit un carton peint , ou une 
figure de relief, s'il pofoit fur un fond 
clair ou oblcur , ce que l'Anonyme a 
tort de ne pas expliquer : il faut donc 
fuppléer à ce défaut , & lui donner le 
choix. 

En fuppofant que ce foit un carton 



compris Ner ton^ que je fuis difficile àfub- peint, il fuffit de citer la première cxpé- 

iu^er (j' que je li'entends ni la Géométrie , ni rience de Newton, que \e combats dans 

laDiopirique ^ niïoptique: il ne fera plus mes Obfcrvations de Phyfique ci-def- 

n- ■ j- _7 j. ...; î,. „'u^„t„,,i„ r.... ->-n. .1 1 .'. nwi. „« . Ht- 



queflion ni de char de triomphe, dlionteuje 
ehàte , de pitoyables objeBions , de témé- 
rité révoltante ^ de viBoires imaginaires ^ 
& on ne m'accufcra plus defubterfuge 
inattendu , de fuppofnions faujfes b" gratui- 
tes , & enfin le Newtonien lera difpenfé 
de me fervir de commentaire , pour entendre 
les dépiulons de ^Optique de Newten. 

Première Quejiion. 

» Les Académiciens de l'Inftitut de 
» Boulogne , dit le Newtonien , atta- 
» cherent à une grande diflance deux 
» ob etsdiverfcmenr colorés, fun rouge, 
i) & l'iut ebleu. & les regardoient l'un 
» (Si l'autre a- ce un Télefcope à refrac- 
3> tion,de plufieurs pieds de longueur, ils 
» remarquèrent qu'il falloir éloigner l'o 



fus; c'eft alors le même Phénomène: & 
pour détruire l'application que l'on veut 
en faire au Syftême du Fhilofophe An- 
glois , il fautfuivrema critique, où il 
cft ailé de remarquer que l'ombre ou la 
lumière, dcfcendante ou afcendante par 
la refradion d'un verre quelconque , 
prifmatique ou lenticulaire , peut avoir 
obfcurci & détruit une couleur , pen- 
dant qu'elle a augmenté & fortifié l'au- 
tre , félon la diftance du verre oculaire » 
car tout verre convexe réunie les rayons, 
& les diverge enfuite félon fa convexi- 
té : c'eft pourquoi la réunion & la diver- 
gence des rayons , occafionnée par la 
convexité d'un verre , forment des af- 
cenfions & des defccnfions inverfes dans 
l'une & dans l'autre direiflion , 6c par 



» culaiie du Télefcope , pour voir le coBféquent dilTércntes oppoCtioni de 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 115 

vous voulez, une leinille , & l'expofez 
dans une chambre obl'cure, où il n'entre 
du jour que par un trou ou par quelque 
fente , pofez la lenciile devanc cette ou- 
verture à deux ou trois pieds de diflan- 
ce. Alors avec une feuille de papier 
blanc vous recevrez les rayons que ce 
verre raflemble. bi vous approchez la 
feuille de papier de la lentille, l'image 
ronde fe trouve bordée tout à l'entour 
d'une ligne rouge, qui diminue àmefure 
que les rayons fe dilatent & que l'image 
s'agrandit , ce qui arrive en approchanc 
de la lentille ;}!parce que les rayons for- 
ment un cône de lumière , dont la poin- 
te eft dirigée vers le foyer. L'ombre alors 
qui fe trouve entre le papier & la lumiè- 
re occafionne ce rouge tout à l'entour 
de l'image , par l'oppofition de l'ombre 
à la lumière, (que j'ai expliquée.) Au 
contraire , fi vous écartez le papier de 
la lentille & du foyer , au lieu de rou- 
ge , l'image fe trouve bordée de bleu , 
parce qu alors le cône étant renverfé, 
la baze appuyé fur le papier & la poin- 
te eft tournée vers le foyer , ce qui faic 
oppofition de lumière devant l'ombre, 
& c'eft ce qui produit le bleu qui entou- 
re l'image : & ce bleu s'agrandit à mefu- 
re que l'image s'étend , ce que l'on con- 
çoit aifément quand on connoît mon 
Syftême. 

Cette obfervation faite , & connoif- 
fant la critique de la première expé- 
rience de N ewton , on n'aura pas de pei- 
ne à comprendre, que fi on reçoit une 
image colorée fur un carton , à travers 
un verre ocuLuie d'un Tclcfcope à ré- 
fractions, quand les objets peints font fur 
un fond clair , la lumière qui entoure 
cet objet eft couverte par l'ombre , ou 
l'ombre par la lumière , félon l'afcenfion 
ou la defcenfion de^ rayons , occafion- 
née par la plus ou moins grande diftance 
d'un verre convexe: il arri vérole leçon- 

Pij 



lumière Si d'ombre , ce qui eft toujours 
conforme aux loix delà refraftion que 
j'ai démontrées. 

Si l'objet , au contraire , étoit de Re- 
lief , les ombres que portent alors les 
figures de Relief, dans leurs concours 
& dans le^plis.ou dans leurs cavités , 
font néceftairement des confufions mar- 
quées , lorfque l'ombre couvre les par- 
ties claires de la figure : alors fi la figu- 
re eft bleue par l'oppofition contraire & 
hétérogène à cette couleur , c'eft- à-dire 
de l'ombre fur la lumière, le bleu fe la- 
lit en bien des endroits , & l'objet de- 
vient confus : ce qui peut arriver par 
exemple dans la defcenfion de l'ombre 
furies parties éclairées. Au lieu que dans 
l'afcenfion, les parties éclairées peuvent 
couvrir l'obfcur des cavités, & alors la 
couleur produite eft tout-àfaic analo- 
gue au bleu , 6c l'objet paroît dans cette 
pofition biendiftind, pendant que celui 
quieft rouge, & que l'onapolèàcôtèref- 
tepar lamêraeraifon à lamêmediftance 
obfcurci, fale , & confus. 11 n'eft aucu- 
nement quellion dans ce Phénomène de 
différente refrangibilité quand on con- 
noitles loixles plus fimplesdela nature. 

Sans fortirdc mon opinion, on peut 
donc conclure avec fureté , que le verre 
oculaire d'un Télefcope en forçant les 
rayons de fo converger ou de fe diver- 
ger peuvent falir &: rendre confus les 
objets de relief, qui renvoyent les rayons 
mêlés d'ombres , félon la différence des 
oppofitions ; ou étendre Si. augmenter la 
beauté de leurs couleurs par la confor- 
mité de ces mêmes oppofitions d'ombre 
& de lumière. 

Pour donner charitablement un exem- 
ple de cette vérité, & une petite leçon 
à M. l'Anonyme , je vais expofer une 
obfervation aifez Jîmple : c'eft ce qu'il 
demande. 

Prenez un verre de Télefcope , ou , fi 



114 Observations SUR l' 

traire fi on s'avilbit de pofer l'objet, du 
quel on reçoic les rayons fur un drap 
noir. Il ne me refte plus qu'un mo: à 
dire fur la féconde expérience de l'opti- 
que du Newton , de laquelle le Newto- 
liicn 2non\ me parle beaucoup. Cette ex- 
périence ell critiquée à fond dans mon 
livre. On ne fait dans le Journal œcono- 
miqiie aucune mention des objcflions 
folidesqueje fais contre le Philofophe 
Angîois. Il faut donc en rappeller ici 
quelques fragmens. 

Le carton mi parti de rouge & de 
bleu , entouré de fil noir, duquel on fait 
porter 1 image à travers une lentille par 
le fecours d'une chandelle , eft une ex- 
périence d'optique mal-faite , mal-com • 
prife Se mal appliquée. Les couleurs font 
d'abord inégales de teinte, c'eft-à-dire, 
trop claires d'un côté iSc trop obicures 
de l'autre. Lerouge Cr le bleu , dit New- 
ton , étaient extrêmement foncés. Or nous 
fçavons que le bleu foncé efl: prefque 
noir , (S: que Je vrai rouge eft fore clair, 
d'où il fuit , que pour diilinguer les fils 
qui en.ourent le bleu & le rouge , il fauc 
regarder le bleu de pus près : mais met- 
tez du bleu clair 5.: à l'unifTon du rouge; 
à côté l'un de l'autre , vous verrez alors 
le fil trèi-diflinft.à toutpuint dedillan- 
ce fur l'une 5c l'autre couleur. Les fils 
fe confondront également fur l'une Si 
l'autre de ces couleurs , à la diflance la 
plus précife 5c la plus égale: dire autre- 
ment , c'efl; en impofer au Public ; l'ex- 
périence eft facile à faire & détrompera 
ceux qui fe font laiflTés fcduire par les 
préten Jues preuves de A'cwtonj 

Bien plus , pour alTurer les amateurs 
dePh\fiqucquece Phénomène eftfaux, 
obfervez que les lignes fupérieures 5e 
inférieures, qui renferment ces deuxcou- 
Icurs.s'écnrtenc ic s'approchent enfem- 
blc , 5c que le cuton efl toujours exac- 
tement parallèle, Le bon fensieulenieoc 



Histoire Naturelle; 

nuus apprend , que li les couleurs éioienp 
différemment rtfrangiblcs lorfqu'elles 
diminuent , le bleu diminueroit d'éten- 
due, plutôt que le rouge, par la propriété 
qu'auroient ces rayons de fe réunir plu- 
tôt , 5: quan-i les couleurs s'étendent, 
le bleu s'etendroit plûtôc par la même 
raifon. Cela n étant pas , tout le S) ftê- 
me de Ne\('tonn'cll qu'une pure fable, 
mal établie 5c mal foutenue. 

IL Quejlion, 

RefraBion latérale eft un terme incon- 
nu dans l'Optique ordinaire , & les plus 
fameux Opticiens de l'Ecole de Ne^Jcton 
n'en ont jamais entendu parler. Ils fe 
piquent pourtant de fçavoir les Mathé- 
matiques , 5c les calculs intégrais Cr àiffé' 
rentieb. 

Les loix les plus fimples du mouve- 
ment nous enfeignent que les corps 
ronds, pouflés en ligne droite, s'ils font 
détournés de leur direction par le choc 
5c la rencontre d autres corps, fe dé- 
tournent de leur mouvement, 5c acquiè- 
rent une direflion oblique, que l'on ap- 
pelle de re^e-vww , lorfque c'eft dans uti 
même milieu, 5c de refraBion, loifque 
les corps pafi'ent par des milieux de dif- 
férente nature. 

J'appelle la rencontre des corps, la rc- 
fiftance des fluides , ou celle des corps 
durs, tranfparents ou non , & je défi- 
nis les particules de la lumière par ce 
corps rond. 

Dans la réflexion les corps confervent 
un mouvement uniforme , 5c femblable 
à celui qui lui a d'abord été imprime ; 
mais dans la refraftiun , lorfqu'elle eft 
double & inverfe , c'eft à-dire , lorfque 
les corps qui compoîent la lumière, d'un 
milieu moins denfe, fe plongent dans un 
milieu plus deofe, 5: qu'ils fortent en- 
fuite de ce milieu, en s'éloignant tou- 
jours de leur première diredion j ils ac- 



SUR LA Physique et 

igiiiérent alors , félon moi , un double 
mouvement , l'un direct , & l'autre in- 
verfe. Le mouveiuenc dired: eft celui 
qu'ils confervent.à l'émergence des corps 
plus folides ou plus épais , Se le mou- 
vement inverle ou Litéral eft celui qu'ils 
ont acquis forcement dans l'immergence 
d'un corps plus folide ou plus dur , qui 
a fervi à former la réfradtion. 

Il faut convenir qu'alors ces boules 
ou ces particules de lumière ( auxquel- 
les tous les Pliilo bplles fenfés donnent 
cette figure) preflant à la fortie de leur 
xefradion en avant , les particules ho- 
inogenei , qu'elles rencontrent partout 
dans l'air, de deux fens différens, pouf- 
fent une colonne félon le mouvement di- 
redSc primitif, qui luiaété imprimé par 
Je Soleil ; & ils pouiïent aufli une fécon- 
de colonne latéralement , & fur le mê- 
me plan , félon le mouvement forcé que 
ces particules ont acquifes à travers le 
verre, ou le criftal, par le brifement des 
rayons. 

N'eft-il pas vrai qu'alors ces deux 
colonnes de lumière forment nécef- 
fairement deux couleurs , ou deux efpé- 
ces de modification : l'une forte 5c vive, 
de la couleur naturelle de la lumière, 
par le mouvement primitif & imprimé 
d'abord par le corps lumineux , ce qui 
fait le blanc de l'image: & l'autre co- 
lonne foible, & fujette par conféquent 
à fe modifier plus ou moins, à s'affoiblir 
&i à s'v^bfcurcir par l'ombre de la cham- 
bre , qui la domine alors, laquelle fait 
fans peine le rouge , l'orangé Ôc le jaune 
parle plus ou moins d'étendue d'ombre, 
que cette foible lumière doit traverfer ? 

Ces refraétions lattérales font très-fa- 
ciles à concevoir ; elles ne font que la 
fuite'des loix naturelles du mouvement 
imprimé à tous les corps matériels. 

La lumière alors par le mouvement le 
plus finiple , le plus inteUigible & le 



SUR LA Peinture. i i^ 

moins com[ liqué , agit , fe modifie ôc 
change fa couleur félon la réfiftance des 
particules des corps diaphanes , durs 6c 
fluides i particules, qui par leur inertie 
& leurs qualités primitives occafion- 
nent l'orrïbre , le froid & le repos; au 
lieu que la machine la pluscompol'ée de 
l'univers le feroit infiniment moins que 
Je plus fimple rayon de la lumière , s'il 
ézo'it feptuple ëc s'il portoit fept efpèces 
de rayons hétérogènes , qui eu fient fepc 
mouvemens oppofés. Quelle ridicule 
hypotéfe ! Comment peut-on l'avoir 
adoptée un feul moment ? 

Le Newtonien appelle ma décou- 
verte, un Subterfuge inattendu. Jelaifle le 
Public, Juge de l'une ou de l'autre opi- 
nion. 

Toutes les ridicules preuves que cet 
Anonyme (Economique avance pour dé- 
truire des railons fi folides vont être re- 
jettées en peude mots. 

11 m'objeéleen premier lieu, que fi l'on 
fait une fente lur un carton, & que l'on 
applique ce carton à la face poftérieure 
d'un prifme » il fe forme un Speclre co- 
» loré qui ne pourra être apperçu que 
j) dans la chambre obfcure , (où veut iî 
donc que foit apperçu ce Speélre ? ) il 
ajoute enfuite , « & l'on verra évidem- 
» ment que les rayons foit du bas , fois 
» du haut de l'image colorée ■> Ibrrenc 
» de cette fente, ce qui n'auroit poins 
n lieu fuivant l'hypotéfè précaire pour 
>3 ne rien dire de pis, que M.Gauiicr a 
3j imaginé. « Il eft furpris , notre Phi- 
lofophe, que les rayons quifortoient au- 
paravant de tout le prifee , ne fortenî 
alors que de la fente , «5: que l'image que 
produit cette fente, foit colorée, com- 
me le Speéîre tout entier. Je vois bien 
qu'il oublie dans ce moment, qu'en fup- 
primant une partie de la lumière , il ne 
fupprime aucunement l'ombre qui l'en- 
toure, Ainfi fa railbn n'eil pas de poids. 



i\6 Observations sur l'Histoire Naturelle; 

elle porte à fliux. & l'un & l'autre pris cnfemble , ne font 

H m'objede enfiiite, pour preuve de pas plus étendus à telle diftance que ce 

deux ou trois reflexions de cette nature, ibit, que la largeur d'un imag;o qui paf- 

que l'efpace qui contient le bleu (ou ie par un trou faità une chambre noire, 

tout autre couleur) au deffus du jaune 2*^. Le plus petit Géomètre Newto- 

efl plus étendu à une certaine diftance nien doit s'appercevoir qu'une colonne 

que la largeur de la colonne , à laquelle de lumière coupée obliquement parla 

je donne \e nom de lefraBee ôi. de direâe, muraille à l'endroit du bleu , ou du 

& que cette colonne devroit avoir na- blanc & du bleu pris enfemble , de l'i- 

turellemciit moins d'étendue fi j'avois mage, doit former un S;3e5recompofc de 

railbn. Ce NeNVtonien ne comprend pas ces couleurs, un peu oblongues. t^e font 

que pour peu que les lurfaces du verre là les cléments des Sedions coniques, 

foient inégales , l'image de la colonne Cela étant, mal-à-propos l'on prétend, 

des rayoni refraftés , doit, à une certai- que cette dilatation du bleu dans l'ima- 



îie diftance , paroître un peu plus éten- 
due , ce que Newton appelle , Végalitc 
du diamètre apparant du Soleil , voyez la 
çruifiéîne Expérience de fon Optique. 
Il eft dit danscette Expérience, que la 
ïargeur de l'image eft fix fois plus éten 



ge, détruit mon opinion fur la forma- 
tion des couleurs , par les refraBions ai' 
relies tr latérales, de la lumière rcfraftée 
à travers un prifme. 

Je ne puis mieux faire, pour expliquer 
le Speftre de Newton , que d'en donnée 



due que celle du trou. 11 n'eft pas dou- ici la figure avec Tes couleurs, tel qu'il 



paroît dans ia chambre noire : bien des 
perlonnes feront curieufes de voir cet 
habitant des ténèbres , qui ne reçoit la va- 
riété de Tes brillantes couleurs que de 
l'ombre qui l'environne. 

( Voyez la Planche colorée pour Iz 
Phyfique, marquée A, ci jointe./ 

Cette figure colorée eft la même qui 



teux que les rayons refradés à travers 
un prifme , ne doivent étendre l'image 
qu'ils forment fur le mur , par plufieurs 
raifons ; i°. par la même que nous ve- 
nons d'ob'erver, dont Newton fait men- 
tion : parce que fi les refradions, félonie 
lentinient de mon Antagonifte , ne fe 
font feulement que du haut en bas , ou 

de lapajrciefupérieure, du brifementdes paroît à 18 pieds ^ de dijlance du prifme 
rayons, à ia partie inférieure , & que dans une chambre noire, lorfque l'on 
malgré cette loi , l'image foit dilatée fur pofe un prifme (le plus pur ù" le plus par- 
les parties latérales , ce qui n'a rien de fait) dont l'angle réfringent eft de 60 
commun alors avec les prétendues re- ou de 61 degrés , à l'ouverture ronde 
^radions j il faut admettre de nécelTîtc d'un trou de 4 lignes de diamètre , ainlî 
que l'image s'agrandit latéralemeut fans que nous leprefciit le Chevalier Ifaac 
é<^ardà larefradion fuppofée. Elle peut Newton dans fa féconde propofition , 
donc s'agrandir aulTi dans tout fens, fans Théorème II , troifiéme Expérience, 
recourir" à ce principe. Le principe de page iS de fon Optique ; expérience 
^réfraiSion différente , ou de dilatation cjui eft la feule, qu'adopte M. S * * * 
de l'image, félon les efpécescolorées des Auteur d'un Didionnaire Phyfico-Ma.- 
divers rayons, n'a rien de commun aux thématique. Ce Newtonien rejette uni- 
preuves que l'Anonyme veut alléguer verfellemcnt toutes celles que l'on peut 
contre mon hypothcfe; ce qui eft in- faire de t]uelque nature qu'elles foient , 
jponteftable : puifquc le bleu ouïe bJaiic, fi celle-ci ne marche à la tête ; il trou- 



Sur la Physique 

▼éra donc ici de quoi le fat is Faire. 

Newton nous dit que cette image ré 
pondoit par fa largeur au diamètre du 
Soleil , c'efl à-dire qu'elle étoic d'envi- 
ron î pouces f y compris le pénombre. 
Ceci nous adonné des raifons pour prou- 
ver que le blanc ou le bleu dune ima- 
ge doit êcre plus écendu que le diamè- 
tre du trou , puifque 4 lignes nous don- 
nent 1 pouces |,c'eft à-dire fix fois au- 
tant d'étendue que l'ouverture de la 
chambre noire. Mais afin qu'il n'y aie 
aucune conteftation fur les dimenfions 
de ce SpeBre , j'ai pris les proportions 
doubles en tout fens de la ligure que 
Newton en a tracée, tn noir, dans la pre- 
mière Planche de la féconde Partie de 
fon premier Livre d'Optique , ce qui 
efl caufe que celle-ci elld'un tiers moins 
écendue qu'elle n'efl: efFedivement dans 
la chambre noire à la dillance propofée, 
& de la façon que nous avons dit qu'é ■ 
toit conftruit leprifmeou le trou , qui 
donnoit les rayons de lumière. 

J'ai plufieurs nouvelles remarques à 
faire fur cette image , pour détruire le 
Syftême de Newton; mais je ne donne- 
sai que celles qui font le plus à la por- 
tée de tout le monde , & je prouverai 
moii fentiment fur les réfradions laté- 
fales , que l'Anonyme veut combattre, 
dans l'explication de cette figure. 

1°. Quelques perfonnes ont eu la 
fimplicité de croire , que les couleurs 
de rimas;e de Ne\t'ton étoient rangées 
comme des jertons fur une table l'un fur 
l'autre. C'efl. auffi à la vérité ce qui de- 
vroit être ; mais c'eft ce qui n'eft pas. 
EfFedlivement , s'il y avoit fept couleurs 
primitives dans la lumirre , & que ces 
couleurs fuflent feulement à moitié fé- 
parées il devroit fe trouver fur le bord 
de 1 image des intervalles marqués com- 
me a. b. c. d. e. Newton ne nous don- 
ne aucune raifon folide du défaut de ces 



ET SUR LA Peinturé. 117 

intervalles ; il dit au contraire que les 
côtés de Vimage étoient terminés ajje\ àif- 
tintement par fes deux côtés reBilignes &* 
parallèles. La feule raiion que les Ne\rto- 
niens pourroient oppofer à cette remar- 
que , rai'on qui ne feroit cependant 
qu'une défaite de leur part , c'eft que 
dans chaque efpéce de couleur il_y a une tf- 
péce de rayons, qui tiennent de aux qui font 
plus ou moins refrangibles , &" ces rayons 
ont des refralîious du même décoré des cou- 
leurs j'oifines à cette efpéce de rayon coloré„ 
On a déjà fait fentir le ridicule de cet- 
te fuppolition. 

2°. Si les images Jes différentes cou- 
leurs font rangées l'une fur l'autre, com- 
me le rouge , l'orangé , ie jaune ô<. le 
vert , d'où vient que fur le b!eu , l"ind:go 
& le violet , ne fuivent pas l'ordre de ces 
premières couleurs, 6c que le bleu occu- 
pe un efpace entièrement rond ou ova- 
le P & quoique placé au milieu ce l'ima- 
ge , il couvre également le vert & l'in- 
digo. Cela ne devroit pas être, fi les 
couleurs s'appliquotent l'une fur l'au- 
tre : jamais le bleu ne devroit être ap- 
pliqué fur l'indigo par [fa partie fupé- 
rieure, & fur le vert , par fa partie infé= 
rieure. 

Ces réfiexions font afTez claires , iî 
ne refte plus qu'à voir fi je dis vrai , ce 
que tout le monde peut connoître faci- 
lement. Je puis donc préfentement ex- 
pliquer mes réfrailions latérahs fur la 
même image. 

1°. L'image du bleu clair & foncé, 
joint au blanc , lorfqu'il y en a , eft J'é* 
tendue de la véritable réfradion de la 
colomne de lumière, puuflèe par l'inci- 
dence primitive , qui fe fait des rayons 
à travers le trou du volet fur la premiè- 
re furface da prifine ; & les couleurs 
inférieures à cette image bleue , lorl» 
qu'il n'y a point de blanc , font leverr, 
le jaune , l'orangé & le rouge : elles ns 



1 13 Observations sur l'H 

font produites , ces couleurs , que par 
le mouvement forcé de la colomnc & 
pat les prcdions de lumière, qui le tont au 
bas de cette coiomne , ainii que je l'ai 
prouvé. Si la coiomne cft ronde, les cou- 
leurs fnn circubiremcnt pof es ; ficelle 
,eft quarée , elles font mi'.es en ligaes pa- 
rallèles : «Se Je vert difparoit lorlquilfe 
forme tant l'oit peu de blanc entre le 
jaune i^' le bleu , parce qu'alors le bleu 
formé fur la pente de la coiomne , n'ell 
point interpole au jaune , que produit 
J'ombre entre la coiomne & à la muraille. 
2°. Sut le haut du bleu , il fe fait un 
retour de lumière ou réflexion de la 
col Mime alors bleue, qui occafionnerin- 
,digo & le violet par les oppoiîtions nou- 
velles d'ombrCj que trouve ce retour de 
ïumicre : fî on entend par l';nc%o le vio- 
let qui reilemble prelque au bleu , Si 
que nous appelions violet turc oulieuturc. 
riufieurs perfonnes entendent indiffé- 
remment par indigo , le bleu foncé, & 
d'autre le bleu véritablement indigo. 

Troifié/mQucfiica. 

La doubh féparation des rayons ?. 
travers le prifme, n'efl: aucunement ex- 
pliquée par le Pliilcfophe Anglois. M. 
7hoivas Daniel, 6: le A^ex-tonicn anonyme, 
veulent abfolument faire entendre con- 
tre toute vérité, que Newton n'a rien 
oublié pour nous démontrer tout ce 
qui a rapport à fon optique des couleurs, 
& au lieu d'en donner d.s preuves , ils 
s'avifent l'un & l'autre de répondre par 
des monofillables, & s'embarrairentfort 
peu d'cclaircir les faits d'une attaque fi 
vive , qui ne tend pas moins qu'à ren- 
verfer leurs hypotéies & leurs démonf- 
trations. 

Ma quefllon fur cette double répara- 
tion demandoit une réponfe ferme & 
ironcluantc. 11 s'agit ici de juilifierNev)/- 
jÇpn fur la négligence la plus préjudicia- 



isToiRE Naturelle , 
ble à la Géométrie Newtoniennc. Voi- 
ci pourtant la façon dont ils fe deffen- 
dent. 

Le Newtonien de Sunderland a ré- 
pondu. j> M. Gautier cil bien témé- 
i> raire,ou peu fincéredorfqu'il déclame 
» contre l'ignorance de M. Newton 
» lur la double réiraâion du prifnie. v 
Le A'ei tonicn Irançois s'eil contenté 
de dire fur la même queftion : » C'cfl; 
y avec railon qu'on elt furpris que M. 
» Gautier ait ofé avancer une ciiofe , 
» dont la feule infpeftion de quelques 
» figures de l'optiqoe de Newton , 
a prouve le peu de fondement. Quç 
« ^\. Gautier prenne la peine de jet- 
» ter les yeux jUr la zi ù' la 2i fgure i 
» il y verra cette féparation des rayons , 
>3 luivant leur différente réfrangibilité , 
» exprimée par la divifion de chaque 
V rayon incident dès fon entrée dans 
» le prifme ; nous invitons iM. Gautier 
a à lire les explications , ou , pour me 
s> fervir de les termes , la dénioniîra- 
33 tion ou Ja définition de ces figures : 
a enfin s'il veut des preuves encore en 
35 plus grand nombre , & à chaque pas , 
» il peut parcourir les planches des 
» LeEliones opticx de Newton i il peut 
» lire 1? définition de la différente ré- 
» frangibilité. Il verra par là que dire 
j> que Nevtonn'a pas connu cette di- 
» vergence dès l'entrée du prifme , c'cft 
» dire que Newton n"a pas entendu fa 
n propre définition de la différente ré- 
3> frangibilité. Il n'elt perl'onne qu'une 
» pareille affertion ne perfuade que 
j> c'efl plutôt M. Gautier lui-mèmequi 
»> ne l'a pas entendue. « 

Ce font- là toutes les preuves que nous 
donnent les zélés dcfenfeurs du New- 
tonianifme , de la parfaite connoiffance 
qu'avoii Newton de la double réfrac- 
tion du prifme, & des déraonllratiors 
qu'il en a faites. 
^ 0» 



f^ 



Plaoclh 



FiÇj/j^e 'il'/ 





Plancha Cde^Cûfnetf^itoour Les obscrvatJnas' suj^LlMosto^reyiaZareUe àe lyBi . It^. pi^rùt ^Tonr .1 . 



Figure 11 De LOptique Ûe Nc-wton.. 



FujjtT'e ii - ôe LOpttau£ JeNe/wivn. 





Po^ sj$ ùt^° «a^- J^i-ff î^' 



SUR. LA Physique et 
On fçaic ce que j'ai dit fur cette dou- 
ble réfradidn , ( Voyejpage is^.de mon 
fécond volume. ) Je me fuis expliqué alTez 
clairemenc ; il eft queftion de la réfracv 
tion des différentes couleurs qui fe fe- 
roic à la première & à la féconde fur- 
face du prifme, fi les rayons étoient dif- 
féremment réfrangibles , ( ce que Ne\)C- 
ton n'a pas expliqué ) & je prouve par 
une figure géométrique.que tout le mon- 
de peut voir, que (i cela étoit, l'image 
du violet feroit moins étendue que celle 
du rouge , ce qui étant contre l'expé- 
rience , le fyfléme de Newton ne peut 
pas fe foutenir. 

Les Newtoniens fe défendent fur 
cette objeâion , ainfi que nous venons 
de voir , & m'accufent de l'avoir avan- 
cée mal à-propos , & pour leur juftifica- 
tioii, ils citent lesjÇg. 2 i. Sr 2.1. de L'op- 
tique de Newton , où ils affûtent que ce 
PÎiilofophe a expliqué la double réfrac- 
tion. 

Je crois que pour trancher toute lo- 
cution inutile , il fuflit de mettre ici 
fous les yeux de mes leileurs , les deux 
figures que cite notre anonyroe. Si elles 
dénotent la double réfraâion conteflée, 
il faudra fe rendre ; l'œil géomètre en 
fera le juge ; il n'eft même pas befoin 
d'explications vis-à-vis les Sçavans. 
( Voyez la planche î ci jointe; ) A B C. 
eft la coupe du prifme delà figure .21. 
de l'optique de Ne\)^'con ( copiée avec 
toute l'exaftitudepolfible fur l'original 
même de ce Philofophe, ) qui reçoit 
l'incidence du rayon primitif F M. Où 
trouve-t'on fa réfraâion marquée fur la 
première fuiface A C. & les différentes 
réfrangibilités que ce rayon devroit 
donserà travers cette furface au point 
Pi ? C'eft en vérité fe moquer des gens 
de bon fens , & prendre les hommes en 
général pour ce qu'ils ne font point , 

» Voyez. le Journal de Verdun au coninien , 
Année 1752. Tom. I. IL Pan. 



SUR LA Peinture; np 

d'avancer des preuves de cette nature- 
La figure 22. auffi fidellement copiée » 
n'en dit pas d'avantage : le rayon F V" 
paife parallèlement de la première fur- 
face du priime K H. jufqu'au point O. 
fans aucune-différente. réfrangibilitc mar. 
quée ni déhgnée entre les deux fui faces 
du prifme. Si j'avois eu le malheur d'a- 
vanturer pareille affertion , je ferois en- 
tièrement perdu dans l'efprit du public. 
Voilà cependant ce que font les difci- 
ples du profond Géomètre. 

11 efl également faux que Ne^'ton 
explique dans fes définitions la double 
& différente réfrangibilitc de toutes les 
couleurs fur les deux furfaces du prifme. 

Les N estonien s , qui veulenc-à pré- 
fenc faire les extraits de mon livre , ne 
font pas plus véridiques. Us me con- 
fondent fans raifon avec les hhernois & 
les Ergotijles , & font une amalgame de 
raifons fi peu digérées , qu'ils prennent le 
clair &* l'objcur * tout enfemble , pour 
l'ombre feulement. On pourroic leur 
appliquer ces mots ; en parlant de la lu- 
mière & de l'ombre : Lux in tenebris iu- 
cet , Sr tenebrx eam non comprehenderunt. 
Je fuis fâché d'être forcé de leur faire 
cette application. 

IV. Quejîim. 

L'expérience de Defcartes, c'efl- à di- 
re , de la boule de verre , quoiqu"ea 
dife l'anonvrae , eft citée dans mon li- 
vre. Cependant , pour prouver qu'elle 
fert à définir mon opinion , & que les 
NeNX'toniens l'ont mal entendue , voyez 
fa figure ( dans la planche colorée de la 
Phyfique marquée A ,ci-iointe)&:rexpli- 
cation que je fais dece Phénomène» tel 
qu'il fe préfente ordinairement aux 
yeux. 

Quand on eft placé en B , & que l'on 
regarde la boule B A , fi l'on tourne le 
cément de la page 10 j. 

Q 



MO Observations sur l'Histoire Naturelle;- 

dos au foleil , & que cec aftre foie placé 
vers A, alors à l'cndroicE, on voit du 
bleu , parce que dans cec endroit de la 
boule au fond de l'eau , l'image du So- 
leil s'y rénéchic dans l'eau même, jufqu'à 
la furface oppol'ée, & fe réfrafte enfuira 
en quittant, cette furface, & fortanthors 
de la boule : parconléquent il fe forme 
alors ncccflaircraenc une afcenfion de 
rayons , qui félon que je l'explique dans 
nion fyftL-me , doit colorer cette image 
dans fes confins , tout ainfi que les ob- 
jets nous paroillent colorés.lorfque nous 
les regardons non-feulement à travers 
un prilme , mais mcme a travers les 
bords d'une boule pleine d'eau. 

Si ces ob:ets font plus clairs que le 
fond fur lequel ilsporent, ils nous paroif- 
fent alors rouges vers la partie extrême 
du corps réfringent, ou vers l'angle ré- 
fringent , fi.c'elt un prilme , & bleu , au 

côté oppolé. 

A fendroit où eft placé le rouge , il 

s'y trouve toujours de l'orangé & du 

jaune , &. vers le bleu , du vert, &: du 

violet par deffus. Alors il n'eft pas fur- 
prenant, qu'i.n n'appercevant que laipar- 

tie fupérieure de cette image colorée , 

quand on ell placé en B,on ne^voyeque 

du bleu. 

Mais quand on eft placé enD , & 

lorfque l'on regarde la boule C F, en for- 
mant fur le point de l'image un angle 

plus aigu avec la ligne des rayons inci- 

dens 5c réHéchis , alors on ne voit que 

du rouge au lieu du bleu ; parce qu'il 

ne peut paroître dans cette pofition que 

la partie inférieure de l'image , la partie 

fupérieure étant cachée par la grande 

ombre du corps de la boule , & en paf- 

fant d'une pofition à l'autre, vous par- 
courez toutes les couleurs de cette 
image. 

Ce Phénomène ne dit pas que les 
rayons foienc diiFéremmenc réfirangi- 



bles 5 mais il prouve leuiement, puifque 
l'image du Soleil paroît colorée, dans feS' 
confins , par laréfradion des rayons au 
fortir de ia boule pleine d'eau , qu'il faut 
néccOairenient que le fpedateur apper- 
çoive le rouge de cette image dans une 
pofition & le bleu dans une autre , & 
fuccellivcmcnt toutes les autres couleurs, 
■car inconteflablement l'une & l'autre 
de ces couleurs doivent être alternati- 
vement cachées & alternativement dé- 
couvertes à la vue , fi l'on change de 
pofition , & par confcquent de point d© 
vue. 

V. Quejîiorii-. 

La différente réfléxibilité ed fort dé- 
licate. Nevton a été très embarrafle de 
la démontrer. Dans fes définitions il s'cx- 
pliqueainfi : 

» La réfiéxibilité des rayons eft leur 
« dilpofition à être réfiéchis ou ren- 
» voyés dans le miiieud'où ils font par- 
« tis , de tout autre milieu, fur la fur- 
» face duquel ils viennent à tomber : 
» ù" les rayons font plus ou moins rdfléxi- 
» Ues félon qu'ils font renvoyés avec pltuou 
j) moins de facilité. Ainfi lorfque la lu- 
» miére palfe du verre dans l'air , & 
» qu'étant plus ou moins inclinée fur 
» la furface commune du verre & de 
» l'air, elle commence enfin à êtreeh- 
>■> tiérement réiléchie par cette furface. 
» Ces fortes de rayons , qui , à égales inci- 
» dencesfont réfléchis en plus grande quan- 
jj iité , ou qui , en augmentant l'incli- 
» naifon , commencent plutôt à être 
» totalement rétléchis , font les plus ré" 
« flexibles " 

Les Centuries de Nojîradamus font 
plus aifées à expliquer. Newton, dans 
la même définition , dit : Les rayons font 
plus ou moins réfrangihies , félon quils font 
renvoyés avec plus ou moins de facilité, & 
dit enfuJce ; ces fortes de rayons à égales 



SUR LA Physique 

. incidences font réfléchis en plus grande quan- 
tité , ou en augmentant leur inclinaifon. Je 
crois que c'eft là fe contredire dans les 
formes. Il n'cfl: pas queltion ici de leur 
différente incidence : cependant fi on 
prend cette définition au pied de la 
lettre , il faut croire au contraire que fi 
les rayons font plus ou moins rcfrangi- 
bles feîon leur difterente denfité , par la 
même raifon ils doivent être plus ou 
moins réflexibles. Ce qui doit donner 
plus de crédit à mon opinion , c'ell 
que dans fa propofition Théorème 3. 
3j Cet Auteur dit lui même , la lumière 
» du Soleil efl couipolee de rayons 
» difiérens en réfiéxibJlité , & les rayons 
» qui font les plus réfrangibles font 
j» aufîî plus réfléxibles que les autres. «: 
.Lumen SoLis confiât ex radiis , qui rejiexi- 
lilitate inter fe àijferunt : fir qui radiis ma- 
gis refrangibiles Junt, iidemquoquejunt ma- 
gis reflexibiles. 

On fçait que tout rayon difFérem- 
jnent incident doit être différemment 
réflexible ; il feroit donc inutile à 
Newton de former une propofition 
pourprouver la différente reflexibilité, 
s'il l'avoit entendue dans ce fens. Tout 
le mondeadmet l'angle de réflexion égal 
à celui d'incidence. 11 eft certain que 
l'Auteur vouioit prouver qu'à égale in- 
cidence les rayons différemment réfran- 
gibles , font différemment réfléxibles. 

Ce qui confirme encore plus mon 
opinion , c'eit que Newton refte court 
dans fa propofition , & ne donne aucune 
expérience pour la conflater ; 11 renvoyé 
feulement à celles avec lefquel'cs il pré- 
cendoit prouver la dilférente réfrangibi- 
lité. Nous pouvons rapporter ici ce 
Théorme 111, car il n'eft pas bien 
long. 

» Cela efl évident ( dit tout aufîl- 
tôt Ne^wton ) » par la neuvième & la 
» dixiéme^expérience , cardans la neu- 



ET SUR Pe 1 NTURE. T21 

» viéme ayant tourné le prifme autour 
3-> de fon axe jufqu'à ce que les raiyons 
» qui , en partant du prifme dans l'air , 
» étoient rompus parfabaze, fuflent 
)> fi inclinés à cette baze , qu'ils com- 
» mencerent à être totalement réii^lé- 
3> chis : les rayons qui furent les pre- 
i> miers entièrement réfléchis , ce furent 
» ceux qui , auparavant à égales if/ciden- 
n ces avec le rejîe avaient foujfert la plus 
n grande rèfraBion. La même chofe ar- 
}> rive dans la réflexion caufée par la ba- 
>j ze commune des deux prifmes dans la 
» dixième expérience. « 

il falloir donc deviner que Nevwton 
vouioit dire que les rayons ne font di- 
verfement réflexibles que parce qu'ils 
font diverfement incidens , à cauie de 
leur différente réfrangibilité ; & aban- 
donner l'idée que nous préfente cette 
propofition : il femblc certainement que 
l'on veut prouver que les rayjons diver- 
fement réfrangibles félon leur denfité, 
font aulT) diverfement réflexibles par la 
même caufe. J'ai donc raifon de faifir 
le fens le plus littéral , tandis que l'ano- 
nyme faifit le plus abilrait , puifque le 
Philofophe Angiois lailTe la liberté à fes 
Ledeurs de choifir celui qui lui fait le 
plus de plaifir. 

VI. Qaejîion. 

Newton a connu les confins de la lu- 
mière & de l'ombre ; il ne pouvoir pas 
faire un pas dans la Nature fans s'en ap- 
perceyoir ; cela n'eft pas extraordinaire. 
Tous les hommes connoilfent que le So- 
leil eftplus brillant que les étoiles ; mais 
quoique la caufe de ce Phénomène foit 
fort firaple , il fe trouve cependant des 
efprits fi bornés , qu'ils ne peuvent don- 
ner aucune raifon folide d'un effet fi 
commun & à la portée des écofiers les 
plus ilupides. 

Notre Philofophe a bien remarque 
Qi), 



122 Observations sur 

les confins de l'ombre &: de la lumière; 
mais iJ ne les a pas défiiiis ; il voyoit 
cependant que l'ombre entouroir tou- 
jours la lumière dans les endroits où elle 
formoit des couleurs , par le fecours du 
prifmc , foit en regardant à travers , 
loit en recevant les rayons dans une 
chambre noire fur une muraille : & il 
a dit, en parlant des confinsdc la lumiè- 
re & de l'ombre ; » Les Phénon^cnes 
» des couleurs dans la lumière rompue 
M réfiéchie , ne font pas produits par de 
» nouvelles modifications delà lumière 
3> différemment agitée , félon que la lu- 
y, mière & l'ombre font terminées dif- 
3> fèremment. « Four connoître les op- 
pofitions de la lumière & de rou.bre 
dans leurs confins , il luffifoit de prèfen- 
tcr le doigt devant les images; s'il avoît 
voula ouvrir les yeux , ou ne pas faire 
femblant de les fermer, il auroit apper- 
çû continuellement devant lui la forma- 
tion des couleurs , par la feule rencon- 
tre de l'ombre & de la lumière II ne 
fiilloitpascompliq-uerles images , com- 
me a fait notre Auteur , ( voyez fon 
optique liv. i. part. 2. première expé- 
rience ,) il éloigne le fpectre, ilaffoiblit 
les rayons, Ic' épuife à travers plufieurs 
prifmes , oflufque la lumière pour lui 
interpoler des corps on.brés, & il ofe 
dire enluite que l'ombre interpolée aux 
ravons refiaélés ne change pas les cou- 
leur^. Voilà, dit- il avec confiance, C077Z- 
jne Vomhre n'altcre jamais les couleurs de 
Viinage , &" que les corfirs avec la lumière 
n'en font pas la cc.ufe. 11 ne falloir pas 
prendre cette ridicule route pour ap- 
percevoir le contraire de ce qui fe pré- 
fsnte fans cclTe aux a eux. A la mê- 
me dift.ince il auroit vu furie champ for- 
mer de^ couleurs de toute efpéce, il au- 
roit pu mêler ces couleurs & les chan- 
ger dénature comme il auroit voulu,par 
exemple , en portant le doigt devant un 



l'Histoire" Naturelle; 

Spdire de quelle nature qu'il foit ,. 
grand ou petit , à toute diflance , pour- 
vu que les couleurs ne foient pas étein- 
tes , l'ombre qu'occafionne le doigt oir 
tout autre corps , forme fur le champ 
des couleurs fur fes confins que vous 
étendez en augmentant l'ombre fur l'i- 
mage , & en approchant du prifme le 
corps qui porte cette ombre : fi vous ap- 
prochez la couleur b'euë , que formera 
l'ombre, du jaune, & que vous mêliez 
enfemble ces deux couleurs , le jaune 
& le bleu difparoiïïent , il ne vous relie 
plusquedu veit. Si au contraire vous 
élevez votre onibre & que vous l'ap- 
prochiez du bleu qui eft au haut de l'i- 
mage -, alors le rouçe de la partie fupé- 
rieure de l'ombre fe mêle avec le bleu, & 
il ne parcît plus que du violet. Or donc 
'es confins de l'ombre font les couleurs, 
6c les couleurs changent par l'approche 
de fes confina ; dire autrement , c'cllna 
pas connoître ces confins. II eu. donc 
vrai que Ne'^ton nelesconnoifloit gué- 
res , lorfqu'il les a mal expliqués ; c'eft 
aufTi ce que j'ai dit & ce que je répè- 
te au Newtonien. 

VII. Quejlion. 

C'efl une chimère de croire que la 
beauté des prifmes, leur forme -, l'om- 
bre plus ou moins forte , la grandeur de 
la colomne, &c. puiiïcnt altérer la na- 
ture des couleurs. Si elles font annexées 
aux ra\ons , elles font inaltérables , on 
pourroit les éteindre.les ternir , mais ja- 
mais les changer. La preuve en efl fore 
facile : deux mots fuffiront. 

Je fuppoî'e , par evempie , que le priC 
me foit imparfait j & qu'il ait plufieurs 
dcÎTiuts, je foutiens qu'il n'aura jamais 
ci-lui d'altérer les rayons, à moins qu'il 
ne foit coloré, c'efl-*a-d ire, d'un verrrc vert 
ou d'un verre jaune. Je conviens qu'il 
faut que le verre n'^it aucune couleur. , 



Sur la Physique e 

parce qu'alors les rayons tiendroient de 
ïa couleur du verre. Mais autrement 
tout défaut n'en fait aucun , aflez puif- 
fant pour dénaturer les rayons & nuire 
aux expériences. 11 eft ridicule même 
d'avancer cette queftion. 

Si je demandois à un Newtonien 
quel défaut ell le plus confidérable d'un 
prifme pour nuire aux rayons ; il feroit 
bien enibarrafTé de me donner une rar- 
fon folide de cette queftion, &dc m'ex- 
pliquer le dérangement qi^c peut caufer 
un défaut dans toute l'étendue d'une 
image , comme celui qui proviendroit 
d'une fente, deplufieurb bulles ou d'une 
paille. Premièrement on nefè fert jamais 
de ceb prifmes , & ceux dont je me fuis 
fervi font les plus purs & les plus par- 
faits. Mais fuppofé qu'ils fufl'ent fen- 
dus par un bout , je ferois palTer les 
rayons par un autre , & G je voulois les 
faire paflcr par toute l'étendue du prif- 
me , la fente feroit une ombre qui fer- 
viroit à produire des couleurs &. à prou- 
ver que Newton fe trompe. Ainfi des 
autres bagatelles que les Newtoniens 
appellent des défauts i crainte que ces 
mêmes défauts prétendus ne découvrent 
ceux de leurs fyrtêmes. 

Comme j'ai inventé des prifmes con- 
vexes, & que ces fortes de prifmes ren- 
verfent les rayons fans renverfer les cou- 
leurs. 

Les Newtoniens qualifient ces prif- 
mes de défeBueux & de coirfl.qués , on 
devine aifémcnt la caufe de ces épi- 
rhétes. 

Voilà pourtant les défauts en géné- 
ral que l'on attribue à mes prifmes ; 
ceux de la première efpéce n ont jamais 
exifté.Mes prifmes font les plus parfaits 
qu'il y ait dans leurs genres, & j'ai pei- 
ne à croire que Newton en ait eu de 
meilleurs. Les défauts de la féconde 
efpéce que l'on attribue à mes prifmes 



T SUR LA Peinture. 125 

convexes , font des défauts qu i n'exiftent 
qu j dans l'efprit des Newtoniens. 

A l'égard des prifmes colorés dont 
l'invention eft fi nuifible à la prétendue 
différente réfrangibilité des rayons dif- 
féremment colorifiques , il y a de bon- 
nes raifons à oppoier à notre Newta- 
nien œconomique. i". Les drogues qui 
compofent les couleus font cxadement 
pefées, & on fçait par l'analyfe que l'on 
peut en faire, qu'il eft aifc de les charger 
plus ou moins, & par coniéquent de ren- 
dre la denfité d'une liqueur égale à celîe 
de l'autre. Mais comme on ne voudroic 
pas nous croire fur notre parole Se 
que le fcrupule trouveroit lans cefTe 
fa place dans de pareils efiais, où l'on 
fe propofe toujours de favoril'er le mê- 
me fentiment , il me fuffit de donner des 
remarques bien fortes contre la frivole" 
excufe de l'anonyme. Cet Iiomme veut 
tout nier & tout contredire ! 

La liqueur rouge , parexemple , mife 
dans un vaifleau prifmatique , l'angle 
réfringent tourné en bas , & le prilme 
expofé en plein Soleil , à l'ouverture 
d une chambre noire , félon les principes 
établis de la nature de la lumière , & de 
fes oppofition^ avec les corps ombrés , 
ne donrre que le ri'Uge vif & écarlateau 
bas de ritnace à l'endroit où fe fnnt les 
réfractions latérales que nous venons de 
difcuter : mai? ce prifme donne les jau- 
nes dorés par dtffbs ce rouge dans l'en- 
droit où commence l'image véritable de 
la réfraâion ; c'eft à dire , où le prifme 
eft le plus mince , vers fon angle , & où- 
commenceroit le blanc & le bleu , fi le 
prifme n'ctoit pas coloré. On fçait qu'un 
prifme eft plus mince vers fon angle ,• 
& par conféc]uent qu'en car endroit la 
liqueur eft moins épaiftc & les rayons 
plus vifs. L'Orangé fe forme un peu 
plu.-> haut dans l'endroit où le prifme eft. 
plus épais & pardeflus le jaune : & en.- 



Observations sur l'Histoire Naturelle J 



fin le fécond rouge eft fur l'orangé , & le 
cramoifi fe forme par deflus le fécond 
rouge , où il paroîcroic fans doute du 
bleu.fi le prifme n'étoit pas chargé d'une 
liqueur rouge. Voilà donc de l'orangé 
plus réfrangible que le jaune dans la mê- 
me image , & du rouge plus réfrangible 
que l'orangé ; il n'y a poinc de vert ni 
de bleu, parce que les oppofuions de la 
lumière fimple à l'ombre ne peuvent fe 
rencontrer : & comme la lumière eft 



vantle bleu que contraéte cette colomne 
à la partie fupérieure par fon oppofi- 
tion avec l'ombre. 

VIII. Queflion. 

L'expérience du point d'Hongrie faite 
avec un prifme dont la furfncc cfl; con- 
vexe , & fur laquelle on applique un 
crible percé de plufieurs trous qui for- 
ment plufieurs images toutes colorées 
des fept couleurs, & qui fe réuni iTent 



obfcurcie , il ne s'y forme prefque pas latéralement , efl mal expoféc de la part 

du Ne\4'tonien, mal expliquée 6c mal 
définie. 

L'anonyme prétend que cette expé- 
rience eft faite pour les femmes & pour 
les enfans ; qu'elle frappe peu les NeW(. 
toniens à caulc , dit il , que \esGeome- 
tres-Philofophes ne s'amufent p^s de c«s 
bagatelles. 

Où le calcul eft inutile, & où la rai- 
fon & les yeux fuffifent pour décider ., 
le Newconien n'y entre pour rien ; 
il lui faut de l'algèbre en quantité , 
pour définir le plus petit effet delà Na- 
ture & pour cacher fa foiblefte. Il n'y 
a pas moyen d'appliquer ici des calculs 
intégrais &' dijférentiels ; il s'agit de chan- 
ger le violet , le bleu , le vert , le jaune 
& l'orangé , en rouge feulement , en por- 
tant l'ombre devant les rayons ; (5c de 
changer toutes ces cou'eurs en bleu , en 
pofant au contraire les rayons devant 
l'onibre. 

Nous ne nous amuferons certainement pas 
à expliquer cette expérience , dit aulfi l'a- 
nonyme , nous dirons feulement que : 
» Le prifme étant convexe, dansfalar- 
» geur , réunit les rayons rouges dans 
M un fover allongé , donc , fuivant les 
» Loix de la Dioptrique , le bas doit 
55 être occupé par. les rayons rouges ; 
3> fçavoir , les moins réfrangibles,& ceux 
3j qui le font le plus, occupent la partie 
î> fupérieurc , Si en effet je fuis fur que 



de violet fur fon retour. 

Que deviennent préfentement toutes 
ces belles raifons de nos Newtoniens , 
les éloges pompeux qu'en font les jour- 
naliftes , 5c que deviennent les erreurs 
dont on me taxe , après une expérience 
fi convaincante, que tout Paris a vu 
.chez moi, que le Newtonien a vu lui- 
même & qu'il ne fçauroit révoquer en 
doute ? Voilà pourtant l'opinion du 
plus profond Géomètre détruite pjr une 
expérience inventée par le plus foible 
Phylicien .' 

On trouve cependant dans cette expé- 
-rience , que l'image de la véritable co- 
lomne réfraBée ne commence qu'au def- 
fusde celle des réfraElions latérales , puif- 
que la couleur la plus claire de tout le 
SpcBre rulrifere , Si. qui défigne le com- 
mencement de l'angle derétra£lion, eft 
le jaune. C'eft le rayon blanc , à travers 
la moindre quantité de rouge , qui le 
produit , c'eft-à-dire , l'endroit le moins 
. chargé de parties ombrées : elle ne corn- 
.mence , cette couleur , qu'au-deflus du 
rouge inférieur. Le rouge feroit des trois 
.couleurs ordinaires , c'cft-à- dire, rouge, 
orange & jaune, f; la lumière n'étoit pas 
teinte 6:*pli.is foible ; mais le blanc & le 
bleu ne peuvent être que jaune , orangé , 
rouge &cramoi(i , fclon l'épajlfeur dif- 
•férente des parties rouges traverfées par 
;ia colomne blanche de lumicte , & fui- 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 12^ 

M. Gautier ne difconviendra pas que prend pas qu'on n£ fçauroit intercepter 



«• le ciiofes ne fe palTent ainfi. « 

Il le trompe. Chaque trou forme 
une imtige confondue , non avec celle 
qui lui eft fupérieure ou inférieure , 
mais avec celle qui lui confine latérela- 
ment , & par conféquent le bas de l'i- 
mage eft occupé par les rayons violets , 
ble us , verts > jaunes , orangés & rouges , 
bien loin de ne l'être que par les rouges 
léulement :ce qui fe voit par l'expérience, 
& c'eft ce que l'on peut voir dans la plan- 
che de I hylîque marquée A. Alors 
les Zigzags du point d'hongrie fe for- 
men: dans le fens qu'on les voie repré- 
fentés. Les couleurs bleues s'uniflent fur 
Ja partie inférieure de l'ombre , les rou- 
ges , les orangées & les jaunes fur la par- 
tie fupérieure , & au milieu de la lu- 
mière on voit le vert. Ainfi le haut & le 
bas de l'imagequi forment le point d'hon- 
grie , font occupés par touces les efpé- 
ces des différentes couleurs. 

« En préfentant le carton , (conti- 
}> nue l'anonyme ) qui retranche tous 
» les rayons rouges & la plus grande 
» partie de ceux qui les avoilinent , 
" comme les orangés, les jaunes» efl-il 
n furprenanc que ces rayons intercep- 
» tés ne fe trouvent plus dans l'image, 
3> & qu'elle devienne bleue ? Au con- 
î) traire loifqu'on intercepte la partie 
n fupérieure , on coupe le chemin aux 
» bleus &à la plus grande partie des verts 
j> & des jaunesjii ne refte que des rayons 
» orangés & rouges qui puifTent pafler 
« fur l'image, &/e^poma dViongrie devien- 
!) nent rouges : quelle merveille en tout 
» cela ? Je n'y en vois ( dit - il fort à 
» propos ) affûrement aucune. « 
iki Géomètre Ne\vtonien,qui ne com- 



Ja moitié de chaque bande de cette ima- 
ge , qu'avec plulieurs baiide, féparées ; 
& qu'un feul carton avec lequel on ca- 
che toute la partie (i B H G. n'a rien de 
commun avec les couleurs de toute na- 
ture qui changent en rouge dans la par- 
tie A E F D. ( vo} ez la figure : . de cet- 
te expérience.Flanche A de Phxfique. ) 
Pour réfuter entièrement la défenfe 
de l'anonyme , 6c en fa perfonne foli- 
dairemenc tous fes condifciples , je vais 
expliquer la figure de cette expérience. 
Figure i. reprcfentant le point d'hon- 
grie , A D E F , eft la partie de l'image 
produite par la partie inférieure de la 
lurface réfringente du prifme , & C B 
H G ell celle qui eft produite par la par- 
tie fupérieure de cette furface. Touces 
ces deux parties font peintes des fepn 
couleurs fur chaque bande d'ombres 
qui compofent l'image en entier. Si , 
par exemple, je cache avec l'ombre du 
carton la partie G H B C, en le pofant au 
foyer de ces rayons, c'efl-à-dire ,à 
environ , deux pieds du prifme , alors 
l'ombre des rayons étant interpofée de- 
vant les petites images colorées de tou- 
tes couleurs rui font en afcenfion , de- 
viennent toutes rouges , comme dans la 
figure 2. 5c ne forment plus que des 
lignes ombrées de diverfes fortes de rou- 
ge. Et ii , au contraire, le carton cache 
les images de la pai tie A D E F , & que ' 
les rayons qui font en defcenfion palTent 
devant l'ombre de ce carton , toutes les 
images de différentes couleurscontenues 
dans la partie -GHBC deviennent 
bleues comme dans la troificme figure 3 
& du bleu le plus parfait , plus ou 
moins clair, - 



125 



Les Secrets des Arts 



LES SECRETS 

DES ARTS 

ET LES NOUrELLES DÉCOUVERTES. 



^=^^^ 



ARTICLE IL 



Sur la façon de peindre les Indiennes j coiJime dans le Levant. 



'^^^^ 'Al vu peindre les Indiennes 

fT M du Levant & celles de Mar- 
" |j| feille. llle trouveaujourd'hui 
iSï^^rSi dans cette Ville des Âlanufac- 
tures qui nous donnent des Toiles pein- 
tes de la beauté de celles des Indes, & 
dont les delTeins font n^.êine beaucoup 
plus correfts : mais malgré ceci la dilTé- 
rence de nos Indiennes avec celles du 
Levant eft confidérable ; les nôcres font 
plus brillantes, les fleurs ont plusde goût 
& font mieux nuancées; mais les tein- 
tures de certaines couleurs en font bien 
moins folides& moins belles. 

Ces Manufactures de Toiles peintes 
font à prélènt répandues dans toutes les 
Villes les plus commerçantes de l'Euro- 
pe, il s'en fait des confommations im- 
rnenfesqui produifent de grands revenus 
aux endroits où on a permilfion de les 
fabriquer. 

Je me fuis apperçû d^ns mes voya- 
tU ges, que dans les Villes où elles font dé- 
fendues, CCS étoffes font plus elh'mées , 
& qu'il s'en trouve dans les Maifons de 
plufieurs particuliers. Je n'entrerai point 
ici dans le détail de ce commerce , cela 



regarde les Traités œconoiniques . 11 me 
fuifira de donner la façon dont les Toi- 
les peintes s'exécutent , & la nature des 
drogues qui forment les couleurs des 
différentes efpéces avec lefquelles on 
imprime ces Toiles : l'eau ni le favon 
ne fçauroient détruire ni emporter ces 
couleurs. Ceci pourroit donner occa- 
fion à des réflexions utiles pour l'hifloi- 
redes drogues & desteintures en général. 

Sece-Et Dr priNDRE LES Indiennes 

A LA MANIERE DES TuRCS- 

Eau pour engalkr les Toiles. 

Preneztroisonces de galles du Levant," 
les plus blanches que vous pourrez trou- 
ver , qu'il faut concafler , jettcz les dans 
huit pintes d'eau tiède ; l'eau étant froi- 
de , trempez dedans vos Toiles <Sc fai- 
tes-les bien fécher fans les tordre , étant 
féches vous les imprimerez avec des 
içoules de bois fur lefquels on grave di- 
ver(es fleurs, vous étendrez la compofi- 
tion fuivante fur un tamis de drap pofé 
fur un coufîin de cuir , pour ne prendre 
avec le moule cjue ce qu'il faut. 

Noui 



ET LES NOUVELL 
Nous allons donner le détail des cou- 
leurs les plus ulicées dans les articles ci- 
après. 

Pâte ou compojît'ion pour imprimer lesToila. 

Prenez trois onces d'alun de Rome en 
poudre ; vous les ferez fondre lur le r;u 
dans une chopined'esu de rivière, vous 
y mettrez enfaite cinq onces de gomme 
arabique , bien blanche; quand la gom- 
me fera fondue dans l'eau d'alun , il faut 
la palTer dans un linj^e avec deux onces 
d'arfenic que vous aurez auparavant fait 
diflbudre dans un peu de cette eau allu- 
mée ; & du mélange de l'alun , de la 
gomme & de l'arfénic , vous en impri- 
merez vosToiles de coton, ou de lin, pré- 
parées avec l'eau de galles donc nous ve- 
nons de parler. On peut donner à cette 
pâte telle couleur qu'on veur,pour mieux 
diftinguer les defieins : quand les cou- 
leurs ne fe donnent que par boulitoire, 
comme la fuivante. 

Pour faire le rouge. 

Il faut mettre dans un grand cliau- 
dron deux féaux d'eau , &c il faut alors 
que le chaudron ne foit plein qu'aux 
trois quarts & le mettre fur le feu de 
charbon. Quand l'eau fera chaude , il 
y faut jetter dedans demi-livre de ga- 
rance , la plus pure , fine grappe , & une 
once de Cuicurm ou Terre mérite, pilée. 
Vous ferez bouillir le tout > quand le 
bouillon s'élèvera , vous jetterez vos 
Toiles dedans , imprimées de la façon 
ci-delTus ; on ne peut guéres teindre 
dans un pareil chaudron que lalongueur 
de fix aunes : vous les lailTerez bouillir 
pendant un demi-quart d'heure en les 
remuant & les tournant toujours avec 
un bâton , afin que la teinture prenne 
partout également , & quand l'impref- 
lîon faite fur les Toiles , avec la premiè- 
re compofuion , aura pris une belle cou- 

Am:ée 1752. Tom, I. IL Pan. 



ES découvertes; I27 

leur rouge , aulTitôt vous jctferez vos 
Toiles dans un baquet plein d'eau fraî- 
che , & les laverez bien & les battrez ; 
puis vous les étendrez fur le pré pour 
les faire fécher , ôz à méfure qu'elles fé- 
ci'cronr , vous les arroferez avec de l'eau 
claire. De cette manière le fond qui efl: 
rougeâtrc .blanchira à merveille , & U 
couleur rouge demeurera très belle fur 
les fleurs imprimées. 

LesToilesferoient d'une plus belle tem» 
te, lî,en fortant du bain, après qu'on 
les aura jettées dans un baquet plein 
d'eau fraîche , on pourroit les laver dans 
la rivière ou dans quelque eau courance. 

Pour le noir des Indiennes, 

Prenez une pinte de bon vinaigre du 
plus fort, dans lequel vous ferez bouil- 
lir demi-livre de limailkdefer bien rouil- 
léejufques à ladiminution de la moitié, 
& après avoir lailTè repofer la limaille 
au fond, vous en tirerez le plus clair, que 
vous épaifîîrez avec de la farine fine; alors 
avec les moules vous l'appliquerez fur 
vos Toiles , ou fur vos Mouchoirs , en- 
galîés auparavant comme nous avons 
dit ci-devant & les iaiflerez fécher. Vos 
Toiles étant bien fcches , vous les ferez 
dèbouillir dans de l'eau de Son aigrie i 
ce qui vous donnera un noir parfait. 

Pour la couleur du Afufc clair. 

Prenez de l'eau des corroyeurs de la plus 
vieille, & faiteslabouillir demêmeque 
le vinaigre ci-deflTus , avec la rouillureds 
fer , & enfuire épaitîîflez-la avec la fa- 
rine fine , en forte qu'elle foit en confif- 
tance de bouillie , un peu claire , pour 
pouvoir l'appliquer avec les moules fur 
la Toile engallée , & étant appliquée , 
il faut la laiifer fécher , en fuite la faire 
débouillir, de même que le noir. 

Notez qu'au lieu d'épaiflir la liqueur 
pour le noir & pour le raufc clair avec 

R 



jaS Les Secret 

la farine fine , fi vous voub 'ervez de la 
gomme arabique, en telle quantité qu'il 
eft nécelTaire pour rend.e cetce liqueur 
d'une corilîftance de fuop , ni trop épais 
ni crop liquide, les couleurs feioiu plus 
pures 6c plus vives. 

Pour k hUii. 

Prenez un baquet dans lequel vous 
aurez mis deux (ceaux d'eau, mettez y 4 
.onces de noix de gaLies dViL]) en pou- 
dre (S: deux onces de Krt de. gris cjue vous 
JaifTcrez tremper vingt quatre heures. 

Prenez enfuite à part une livre de Co- 
Zo/îzne,oudepoix réline purgé2,(5c trois 
onces decirej.'ame, que vous ferez fon- 
dre enf.-mblc furie feu , & les drogues 
étant encore chaudes ce liquides , vous 
en imprimerez vosToiles, ou Mouchoirs> 
avec vo? moules; rimprelfion faite, vo'JS 
nie-arez tremper vcs Toiles dans le b:i- 
quet du bleu ci-delfus pendant cinq heu- 
res , & les ayant retirées vous les met- 
trez fécher au grand air. 

Ayez foin enfuite de prendre demi-li- 
vre de bois de campàhc dans deux petits 
féaux d'eau , que vous ferez bouillir 
dans un chaudron qui contiendra deux 
fois autant de matière. Quand la cou- 
leur fera faite , vous en retiierez le bois 
avec une écumoire , & vous laiflerez re- 
froidir la couleur. Après cette opération 
vous mettrez tremper à l'eau froide vos 
Toiles , ou Mouchoirs , pendant deux 
heures , Se les ferez fécher à l'ombre : 
enftite étant fccs vous ferez bouillir de 
l'eau dans un grand chaudron , qui puille 
contenir vos 1 oiles à leur aife, & quand 
l'eau fera bouillante, vos Toiles dedans> 
vous les retournerez avec un bâton en 
les élevant, & écumerezlacireS: lacolo. 
fane qui nagera fur l'eau : ^ quand vous 
connoîtrez que la Toile elt bien dé- 
pouilke de l'impreflion faite avec laco- 
lofane & la cire , vous U retirerez du 



s DES A RTS 
chaudron pour la mettre dans deTean: 
fraîche , afin de la bien laver , & la mcc« 
trtz fécher pour la dernière fois. 

Pour la couleur citron. 

Prenez une poignée ou quatre onces 
de Sajranon du Levant , tk l'ayant bien 
lavé -, vous le ferez bouillirdans une pin- 
te d'eau pour la réduire à un demi-fep- 
tier que vous paflTerez à froid , & vous 
y ajouterez le jui Je deux citrons aigres & 
demi-Kvre d'cdu forte , & vous enipT.^ye- 
rez cette compofuion Icrfqu'elle fera 
prête à bouillir. 

Pour le violet. 

Prenez quatre onces d'alun de rocke 
que vous jetterez dani un fcau de rouge 
fait de bois d'Inde , quand il fera refroi- 
di vou'; y plongerez vos Toiles, ou Mou- 
choirs imprimés en bleu dont on a parlé 
ci-deOiJs, avant de les faire bouillir. 

Ceci ne regarde que \e^ Indiennes d'u- 
ne feule couleur, A l'égard de celles de 
diverfes couleurs, j'en donnerai le fecrec 
dans une autre Obfervation , 6c je ferai 
voir comme on fait les Calancats & les 
Pajis de la plus belle teinture. 



II. ARTICLE.. 

VArt de ccnferver les helUs Peintures. 

LE defir de tranfmettre à la poftérité 
les Tableaux des grands Maîtres, que 
l'on voit dépérir par le tems , a été juf- 
qu'à préfent le fujet des recherches &: 
des foins , s'il m'ell permis de me fer- 
vir de ces termes , des foucis <Sc des gé- 
millemcns des Curieux ; cete décou» 
verte vicr.t d'ctre faite, à Paris, à la (a- 
tisfad^ion des Amateurs de la Peinture; 
mais comme on la garde dans le fecrer- 



ET LESNOUVELLE 
avec un foin extrême, je me crois obli- 
gé de la manifefl:er 5c de la donner au 
public dans toute fon étendue. M. Pi- 
caut en fera sûrement bicn-aife ,s'il con- 
lïdere comme il le doit , que le bien du 
Public efl- préférable au lien propre. 

Le Journal de Trévoux du mois de 
Février 17 5 i. page 451 , en fait un élo- 
ge étendu , & appelle ce fccrct un Arc ; 
qu'il me foit permis de repréicnter au 
Journalifte , qu'un Art eli bien diffé- 
rent d'un Secret , les Secrets lé commu- 
niquent dans l'inftant, mais il iaut plu- 
iîeurs années pour poffeder un Arc ; pour 
être bon Cliirurgien , par exemple , il 
faut de longues études & une pratique 
continue , & que pour inventer un topi- 
cjue il ne faut fouvent qu'un inftant , 
éc faire des épreuves en conféquence de 
ce qu'on a penfé , ou lu , ou entendu ; 
c'eft précifémeni: ce que je vais démon- 
trer par le Secret dont il efl queftion. 

Ce que je vais dire fur le Secret d'en- 
lever les Tableaux , n'a peut-être rien de 
commun avec la méthode de M. Picaut. 
Je le tiens d'un Italien qui faifbit pro- 
feffion de racommoder les Tableaux dé- 
crépis. Ce Virtuofo fit l'opération devant 
moi à Marfeilie , il tranfporta un Ta- 
bleau du Domiaujuain de dix pieds de 
large fur huit de hauteur , rcpréfentanc 
Judith qui montre la tête d'Holoferne 
au peuple Juif; les figures de ce mor- 
ceau fonc auOî grandes quenature. 

Comme ce tableau avoir été très-maî- 
traité , plié en quatre & féqueflié dans- 
. un grenier comme chofe de peut de va- 
leur , un ami du Propriétaire lui en ayant 
fait connoître le prix , je fus appelle 
pourvoir le parti qu'on' pourroit tirer 
de ce Tableau ; je produifis l'Italien 
don je viens de parier pour le tranfpor- 
ter fur toile , & merefervai de peindre 
deux têtes qui étoient rotaiemenc em- 
gcrtées , 8c réparer celles qui avoienc 



S DECOUVERTES. 129 

été endommagées , ainfi que quelques 
morceaux de draperies. 

Cet Italien eut l'adreffe de pofer fon 
Tableau renverfé , qtioique fort grand , 
fur une table unie , après l'avoir bien 
nettoyé & enfuite imbibé la toile avec 
de l'caU bouillante : &; lorfque cette toile 
fut fuffifamment ramollie , il retourna 
fon tableau & le remit fur cette grande 
table , enforte qu'il étoit alors maître de 
l'étendre à force de bras & de le clouer 
tout au- tour. Le Tableau étant ainfi 
cloué & bien tendu , il mit , deflus la 
peinture même , une couche de colle- 
forte bien chaude , fur laquelle il pofa- 
une toile à demi-ufée de la même gran- 
deur du rableau , qu'il colla fur la pein- 
ture & ia cloua tout-au-touc , & fit en- 
fuite expofer la table au foleil afm que 
le tout le féchât le plus promptemenc 
qu'il feroit poflîble. 

L'Italien détacha enfuite le Tableau 
enfermé alors entre deux toiles , & le 
cloua de nouveau renverfé , la vieille 
toile par defliis , &^après avoir fait un 
bord de cire tout à l'encour du Tableau 
& avoir pofé la table dans un niveau 
parfait , il répandit fur cette vieille 
toile de l'eau féconde , c'eft-à-dire de 
l'eau - forte mêlée avec de i'eau com- 
mune , au point convenable pour ne pas> 
brûler la Peinture, ce qu'il eft facile de 
coîmoître quand en pofant le doigc dans- 
l'eau féconde elle ne le jaunit pas fur le 
champ. 11 laifTa travailler Veau feconàs 
jufqu'à ce que la toile fût touc-à-faic: 
pourrie, ce qui paroîc quand elle fe déta- 
che facilement , alors il retira l'eau dans^: 
des vafes de terre, 6c avec une fpacule il 
enleva la filafie qui avoit formé ectre- 
toile & la croûte de peinture relia feul2 
collée à la renverfé fur la toiJe demi 
ulée, dont j'ai parlé. 

li n'eft pas ditriciie après cette opéra* 
tion de-deviner ce que faifoic le Virimio-*- 



'ï50 Les Secrets des Arts et 

il nétoyoit avec de l'eau claire fa croûte 
& l'eflu) oi: avec une éponge firc &. fou- 
pie , la lailTanc fcclier parfaiteinent ; en- 
lliitelelendemain il y palloitunc couche 
de colle , dans laquelle il mcttoit un peu 
d'eau -de- vie pour la rendre plus for- 
te , &:rccolloit par cette façon , avec une 
facilicé admirable fon Tableau fur une 
toile toute neuve , obrervant d'y paffer 
les mains par tout , après l'avoir appli- 
quée , afin qu'il n'y eu: aucun endroit où 
la toile ne fût parfaitement prife à U 
peinture. 

11 eut la précaution après , avec des 
plaques de plomb , de marbre , ou autre, 
de charger le tout , en cffuyant avec un 
linge de tems en tcms le dehors de cette 
toile , afin qu'elle ne fe coUàc pas avec 
les plaques. 

Après avoir laifTé fécher le tout , il 
décloua la première toile pour la déca- 
cher du 1 ableau ;ce qui fit en le ren- 
verfanc de nouveau & en liume£lant 
d'eau féconde la toile demi ufée qui le 
cachoit. 1] fut facile enfu'te d'ôter la 
colle qui reftoit fur la furface du Ta- 
bleau , avec de l'eau tiède : & lorfqu'il 
futfec , je perwiris les tètes de les drape- 
ries qui manquoient. 

LTtalien me die que quand ces Ta- 
bleaux font fur bois , on fait ù peu près 
la même opération , & que le Tableau 
renveriè , on enlève facilement le bois 
pourri , & qu'on détruit celui qui n'eft 
point pourri avecun rabot , le réduifant à 
une épailTeur facile à être corrompu par 
l'eau leconde : mais qu'à l'égard des pein- 
tures à frefque, il croyoit qu'il étoit du 
tout impolTible de pouvoir les enlever. 
Ceux qui font au fait fentiront affez la 
vérité de ce que j'avance. 

Le p. Beriier cite le plafond d'un 
Pavillon de Choifi, peint par M. An- 
toine Coypel qui alloit périr par la dèmo- 
licioD que 1 ou alloic faire du bâtiment ; 



LES NOUV. DÉCOUVERTES. 
& il dit que notre Artillea fauve ce mor- 
ceau en le tranf^^ortanc de de'îus plâcre 
fur toile 

Le FcrcB... avance beaucoup, iln'afû- 
rement pas vu faire l'opération ; je puis 
alTurer que s'il avoit été peint fur plâtre 
à frefque, il n'auroit jamais pu être n.is fur 
toile, parce que la frefque ne peutabfo- 
lument pas être emportée àcaufe que la 
couleur eft incorporée avec l'induit fur 
lequel on pofe les couleurs; & en enle- 
vant les couleurs , ils faut enlever aulTila 
croûte de compofition qui tient tout-à- 
fait au mur , & qui ell à peu près de mè» 
me nature :& quand même on enleve- 
roit cet induit ,1a peinture ne pourroie 
jamais être collée fur toile , c'efi comme 
fi on vouloir coller un morceau d'ardoi- 
fe ou de plâtre fur une toile. 

Ainlî il failoic que le P. B. expliquât (î 
le morceau de peinture fur plâtre , ( qu'il 
prétend avoir été enlevé ) étoit en huile , 
ou s'il étoit fur toile pofé fur plâcre ou 
à fiefque. llarrivefouventquel'on peint 
fur plâtre à 1 huile quand on ne fçait pa? 
peindre à frefque. 

Je fuppofe donc préfentement que c» 
morceau étoit peint en huile fur plâ- 
tre ; alors il eft pofîible de 1 ecrouter par 
lambeaux; fi la couleur eft épaiffe ôç 
beaucoup empâtée , & que le Peintre 
ai: eu foin de préparer le mur avec 
quantité de couches de colle force : en- 
fuite en pofant les croûtes les unes con- 
tre les autres & les afllmblanc avec pa- 
tience &. précifion fur une furface platte 
& unie de bois ou de pierre , on peut 
coller une toile fur le dos de ces croute5. 
Mais fi la couleur eft légère , & que les 
murailles ou le plafond n'ayent pas été 
enduis à la colle forte ainfi que je vient 
de dire ; alors cette peinture tient autant 
que la frefque 6c eft encore plus difficile 
à enlever. 



OBSERVATIONS 

SUR 

L'HISTOIRE NATURELLE, 

SUR 

LA PHYSIQUE 

ET 

SURLA PEINTURE. 

AVEC DES PLANCHES IMPRIMÉES EN COULEUR: 

O^ Owvrage renferme les Secrets des Arts ^ les nouvelles décowvertes , (^ 
les disputes des Philojophes & des Artijîes modernes^ 

ANNÉE ijsz. 

TOME PREMIER. III. PARTIE. 




A P A R I S, 

chez DELAGUETTE, rue S. Jacques, à l'Olivier. 

'AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY. 

Les Planches en couleur fe diftribucnt féparément chei M, Gautier., Penilçnjiaire du Roy, ni4 
ie la Harpe . 



AVIS. 

LES Flanches colorées âel'Hifloire Naturelle feront la haze àe cetîi 
entrcfrife. On fera enforte de donner quatre Volumes tous les ans, 
conipofe's de trois Brochures chacun ; Elles faroîtront prefque tous les mois f 
Et pour la commodité des /amateurs , on en fer a deux éditions en même tems , 
une in-douze avec les Planches fcparées , & l'autre in-quarto avec les Plan" 
ches renfermées dans le livre même. 

Ceux qui voudront ranger à part les colleclions des Planches dans dey 
porte-feuilles , pour mettre en ordre les claffes des diverfes cfpèces d'ani- 
maux , de plantes , & d'infe5fes , &c. ainfi qu'ils jugeront à-propos ^ pour- 
ront fuivre la petite édition. Le prix de chaque Brochure in-douze fera de 
I liv. 4/1 Celui de chaque Planche féparée de . . . .1. liv. 

Les perfonnes au contraire , qui voudront avoir l'œuvre complette , & 
relier les Planches dans le livre , à mefure que les volumes paraîtront , fui- 
vront la préfente édition in-quarto > dont les parties feront toujours ornées 
de 2. 3. & fouvent de 4. Planches. Le prix de la Brochure in-quarto^ 
avec toutes les Planches qu'elle pourra contenir, fera de 4. liv. 4. / 

Les Libraires des Provinces & des Païs étrangers pourront s'adrejfer à 
M. Gautier, Auteur de ces Ohfervations ( rue de la Harpe ) pour avoir les 
fuites defes ouvrages ; & les perfonnes qui voudront avoir les préfentes 
Brochures j à Paris , le jour même de leur difîribution , avec les premières 
épreuves des Planches colorées, en payeront douze d' avance à A] . Gautier ^ 
ou à M. Delaguette, qui leur fourniront le billet imprimé^figné de l Au- 
teur. 

N.B. Il ny aura que fix Brochures in-douze & in-quarto cette année 
17)2. à caitfe des Planches Anatomiques que l'Auteur difrihuera , (JT 
pour lefquelles il efl engagé avec le Public. 

On offre aux amateurs d Hijhire Naturelle, de Phyfîque & de Pein- 
ture , réftdans à Paris , dans les Provinces , ou dans les Païs étrangers, 
qui auront des Découvertes & des Ohfervations fur ces matières & fur les 
fecrcts des Arts , dont ils voudront faire part au Public, Ù" qui défirercnt 
les inférer dans cet Ouvrage , de recevoir leurs Differtations , de les faire 
imprimer en leurs 7îoms, CT de graver & joindre à leurs Obfervations, les 
Planches en noir & en couleur , gratis , pourvu qu'ils ajjranc'njfent les 
ports des Pacquets ; qu'ils les addrejjent à M. Gautier, & qu'il n'y ait 
rien de pillé ^ ni contre les bonnes rnœurs, dans leurs Ecrits» 




OBSERVATIONS 



TROISIEME PARTIE, 



i-^^^^^ 



HISTOIRE NATURELLE- 



OBSERVATION XI. 

Concernant lesfourds , ù- fur l'oreille de la Tortue , par le R. P. Charles Plumier , dé 
VOrdre des PP. Minimes Gr Botaniftc du Roi. 



'Est ici une Lettre pof- 
tume que je communi- 
que au Public. Elle m'a 
I^n ^f^J^^ été remife par les RR. 
j^^^fc PP. Minimes de la Pla- 
i^5àfe.^j| (,£ Royale , avec le def- 
fein en couieur de l'oreille de la tortue, 
fait par l'Auteur lui-même. Ce célèbre 
Provençal eftconnu par des ouvrages qui 
lui ont mérité l'eftime de tous les Sça- 




vans. 



Année 17 J i. Tome I. III. Part. 



Lettre du P. Plumier à Mr. Baulot. 

Vous fçavez M', que la Nature ne 
manque jamais au néceflaire. L'organe 
de l'ouïe eft l'inftrument dont les ani- 
maux le fervent pour percevoir les fons 
6c le bruit: nous devons donc nous pcr- 
fuader qu'il n'y en a aucun qui ne foie 
pourvu de cet organe, puifqu'il n'eft pas 
mêmejufquesauxcoufins , quoique des 
animaux, lesplus petits de la Nature, qui 



152 Observations sur l'Hi 

n'en foisnc favorilës pour leurs befoins. 
Je me Ibu viens d'avoir plulieurs fois ex- 
périmenté dans les Ifles de l'Amérique, 
pendant le cours de mes voyages , que 
les Couiins entendent à merveille. Lorf- 
que nous prenions gice , pjr exemple , 
quoiqu'alTez loin des endroits infedés 
de ces petits animaux , nos Boucariniers 
n'ofoient pas même parler.de peur de les 
attirer par le bruit > en effet ils ne man- 
quoient point de nous venir tourmen- 
ter pour peu que nous fiiîions quelque 
tapage. Lorfque nous étions dans les 
Crenadins , où tout en eft rempli , nous 
avions grand loin de mouillera deux por- 
tées de Moufquet loin de la terre , ex- 
près pour évirer leur importunité. Lorf- 
que le vent vcnoit à cefier , & le bruit 
par conléquent à être plus diilindt , ils 
ne n)anquoicnc pas de venir par millions 
lîous défolcr dans la Barque. 

Je ne crois pas que ces petits animaux 
puflTent nous voir de fi loin , puifque c'é- 
toit fouvent dans la nuit la plus obfcure; 
ce ne pouvoit être > lûrement , que par 
l'odorat ou par l'ouïe , .qu'ils étoient at- 
tirés vers nous ; en voici la railbn : no- 
tre Barque étoit munie de viande de 
Tortue en quantité pour notre fubfill^an- 
ce , & nos gens ne gardoient pas beau- 
coup de fiience pendant la nuit , furtout 
après leur foupé -, d'où je conclus que 
l'ouïe , ou l'odorat les ave:tiiïoit de no- 
tre arrivée. Mais peut-on douter que ce 
ne fut l'ouïe plutôt que l'odorat, puifque 
ectt. fenfationiciefl bien moins étendue, 
£c que le ventchaireaiiément les particu- 
les qui l'occalionnent.Ainfi ilelt à- prcfu- 
^nier que li la Nature a pourvu de fi pe- 
titsanimaux desorganes nécelTaires pour 
leur entretien , il ne faut pas croire aifé- 
ment qu'elle en ait privé les plus grands. 

Nous n'appcrcevons pas les parties ex- 
térieures de l'oreille dans la plupart- des 
«nimaux açjatiq^ues , comme les poif- 



STOIR.É NaTURELIF; 
fons & les Tortues , ils ne laiflent pas- 
pourtant d'avoir toutes les pièces inté- 
rieures de cet organe ; Rondelet nous 
donne la raifon de la privation de ces 
parties extérieures, dans fon Traité de$ 
poilTons , Liv. lli. (;h. 3. « Ceia n"a 
» pas été fait (dit-il) fans une très gran- 
» de fagjflé de la divine Providence ; 
» car, outre qu'ils n'ont pas befoin d'u- 
j> ne ouïe fi fubtile , ces grandes parties 
30 extérieures d'oreilles auroient pu di- 
» miniier leur facilité à nager : de plus, 
j> s'ils avoient des ouvertures aux oreil- 
>> les , l'eau auroit pu les remj"lir'<Sc les 
3) incommoder ; c'elt pourquoi la Na- 
3> ture leur a fait ces conduits fi petits , 
« qu'à peine les peut-on appercevoir. » 
Rondelet auroit dû même afiîirer qu'il 
n'y a aucune ouverture aux endroits des 
oreilles de la plupart de ces animaux, 
comme je l'ai obfervé, particulièrement 
dans la Tortue de Mer , dont vous fou- 
haitez l'éclairciffement. 

Je vous dirai que de tous les Auteurs,, 
que je connoifie avoir traité de la Tor- 
tue , foit de Aler ou de Terre , je n'en 
ai encore vu que deux qui ayent parlé 
de l'organe de fon ouïe. Melîîeurs de 
l'Académie Ro\a!e des Sciences en ont 
traité les premiers dans leurs Mémoires, 
pour fervir à l'Hifloire Naturelle des 
animaux, en 1676, lorfqu'ils font ladef- 
cription anatomique d'une grande Tor- 
tue des Indes , ( page 204) mais comme 
vous n'avez peut être pas lia ces Mé- 
moires , je crois que vous ferez bien aile 
de trouver ici ce qu'ils en difent. 

53 A l'égard des oreilles , à nos petites 
>3 Tortues , de même qu'à la grande , 
3> il n'y avoit aucune ouverture en dé- 
)3 hors : l'os paroilloit feulement enfon- 
» ce au droit des Temples , & la peau 
» qui couvroit cette enfonçure , étoit 
» plus mince & plus délicate qu'ailleurs 
» & paroilToitauni plus enfoncée en cet. 



Sur la Physique 

i-) enJroir. Après avoir levé cette peau . 
ï> l'on découvroit un trou rond de la 
« grandeur & de la forme de celui de 
jj l'orbite de l'œil : il étoit fermé par 
» une efpéce de platine cartilagineufc , 
>» mobile, étant atachée tout à l'entour 
3> au bord d'un trou rond, par une mem- 
» brane fort déliée. Au -côté du trou 
jr> vers le derrière de la tùe il y avoic un 
s> conduit cartilagineux. L'on y a trouvé 
a> une grande cavité de figure ovale fort 
3> longue , ayant deux fois fa largeur. 
»> Cette cavité étoit percée à côté pour 
■» donner palTage à un petit ftilet fort 
» menu qui venoit obliquement foute- 
»> nirla platine par un bout & par l'au- 
3> tre , après avoir paflTé au travers d'une 
» féconde cavité, qui étoit un peu au def- 
») fous & à côté de la grande , il bou- 
}) choit un trou , par lequel la féconde 
» cavité s'ouvroit dans une troiiîéine 
j> qui étoic anfra£iueule & qui recevoit 
a> le nerf de l'ouïe. Le bout du ftilec 
3> qui bouchoitl'ouverture de cette troi- 
j> fiéme cavité, alloit en s'élargilTknt , 
3) comme le bout d'une trompette , & 
« avoir une membrane délicate, qui l'a- 
» tachoità la circonférence du trou. " 
Le fécond Auteur que j'ai découvert 
avoir traité de l'oreille de la Tortue, eft 
un Italien appelle JearaOWc/r. Ilafait un 
Traité entier & très curieux des Tortues 
àe Mer, dTau douce & de Terre. Il l'in- 
titule ; Obfervations anatomiques fur les 
Tortues de Mer , d'Eau douce & de 
Terre. Obferva^ioni anatomiche di Giova- 
no Caldefi AretiiKfj, intorno alleTartareghe 
IHaritime^ d'Acque dolce Cr Teirejîri , Fi- 
zenze 1 68 7 , in 4'^. Tout ce que cet Au- 
teur rapporte dans ce Traité , fur ces 
fortes d'animaux , efl fort exaft , parti- 
culièrement ce qu'il dit touchant la conf- 
trudion de leur oreille ; & voici ce qu'il 
en rapporte page 1 1 & 12, Je Pai tra- 
duit le mieux qu'il m'a été poffible. 



ET SUR LK PElNXftTRE. 1 \ ^ 

Dans aucune Tortue de Mer, d'Lau 
douce ou de Terre , on ne trouve jam?.:s 
les ouvertures des oreilics, parce qu'el'es 
font exadement couvertes & fermées 
par la même peau qui couvre toute la 
tête. (J'en ai pourtant defîîné êc même 
fait le fquelette en partie, d'une de Ter- 
re, que les Caraïbes de l'I (le Sr. Vincent 
m'avoient apportée des environs de la 
rivière d'Orenoque , & cette Tortue 
avoit le tympan de l'oreille fort bien dé- 
couvert & prefque auiîi large que 1 on- 
gle du petit doigt.) L'Auteur Italieiï 
continue ainfi. 

Il eft bien vrai qu'en preflant dans leS 
Tortues , cette partie, où ordinairemerfc 
eft fituée l'ouverture dans les autres ani- 
■ maux, on fent bien qu'il y a une certai- 
ne cavité fous la peau , comme en effet 
il y en a une , qu'on trouve enfuite lorf- 
qu'on fépare la peau avec un coureau , ce 
qu'étant fait, on trouve dans l'os un trou 
large , mais fermé de nouveau & comme 
fcellé par un cartillage tranfparent, pref- 
que rond , ou femblable , dans les Tor- 
tues de xMer, au chapiteau d'un champi- 
gnon foutenu de fon pédicule , à caufe 
qu'il eft fort convexe. Or ce cartilage' 
eft exaélement attaché tout à l'entour de 
la circonférence du trou par une mem- 
brane fort déliée ; c'eft pourquoi il fe- 
haufl'e & s'abaifte, félon qu'on IcpreflTe 
plus ou moins. Quand on a fépare ce 
cartilage de fon trou , on découvre qu'il' 
eft encore attaché par fa jambe , ou pé- 
dicule, à la pointe d'un ftilet ofTeux , 
mince & mobile. Ce ftilet fort d'un trou- 
qui fe trouve prefque au milieu du fond 
de la cavité de l'ouïe , où l'on voie ordi- 
nairement une petite avance , ou relais 
olfeux , qui femble ne fervir qu'àdivi- 
fer le creux auriculaire en deux cellules. 
Ce petit ftilet ofleux , après avoir tra- 
^erfé ce creux , s'élargit par fon extré- 
jnicé corome le bout d'une trompette. 

Si] 



134 Observations sur 

& va fe terminer dans Ù\ propre cavicc, 
immcdiateniciu après le creux auricu- 
laire : le bout de cette trompette bouche 
une autre ouverture , à Tentour de la- 
quelle il cil attaché par une membrane 
très-déliée : cette ouverture ainil bou- 
chée par le bout en trompette , répond 
dans un autre creux anfraftueux qui don^ 
ne paliage au nerf auditif. C'elt pour- 
quoi, je crois pouvoir donner avec raifon 
le nom de tympan & de marteau de 
l'ouïe, à ce llile: olîeux , fait en bout 
de trompette & à la membrane cartila- 
gineufc ci-deiTus décrite. Mais à quoi 
bon {dira-t-on)ce creux auriculaire avec 
toutes les parties que la Nature y a mi- 
le? , s'il n'y a quelque trou pour y intro- 
duire l'air, ahn de former le fon r J'ef- 
time que le tout feroic fort initule , fi 
la divine Piovidcnce n'avoit formé un 
trou dans quelque autre endroit, pour 
donner encrée à l'air. On voie dans le 
palais des Tortues deux fentes de mcT- 
fne que dans celui des hommes , fi- 
tuées tout joignant les articulations des 
mâchoires; chaque fente va aboutir à 
un trou, qui s'ouvre immédiatement dans 
la Crtvité de l'ou'ie vis-à-vis le Itilet ci- 
deflus & où le pédicule du cartilage dé- 
crit ell attaché. On peut inférer de-la 
qu'une partie de l'air qui entre dans la 
bouche paiîe par ces fentes dans ladite 
ouverture, & de cette ouverture dans le 
creux auriculaire , d'où il frappe immé- 
diatement la pointe du Itilet, & ainfi 
l'autre extrémité de ce même flilet , 
faite en forme de trompette , efl ébran- 
lée en même tems que la membrane 
cartilagincufe.qui, parconféquent, pro- 
duit la fcnfation ^e l'ouïe; mais ne puur- 

* Il n'crt pas douteux que cette peau exté- 
rieure ne Toit comme celle d\\n eambour fur 
letquel on frappe , & dont les frill'onnemens 
fc rt'petent fur la peau Ju tond de la caifTe. 

** IJien des NJannicrs le plaiient ^ fe paifu- 



l'Histoire. Naturelle; 

roit-on pas di e que l'air prefTant & frap- 
pant extérieurement avec un peu plub de 
vio'ence la peau , qui couvre immé- 
di.tément le trou de l'oreille , peut for- 
mer cette ll'nfaîion ? 

Cette dernière penféede l'Auteur Ita- 
lien cil: la véritable. * Je crois pofiti- 
vement que ce conduit ou aqueduc , 
qui , du palais , va aboutir dans la cailfe 
de foreille , ne fert point du tout à 1% 
fenfation auditive ; mais feulement com- 
me d'une contrcmine ou foupirail pour 
donner lifucaux réfradionsdes humeurs 
qui peuvent furvenir dans cette partie, 
fans quoi elles y cauferoient fans doute 
de fâcheux accidens , & feroient capa- 
bl?sde faire crever le t)'mpan ou tam- 
bour. Peut-être que dans ce fujec , cette 
membrane ne ferme pas fi exaflemenc 
l'extrémité du conduit olTeux , que l'air 
n'y puiile trouver paliage. Je me fou- 
viens d'avoir vu un Turc à JVlarfeille, 
qui , fermant bien la bouche, & faifanc 
une forte inl'piration, jettoit la fumée du 
tabac, non feulement par les narines^ 
mais encore par les oreilles. ** 

11 y a des Auteurs qui croyent que 
certains fourds entendent a(rezdillin(^e- 
ment, le fon des inftrumens par le moyen 
de ce conduit , lorfqu'iis ouvrent la bou^ 
che de toute leur force ; mais ce font des 
cas extraordinaires , outre que M. Du-« 
verney da'ns fon traité de l'organe de 
l'ouïe (Part. 2 page 91) alTure que les 
ébranlemens de l'air de la caiffe par le 
moyen de ce canal , ne fuffifent pas pour 
faire entendre à ces Sourds le Ion des 
inftruiuens , puifqu'ils font obligés d'en 
ferrer le manche avec les dents , autre- 
ment ils n'entendroient point du tout le 

mer de cette façon comique : plufieurs f;ar- 
denr entièrement la fumée d'une pipe (ans en 
perdre une bouchée Se la lâchent enlUite fubi- 
temcnt par tous les pertuis de leurs corps, 
3 



SUR LA Physique et 

Ion , eu du moins , ils ne l'entendroienc 
fas fi bien. 

Quittons pour un moment h let- 
tre du P. Plumier, puifqu'il s'agit des 
Sourds. 

façon défaire entendre les Sourds b" de leur 
apprendre à parler, 

H'n'ell pas étonnant d'apprendre à 
jfarler aux Sourds , & de leur apprendre 
à lire & toutes fortes de fciences. quand 
leur furdité ne provient que de l'endur- 
cifTement du tympan ou de Ton ofciliia- 
tion, en trouvant le moyen decommuni- 
quer leiébranlemens de l'air aux autres 
parties de l'organe auditif on leur fait 
i'entir de mcme tous les effets des fons. 
Le tympan neferc qu'à garantir les par- 
ties internes, & à leur conimuniquerles 
vibrations de l'air , par conléquent fi 
l'air peut parvenir fur ces parties inter- 
fies, il les ébranle de même , & agit fur 
elles pour procurer la fenfation auditi- 
ve à ceux qui en font privés , dans les 
voyes ordinaires. 

On peut fuppléerà l'office du tympan 
de deux façons ; la première en mettant 
encre les dents du fourdun bacon creux, 
(comme nous venons de voir dans la ci- 
tation de M. Duverney,) ou le manche 
d'un violon & en parlant tout contre cet 
inflrument ; alors les ébi aniemens de l'air 
enfermé, & la communication de cet 
air avec l'air extérieur, occafionnent, 
dans la tête & dans toutes fes cavités , la 
fenfation des vibrations de l'air, que la 
dureté , ou la moleffe extrême du tym- 
pan , ont interrompue ; & alors l'air (è- 
coue le marteau de l'ouïe & fait fentir 
aux fourds les modulations de dilîéren- 
tes efpéces; ce qui les affede avec beau- 
coup de plaifir. J'en ai vu à qui je fai- 
fois jouer du violon & mordre en même 
tcms le bouton , q^ui retient \ipaktu où 



SUR LA Peinture. 155- 

font attachées les cordes, ilsferemuoicnt 
en cadence 6c batroi-ntla mél'ure à mer- 
veille. Avec un peu de patience, je ne 
doute pas qu'on ne puifTe apprendre 
à articuler des fons à ces malades ; car 
ils ne font muets que parce qu'ils font 
fourds ; & fi par hazard on trouve des 
muets qui entendent, alors, c'eft parali- 
fie de la langue, & non pas endurciiTc- 
inent du tympan. 

La féconde façon d'apprendre à par- 
ler aux Sourds , eft de leur rafer l'occi- 
put & le deffus de la tête , & d'appuyer 
le menton fur les future^ que forment les 
os pariétaux avec l'os occipital ; en par- 
lant alors au Sourd avec pondération, oa 
lui fait fentir les fremiifemens de l'air , 
& il diftingue les mots. 

Je vais donner un exemple des muets 
qui ont parlé & qui ont appris plufieurs 
fciences. M. le Commandeur de Nwfeli 
à A'iarfeille , connu de tout le monde , 
& d'une famille illuftre , pofféuoit les 
Mathématiques à fond , lifoit & écri- 
voit le Latin , le François & l'Italien , 
& delîinoit fort bien la figure & le pay- 
fage ; mais il articuloit fort mal le^ pa- 
roles ; ou , pour mieux dire , n'en arti- 
culoit aucune. Il étoit fourd de naifian- 
ce, & par conléquent incapable d'ap- 
prendre ni à parler , ni à lire , ni à écri- 
re fans un fecours extraordinaire. Il fauc 
entendre pour avoir ces qualités ; elles 
ne peuvent fe communiquer que par l'or- 
gane de l'ouïe. L'écfitureefl l'image & 
la note des fons & des articulations de;, 
mots: commentlesdiftinguer, ces mots, 
fi on ne les entend pas réfonner dans l'o- 
reille ? 

Il fembleque la vue pourroit fuppléer 
à ce défaut 6l que l'on pourroit parles 
geftes faire connoîtreaux Sourds, qu'un' 
certain arrangement de caraéléres fignr- 
fie un chapeau, une autre une maifon, &c^ 
Mais la vue peut-elle nous faire fentir ie> 



1^6 Oeservations sur 

palfions de l'amî , les articles d'un dif- 
cours , l'élégence d'une phrafe, l'orco- 
graphe d'un mot ? Avec la vue & les 
jjelces peut on parler d'un tems reculé, 
de traits d'hiltoire & des fciences les plus 
abftraites ? cela ne fo peut pas. Il faut 
donc quelque chofe de plus , que la vue 
feule des gefles & des caraitéres, pour 
apprendre à lire à un Sourd & lui ap- 
prendre diverlcs langues , les tours de 
plirnles du latin , &c. C'efl; là ce qu'on 
a lait parle fecours de !a féconde métho- 
de que je viens de donner. C'eftun Prê- 
tre Prorençal qui en eft l'inventeur, au- 
C)uel les parensde M. Niol'jle, pendant 
i'a. jeunelle , avoient confié fon éduca- 
tion : il lui p.irloit & lui faifoit entendre 
tout ce qu'il vouloi: par les vibrations 
du menton appuyé fur la partie occi- 
pitale du crâne. 

L'Auteur de la première méthode 
jcfl un Napolitain , qui avoit appris à 
parler l'Italien & le mauvais Provençal 
à M. ydama'j^c , autrefois defTinateur 
tles Galères à IVIarfeilie , pour les Gar- 
des- l'Etendart , chez lequel j'ai fouvent 
tleirné , il étoit fourd de naifTance ; 
mais il parloir fort dillinilement ; il 
uvoit appris , de ce Napolitain , à parler 
par le f xours d'un inlt ument fans cor- 
des , qu'il lui mf ttoit entre les djnts , & 
fur Jequsl il faifoic réfunner fa voix. 

M. Vilamage écoit véritablement 
fourd ; ce que j'ai expérimenté plufieurs 
fois : étant fort jeune j'allois deflîncr 
à la plume chez lui avec le^ Gardes-l'li- 
tendart; J'entrais f m vent dans fon ca- 
binet pendant «|u'il étoit occupe à écri- 
re ou à dclîiner , & je lui parlois en 
criant à pleine tête fans qu'il m'entendît 
en aticune façon j m^is fi;ôr cpi'il vo\oic 
remuer les lèvres , il dillinguoit prefque 
tout ce qu'on lui vouioit dire. 

11 y a aducllement à Paris un Por^ 
ÊUsais, noiuuié M. de Parkres, quicoa- 



l'Histoire Naturelle; 

noît cette méthode à merveille. Il a été 
très applaudi de l'Académie , & fait des 
chofes furprenantes dans ce genre de ta- 
lent. 

Une réflexion particulière fur ces re- 
marques & fur celles que je vais citer, 
nous conduira à croire que le tyrapatt 
efl la caufe immédiate de la furdité , 6c 
non pas celle de l'ouïe ; car un Sourd 
n'entend aucun fon que par rendurciffe- 
ment de .cette cloilon auditive , où lorP 
qu'elle efl entièrement diflendue ; par- 
ce qu'alors les parties organiques de l'ô- 
rciilc ne reçoivent aucune vibration de 
l'air extérieur , pour frapper & ébran- 
ler les olTelets qui battent fur le nerf au- 
ditif; mais fitôc que^ par des vibration» 
forcées, vous mettez enjeu ces parties, 
la fenfation fe fait également. 

X^n aveugle plonge entièrement dans 
les ténèbres , en fe cognant la tête , & 
les yeux , fur tout avec force, fur quel- 
que corps , apperçoit dans l'inftant le» 
lumières les plus brillantes par l'ébran- 
lement forcé des nerfs optiques : ainlî 
fans le tympan , on peut communique! 
les vibrations de l'air aux nerfs auditifs , 
en ébranlant les organes intérieurs qui 
les fiappent immédiatement. 

On lit dans It^dlis , & dans les aftes 
de la Société Royale de Londres , une 
expérience qu'on a faite fur deux chiens,' 
à qui avant crevé le tympan , on s'apper- 
çût qu'ils n'entendoient pas moins bien 
lavoixdcceux ijui les appelloient, qu'au* 
paravant ; mais peu de tems après , ils 
perdirent l'ouïe. Cette expérience a fait 
croire à M. Eohn'ius (Circulus anatomico- 
phijîdo^icus , Bibliot. Unh>erf. ù" Hijîoriq^ 
Tome II. pa^e 4^1. Août i f- S^î.) q'ie le 
tvmpan , loin d'ctre le principal organe 
de l'ou'ïc , ne lui eli pas abfolument né- 
cefTaire, & qu'il fert feulement 'i prcfer- 
ver les partie intérieures de l'oreille, des 
injures dç l'air extérieur. Pour produire 

|Ç5 



SUR LA Physique et 

les ondoyemens de l'air aux parties inrer- 
nei , il fàUt que le tympan foie tendu, 
comme il l'eft naturellement ; s'il le re- 
lâche par quelque accident , il nuit à 
l'ouïe , ou l'empêche tout-à fait. L'Au- 
teur dont nous venons de parler, pour 
prouver ce raifonnement , cite l'exem- 
ple d'une femme , qui n'entendoic ce 
qu'on lui difoit, que lorfqu'on battoit le 
tambour à fes oreilles ; il cite auflî celui 
d'un jeune homme qui avoic toujours 
l'oreille extrêmement dure, fi ce n eft 
lorfqu'il étoit en chariot , & que le bruit, 
que les roues failoiert fur le pavé, étour- 
diflbit les autres. Cet effet proccdoit , 
félon M. Bohnius , de cequecespcrfon- 
nes ayant le tympan relâché , ne pou- 
voient ritn entendre , fi ce n'eft lorf- 
qu un bruic extraordinaire le tendoit, & 
le mettoit par conféquent en état de 
recevoir des moindres modulationns. 

Meekren Chirurgien d'Amflerdam , 
parle , dans fes Obfervarions Medico- 
Chirurgiques, d'une dureté d'oreille pé- 
riodique , qui revenoit tous les quatre 
jours. ( Journaldes Sçavsns , Mai 16C4. ) 
Revenons préfcntement à la dil'.ec- 
tion de l'oreille de la Tortue du P. Plu- 
mier. 

Les Tortues entendent très-bien , 
(die cet Obfervateur) même lorfqu'el- 
les ont la bouche fermée , & il faut bien 
garderie filence, lorfqu'on "les attend fur 
les anfes , pour les tourner fur kur dos , 
quand , après être Sorties ^de la Mer , el- 
les viennent pondre leurs œuf^ dans le 
fable : il faut aulli nager ou ramer bien 
doucement , pour les attraper à la varre, 
3'en ai vu prendre plufieurs en ces deux 
manières ; il eft très-certain qu'alors elles 
ont la bouche bien clofe. 

J'ai crû que pour votre plus grande 
fatisfaèlion , je pouvois accompagner 
mes remarques de la figure de cette par- 
tie que je deiïinai aux Grenadins fur les 
Annéi 17)2. Tom. 1. 111. Part. 



SUR. LA Peinture. ^57 

fujets mêmes : (je veux dire, fur de bel- 
les &: grandes Tortues de Mer.) J'y ajou- 
te l'explication de chaque partie de l'o- 
reille , & je crois que vous ferez bien 
aife que je vous fafie obferver une peti- 
te particularité. C'efl que dans la Tor- 
tue que Mrs. de l'Académie ont difle- 
quée , le marteau ell d'une feule pièce , 
& dans celle de M. CaWf/î, il efl com- 
pofé de deux , articulées ou jointesbout- 
à-bout par unemanicrede finchondrofe, 
fçavoir, le pédicule du tambour & ce 
petit ftiiet oiTeux dont la bafc couvre le 
trou ovalaire, pour les mêm.es fonctions 
que celles de l'ètricu dans l'oreille de 
l'homme. Je crois que cette différence 
ne vient que de ce que ces deux Tortues 
font de deux différentes efpéces , fçavoir 
l'une de Mer (k l'autre de Terre. Car 
j'ai obfervé en dilTéquant l'oreille d'un 
Crocodile à Saint-Domingue.& l'oreille 
des grands Lézards de la Martinique , 
que le marteau de l'oreille du Crocodile 
eft d'une feule pièce oiTeufe , & celui 
du grand Lézard, de deux pièces, l'une 
cartilagineufe, & l'autre oiletife , jointes 
aufîî par finchondrofe. Ils font pourtant 
tous deux Lézards, mais de différente 
ef, éce. Si vous fouhaitez voir la flruc- 
ture de i'ouie de ces deux animaux , je 
l'ai dilTèquée & dcfîînèe fufîîfamment 
pour les faire bien entendre. Cepen- 
dant , voici l'explication des parties de 
celle de la Tortue de Mer, que je vous 
envoyé conjointement avec la figure. 

Voye:(la Planche B de CHiJIoii'ë Natu- 
relle des ^^adrupedss. 

Figure i . 
A la tête d'une Tortue vue du profil. 
B l'endroit fous lequel l'oreille eft 
fituée. 

CDE ce qui paroît dès qij'on a ôté 
la peau de l'endroit B. 

C Le delTus ou la partie convexe du 
tympan, 
' ^ T 



15$ Obsçrvatioîs sur l'Histoire Naturelle, 

D D efl une luatiére blanche , mol- 
le Si. friable comme de la cire & du 
fuif. 

EE chair raufculeufe, attachée im- 
médiacemenc à la peau ; car il y a du 
vuide entre cette mcnie peau, 6c ce qui 
eft contenu dans D D, pour donner le 
jeu à la p'.au B de s'enfoncer & de fe 
relever lorfqu'elle eft prelTée par l'air 

F G H ell la partie C D vue par defr 
foas. 

H le tympan vu par fa partie con- 
cave , où l'on voit comment la partie 
membraneufe , ou plutôt nerveufe, du 
marteau , eft attachée dans toute fa con- ' 
vexité par l'expenfion de plulleurs petits 
fibres. 

G petite produdion ofTeufe, percée 
pour donner paflage au pédicule du 
tympan. 

I P K le tympan accompagné de fon 
pédicule & du (tilet , féparé de toute l'o- 
reille & vu par fa partie concave. 

O P tout le marteau entier féparé du 
tympan. 

N le ftilet féparé du pédicule du 
tympan. 

Lie tympan nudvû par fa partlecon- 
vexe. 

M le tympan nud vu par fa partie 
concave; il eft creux comme une petite 
cuillère, relevée tout à l'entour par un 
petit bord arrondi. 

Q le tympan vu p?ir fa partie con^ 
cave , accompagné de fon pédicule. 

RRS r V la partie intérieure de la 
caifle vue au dedans du cerveau. 

S produttion, ou relais, qui féparé la 
caifte, comme endeux cavités ou com- 
partimens 



OBSERVATION XII. 

Sur la nature du Sang , fuivie de quelques 
réflexions concernant lefentiment de M. 
Senac , ù' Jur laJîruSlure du cœur de la 
Tortue. 

LA fluidité du fang , comme celle 
de toutes les autres liqueurs , dé- 
pend du mélange de Pair & des parties 
de feu : c'eft policivement du plus ou du 
moins de feu, ou du plus ou moins d'air, 
que le fang s'épaillît 6c que l'eau fe con- 
denfe. L'air lui-même n'eft fluide que 
par le feu qui le pénétre : fi la chaleur 
étoit totalement fupprimée de lair le 
plus fubtil , il feroit aufli dur & aulîi 
Compact que le métal le plus foljde. 

L'air eft un fluide dont les particules 
re s'écarttpt avec facilité les unes des 
autres que parce qu'elles font foulevées 
par celles du feu i qui , par leur extrê- 
me finelfe, pénétrent les intervalles de 
celles qui compofent l'air , & par leur 
aftivité 6c leur élafticicé , font rouler 
celles de l'air les unes fur les autres. 

Si le feu fe retiroit totalement de l'air, 
alors les particules qui le compolent, 
s'approcheroient , s'accumuleroient en- 
tre elles &; ne feroieni plus qu'un corpi 
impénétrable à tout autre corps qu'aux 
feules parties ignées. 

Depuis le diamant, l'acier, la pierre 

à fufil , jufqHcs à l'air le plus fubiil , la 

molefle , la tlcxibilité , la fluidité dans 

tous les corps , n'eft occafionnée que 

par le feu. Si un pouvait trouver un dé- 

X l'endroit par où le ftilet R T per- gré de feu aflTez, violent , oi fondroit le 

ce la caifle pour fe joindre au pédicule diamant , puif^ue l'on fond des pierres, 

du tympan. moins dures , a la vérité, quQ le dia» 

T tête du ftilet R. mant , mais qui le l'ont cependant beau» 

V le trou ovaUire que forme h têce T. coup plus (jue coûtes les efpéce* de xac- 



k;^.: 



Sur. la Physique 

taux que l'on fond avec tant de facili- 
té. Cela écanc , la caule de la fluidicé elt 
le feu. 

Un corps ne devient quelquefois dur 
& fec devant le feu , au lieu de devenir 
fluide , que parce qu'il perd , par )a trop 
grande chaleur, que le feu lui donne, 
la plupart des parties qui le compofent, 
& furtout celles que lonappelk humi- 
des : ces parties humides a\ant quitté 
alors ce corps , les parties grolfiéres qui 
relient , font plus rapprochées , leurs in- 
tervalles moins occupés , par confé- 
quent le corps fe trouve plus dur, plus 
fec & plus froid. 

Voilà des réflexions phyfiques qui 
nous prouvent les deux effets contraires 
du feu par rapport au fang. Le premier 
ell de lui caufer fa fluidité , 6c le fé- 
cond, fa féch.refTe , d'où je conclus que 
le feu eft l'agent de la bonne ou mau- 
valfe qualicédu lang , & parconféquent, 
lafourcedela lancé, ouïe principe de 
toute maladie : & comme il importe 
beaucoup à tous les hommes deconnoî- 
tre un fluide fi néceifaire à l'entretien 
de notre machine , même à ceux qui 
méprifent le plus les obfervations phyfi- 
ques, voyons quelle efl la qualité des par- 
ties qui compofent un fluide fi précieux. 
Peut être que de la ftrudure du cœur 
de la Tortue & de fes fondions oppo- 
fées à celles de l'homme, nous pour- 
rons juger des qualités que le fang ac- 
quiert de fon mouvement continuel & 
du mélange qu'il reçoit fans cefle de l'air 
par la refpiration. 

Sur la nature du Sang. 

Avant que de connoître les fondions 
du cœur^ il faut connoître la nature du 
fang. 

La maffe du fang ell cnmpoféede plu- 
£euis liqueurs différentes, ôi tomes ces 



ET SUR LA Peinture. 159 

liqueurs en particulier, font mêléesd'eau, 
d'air & de feu, & font jointes à des par- 
ticules groffiéres , qui forment diverles 
el'péces de fels. 

Après la mort d'un fujet , ces liqueurs 
fe féparent & forment plufieurs corps 
particuliers i mais pendant la vie touc 
circule en emble , ôc toutes les humeurs 
du fang ne font qu'une feule malfe :dans 
les plus petits v^ifl^aux fanguins où fe 
porte cette liqueur , il s'y trouve du 
rouge. 11 faut donc convenir que puif- 
que les particules rouges , qui font les 
plus grolTiéres , vont dans les conduits 
les plus imperceptibles du fang ; à plus 
forte raifon , les autres particules, qui 
font infiniment moins confidérables » 
doivent y parvenir également. 

Avec un bon microfcope , on peut 
voir la circulation du fang dans les ani- 
maux vivans, fur les parties les plus fines: 
on en fait l'expérience à merveille dans 
les poumons & le méfcntére des gre- 
nouilles. M. Vtrdkr m'a fait oblerver 
cette fingularité: on voitcirculerle fang, 
& on en diflingue les particules rouges. 

Ces particules paflént dans les plus 
petits vailTeaux , deux à deux , ou 
lune après l'autre , & ainfi en augmen- 
tant , félon la capacité du conduit. Je 
me fuis apperçu qu'elles vont quelque- 
fois plus vite & quelquefois plus len- 
tement , qu'elles s'arrêtent & fe pref. 
fent fouvent par leur impétuofité dans 
les conduits les plus étroits : mais les 
liqueurs , qui les accompagnent , ne fe 
diftinguent point du tout; on s'apperçoit 
feulement que quand on expofe le mi- 
crofcope & la grenouille dans un air 
froid , le mouvement fe ralentit , & ces 
petites boules font alors plus proches les 
unes des autres : au contraire, dans un 
lieu extrêmement chaud , elles fe dila- 
tent , s'écartent les unes des autres, & 
coulent avec plus de facilité. J'ai niê- 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



140 

me obfervé que les vaiffeaux les plus 
petits , & qui ne laifToienc paifer qu'une 
particu'e a(rcs l'autre , les lail'cnt pal- 
ier deux à deux dans leur plus grande di- 
latation , &c. 

Cette expcrience confirme mon fen- 
tiinent. La grenouille n'a reçu l'augmen- 
tation 5c la diminu'.ion de HuiJité dans 
le fang , que par la chaleur & la froideur 
de 1 air ; c'ell à-dire , par le plus ou le 
moins de particules ignées qui entrent 
dans la compofirion de cette maflc 
fluide , fi nccellaire à la vie. N'ell-il 
pas aifé de conclurre , de ce Phéno- 
mène , que, fi l'air augniente ou dimi- 
rue la capacité des vaifleaux fanguins 
& j en même tcms, la mafle du lang, 
félon que cet élément eft plus conden- 
fé ou plus raréfié , il faut convenir que 
le feu qui a raréfié l'air, eft là caufe pri- 
mitive de la raréfradion du lang , & en 
mcme-cems , que fon défaut eft la caufe 
de la condenfation de l'un & de l'autre. 



roifl'ent orangées & mcmc jaunes, & 
qu'elles ne lonc entièrement rouges 
que lorfqu'elles font all'cnibléei > & que 
les rayons que renvoyé le point blanc , 
qu'elles contiennent au centre, pafiTc à 
travers une plus grande quantité de par- 
ticules tranlparentes polccs les unes fur 
les autres. M. 5enac dit lui-même , que 
ces points blancs ne deviennent rouges, 
que lorlque les parties du Sang font ac- 
cumulées. 

Pour la fatisfaftion de mes leéleurs , je 
vais donner quelques preuves de la for- 
mation du rouge par l'épailfeur des fé- 
rofités , qui entourent les particules du 
fang. 

Le fperme eft tiré du fang , le lait 
vient du fang , & le fang ne vient que 
du chile. Le chile eft blanc , le fperme 
l'eft aulfi, mais d'une nuance plus tendre 
& plus cendrée , & le lait eft plus jaune 
que le chile & le fperme. 

Les particules que donne le chile,font 



Dans la refpiration , l'air entre dans le point blanc dont parle M. Senac ; ce 
les poumons en abondance , & étant chile ne devient rouge que par les férO' 



preflé enluite par l'infpiration , il en fort 
avec impétuofité', de façon que les par- 
ticules humides & groftîéres que l'air 
contient, reflbrtent. Ce que Ton voit 
particulièrement l'hiver , dans les tems 
humides & froids , par la fumée qui 
fort de la bouche. 

A l'égard de la couleur du fang, elle 
eft très-bien définie par M. Senac, félon 
]e fiflême de Newton. C'eft à ce célèbre 
Médecin , à qui Ton doit la découverte 
du point blanc , du centre de la particu- 
le. Je ne conviens pas cependant , qu'il 



fités qui entourent chacune de fes par- 
ticules , comme nous venons de dire; 
& il ne recouvre enfuite fa blancheur 
qu'en fe dépouillant des férofitcs. Si le 
fang forme du lait , il garde un peu de 
couleur jaune, parce qu'il conferve enco- 
re quelques férofités ; car le lait eft un 
vrai chile mêlé de quelque peu de féro- 
fités ; 5c s'il en eft chargé , quelquefois 
plus qu'il ne faut , de ces férofités , c'eft' 
à caufe que les glandes du fujet font re»' 
lâchées & qu'il eft vieux ou ^naïade.. 
C'eft auftî alors que les nourrices tuent 



y ait du Rouge dans la lumière même , les enfans qu'elles allaitent. Le lait 

puifquc je fuis Anti-Newtonien ; mais ,' d'une femme grolTe eft plus jaune que 

fuivant moi , cette couleur fe forme par celui d'uneautre. Mais fi le fang, aucon- 

les rayons de lumière, qui pafl^ent à traire , forme le fperme , il perd toutes 

travers les férofités, qui entourent le ces férofités & s'en dépouille tout-à-fait» 

point blanc de la particule. J'ai obfer- & ne devient prefque bleu cendré que 

vé que ces particules feules nous pa- parla preftîon des particules qui le com- 



SUR LA Physique et 

pofent & leur encier dépouillemenc. 

Le fan£;,qui fort de la veine d'un ma- 
lade, quand il efl repofé & que les féro fî- 
tes le font détachées des particules, qu'el- 
les entouroienc un peu trop abondam- 
ment , celui qui refte coagulé , eft très- 
rouge, & il efl d'autant plus rouge, que 
les lérofités s'en font détachées , avec 
plus d'abondance. 

J'entends ici par les férofités, toutes 
les humeurs du fang, qui font cependant 
de pliifieurs efpéces, & très-dillindes , 
dans lefquelles je comprends l'eau , les 
fels 6c les huiles , & dont nous parle- 
rons une autre fois ; il ne s'agit à pré- 
fent que de fa couleur rouge , du point 
blanc qui forme cette couleur , des hu- 
meurs en général qui entourent ce point 
blanc, de fa fluidité caufée par le feu que 
l'air contient. 

Quoique les réflexions que je viens 
de faire, foient aflez fortes pour prouver 
que le fang ne prend fa couleur que par 
l'aflemblage des humeurs, qui entourent 
les particules du chile , & qu'il ne prend 
fa fluidité que par le feu & l'air qui le 
pénétrent , au moyen de la relpiration , 
il ne fera pas inutile de citer ici quelques 
obfervations particulières de divers Au- 
teurs. 

Leivenoeck a obfervé que plufieurs glo- 
bules lymphatiques ens'unifl'antont for- 
mé une particule rouge de fang. 

Boerhaave a prouvé que les globules 
entiers qui compofent le fang , en paf- 
fant par les vaiireaux deftinés à des li- 
queurs plus fines , perdroient leur cou- 
leur. Ildonne pour exemple un œil bien 
fain, dont la prunelle paroîc bleue ou 
grife, & qui devient rouge dans les in- 

* Ce changement du blanc en rouge ("s'il 
eft vrai) prouve que les vaifieaux lymphati- 
ques ccmmuniquent avec ceux de la chilifi- 
cation ; car la fermentation ne fe fait qu'en- 
tre deux lic|ueurs contraires & de divcrfe ef- 



suR LA Peinture. 141 • 

flammations , ou dilatations des vaif- 
feaux , par l'engorgement des particu- 
les de fang, qui ont paflées en entier dans 
les filières, ce qui etl occafionné par le 
relâchem.ent qu'en a caufé la maladie. 

M. Smith (dans ion Traité des vertus 
médecinalesde l'Eauj prétend que l'eau 
eft la bafe & le fondement dés humeurs 
de notre corps : il die que dans douze 
onces de fang humain il y en a huit d'eau 
claire , & environ quatre onces de par- 
ties (alines , huileufes & terreftres: mais 
ilaflTure que le fang dans fa fluidité con- 
tient beaucoup d'air & de matière Ethé- 
rée^ puifque fi on le met dans la machine 
pneumatique au fortir de la veine , il oc- 
cupe le double de fon efpace. D'où il 
conclud que le fang ne tient fa fluidité 
que des parties aqueufes & éthérées (ou 
de feu ) dont il efl compofé , ce qui elt 
très-conforme à notre opinion. 

M. Diineau Dodeuren Médecine de 
la Faculté de Montpellier , prétend que 
le chile porte en loi fou principe de 
changement en fang, par fa propre fer- 
mentation. Il allure avoir fait à ce fu- 
jet une expérience afl"ez curieufe II die 
qu'ayant fait deux ligatures à une veine 
laflée dans un animal vivant , & ayant 
par ce moyen arrêté le chile , il étoit de- 
venu rouge en peu de tenis*. 

Ce que dit enfuite le même Auteur 
(dans l'hiftoire de l'animal) efl détruic 
par une expérience que tout le monde 
connoît ; c'efl que tel fang que ce foit, 
expofé àl'air pendant long tems.lorfqu'tl 
eft fec & que les parties tranfparentes , 
qui faifoient fa couleur-, fe font rappro- 
chées & racornies, devient noir, au lieu 
de conferver fa couleur. 

péce : d'où l'on peut conclure que le. féjoutv 
du chile a donné le tems à cette réunion qui 
a produit le rouge par les cauies ^ue nous 
avons déduites. 



142 Observations sur l'Histoire Naturelle, 

De tous les Auteurs qui ont tiaité moyen des deux ventricules Su cœur. 



cette matière , perfonne n'a mieux con- 
nu la théorie du fang que M. Senac. Ce 
Sçavant Naturalifle nous a donné fur la 
ftrudure du cœur humain un traité où 
il n'y a plus rien à dcftrer. 11 feroic à 
louhaiter qu'on nous eût expliqué avec 
autant de fcience les fonctions des au- 
tres vilcères qui agillent pour l'entre- 
tien de notre vie. 

Mon point de vue ici efl de fuivre les 
traces de ces grands hommes , dans l'ana- 



Dans l'un revient tout le lang qui, dans 
fa circulacion , s'eft dépouillé de fes par- 
ticules aériennes , & en va reprendre 
daui ;e poumon , où il efl poufié par la 
contradion de ce ventricule , &. le fang 
ainfi rempli d'un nouvel air par ton 
palTage au travers du poumon , tom- 
be dans l'autre ventricule du cœur , 
d'où ileftdiftribué par tout le corps. 

Mais la Tortue , qui tranfpire fort peu, 
& qui a des mouvemens très-lents & af- 
fez rares, n'avoir pas befoin d'un fang 



tomie comparée des animaux. Je vais à 

préfcnt donner la ftruûurc du cœur de ta vif, fur ïout pendant l'hiver qu'elle eiî 

Tortue, par les difledions que j'en ai obligée de paffer fans nourriiure : aulïï 



par 
faites (5c celles que l'on m'a conimuni- 
quées de divers Auteurs , & fur tout du 
Père Plumier Minime , don: nous ve- 
nons de donner l'œuvre poflhume fur 
i'oreille de cet animal. 

Sur le Cœur de la Tortue, 

M. Mery a fondé fon fyftême de la 
circulation du fang dans le fœtus , fur Is 
fabrique du cœur de la Tortue. 

M. Duverncy , fon antagonifte dans 
l'hiftoire de l'Académie, ('année 1699 
page 26 & 54. 5c année i 701 page 46.) 
dit: On voit , dans le méchanifme du 
cœur de la Tortue , une merveilleufe 
conformité de l'ouvrage avec les del- 
feins du Souverain Ouvrier. On (çaic 
qu'il faut que l'air fe mêle avec le fang 



falloir- il que fon (ang eût peu d'air qui 
l'animât, lied vrai qu'il a trois ventricu- 
les, ma;s ils n'en font proprement qu'un, 
puifqu'ils s'ouvrent les uns dans les au- 
tres. Ainfi le fang chargé d'air dans le 
poumon . fe mêle dans le cœur , avec 
le fang qui s'en eft dépouillé, & il pa-- 
roît , par la capacité des ventricules » 
qu'il n'y a environ que le tiers du fang 
de la Tortue qui aille prendre de l'ait 
dans le poumon. 

D'ailleurs la Tortue étant enfermée 
entre deux écail'es immobiles qui ne 
fçauroient s'élever ni s'abdifl,.r comme 
la poitrine des autres animaux 1 on ne 
peut gueres expliquer fa refpiraiion, 
qu'en diGmt avec M. Tauvry , qu'ells ne 
refpire que quavd fi'e marche. Car alors elle 



pour entretenir le mouvement 6c laHui- poufle au dehors fa tête & fes pieds 



dite decette liqueur, pour lui donner du 
relTort , pour l'aniiner par une dojce fer- 
mentation & contribuer à la génération 
des efprits animaux , premiers moteurs 
de toute la machine. C'ell pourcela que 
l'homme & la plupart d<:^ animaux relpi- 
rent l'air Se s'en remplilTent Ls pou- 
mons, afin que le fng y prenne à cha' 



donne par-là à fa poitrine la capacité né- 
ceflTaire pour recevoir de l'air : au lieQ 
que quand elle elt en rt^pos , fa tête & 
fes pieds font retirés fous récai:le , & fa 
peau ert toute pliflTée. Aufli n'a telle pas 
beioin d'un fang plus vif, & , pr con- 
féquent , de relpirer , que lorfqu'eile 
marche : hors de-là , un fang prive uepur. 



que indant tout l'air dont il a befoin , ticules aériennes lui fujfit pour l'état d'en* 

& de là fe répande par tout le relie du gourdifTement où elleeft. 

corps. Cette circulation s'exécute par le Quoiqu'il en foii , M. Duverney croit 



SUR LA Physique 

que dans ces fortes d'animaux , comme 
les Grenouilles, les Serpens , les Vipè- 
res , les Salamandres , &c. le fang qui 
circule dans touc le corps , n'efl pas feu- 
lement celui du poumon chargé d'air, 
mais aulfi le fang qui s'en ell dépouillé : 
& c'efl pour cela que le cœur de ces ani- 
maux n'a qu'un ventricule , ou que , s'il 
y en a plusieurs , ils communiquent en- 
femble , afin que ces deux fangs fe mê- 
lent & en rendent toute la malïe moins 
adive. Le cœur des poiflTons n'a à la vé- 
rité, qu'un ventricule , & cependant la 
maflTe entière de leur fang prend de l'air; 
mais c'efl: l'effet d'un méchanifme fm- 
gulier. 

Le P. Plumier a fait la diffedion 
de la Tortue de Mer , ( que l'on appel- 
le Tortue franche) queles RR. PP. Mi- 
nimes de la Place Royale ont eu la bon- 
té de me communiquer, & dont je fais 
part au Public. 

Le cœur de cette Tortue (dit le P. 
Plumier) a la figure d'une grofle poire 
aplatie : fa grandeur efl; de cinqàfix pou- 
ces, plus ou moins, félon la groffeur de 
la Torrue; il n'a point de péricardes il 
a deux grandes oreilles , l'une à droite 5c 
l'autre à gauche : elles font d'une fubf- 
tance raembraneufe j mais fort épaiffe; 
leur dehors ell tout ridé & le dedans 
tout caverneux comme une éponge. 
Chacune de ces oreilles communique 
refpeiftivement avec chaque ventricule 
du cœur , mais d'une manière toute par- 
ticulière; car au lieu que dans 1 homme 
le fangentre dans l'oreille avant quç dg 
paflTer dans le ventricule ; dans la Tor- 
tue, au contraire, il pafle dans le ven- 
tricule avant que d'encrer dans l'oreille. 
De forte que le fang , dans ces animaux, 
entre immédiatement de la veine cave 
dans le ventricule droit , Si du ventricU' 
Je drçit , il paflTe dans le ventricule gau- 
«he.. , làejm univulynkvQm^mmmiz 



ET SUR LA Peinture; 145 

re d'un petit pont , ^ qui s'ouvre &" fe Jerme 
comme les feuillets d'un livre. Le fangétanc 
entré dans le ventricule gauche, il pafle 
enfuite dans l'Aorte, & de l'Aorte il fe 
diftribue par tout le corps par plufieurs 
vailfeaux, de force que les deux oreilles 
ne fervent proprement , félon moi , qu'à 
recevoir la furabondance du fang ; c'eft-à- 
dire, roue ce que les deux ventricules ne 
peuvent contenir. Le cœur efl d'une fubP 
tance mufculeufe, rouge, & toute fpon- 
gieulè dans fon intérieur. Les deux ven- 
tricules font aufïï tous caverneux ea 
dedans. La veine Cave & l'Aorte fone 
couvertes tout joignant le cœur par une 
grofle tunique épaifle , qui leur fer€ 
comme d'un foureau commun. 

Je remarquai que le cœur efl immé- 
diatemenE pofé fur hfoye, & le foye fur 
les poumons .• le foye efl fendu jufques 
au milieu de fa longueur, ce qui forme 
deux lobes, l'un plus grand que l'autre. 
Le grand efl au côté droit &c le petit au 
côté gauche. Les deux lobes du poumon 
font couverts d'une membrane aiîèa; 
forte & aflez épaiffe. Ils font rougeâtres 
& fpongieux : la trachée-srtére leur 
fournit à chacun une branche qui les 
traverfe intérieurement en toute leur 
longueur, & qui en ditlribue plufîsurj 
autres dans toute leur fubflance. Le 
cœur fournit aulTi à chaque poumon 
deux grands vaifTeaux qui , pafTant fur 
les branches de la trachée-artére, deux 
encrent dans leur fubflance & accom- 
pagnent par touc ces branches. Les deux 
autres , coulant en dehoïs fous la paptio 
poflérieure, vont former les grands ra- 
meaux» qui courent par defius tout le 
méfentérern-iais un peu auparavant qug 
de former les rameaux du méfenté-' 
re; ils font joints enfemblc par un au- 
tre vaifTeau comme l'échellon d'ung 
échelle, 

La îrachée^ariiçre ell compofée d'ea* 



144 Observations sur l' 

viron quarante anneaux cartilagineux , 
oval-s & joints, fans s'emboiter l'un à 
l'autre bouc à bout, par une groHe mem- 
brane. La trachée-artére fe fourche en 
deux grotres branches ou rameaux plus 
menus; mais compolé^ d'anneaux tous 
ondes & divifés enjilulicui s pièces. 

Cerard Blafi ( Anatoine Âniinrdhim ) 
nous donne J i dilîldion d'une Tortue 
de Terre , & dit , que le Diaphra'Jîmede 
cet animal efl iîcué dilTéremnient du no- 
tre & de celui des Quadrupèdes : le 
D;aphragme de la Tortue s'élève obli- 
quement de la paitie antérieure êi in- 
férieure dv l'cftomac ; en tenant aux 
côtes fort ctroitem nt, il va fc ter- 
miner fur Ja partie fupérieure du dos ; 
de lorte que par fon mouvement il 
prcli'e ks poumons dans toute leur 
écendue ; au lieu que notre DiaphiUgme 
retouche les poumons quepar leur par- 
tie inférieure, 6c la pointe du coeur feu- 
Jenient. 

11 efl certain que s'il étoit autrement , 
il ne ftToit d'aucun ufage à un animal 
emboicé , & dont les côtes ne font pas 
fl.xibles les unes vers les autres. Ceci 
dément I Auteur que cite M .Duverney. 
On \oit bien que par cet arrangement, 
la Tortucp. ucrefpiieren marchant aulîi 
bien que dansun état de tranquillité. 

Le feul mouvement du Dianlirao'me 
peut former la rcfpiracion par fon relâ- 
chement , & par l'élailicité des pou- 
mons L'infpiration au contraire peut 
fe faire par la tenfion de ce mufcle : 
à cela , il n'y a rien d'extraordinai- 
le. Nous pouvons donc rendre à cet 
Animal ce que les Anatomiftes lui ont 
fort injuftement fupprimé. 

D'ailleurs, fi on doute de l'adion du 
Diaphragme de la Tortue, il n'y a qu'à 
exai-'iner la dureté de les fibres membra- 
neufes , & la force de Tes fibres char- 
nues. Nous venons de voir que dans 



Histoire Naturelle, 

les Tortues de Mer le péricarde efl 
adhérent ; mais dans celles de Ter- 
re , le péricarde cil gros & épais : il 
cft même fort éloigné du cœur , fur 
tout lorfqu'oi l'ctend en fouflant , & on 
y trouve une quaniité d'eau claire allez 
confidcrable. 

Dans les Tortues de Mer, comme 
dans celles de Terre , le cœur ell plut 
plat & plus uni que celui de l'homme. 
Gérard lilafe, que nous venons de citer, 
prétend qu'on n'y trouve qu'une feule 
cavité ; qu'il confidé'.e tomme un feul 
ventiicule ; & qu'à cette cavité eil at- 
tachée une petite oreillette fi remaïqua- 
ble, qu'étant étendue <Sc dilatée par le 
fouHe , elle efl trois fois plus grande 
que le cœur; & de couleur noirâtre, 
quoi.]ue celle du cœur foit rouge. 

Cet Auteur dit enfuite , qu il fort du 
ventricule une artère partagée difTèrem- 
ment en bas & en haut : mais de l'o- 
reillette , dit- il, part une veine qui 
femble venir du foye. 

La grande artère qui vient du cœur, 
fe replie de chaque côté au delTus du 
cœur autour de la trachée , <Sc elledef- 
cend ainli par le dos en jettant de cha- 
que côté des petits rameaux. 

La trachée fe divife d'abord fous le 
r.arinx en deux troncs remarquables , 
dont l'un fe porte vers le côté droit du 
cou , 6c l'au "c vers le gauche : tous les 
deux encrent de leur côté dans la poitri- 
ne, &, avant de s'approcher du poumon, 
formencch cun en particulier un cercle 
en s'entortillant d'"ne façon imguliére. 
LaNaturea donné ce contour aux bran- 
ches de la trachée artère de la Tortue, 
afin que quand elle enfonce le cou dans 
les épaules , le cercle s'agrandifle & que 
la trachée-artète ne foit point forcée, ni 
nerèfiflèà cette a£lion : parconféquent, 
dans tel état que foit cet animal •' -.-on- 
fervc toujours la liberté de xcfp crc Ce 

cercle 



SUR LA Physique 

cercle fèrt aufîi à foucenir l'Aorte , qui 
s'entortille & fe roule autour du cercle 
comme autour d'une poulie. 

Les anneaux qui forment la Trachée, 
font très-lblides , même jufques dans les 
poumons , dans lefquels ils ont des ou- 
vertures confidcrables, qui fe répandent 
aux lobes de ces vifcéres , ce qui fait que 
le vent introduit dans la Trachée ne pé- 
nétre pas d'abord tout le poumon en ea- 
tier; mais la première partie feulement. 
Par une féconde refpiration l'airs'avance 
dans la féconde & dans la troifiéme par- 
tie, félon le befoin de l'animal. Moyen- 
nant ce méchanilme, le poumon fe gon- 
fle & s'emplit , & les fondions de la ra- 
réfraétion du Sang fe font fans peine. 

La Tortue de Terre a deux poumons 
fort grands , placés de chaque côté ; ils 
s'étendent depuislagorge fur tout le dos, 
& au delà de la moitié du corps , & vont 
aboutir vers les parties inférieures ; cha- 
cun fe divife encore en quatre ou cinq 
lobes qui reflemblent allez à des vei- 
lles. 

Quant aux Obfervations que j'ai fai- 
tes moi-même fur le Cœur & iur les pou- 
mons de la Tortue de Terre , & furcelle 
d'eau douce , (que je crois être la même 
que celle de Mer) je me fuis apperçu 
que le P. Plumier avoir parfaitement 
bien décrit le Cœur de cet Animal Am- 
phibie ; mais qu'il n'avoi pas remarque 
que les oreillettes fe goniloient en les 
foufflant, comme celles des Tortues de 
Terre, dont parle Blafe. J'ai aufTi décou- 
vert que les veines laétécs du Méfentére 
vont aboutir dans les poumons & dans le 
foye où elles s'anaftomofcnt avec la vei- 
ne & les artères , poumonnaires îs: hé- 
patiques. 

J'ai au(î) remarqué dans celles de 
Terre , que Blafe n'a pas apperçû les 
veines du Cœur ; il ne parle que de l'A- 
orte , & de la veine Hépatique qui fe 
Année 1 7 J i . Tome L III. Part. 



ET SUR Peinture; 'l^J, 

dégorge dans l'oreillette. II dît que la 
Tortue de Terre n'a qu'un feul ventri- 
cule (Se une feule oreillette ; c'eit par- 
ler contre les faits. Apparamment que 
Blafe n'a pas apperçu la valvule qui ié- 
pare les deux ventricules , parfon relâ- 
chement , peut être ; fce qui peut arri- 
ver après la mort du fujet ) : c'eft par 
la même raifon que M. Duverney croyoic 
auflî que le fang fe communiquoit dans 
les ventricules : c'eft ce que je n'ai pas 
trouvé. J'ai obfervé au contraire que 
le Cœur de la Tortue de Terre eft faic 
comme le Cœur de celle de Mer, qu'il 
a une valvule qui fépare les ventricules. 
Ils font exaftement féparés lorfque la 
valvule fe baiiïe , & le Sang ne fe com- 
munique point du tout du ventricula 
gauche dans le ventricule droit ; mais 
il paflè fans retour du ventricule droic 
au ventricule gauche. 

Cette circulation defanft 77it/e'dans la 
Tortue , eft ridicule ; car fi le Cœur de 
la Tortue n'avoit qu'un ventricule , dans 
le mouvement de Siftole , le fang feroic 
autant repoulïé dans les veines que dans 
les artères ; & dans le mouvement de 
Diaflole, il feroit autant attiré de l'un 
de ces vaifleaux que de l'autre. C'ell 
une faute que l'on ne peut palTer dans 
quelque endroit qu'on la trouve. 

La plupart des Auteurs fe contentent: 
d'expofer les parties animales des Brutes, 
fans approfondir leur Méchaniline, & fe 
foucient fort peii des comparai fons 
qu'on en peut faire avecle Méchanifme 
des hommes : ce qui les conduiroit ce- 
pendant à découvrir la véritable Struétu- 
re & l'ufage de nos organes , & la nature 
des fluides & des folides qui nous c m- 
pofent. Car fi l'on s'imagine quel' Hiftoî- 
re Naturelle foit une fnnplc recherchede 
curiofité, on eft dans l'erreur : elle eft 
bien moins un amufement, qu'une étu- 
de pour connoître ce qui peut avoir 

V 



1^6 



Observations sur l' 



rapport a nous mcmes. 

Nous cherchons les caufes des mala- 
dies qui nous affligent , & par confé- 
quent le remède que nous pouvons y 
apporter : cependant, quoique les hom- 
mes ayent déjà beaucoup travaillé fur 
cette niacicre, iK n'ont peut être pas fait 
la moitié du chemin qu'il convient de 
faire, pour la parfaite connoiilance du 
corps humain. 

M. Duverney * a crû que la Tortue ne 
refpiroit qu'en marchant ; elle refpire 
pourtant dans l'état le plus tranquille, & 
même au fond dj la Mer & enfoncée dans 
la Terre. Enfin ce célèbre Anatomifte 
croyoit que dans le Cœur delà Tortue le 
Sang Veinai fe communiquoit avec le 
Sang Artériel ; tandis que l'un ne peut 
communic]uer dans le Cœur avec l'au- 
tre» fans que le mouvement de la circu- 
lation fedétruife. 

Quant à la nature du Sang, il n'efl pas 
difficile de s'appercevoir que l'air (eul 
eu. la caufe de fa chaleur & de fa flui 
dite. L'air refroidit les corps dépourvus 
d'avion <Sc de mouvement , d'où les par- 
ticules de feu s'évaporent , parce que cet 
élément reçoit avec facilité les parties 
ignées dont les corps fe dépouillent ; 
mais dans les corps animés , où il fe fait 
des impulfions continuelles de cet élé- 
ment, les parties groffiéres qui le com- 
pofent , s'écartent en dehors , & les plus 
fubtilesfon retenues, &, parconféquent, 
étant portées dans le Sang, réchauffent 
& le raréfient bien loin de le refroidir. 

I.a Tortue de Terre a le Sang plus 
épais que celui de l'homme; mais il 
n'efl pas moins chaud & fluide. J'ai ob- 
fervé que l'Été, lorfqu'ellesrcfpirent fur 
Terre , leur Sangeftaulîi fluide que ce- 
lui des autres animaux ; & alors l'oreil- 
lette du Cœur eft dilatée & fait place au 

" Ce D'cft pas l'Auteur de la Myologie que 
j';ù donnée au Public, 8c ious lequel j'ai ap- 



HisTOiRE Naturelle; 

plus grand volume de Sang que leâvait 
leaux de ces animaux contiennent. C'eft 
alors qu'elles entrent en amour & qu'el- 
les fongent à produire & amalîer leurs 
Oeufs, mais l'H i ver la Tortue refle dans 
l'inadion , fe caciie dans des trous , s'en- 
fermedansla Terre : l'oreiliete du Cœur 
fc rellerre, la capacité du Sang diminue, 
il b'épaiflît, il contient moins de par- 
ties ignées , il circule avec plus de peine; 
mais il circule toujours. Elle refpire dans 
la Terre , mai'^ré l'opinion de M. Du- 
verney. Nous ne refpirerions pas , nous 
autres, fi on nous cnterroit tout vivans; 
parce que nos poumons font plus foi- 
bles , & qu'il nous faut beaucoup d'air 
& de feu, pour réparer les particules qui 
fe diflipent continuellement de notre 
corps, &dont tous nos mouvemens ont 
befoin : l'inaftion totale nous feroit mor- 
ttlle : & quoique l'air &. le feu pénétrent 
h Terre , ce que tout le monde fçait , ils 
ne la pénétrent pas alTez pour nous : 
mais la Tortue alors en ménageant les 
provifions qu'elle a fait auparavant dans 
ion ventricule , & n'en retirant que quel- 
ques particules de tems en tems dans les 
poumons , par la voye du méfentére , 
(que nous avons obfervé aboutir dans 
ces vifcércs) elle les raréfie autant qu'il 
lui efl poffible , & , de là , ces particules 
entrent dans le Sang par les veines. Il 
n'eft pas difficile de croire que les pou- 
mons de la Tortue , par leur force & 
leur élafticité , à travers la fente inper- 
ceptible de fes Lèvres racornies, ne fépa- 
rcnt l'air fubtil & les parties de feu, de la 
Terre même. Cela eft fi certain , qu'en 
ayant fèllé une dans du plâtre , que j'a- 
vois enduit de poix par deflus , elle mou- 
rut dans une heure de tems ; au lieu 
qu'elles pafTent plufieurs mois dans la 
terre fans mourir. Il eit arrivé de piéme 

pris l'anatomie. 



SUR. LA Physique et sur la Peinture; 



ï4r 



h, le ventricule droit, / le rentricule 
gauche. 

Figure 3. 

k La trachée artère , l les bronches; 
le cœur, «les oreillettes, les gros 



7n 



vailTeaux , p les branches d'artères qui 
vont £u méfentére , q le méfentére , r 
les veines laftées qui aboutilTent aux 
poumons , s les poumons , t la fubllan- 
ce du poumon & la diftribution des 
branches. 



à celle d'eau douce ; d'otj ie conclus que 

l'air efl: abfolument néceflaire à la vie de 

tout animal , même Aquatique , dont le 

Sang ell le baume & la fource des ef- 

prits. L'air feul peut raréfier le Sang & 

réchaulFer par les particules de feu qu'il 

contient en abondance. Les animaux 

qui , au contraire n'ont pa'< de Sang , 

comme les Limaçons , vivent fans une 

continuelle refpiration. 

Les Tortues de Mer , ainfi que les 

poiffons , fçavent au fond des eaux fépa- 

rer les parties d'air & celles de feu , des 

parties d'eau qu'ils refpirent , pour entre- 
tenir la fluidité de leur Sang, ainfi que 

nous failbns de l'air fubtil & des parties 

ignées d'avec l'air humide Se grolîicr de 

notre Atmofphére. 

La rtruiSure du Cœur de la Tortue & 

celle de Tes poumons font une preuve de 

lanéce/îitéqueleSanga deTairSc du feu, 

pour entretenir faHuidité & fa chaleur. 

De là nous pouvons infçrer quelebon air 

&; les alimens chauds font un grand remè- 
de aux maladies qui dérivent de la Coa- 
gulation ou de l'épaiiriflement du Sang. Les Auteurs François & Latins , onc 

Nous allons expliquer les figures de cette afîez fatisfait les Amateurs fur cette par- 

Obfervation. tie del'Hifloire Naturelle , & je ne puis 

Voye^ la Planche B de VHiJIoire Natu- mieux faire que de rapporter ici tout 

ce qu'ils nous ont déjà dit de plus effen- 
tiel, & de mettre dans une même Dif- 
lertation toutes leurs remarques. 

La Tortue eft un Animal connu de- 
puis longtems : il y en a de trois efpe- 
ces ; celles qui féjournent dans la Mer, 
celles qui ne rampent que fur Tei re , & 
enfin celles qui barbotent dans les Ma- 
rais &qui fe promènent au fond des Ri- 
vières. Celles de Terre & celles de Mer, 
ne différent guéres que par les pattes & 
la couleur de l'écaillé; elles différent 
auflî par le mufeau ; les uns l'ont plus 
pointu les autres plus èmoufré,& quel- 
ques unes en forme de bec d'Aigle. 
Leur Coquille ou leur Couverture, eft 

Vij 



OBSERVATION XIIL 

Sur les Tortues en général & leur utilité. 

AYant dilTertè fur les parties internes 
de la 1 ortue , il eft à propos d'ob- 
ferver l'hifloire générale de cet Animal 
amphibie , qui , outre les merveilles de 
fes organes , eft encore utile aux Honi'» 
mes par une infinité d'autres endroits. 



relie des Quadrupèdes , où ejî l'oreille de la 
Tortue. 

Figure 2. 

Les figures marquées z repréfenrent 
les diverfes fituations & les coupes du 
cœur de la Tortue. 

abc , la partie poflérieure du cœur 
de la Tortue; 

bc les deux oreillettes ; 

ef, bc f h partie antérieure de ce vif- 
cérei 

e , la Veine Cave, l'Aorte , & le tronc 
pulmonaire ; 

/, la pointe du Cœur; 

bc , les oreillettes. 

ghi,la. coupe du Coeur; 



-f» 



fï-iS 



Observations sur l'Histoire Naturelle," 



fort dure & extrêmement légère. On 
voit encore des Nations fauvages dans 
l'Amérique, qui le fervent de grandes é- 
cailles deTortue pour faire des boucliers 
& parer les coups de fl-éches qu'ils le dé- 
cochent dans leurs combats. 

Dans les Tortues ainfi que dans les 
Lézards » la queue eft plus dure que 
dans les autres animaux ; elle eft courte 
Sirenipliede petites plaques , cncliallées 
dans les tégumens. Leurs partie^Géni- 
tales font placées fous l'origine de arxe 
queue, de forte que, malgié l.i boete 
dans laquelle elles font enfermées, el- 
les peuvent encore s'accoupler. On en 
trouve de plulïeurs grandeurs elle> fo.it 
fort grandes fur les bords de laMcrRou- 
ge ; 6c dans quelques viiles de cette par- 
tie de l'ancien Monde , on les tranfpor- 
te puur les vendre dans les marches & 
dans les places publiques -, on en trouve 
aulfi de fort grandes dans l'IHe de Zuo- 
fora en Afrique , 6c dans l'fla de Mmvi- 
cie , que quelques uns croyent ccre l'an- 
cien Ceratw. Ces Anioiaux fenourriflint 
fur Terre, de plufieurs Ibrces d'heibes 
6c de bled de Turquie ; ils fon fort 
friands des Vers &. des Limaçons. J'en 
ai vu de privés dans des maifons ; on les 
nourrilfoit de fon & de farine, & on leur 
donnoit auffi toutes fortes de fruits. Ces 
Tortues croient tort familières ; les En- 
fans jouoient avec elles , & fiiôt qu'ils 
s'étoient campés fur leurs dos, elles fe 
plaifoient à les promener dans les cour^ 
oc dans les 'ar 'ins. On en élève dans les 
Pays chauds pour détruire îts puces, i 
ce que l'on prétend , mais ie n ai jamais 
pu c imprendre commen; un Animal fi 
matériel & li peu agile pouyoit attraper 
fes Infedes. 

Les 1 ortues s'accouplent comme les 
Vivipares ; mais la femelle ne fe rend 
qu'après avoir été extrêmement excitée 



turc l'a privée de certains défir^s. LaToP» 
tue terreftre fe cache dans les Cavernes , 
& s'enfonce dans la Terre pendant l'hi- 
ver fans prendre aucune nourriture J 
mais elle en fore , fitôt que les chaleurs 
fe font feiitir : on s'apperçoit dj kur re- 
tour par le> lifflemens que l'on entend 
dans les endroits qu'elles habitent. On 
piérend qu'elles iont ennemies des Scr- 
pcns , 6c lorfqu'elles vont au combat 
contre ct's adverfaires venimeux, elles 
ont fomdc fe munir d'une certaine her- 
be , que Pline nomme Origan. 

On le ferc de la chair de Tortue dans 
la MéJecine ; lile fert de remède con- 
tre la Ptiiie Si l'Hidropilie : la coquille 
brûlée eft bonne pour guérir ceux qui 
font .ittaqucs de la Fillule. Marcdhis d« 
qu'en faifant cuire les pieds de la Tor- 
tue avec de l'huile & du vin , ils gué- 
rill'ent les U Icéres ; 6c la fumée qui iort 
de cette cuilTon eft très bonne pour 
guérir les perfonnes qui font attaquées 
des Hémorroïdes. Selon Pline , le fang 
de laTortue guérit les fluxions des yeux 
6c éclaireit la vue. Le mélange de fon 
fiel avec le miel emporte les 1 aches de 
la Prunelle. L'écaiile brûlée, pilée <Sc 
mêlée avic du blanc d'œuf , eft propre 
à faire difparoît e les Cancers, félon Ra- 
jan. Si nous ajoutons fui à Crollus , les 
coquilles brûlées font bonnes pour fai- 
re difparoitre les Hernies. Le fang de la 
tête de la Tortue féché au Soleil , eft 
un remède contre la Fièvre ; il guérit 
aulfi les Teigneux & les Ulcères qui 
viennent à la tête. Les Oeufs de la 
1 ortue font propres à guérir la Coque- 
luche dans les eiif.ms , & l'on s'en fert 
aulfi dans les autres Rhumes. L'écaillé 
eft bonne pour guérir l'ébullition de 
Sang. La Tortue eft propre encore à 
guérir quanti é d'au. ras maladies , com- 
me le Scorbut , &c. les Maiii iers n'ont 



par le mâle. Appareioment que la Na- prefque pas d'autres remèdes. 



Sur la Physique e 

Carhilius Pollion die cjue le mâle de la 
Tortue a une palTion prodigieufe pour 
s'accoupler avec la Femelle. La Fe- 
melle des Tortues de Mer va tous les 
ans- pendant quelques mois, 6c une ou 
deux fois la femaine , pondre fes œufs 
fur le rivage, un peu au-deflTus de Fen- 
droit où Ics vagues pourroient les fu- 
nierger , & les encerre adroitement dans 
le fable , mais de façon cependant que 
Je Soleil peut encore les échauhcr. Le 
nombre qu'elle mec bas chaque fois eft 
étonnant ; il va fouvent jufqu'à 8û il eil 
rare néanmoins que d'une fi belle cou- 
vée eFe fauve plus de 4 ou j petits; 
quoique le Soleil les faflTe tous éclore , 
en voici la raifon. Lorfque ces petites 
Tortues , auxquelles les iMeres ne peu- 
vent donner du fecours , vont fe retirer 
dans la M er , elles font croquées par les 
Animaux terreftres , qui rodent fur le ri- 
vage ■ & lorfqu'elles ont eu le bonheur 
d'y parvenir , leur légèreté les fait fur- 
nager , & elles ne peuvent plonger qua- 
vec peine ; pendant ce tems-ià les oi- 
feaux de Mer, mangeurs de poiflons, les 
enlèvent , & les brifent en les laifl'ant 
tomber fur des rocher;, , de la même ma- 
nière que les Corneilles brilent les Co- 
quillages iur les côtes maritimes de la 
Bretagne. 

On prend la Tortue de Mer fur Ter- 
re, cVll-à-dire , lorfqu'elle y va pondre 
fes Oeufs , on examine fes trace> far le 
fable , & on la fuit à la pide : cependant 
fitôt qu'elle entend le bruit elle marche 
un peu plus vite & retourne vers le ri- 
vage , mais on lui en coupe le chemin 
avec facilité , & on eiï'aye , avec des har- 
pons , de la tourner fur le dos. Il ne faut 
pas cependant la pourfuivre de trop 
près , parce qu'elle jette avec fes naiieoi- 
ïes une fi grande quantité de fable pour 
fe garantir , qu'on pourroic en être aveu- 



T SUR LA Peinture. '^14^ 

glé , ce qui arrive quelquefois à ceux qui 
font trop preflés. 

La Tortue de Mer fumage quand 
elle veut , & fe répofe même fur l'eau , 
& s'endort tranquillement , fans prévoir 
le danger qui fouvent la menace ; on 
eft étonné d'en rencontrer d'une grof- 
feur énorme qui , comme un morceau 
de liège flottent au gré des vagues. Ce 
qui n'eft pas difficile à croire, puifque 
cet Animal a des poumons extrêmement 
grands & fpongieux , qui fe gonflent , 
comme font ceux de la Grenouille : el- 
le peut alors , com.me tous les Animaux 
amphibies , nager commodément & 
mettre en œuvre fes pattes qui lui fer- 
vent de nageoires, comme celle des Ca- 
nards. La Tortue marche fur Terre & 
dans l'Eau d'où elle fort fouvent pour fe 
promener lentement fur le gazon, ou fur 
le fable. 

La Tortue franche , que l'on trouve 
en Amérique , n'a pas l'écaillé bien bel- 
le , mais la chair en eft excellente & très 
recherchée par les Mariniers, qui dans 
les voyages de long cours , quand les 
autres provifions manquent , n'ont rien 
de mieux pour fe rafraîchir & pour fe 
guérir des infirmités de Mer. 

Une leule de ces Tortues peut don- 
ner jufqu'à deux cent livres de chair, 
dont on fait des provifions maritimes, 
après l'avoir falée comme le Dœuf. 

LenCarref eft une autre Tortue très- 
groflTe (auflî bien que la Tortue franche) 
d'une chair moins délicate ; niais cette 
Tortue eft très -recherchée pour fon 
écaille, qu'on façonne comme on veut 
en l'amollilTanc dans Feau chaude , & 
la mettant dans un mou'e à Tabatière, 
ou de tout autre bijou , que l'on preflfe, 
enfuire avec des prelles de fer extrême- 
ment fortes On la polit après , on y 
ajoute des cizclures d'or ou d'argent j 



riytf Observations sur 

ou d'autres ornemens , comme dans 
ces Tabatières d'ancienne Mode. 

La 1 orcuc de Mer paie l'herbe au 
fond de la Mer le long de piufieurs Illes 
de l'Amérique . où il y a peu de tond ; 
& les voyageurs rapportent que, quand 
Ja Mer elt calme & le tems ferain , on 
les apperçoic facilement. Elles vont 
quelquefois à l'embouchure des Riviè- 
res chercher l'eau douce ; elles aiment 
à refpirer le grand air dans les tems cal- 
mes , & à montrer leur bec fur l'eau : 
elles s'y endorment même quelquefois 
( comme nous venons de dire ) avec dé- 
lices ; mais fuôt qu'elles font éveillées 
par quelque biuic , elles fe replongent 
avec une vîteiTe extrême , & fe préci- 
pitent comme des pierres au fond de 
l'eau. 

Je ne donne ici que la figure de la 
Tortue terreflre , qu'on appelle Squamis 
aureis tefjellata, c'elVà-dire , marquetée 
d'écailles dorées. 

Voye?^ la Planche C de VHijloire Natu- 
relle des Quadrupèdes. Je crois que c'efl 
de celle-ci que nous avons 1 idée de for- 
mer les parquets & les ouvrages à la Mo- 
iaïque. 



OBSERVATION XIV. 

Nouvelle defcription des Congellatia/is des 

Grottes d'Arci en Bourgogne. 
Par M + * * de la Société Royale de Lion, 

LEs endroits les plus cachés font 
ceux que la Nature , choilic préfé- 
rablement pour fes opérations : les mé- 
taux, les diamans , les pierres, & au- 

* M. Perauh origine des Fontaines p. 275. 

M. C'ugni Lieutenant Général du Baillage 

lie Dijon dans les Mémoires de Littérature re- 



l'Histoire Naturelle; 

très produftions , que l'on appelle prc- 
cieulës par excellence , en un mot les 
chofes que nous elUmons le plus , ont 
pour matrice le fein même de la terre. 
Elles s'y trouvent cachées prefque dans 
fon centre, 6c environnées de Rocs, qui 
les défendent de notre avidité, les Ca- 
vernes, qui par leur profondeur & leur 
obfcurité , femblent être à l'abri de nos 
recherches, renierment ordinairement 
quelques fingularités , qui , fi elles ne 
font point propres à fervir nos beloins, 
ou notre luxe , n'excitent que d'avanta- 
ge notre admiration. 

C'efl; de ce genre qu'eft la grotte d'Ar- 
ci , quijoffre à la vue les décorations les 
plus variées, & dont la Nature fe plaîc 
à changer dans tous les inftans, l'ordon- 
nance & les proportions. Ceft pour cette 
raifon que les defcriptions que nous 
avons de cette Grotte, différent en piu- 
fieurs points , &. qu'aujourd'hui les ta- 
bleaux qui en ont été tracés , ne font 
plus relTemblans * , foit parce que les 
uns ou les autres peuvent les avoir con- 
fidercs fous différens points de vue , 
foit parce que les Congellations qui 
rendent cette Grotte remarquable , 
changent tous les jours de forme & de 
figure, à méfure qu'elles difparoilfentou 
qu'elles prennent accroillement. 

Je ne fuivraidonc point l'exemple des 
Obfervateurs , qui ont examinés cette 
Grotte ; ce feroit travailler inutilement , 
que de s'attacher à peind re de» ouvrages, 
qui ne font, pour ainfi dire.que des traits 
de defleins , & auxquels la Nature re- 
touchée chaque inftant.Al'imitation des 
bons Peintres, qui en ébauchant nefinif- 
fent point tout-à-fai: leurs ouvrages, pour 
lâilTer un champ libre à leur imagina- 

cueillis par le P. des Moleis de l'Oratoirci 
1 Vol. 





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-**» 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



îîon , je n'entrerai point dans des dé- 
détails inutiles , & au lieu de furchar- 
ger mon Tableau , j'aime mieux laifler 
imaginer au Ledeur ce qui eft fouvcnt 
inutile de mettre par écrie. 

Les Grottes d'Arci font ainfi nom- 



Ï51 



joignent dans le fond de la Caverne, 
dont la longueur eft d'environ 30 ou 
40 toifes. 

La température de l'air y eft fort dou- 
ce ; quelque tems qu'on y refte on ne 
s'en trouve point incommodé , & elle 



niées à caufc du voifinage à'Arci-, villa- paroît la même que dans la Grotte de la 



ge aflez confidérable dont elles dépen- 
dent , prés de Mailli la ville, à deux 
petites lieues de Vermanton j & à 4 
d'Auxerres , en Bourgogne. 

Le pays d'Arci , eft un pays de Ro- 
cliers accumulés les uns fur les autres, 
dont les EciiosréjouifTent agréablement 
l'Ouïe fi on leur fait répéter le fon de 
quelque voix : c'eft dans une de ces 
Montagnes qu'eft creufée la Grotte que 
je vais décrire , elle commence, où la 
petite rivière de Cure , de Core ou de 
Cfnires , décrit un demi cercle , au def- 
fous d'Arci. 

Cette Montagne efl formée d'une lon- 
gue chaîne de Rochers , efcarpés , qui 
bordent le rivage où lerpententles eaux 
de la petite rivière , qu'il faut pafTer 
au Gay , appelle Gay des Entonnoirs, 
pour arriver à l'entrée de la Caverne , 
qui efl abfolument cachée par d'épaif- 
fcsbrouflailles. Mais lorfqu'on les a tra- 
verfécs , on trouve une petite Salle, ou 
pour mieux dire une efpeced'EntrefoI , 
dans laquelle on eft obligé de fe baifler, 
pendant quelque tems, pour arriver à une 
porte quarrée qui n'a pas plus de quatre 



Balme en Dauphiné , qui n'eft pas tout- 
à-fait d'un degré au delfous de l'air des 
caves de l'Obfcrvatoire de Paris. 

Ces deux rues font d'une largeur dif- 
férente dans leur étendue , ce qui joint 
à ce que le plancher eft plus exhaufle 
ou plus bas dans certains endroits , com- 
pofe plufieurs Salles féparéesdont quel- 
ques unes ontjufqu'à 10 toifes de lar- 
ge, & quelques autres , ao , 2 5 , ou 
même ^o pieds de haut. 

Si fœil eft étonné de la grandeur de 
quelques unes de ces Salles, &c de la har- 
dielTe de leur voûte , on eft en même 
tems frappé par un certain air de magni- 
ficence, que répandent lesCongellations 
de toutes forces de formes, qui (fi je puis 
m'exprimer ainfi , J y végètent de tout 
côté. 

Les unes font à terre & repréfentent 
des bornes, des pierres, des pilaftres , 
des aiguilles à demi travaillées , & rou- 
lées ça & là. Quantité de Colonnes po- 
fécs toutes droites comme fur des pieds 
d'eftal paroiftent foutenir les Salles où 
elles fe trouvent ; elles font entremê- 
lées d'Obelifques Scd'efpéces deConfo- 



pieds de haut & de large , fermée à Aes, dont la furface inégale & raboteufe 
clef. forme comme des Hyerogliphes myfté- 

rieux ; il y a de ces Colonnes , qui ont 
plus de 19 pouces de diamètre , & i 5 
ou 20 piedsde hauteur; d'autres fervent 
d'ornement à la voûte d'où elles defcen- 
dcnt en bas , les unes plus , les autres 
moins, avec une diverfué admirable : il 
y en a qui viennent jufqu'à terre , où le 
joignant enfemble , elles font dans Is 



Cette porte caverte ) offre d'abord 
une defcente , très - mauvaife , où il 
faut marcher à pas compté, femée de 
quartiers de pierres fort gros qui s'é- 
Jévent fous la voûte , & obligent en 
plufieurs endroits de fe courber , jufqu'à 
ce qu'on trouve deux ouvertures , qui 
conduifeoc dans deux loutes qui fe re- 



ij^ Oeservatioks sur 

milieu du cliemin des Malîirs de toute 
forte de figure , Si des Grouppes dont 
les enfonceinens & les rehauireiiiens , 
forment des Perlpcâives bizarres , & 
extrêmement diverfifiées. 

Dans quelques endroits de Ja Grotte, 
il fe trouve des avances, des angles 5c des 
enfoncemens , qui conjointement avec 
la voûte qui s'abaifle fur les côtés , for- 
ment des petits Cabinets où l'on trouve 
une profufion étonnante de ces fortes 
d'ouvrages. II femble que ces creux 
ayent été pratiqués pour être comme 
des Attelliers, ou des Magazins dans 
lefqucls on auroit ramaiïe divers é- 
cliancillons de toute icfpéce , dont les 
uns font renverfés , d'autres droits, & 
qui font enfermés par un rang de pe- 
tits Piliers & de petites Pyramides delà 
même nature, qui terminent l'enceinte 
de ces fortes de Bofquets dont quelques 
uns font fi remplis , qu'on ne peut y pé- 
nétrer. 

Cette multitude de Congellations , 
diffJremment placées & figurées, ne con- 
tribuent pas moins que la différence des 
dimenfions de ces Salles , la figure 6c 
rinégalité des voûtes , à produire les 
Echos admirables qu'on remarque dans 
cette Grotte , en reHêcliiiTknt les ondu- 
lations de l'air , Se les réunilfant dans des 
Foyers, d'où elles font enfuitc renvoyées 
dans d'autres. 

On fçait que les Ecliosfe rencontrent 
prefque toujours dans les Bâtimens , 
dont les murs forment des angles aigus, 
& dans les Palais où il y a des Colonnes, 
ou d'autres femblables ornemens d'Ar- 
chiteiflure , qui font les plus propres à 
réfléchir les ondulations de l'air , & à 
les réunir dans un Foyer. Ces Echos fe 
trovive;it même augmentés par la ftruc- 
ture de ces piliers de Congellation, dont 
la plupart; font creux intérieurement, 
ce c^ui rend les fons plus clairs. Ne fe- 



l'Histoire Naturelle ; 

fcroit ce pas quelque Caverne de cettfii 
forte, qui auroit donné l'idée de ce qui, 
felonVicruve, fe pratiquoit en divers en- 
droits de la Grèce & de l'Italie , où on 
rangeoit avec art fous les dégrés du 
Thtatre , dans des efpaces voûtés , des 
vafes d'Airain afin de rendre plus clair , 
le fon de la voix des Adeurs , & faire 
une efpéce d'Echo. 

Les murailles de la Grotte font aulïï 
ornées de Congellations; celles-ci , font 
différentes, il fembleroit que ce feroia 
des Linges, ou des pièces deDraps qu'oa 
auroit étendu fur le mur pour fécher, 
elles font comme plillées , & attachées 
négligemment à pluiîeurs rang les unes- 
auprcs des autres. 

Toutes ces Congellations font plus 
ou moins blanches, il y en a qui le dif- 
putent au Marbre ponr l'éclat ; d'autres 
font trèsbriilantes , ôi on les prendroic 
pour du Grillai de Roche , furtout fi on 
vient à les calTer ; ( j'oferois prefque af- 
furcr, que c'cflla tiicme matière de l'Al- 
ballre) on ne voit aucune de ces Con- 
gellations, qui foient de couleur rouge, 
comme l'a avancée, M. Perrault , & qui 
avoient fait appeler Ja Salle où elles fe 
trouvoient la Boucherie. 

Parmi toutes ces produdicns qu'on 
rencontre à chaque pas dans cette Grot- 
te, il y en a qu'on fait remarquer par 
defTus toutes les autres. De ce nom- 
bre efl ralTemblage de cinq gros Pi- 
liers de huit à dix pouces de diamè- 
tre , & de 5 à 6 pieds de haut , aran- 
gés l'un près de l'autre , & qui reprè- 
fentent une petite Fortereffe. Ces e'pé- 
ces de Tourelles qui font creufes en de- 
dans, étant frappées avec un bâton, ren- 
dent pendant longtems des fons fort 
clairs , ce qui les a fait appeller les Or- 
gues, 

Dans le Duché de Brunfxwick , en 
Allemagne, il y a une Caverne pareilles 

dans 



SUR. LA Physique et sur. la Peintur-E. iç? 

dans laquelle il y a de (emblables Pyra- cecte Caverne , & qu'elles fcmbler.t Ce 
mides , qui frappées avec un baron ren- plaire d'avantage dans cette pièce , que 
dent un Ion éclatant comme l'Airain. * dans toutes les autres , où l'on n'en voie 
11 y a encore un Groupe confidéra- pas ; même dans celles qui font voifi 



bie, qu'on fait remarquer aux Curieux, 
mais qui n'eft pas fi fingulier qu'on pour- 
roic l'imaginer d'après la defcriprion de 
M. Perrault: c'eft une portion de Co- 
lomne attachée à la voûte & qui à quel- 
que diftancede terre s'ell élargie, & for- 
me une mafle concave , & inégale du 
côté du fol , & convexe du côté du plan 



nés , non plus que dans l'autre allée 
de la Grotte. Liles font toutes ra- 
malTées en un pelotton qui forme au 
haut de la voûte comme une nuée 
noire & épailTe , qu'on croiroit être prê- 
te à tomber , étant comme fufpcndua 
en l'air, à douze ou quinze pieds du 
Sol de la Grotte , qui en cet endroit eft 



cher de la Grotte. Cette Congellation recouvert d'un monceau prodigieux de 

cil appellée la Coquille. leurs ordures. 

La Salle du Bal n'eft point non plus Dans les deux Rues , on trouve aufli 

quelque chofe de fi merveilleux , c'efl à différentes diftances , des amas d'eau , 

un endroit féparé de la pièce voifine par qui font de la même natureque celle qui 

une garniture de Ccngellations qui pen- diftille dans tous les coins de la Grotte , 



dent du fommet de la voûte en manière 
de franges ou de feflons. Dans le refte de 
cette Salle on trouve peu de Congella- 
tions.mais la voûte qui eft platte, & d'u- 
ne pierre jaunâtre , fort mince, eft en- 
duite d'une matière terreufegrafte, bru- 
ne & trèsfine, que l'humidité, qui tran- 
fude de la pierre, délave & fillonne en 
manière de petits delleins , à peu près 
comme les traces que font les vers fur 
du bois. 

Cet Ouvrage qui s'efface aifément, 
étant produit par l'humidité & n'ayant 
aucune confiftance, & l'étendue de cet- 
te Salle qui peut avoir trente pas de lar- 
geur fur quinze pieds de hauteur, lui 
avoient fait donner le nom de Salle du 
Bal , par M. le Prince de Condé , lorf- 
qu'il vît cette Grotte , d'où on la nom- 
me auifi la Salle du Prince. 

Enfin il y a une de ces chambres , 
qu'on pourroit très bien appeller la Sal- 
le des chauve- Souris . attendu qu'elle 
fert de retraire à un effain innombrable 
de ces Animaux qui fe font établis dans 

* Obfervatîons curieii'es lur toutes les Par- 
ties de la Phylique ; article de quelques Fon- 
Annés 175 z.Tom. I. IlL Part. 



ceft-à-dire très-pure , très-claire , très- 
fraîche , & bonne à boire , n'ayant abfo- 
lument aucun goût, ni aucune odeur. 

Environ à trente toifes de l'entrée , 
en avançant fur la main droite, on fait 
remarquer un Baftin , qu'on nomme 
l'Etang , il peut avoir cinq toifes de lar- 
ge , fur quinze ou vingt de longueur, 
6c commence au milieu de la Grotte en 
s'étendant fur le côté , jusqu'au pied de 
la voûte , qui , en cet endroit , vient s'a- 
bailTer en ceintre, & former la muraille. 

Dans prefque tous les endroits dé- 
tournés & enfoncés de la Caverne , on 
rencontre de ces Marais ou Etangs , qui 
font très-confidérables , & où il y a 
toujours beaucoup d'eau. 11 y en a plu- 
fieurs qui font beaucoup plus étendu 
que celui que les gens du Pays font re- 
marquer , entr'autre un qu'on nomme le 
Lavoir, par rapport à des pierres qui font 
une digue aux eaux contenues dans ce 
baftin; lefquelles font longues , plattcs, 
coupées en long. & un peu inclinées, 
comme dans les Refervoirs d'eau , defti- 

taines extraordinaires, p. 147. 

X 



ij-^ Observations sur l'Histoire Naturelle; 

rés à laver du linge. De manière qu'à fins qui fonc à lec , une croUte , cTuft 

voir la façon don: ces pierres font ran- blanc éblouïfTant , cadante & fort inin- 

gccs fur le bord de ce: Etang , il fem- ce , qui eft le produit de l'eau , qui a 

bic que quelqu'un s'eft fait un plailir de fejournée dans lesCoquilies , & qui s'eft 

vouloir furprendie l'imagination, & fai- évaporée jufqu'à ficcité. 



re croire que ce: endroit a été fréquen 
té , au point que dans les premiers mo- 
mens , qu'on ne fonge pas à l'éloigne- 
ment du lieu où l'on ed , on feroit pref- 
que difpofé à chercher les traces des la- 
vandières 

L'extrémité de la Grotte qui efl l'en- 
droit de Réunion des deux Rues qui la 
compofent, eft une Salle fort fpatieufe, 
& fort élevée , ornée d'une efpéce de 
Parquet en Coquilles, larges chacune 
d'environ un pied & demi , qui dans les 
tems pluvieux, où il y a beaucoup d'eau 
dans toute la Caverne, forment des Nap- 
pes 5c des Cafcades, dont le coup d'oeil 
doit plaircinfiniment. 

Cet Ouvrage, qui eft le même que 
celui des Cafcades de la Grotte de la 
Balme . eft relTemblant , à celui que l'on 
nomme en Arehittfture, Ouvrage Ver- 
micule , n'eft pas fi bien confervé que 
dans cette dernière ; la plus grande par- 
tie des BafTms eft prefqu'entiérement 
iifée , & à fleur de terre ; le petit nom- 
bre de ceux qui ne font point endom- 
magés , eft recouvert du Limon de la 
Grotte , & le tout ne forme plus qu'un 
compartiment de Parterre , qui n'a plus 
rien d'agréable que fes enroulemens. 

Dans diiférens endroits de la Grotte , 
©n trouve quelques Badins de cette ef- 
péce , difperfés de côté & d'autre , or- 
dinairement détachés 6c feul-à-feul, 
dans lefquels on rencontre , comme à 



Ce détail doit fuffîre pour faire con- 
noître les Grottes d'Arey, je me con- 
tenterai d'oblerver , avant de finir , 
qu'elles font , fans contredit , des plus 
abondantes en Congcllations ôc des 
plus riches de celles que l'on connoifle: 
elles pourront un jour les rendre fort 
renommées ; furtout lorfque le vui- 
de , qui les forme , fera rempli de 
ces pierves , que je ioupçonne être d'Al- 
baftre. 



OBSERVATION XV. 

Suite de VHïJloire Naturelle de la 
Taupe. 

A Près avoir donné la Zoo-tomie des 
parties eirentielles de la Taupe, 
dans la première Partie, j'ai prorais de 
donner la figure de cet animal , fes ver- 
tus Médecinales 5c le fentiment des Au- 
teurs, fur fon Hiftoire Naturelle; c'cll 
ce que ;e fais prèfentemcnt. Mais dans 
tous ceux que j'ai déjà cités , je n'y trou- 
ve pas grand chofe non plus que dans 
les autres. Je vais feulement donner ce 
qui faut pour accompagner la figure co- 
lorée ci-jointe. 

Jonfion prétend que dans la Theflalie 
il y a tant de Taupes , que qusJques- 
uns ont publié qu'elles y avoient fappé 
& miné une Ville : ce qui paroît ridicu- 
ceux de la 13alme en Dauphiné , des Je & fuppofè. Voilà comme les Anciens 
pierres de différentes figures , inégales , s'amufoient à nous conter des fables, au 
brunes, & qui reffemblent aux dragées lieu de nous inftruire. 
qu'on nomme Pralines , d'où on les ap- Les Vers font la principale nourritu- 
pelle effedivement Pralines. re des Taupe-. ; c'eft pour cela qu'elles 

On trouve auflî dans ceux de ces Baf- aiment les Fumiers , & qu'elles fe plaw 






"^< 







/.'.y 




SUR LA Physique 

fent dans les Terres fumées. Elles fe 
rourriflenc auflî de racines , & j'ai re- 
marqué que le ventricule de celle que 
j'ai difféquée en étoic farci 5 mais au dé- 
faut des vers ôc des racines , elles man- 
genc la terre même , ce qui ne lesen- 
grailfent pas beaucoup & les tue à la fin. 
C'eil ce que l'on a éprouvé en les enfer- 
mant dans des vafes avec de la terre 
pour toute nourriture. 

Elles nuifent extrêmement aux Jar- 
dins potagers où la terre eft molle & 
bien fumée , & parcourent à merveille 
ledeiïbus des planches ; elles s'y pro- 
mènent comme nous faifons fur terre , 
& dans leurs courfes , elles dévorent en 
paiïant les racines des plus bellesLaitues, 
& celles des autres herbes potagères 
qui font le plus à leur goût. 

Pour les attraper & les détruire , les 
Payfans ont toutes fortes d'inventions. 
On leur en laide le foin ordinairement : 
les Naturaliftes ne s'amufent guéres de 
ces bagatelle5. Dans les Mailons rufti- 
ques & dans d'autres ouvrages de cette 
nature , on trouve quantité de fecrets 
pour les détruire que tout le monde 
fçait. 

L'on s'en fcrt dans la Médecine , & 
les Anciens Auteurs étoient perfuadcs 
que la dent arrachée de la Taupe, 
quand elle eft en vie , pulvérifée & mi- 
fe en pâte avec le Coclearea , appai- 
le les maux de dents. 

Les pilules faites de la chaif de Tau- 
pe paitrie avec du miel & avalées à 
jeun , guériflent les écrouelles. 

Sa Têce broyée avec la terre qu'il a ti- 
rée de dehors ,mtle en Pallilles & con- 
fervée dans uneboëte d'étain , fert de 
remède aux douleurs du Col. 

Le Sang de laTaupeeftfort vanté pour 
rétablir les poils; il efl d'un ufage mer- 
veilleux , à pluheurs fortes de maladies 

* Mois de Janvier , Février &: commen- 



ET SUR Peinture. i^f 

Cutanées, comme par exemple, à gué- 
rir les Ulcères qui fe forment à la raci- 
ne des ongles. 

Sa grailTe contribue à faire tomber la 
trop grande quantité de Cheveux. En ce 
cas MannelLus prefcrit & ordonne un 
onguent compofé de la graiffe de U 
Taupe & de la Chauve-Souris. 

La Cendre des Taupes fert aux Chi- 
rurgiens à guérir les Fiflules. 

Agricole prétend que l'on fait des cha- 
peaux des peaux des Taupes , qui fonc 
d'une extrême beauté & delà plus gran- 
de finelTe du monde. J'ai vu des habits 
fourés de la peau de ces animaux. 

Explication de la Planche B de l'HiJ^_ 
toire Naturelle des Quadrupèdes. 

Figure i. 
La Taupe dans fon état naturel. 

Figure z. 
La Taupe dépouillée de fa peau; 



OBSERVATION XVI. 

Sur la Génération du Limaçon, 

DAns laV. Obfervation de l'Hiftoi- 
re Naturelle , (de ce Volume) je 
dis que j'avois travaillé long- tems & a- 
vec beaucoup d'application pourconnoî- 
tre les parties du Limaçon ; mais que 
je n'étois pas ajj'uré de donner tout ce qui con' 
cerne les particularités de cet Animal. Ef- 
fedivement, j'avois beau diffequer dans 
ce tems-là* des Limaçons de tout âge ÔC 
de toute forme» & chercher les deux 
fexes dans leurs entrailles Ss. tout autour 
de leur figure ; je ne pouvois trouver ce 
que la Nature détruit l'hyver^ & qu'el-» 

cernent de Mars de cette année 175». 

Xij 



j<)6 Opservations sur 

le ne rétablir qu'au prin-.ems : c'efl aulîi 
ce qui m'a fait avancer, que^z quelquun 
étoitajje^ heureux pour découvrir les préten- 
dues verges du Limaçon que je ne pouvais 
trouver ni dans V Animal , ni en dehors , je 
luiferois obligé de m en faire part. 

J'avois fous les yeux le livre de M. 
riuche ; d'une main le Scapelle & de 
l'autre le Limaçon. Je venois de m'ap- 
percevoir que Al. PJuclie prenoic mal- 
a-propos les Cornes du Limaçon poxir 
des \eux, &ne trouvant pas les parties 
des deux Sexes dans l'Animal que je dif- 
féquois, il falloit bien dire que les Li- 
maçons étoient tous Mâles , & qu'ils ne 
s'accouploienc jamais. D'autant mieux 
que l'Auteur du Speftacle de la Natu- 
re po<ir preuve de fon opinion , delà- 
quelle j'étois en droit de douter , cice en 
marge ( page 24 ? . Tome I.) le volume 
de l'Hilloire de l'Académie des Scien- 
ces de l'année 1701. & qu'il n'y a rien 
du tout dans ce volume concernant ces 
animaux. 

J'avois bien d'autres Auteurs latins, 
qui admettent ces parties ; mais la Na- 
ture préfente démentoit leur fentiraent. 
Ce n'eft qu'aux Mémoires de l'Acadé- 
mie des Sciences à qui j'aurois ajouré 
foi, fi la citation ds M. Piucheeuc été 
plus exa>fte ; car j'avoue naturellement 
que ne la trouvant pas dans le volume 
indiqué , je la croyois bazardée. Ce 
n'eft que depuis ma première Diirei ta- 
tion , & à la mctamorphoie des Lima- 
çons dans le temsde leur Accouplement, 
que ie me fuis aviîé de parcourir toute 
la Tab!e des Mânoires de l'Acadénjie 
des Sciences ; & j'ai enfin trouvé dans 
l'Hiftoire de 1 Académie de l'année 
170S. page 48. une Dilfertation com- 
plette fur la Génération de cet Animal. 
11 eft dit même dans cette DilTertation : 
Que l'on examine par dehors un Limaçon 
gris de Jardin f hors dutems de fon Accou- 



l'Histoire Naturelle. 

pkmem ^ qu'on le dijjeque avei toute l'at^ 
tention pnjjible , on ne lui trouvera aucune 
partie qui ait l'apparence de devoir fervir à 
la génération. 

Je" n'ai donc pas tort , quoi que je me 
fois trompé; M. Pluchc auroit nùeux 
fait de citerceci que de donner à la plaça 
des Lunettes d'approche , à un Animal 
qui ne les a jamais connues. De forte 
que tout ce que cet Auteur cite de 
Meilleurs de l'Académie eft exaâe- 
ment fondé fur le vrai , & tout ce qu'il 
donne du fien eft contraire auxobferva- 
tions que l'on peut en faire. D'une autre 
part, tout ce que )'ai dit moi-même fur 
FAnatomie des Vifcères de cet Animal 
eft trcs-exad. L'état même des parties 
du Limaçon pendant les (aifons froides, 
eft conforme à mes expofitions ; mais 
j'ai eu tort de dire qu'il ne s'accouploic 
jamais. 

Pour dédommager le Public , je me 
fuis propole de donner ici le deflein 
exa£l de ces Parties, qce l'on ne trou- 
vera dans aucun Auteur ; je donne- 
rai aulfi celui que Meffieurs Harder & 
Malphighi ont dcxmé , où il n'eft pas 
queftion des parties des deux (exes , & 
que je crois le plus étendu. Je citerai 
ce que ces Auteurs difent du Limaçon 
ÔC l'Oblervation de Melfieurs de l'Aca- 
démiedesSciences,à laquelle je prendrai 
la liberté d'ajouter quelques nouvelles 
remarques, fans cependant contredire un 
fcul mot de ce qui fe trouve dans la: 
fçavante Differtation qu'ils nous en ont 
donnée. 

Extrait d'une Lettre de i 68 7. écrite pat 
Jean Jacques Harder , Fhilofophe Gr 
Aïédecin de Bâk àl'Ahhé Marjîlius ,. 
fur les Oeufs Gr les parties Génitales dei 
Limaçons, citée par M. Malphi^ii ^ 
Médecin de Boulogne ,dela Société Roy a," 
le de Londres.- 



Sur la Physique et sur la Peinture. 



» lî me refle bien des cliofes à dire 
» de la refpiration du Limaçon , au 
» moyen de laquelle il prend un ali- 
» ment nitro-a'trun de l'ulage des Par- 
»j tie> intérieure^ du Cerveau , de plu- 
» lîeurs loites de Nerfs qui en Ibnent 
3> en abondance, & de l'expenfion desEf- 
» prits Animaux par le lecours defquels 
M il fait fes principales fondions , de fa " propos ce Corps en Ladé & en Coli 



^S7 

» desOeufs car dans ic temsde l'Accou- 
« plemenc , (qui le fait d'ordinaire de- 
}) puis le commencement du Prinrems 
wjulqu'au mois de Juin) on trouve une 
« matière un peu vifqueufe fortemen-c 
« lancée dans le corps de fa Verge, qui 
» s'enfle d'abord comme je m'en fuis 
» fouvenc apperçu. J'ai divifé fort à 



>5 lenteur à marcher, des Alufcles, des 
» Cornes, de la Coquille, de la Bouche , 
M (Se des autres parties qui femblent être 
» formées par une fubftance tendineufe 
3» dont j'ai parlé dans l'Examen anato- 
" mique, enfin des Parties génitales de 
» cet Infede , fans ce qu'il y auroit à 
» dire des conduits particuliers qui lui 
» font propres , & qui portent en abon- 
33 dance la matière néceflaire pour la 
3ï> génération du Couvercle &; de J'En- 
» veloppe , qui garantit cet Infede du 
« froid pendant i'hyver & qui fert en 



» forme ; mais je n'ai pu trouver enco- 
3j re diftindement les Vailfeauxde ce 
» Corps. Il eft probable cependant que 
» la partie Conforme efl femblable au 
3) conduit des autres Infedes & qu'il 
X fupplée dans le Limaçon au défauc 
>^ de la Verge Scen tient la place. Puif- 
3) qu'on ohferve des Oeufs dans cet Animal 
35 & que L'Ovaire femble être fufpendu S" 
33 attaché en bas. Cet Ovaire ejî compofe de 
33 plujieurs petites Glandes que l'on découvre 
33 ai/ec le Microfcope. L'autre partie que 
33 'j'appelleladéé eft.de cette même fubf- 



î3 cote à la fermentation & à l'accroif- » tance dans laquelle les Fœtus des Li- 



>3 fement de fa Coquille : ces conduits , 
>3 ainfi que je l'ai fouvent obfervé dans 
3) ces Infedes communiquent d'unema- 
33 niére vifible avec un Lobule de cou- 
» leur de cendre , qui eft proche le 
» Cœur. 

33 A l'égard de la Génération de ce 
» vil Animal , j'aime mieux me taire 
» que d'en parler fans en être certain & 
j3 d'avancer quelque chofe de douteux. 
X Suamjnerdan lui-même n'en a pas 
33 beaucoup parlé dans fon Hiftoire des 
j3 Infedes , quoique zélé defenfeur de 
>3 l'un & de l'autre Sexe que l'on at- 
3a tribue au Limaçon , en quoi je fuis 
» de fon opinion , après en avojr fait 
>3 plufieurs fois l'expérience. Car cha- 
» que Limaçon a, non-feulement, un 
» corps celluleux , mais encore une 
3) Verge d'une fuite Vermiforme voi- 

fine de la Matrice. 

sa La r-aifon naturelle prouve qu'il a 



33 maçons , & de tous les Animaux a 
3^ Coquille, fe ramaflent lorfqu'ils s'en- 
33 ferment pour la première fois. De- 
» là vient , que, dans l'Examen que j'en 
33 ai fait autrefois, j'ai appelle GrafTe & 
33 Limoneufe une pareille partie , oà 
3J font formé les Oeufi, & qui lesfépa- 
39 re & les ferre. 

33 Ces petits Oeufs paroilTent d'abord 
33 clairs & tranfparents , enfuite ils pren<- 
33 nent la coukur de jaune d'œut s'ils 
» reftent trop long-tems caché dans le 
a Corps de l'inléde. D'autres ont re- 
M marqué avec moi qu'alors ces mcmes 
„ Oeufs avoientcrû. Le nombre de ces 
j) Oeufs eft quelquefois confidérable. 

33 J'en ai trouvé cet Eté quatre de dif- 
» férentesformes,placésen ditïerensen- 
„ droits dans mon jardin, que j'ai oB- 
,) fervé avec le Microfcope , & je me' 
3, fuis apperçu que ces petits Oeufs- 
33 étoienc environnés d'une Membraae- 



1 j8 Orsfrvations sur l' 

}) pour leur tenir lieu de défenlc. Le 
» Flexits des Vailleaux lymphatiques 
» part des Véficuies laflées , qui dilli- 
3> lent Ck font dégoûter une matière bhn- 
» che dans les animaux qui ont leur Co- 
» quille; mais dans les Limaçons, qui 
» n'en ont point , c'efl une-Vchcule plus 
>' large , gonflée & remplie d'une pa- 
ï) reille humeur où le Plexus eft lup- 
i) primé. « 

Explication que donne Malphighi de la fi- 
gure de cette Obfayation, 

Voyez la Planche A des Infedles. 

» a. Lajin du Cdindre. 
» b b. Corps Cunei - forme , en forme de 
33 Conij dans lequel efl enfermé un ojjelet 
» pointu, (c'eft le Cerveau.) 
« cà.ErurelaJfemens y Plis , ou Véficuies 
3> la6lées. 

3) e. Vaiffeau laElé attaché étroitemem au 
»> Méfanére, 

3> f Glande un peu rouge. 
3-> g h. Suite Vermiforme de la Verge. 
» i. Périr Vaifjeau qui va du Vaijjeau'cel- 
» luleux à la Verge. 

» k. Subjlance limoneufe compofée d'une in- 
X finhé de Véficuies glandukufes, 
»} 1. Vaifjéaux tortueux, 
3) m. Petit Sac ou Lobule fpiral. 
» n. Vaijjeau allant dam le Plexus tor- 
3) tueux. 

•» ooo. Vafe cellideux qui imite le con- 
» duit des Oeufs des Grenouilles. 

Harder ne donne ici qu'une figure 
confufe du Limaçon i ce qu'il prend 
pour un Corps cunei-forme ell le Cer- 
veau ; les Entrelairemens, Plis, ou Vé- 
ficuies ladés^fontje crois les Poumons; 
ce qu'il croit être la Verge n'eft que fa 
racine ; la Subllance limoneufe eft le 
Tefticule ; le petit Sac fpiral , c'eft la 
Kate; 5c le Vafe celluleux oii Conduit 
des Oeufs , font les Véficuies fémina- 
Jes. 



Histoire Naturelle, 

Malphighi , fe fert du fentîment de 
cet Auteur pour appuyer le fiftémedes 
Ovaires qu'il adopte. 

Il y a d'autres figures du Limaçon 
Terreftre Demi porte , dans un petit 
livre qu'a, donné auflî Harder, (im- 
primé à Bâle en 1679) intitulé examen 
Cochlex anatomicum y mais elles fonc 
aufîi peu exades que celle-ci. 

Extrait de l'HiJloire de l'Académie des 
Sciences , année 1708. page 4. 8 . 

« Que l'on examine par dehors un 
« Limaçon gris de Jardin hors du tems 
» de fon Accouplement ; qu'on le dif- 
" féque avec toute l'attention pcfïï- 
» fible , on ne lui donnera aucune par- 
» tie qui ait l'apparence de devoir fer- 
" vira la génération Cependant , ainfl 
» que nous l'avons dit dans l'Hilloire 
» de I 669. Cpage 40. ) cet Animal eft 
» Hermaphrodite, & , par conféquent» 
î> il a par rapport à la Génération un 
3J plus grand nombre d'Organes qu'u- 
» ne infinité d'autres animaux plus con- 
}) nus ou plus étudiés. Tout ce qui fe 
« palTe en lui fur ce fujet ■> doit être 
3> auffi d'une Nature fort particulière. 
jj Nous allons rapporter ici les princi- 
j) pales fingularités , fans entreprendre 
» d'expliquer en aucune façon par quel- 
M le Méchanique elles s'exécutent. Cet- 
» te explication fcroit inutile , fi elle 
» étoit moins circonflanciée, qu'elle ne 
« le fera dans le Mémoire de M. du 
» Verncy , que la maladie de l'Auteur 
M empêche de paroitre cette année. On 
x> pourra guéres y voir fans éconnement 
» combien un Limaçon coûte à la Na- 
» ture. 

j> Cet Animal a au côté droit du Cou 
3> une petite fente prefque impercepti- 
» ble, qui ne mène qu'à des petits 
» Conduits ou Cavités , & à des efpé- 




•f * m.. 





'f^: 



k 



SUR. LA Physique et 

» ces d'Inteflins fort tortueux , flotans 
» dans Ion ventre. Au tems de l'accou- 
t) plement tout cela change de forme , 
» & lAnimal prefque entier eft méca- 
» morpliofé. Ces efpéces d'incellins , 
» poulfés aJors du fond du Ventre vers 
» Je Cou , fe gonflent, fe retournent, 
» fe renverJent , ie diTpofent enfin àc 
i> s'arrangent entre eux de façon , qu'ils 
» fe préfentent à la fente du Cou , alors 
» fort dilatée, fous la figure d'une par- 
» tie Féminine , 5c Nialculine ; chacune 
»5 toute prête à faire leur fondion. Cela 
3» n'arrive pleinement qu'après qu'unLi- 
» maçon en a rencontré un autre, & que 
» par plufieurs mouvemens préliminai- 
» res plus vifs & pourainfidire pluspaf- 
3> fionnés qu'on l'imagineroit d'une elpé- 
î3 ceauflifroide.ilsfefont misfun l'autre 
M dans une même difpofition, ou le font 
» aflurés d'une parfaite intelligence. Ils 
>5 ont un autre moyen fort fingulier de 
i> s'en aflurer encore mieux , 6c ils ne 
3J manquent jamais de le mettre en pra- 
3) tique. 

n Avec la partie Mafculine & Fémi- 
3> nine , il leur fort auifi par l'ouverture 
X du Cou ,un Aiguillon, qui a la figure 
y> du fer d'une Lance à quatre ailes , & 
» fe termine en une pointe aiguë & af- 
3> lez dure. Comme les deux Limaçons 
33 tournent 1 un vers l'autre la tente de 
3> leur Cou , il arrive que quand ils fe 
y» touchent par cet endroit , l'Aiguillon 
x> qui ibit de 1 un pique l'autre , 6c la 
>3 Méchanique qui lait agir ce petit 
3> Dard , elt telle , qu'il abandonne en 
3> même tems la partie à la quelle il efl 
j) attaché, de forte qu'il tombe par Ter- 
» re , ou que le Limaçon piqué le rem- 
33 porte. Ce Limaçon fe retire auffitôt ; 
33 mais peu de tems après il rejoint lau- 
33 tre 6c le pique à fon tour, & apiès cette 
33 blelTure mutuelle jamais l'Accouple- 
V plement ne mancjue de s'accomplir , 



SUR LA Peinture. j^^ 

33 au lieu que tous les autres préludes 
}> peuvent n'avoir pas une fuite fi heu- 
>' reule. L'Aiguillon lancé des deux cô- 
33 tés paroît deftiné à avertir les deux 
33 Limaçons qu'ils font également prêts; 
i> car dans cette efpéce Hermaphrodite, 
33 il n'y a pas comme dans la nôtre , un 
33 Sexe principal &; plus adif donc la dif- 
33 pofition fufiife. 

» Les Limaçons ont coutume de s'ac- 
33 coupler juiqu'à trois fois , éloignées 
33 l'une de l'autre environ de i 5 jours. 
23 A chaque Accouplement on voit un 
33 nouvel Aiguillon , & la Nature faic 
33 les frais de le reproduire pour un ufa- 
J3 ge, en apparence, fi peu important, M. 
3n du Verney compare cette régénéra- 
33 tion à celle du Bois des Cerfs. Et en 
» elïet, les proportions gardées ,cet Ai- 
j3guillon paroît être d'une matière fem- 
33 blable. 

33 Après l'Aiguillon lancé, vientl'in- 
33 fertion réciproque de la partie Mafcu- 
33 line de chaque Limaçon , 6c comme 
33 ils ont l'un & 1 autre les deux Organes 
33 de la Génération rangées de la mênae 
33 manière à l'ouverture du Cou il faut, 
33 afin que chaque Organe rcpondeà ce- 
33 lui qui ne lui reflemble pa5 , que l'un 
» des deux Limaçons ait la tête en haut 
33 5c l'autreenbas , ce qu'ils fçavent biea 
33 pratiquer. 

33 L eur Accouplement dure dix ou 
3) douze heures, il leur caufe, fur tout 
33 lorfqu'il commence ou un engour- 
33 dilTement , ou un tranfport qui les 
33 empêche de donner aucun figne de 
33 fentiment. Ils ne fe féparent plus j 
33 quoique l'on fufTe , & ils ont pour 
33 cela une raifon afiez forte , c'eft 
33 que le Gland de la partie Mafculine 
3) vient à fe gonHer , de manière qu'il 
» ne peut plus reffortir par où il étcit 
3> entré. Il efl peut -être une heure à 
33 acquérir cette extenfion peu à-pea j 



i(fo Observations sur l' 

» & par dégrés, & jufqu'à ce qu'il l'aie 
» entièrement acquile, il ne fort aucune 
« Matière Séminale, lilie n'eQ pas même 
» encore formée. & cen'cAqu'aprè-i l'Ac- 
3> couplement commencé, quelaNature 
î> fonge, pour ainfi dire, à y travailler Sz 
j> qu'elle fait jouer toute la Mécanique 
» qui la doit fournir : Cette Matière a 
>3 encore une autre particularité bien re- 
«marquable, elle n'eft point liquide , 
» mais d'une conliflance de cire , & elle 
« prend la figure des Canaux par où elle 
X palTe. Elle eft poulîée par un mouve- 
» ment femblable à celui des Inteftins 
»qui cIialTent hors d'eux ce qu'ils con- 
» tiennent. Tendant tout le tems de 
9» l'Accouplement , excepté fa premié- 
3J re iieure , elle file lentement des deux 
3> côtés en pallant de l'un des Limaçons 
j) dans l'autre. 

« Elle fore des Canaux plus longs que 
« n'ell le Vaiiïeau de la partie Fémini- 
» ne où elle efl reçue d'abord , & par 
ï» cette raifon elleeft obligée de s'y re^ 
») plier. De-là elle pafle dans d'autres 
ïj vaid'eaux qui appartiennent au Sexe 
» Féminin , & où elle caufe enfin la Fé- 
j) condation , non pas cependant imnié- 
}) diatcment après le premier Accouple- 
35 ment , ou le fécond , mais feulement 
» après le troifiéme. 

» Au bout d'environ i8 jours les Li- 
» maçons pondent, par l'Ouverture de 
» leur Cou , des Oeufs qu'ils cachent 
« en terre avec beaucoup de foin & 
» d'induftrie ; mais encore une chofe 
33 fingulicre , c'eft que (i l'on ouvre un 
» Limaçon peu de tems avant qu'il 
» ponde, on nelui trouve point d'Oeufs, 
« mais feulement de petits Embrions 
i> qui nagent dans une liqueur fort clai- 
» re & y ont des mouvemens afTez vifs. 
35 Ces Emb; ions deviennent Oeufsdans 
3) le chemin qu'ils ont à faire pour for- 
» tir, c'eflà-diie, qu'ils fc revêtent de 



Histoire Naturelle; 

M Membranes qui leur font fournies pat 
33 cercaines liqueurs & qui fe durciflent 
3» enfuite. 

jj Tout ceci n'eft que l'Hiftoire Na- 
3» turelle de la Génération des Lima- 
y» çons , c'efi: ce qui (e fait , & noa 
» la manière dont il fe fait , & fi on 
» laifloit cette manière à devineraux 
» plus habiles Phyficiens , ce feroic 
35 alTurèment une énigme bien difficile. 
33 Elle eft même encore prefque impé- 
3) nétrable , quoiqu'on ai[ toutes les pié- 
» ces de cette Méchanique entre les 
3) mains, quoi qu'on la voye jouer fous 
3) fes yeux , 6c c'eft un des plus grands 
33 effets de l'intelligence 6c de la fagaci- 
3» té humaine , que d'en bien compren- 
33 dre le jeu. 

Suite de la DiJfeBion des Limaçons ^ df des 

Animaux qui engendrent fans Femelle, 

félon mes Ohfervations. 

Le Limaçon engendreroit & conce- 
vroit feul , s'il pouvoit recourber fa Ver- 
ge , & l'introduire dans le Refervoir où 
i! dépofe les Fœtus qu'il produit ; cela 
eft incontellable. 

Le Tube externe dont il fe fert , pour 
humecter & grolîirle "Vagin , de celui 
avec lequel il s'accouple , eil allez long, 
& les liqueurs que donne cet Animal 
d'un côté , pourroient erre reçues de 
l'autre. Par conféquent il porte en lui 
toutes les qualités propres à fa Généra- 
tion, ainfi que les Mâles de toute au- 
tre efpéce. C'eft ici un argument que 
je puis oppofer à ceux qui prétendent 
que la dilTérence de Sexe , par rapport 
aux humeurs Se aux mole ules qui les com- 
pofent, eft néceflairc à la Génération: 
on voit ici cependant que cette diffé- 
rence de Sexe eft inutile. Laiffons à 
part les Parties qui ne font que les Inf- 
trumcns de la Génération , c cft-à-dire. 



SUR LA Physique et 

la Verge & le Vagin. Ne conlîdérons 
que ce qui peut être la Source des Se- 
mences : elles dérivent du Sang fans 
contredit , dans l'Homme , dans les 
Quadrupèdes, & dans les autres Ani- 
maux où cette liqueur circule ; au con- 
traire dans les Limaçons , dans les Co- 
quillages ou Animaux Doimportes ,1a li- 
queur Séminale ne peut venir que des 
autres Humeurs & des Efprits qui conf- 
tituent ces Infeûes. 

Toutes les efpéces vivantes produi- 
fènt donc une Semence puifée dans les 
fluides qui animent leurs organes ; & la 
réparation de ces Liqueurs & de ces 
Efprits ne peut être exécutée que parles 
Glandes & les Filières de l'un des deux 
Sexes , pour venir former dans un Ke- 
fervoir les Embrions ; car de dire qu'un 
Sexe a befoin de l'autre pour former ces 
Embrions , ce (eroit admettre une né- 
ceffité fuperflue & compliquée , ainfi 
que je l'ai démontré ailleurs. Un Sexe 
ne fert que pour conferver ce que l'au- 
tre a produit , & c'eft ce qui caradéri- 
fe leur différence; que l'on ne dife pas 
qu'il y ait des Oeufscontenus les uns dans 
les autres à l'infini & que ces Oeufs foient 
des Ejfigies inanimées auxquelles la Se- 
mence donne la vie , c'ell pofitivemenc 
s'amufer à une fpéculation fabuleufe & 
abandonner la réalité. 

Rien n'étoit plus propre que la dif- 
feâion du Limaçon pour abolir le Sif- 
tême ridicule des Oi/ipariftes ; ils n'a- 
voient pas befoin de mon expérience 
pour être convaincus que le Mâle feul 
engendroit dans toutes les efpéces. 

Si nous diftinguons le ,\\âle de la Fe- 
melle , plutôt par les Parties extérieu- 
res , que par les Filières & par les Glan- 
des qui préparent les parties qui compo- 
fent les Foetus, avant leur émerfion, il til 
certain alors que les Limaçons font Mâ- 
les & Femelles tout à la fois ; parce que , 
Année 1 7 j t . Tomj 1. 111. Part. 



SUR LA Peinture. kji 

non feulement ils forment leurs petits 
dans les Parties propres à les compofer, 
comme les Mâles de toute efpéce,mais 
eqcore qu'ils les gardent dans un Ré- 
fervoir , comme font les Femelles de 
chacune de ces Efpéces. 

Au contraire , û on entend par Mâ- 
le l'Animal qui forme l'Embrion, 5c par 
Femelle celui qui n'eft point propre à 
la Formation , & qui ne fert qu'à l'ac- 
croiflement : le Limaçon eft alors Mâ- 
le , puifqu'il pourroic engendrer fans 
Femelle , li la Verge , au lieu d'aboutir 
en dehors , aboutinoit par fon extrémi- 
té antérieure dans le Sac qui fert de Va- 
gin à cet Animal. Je ne crois pas a- 
vancerun Sophifme» ou du moins, que 
je ne m'explique pas affez clairement 
pour me faire entendre. J'ai donc eu 
raifon de dire que les Limaçons fonc 
comme les Mâles de toute autre Efpéce. 

Le befoin réciproque qu'ils ont les 
uns des autres , pour accomplir l'ou- 
vrage de la Génération , leur feroit inu- 
tile , fi le Créateur n'avoir voulu nous 
faire entendre, par cette adion extérieu- 
re , qu'il pourroit nous faire concevoir 
& enfanter feuls; & que s'il a compofé 
deux Sexes , c'eft plutôt pour nous prou- 
ver qu'outre le jeu ordinaire de la Na- 
ture , il y a encore des Loix furnacu- 
relles qui écablilfent un ordre, que le ha- 
zari ne fçauroit avoir produit. Cœli mar- 
rant glonam Dei ; Gr opéra manuum ejus 
annunitat firmamentum. Pf. ig. 

Que l'on vienne à préfent perfuader 
quelqu'un qu'il y a des Oeufs contenus 
les uns dans les autres à l'infini dans tou- 
tes les Créatures & dans tou-es les Plan- 
tes / Que les Se<a:ateurs d'Haivei & de 
Malphighi grolTilTent leurs Volumes tant 
qu'ils voudront. Un Limaçon feul fer- 
vira à détruire toutes ces Effigies riJi- 
cules que jamais perfonne n'a apperçil 
dans l'Oeuf, puif^ue l'Animal dont il 

Y 



1^2 



Observations sur l'Histoire Naturblle, 

eft queflion ) eft dépourvu des préten- vequek Limaçon a dia Orufs. Et pouf 
dus Ovaires, (?; par confcquenr d'Oeufs, confirmer une opinion fi bien établie. 



avant & après ie tems de la Génération , 
& nicme dans fon Accouplement; œ 
n'eft qu'au bouc de quelques jours, après 
la Jonction, qu'ils commencent à fe for- 
mer dans le Corps. Voyez ce que nous 
venons de rapporter de l'Hiftoire de l'A- 
cadémie des bciences de l'année 1 70 8. 
Ce ne/} qu'après C Accouplement commencé 
que la Nature fonge , pour ainji dire à tra- 
vailler à la Semence , Cr qu'elle fait jouer 
la Mécbanique qui la doit fournir. Elle 
paj[è dans les vaifjeaux qui appartiennent 
au Sexe Féminin , où elle caufe la Fécon- 
dation , ron pas cependant immédiatement 
après le premier Accouplement , ou le fécond, 
mais après le troifiéme. Et à l'égard des 
Oeufs , il eft dit dans le même endroit : 
Ji Von ouvre un Limaçon peu de tems avant 
qu il Ponde, on ne lui trouvera poi't d'Oeuf, 
mais jtw.ement des petits Embrions qui na- 
gent dans une liqueur fort claire , &" y ont des 
mouvemens fort vifs. Ces Embrions devien- 
nent Oeufs dans le chemin qu'ils ont à faire 



l'Ovaire (dit il eni'uiie) cj] compofc de pe^ 
ties Glandes que l'on découvre avec le AU" 
crofcope. C'cll ici où Malpiiighi , qui a 
donné de fi belles chofcs dans fes Obl'er- 
vations de Ovo mcub.uo , feroit voir avec 
Harder que la Ccatricule du centre de 
l'Oeuf iji le point blanc animé rScc. 

Dans la figure que je donne , d'après 
lui , il marqueroit l'endroit où féjour- 
nent les Oeufs avant l'Accouplement, 
c'efl à dire les Ovaires: mais comme 
on voie, il n'y a rien ici de tout ce- 
la. Le Limaçon ell un Mâle fans Tet 
ticules Se une Femelle fans Ovaire. 

Il eft tems préfentement de donner les 
nouvelles remarques que je viens de pro- 
mettre, 

La partie du Limaçon que l'on qua- 
lifie du nomde/eV72/«i/;e, eft au contraire 
la partie Mâle de cet Infecte; elle efl 
pourvue , comme celle de tous les au- 
tres mâles , d'un Tefticule , d'un Epi- 
dinie . d'une Véficule Séminale , & d'un 



pour fortir ; c'eft-à dire qu'ils fe revêtent de Canal Defférent. Ce qui nous paroit le 
Membranes qui leur font fournies par certai- Vagin , eft ce qui fait dans les Hom- 



nes Liqueurs , &" qui fe durciffent enfiàte 

Si c'étoit moi qui donnât cette remar- 
que , on diroit , que je me fuis peut être 
trompé , que c'eft une illufion de la 
vue , & que je me luis imaginé voir des 
Embrions , comme l'on fe figure voir 
des Statues dans les Nuages. C'eft ce qui 
ne manqueroit pas d'arrivt-r. Mais c'eft 
l'Académie qui parle. Voilà donc des 
Embrions formés avant les Oeufs , & 
des Oeufs lormés après les Lmbrions. 
Dans l'expofition que nous venons de 
.voir du Dodeur Harder & du Phi'ofo- 
phe Malphiglii, il femblequecesAuteurs 
veulent nous donner à entendre qu'il y a 
des Ovaires & de^ Ocuf^ dans le Lima- 
çon avant la fécondation 



mes le Canal de 1 Urètre , <Sc au lieu que 
dans ceux-ci , quand l'Embrion fort , il 
eft arrofé par les ouvertures des Canaux 
de la Glande l^roftare , au contraire, 
dans le Limaçon , le Canal de fa Verge, 
qui dans le tems de l'Accouplement s'in- 
(mue dans le Rélérvoir , arrofe les Em- 
brions qui fe font formés dans les Ve/î- 
cules Séminales , & qui fe portent en 
même ccms par les Canaux Defférens , 
dans le Réfervoir , où ils nagent dans la 
Liqueur qui découle de cette Verge. 
Cette L ic|ueur fert encore à remplir les 
VaiiTeauxSperinatiques pour opérer leur 
filtration. La Nature , pour aider à l'ex» 
tenfion du Réfervoir, a fait la Verge Fé- 
minine des Limaçons ( c'eft ainfi que je 



La raifon naturelle (die Harder) prou- l'appelle^ garnie d'une Trompe au bout, 



SUR LA Physique et 

ou d'une efpéce de Bourrelé: qui aide à 
l'extenfion du Refervoir , & en même 
tems lui fournit les humeurs en quftion. 

J'appelle cecce Y eige , Féminine, par- 
ce qu'effetlivement elle n'eft foucenue 
d'aucun Tellicule , non p!us que d'au- 
cune Glande femblable aux Proftates, 
que nous regardons comme la Baze 
du Membre Viril dans les autres Ani- 
maux , & encore moins de Véficules Sé- 
minales. Elle ne relTemble qu'à un Cli- 
toris propre à l'expenfion d'une Semen- 
ce claire & froide , ainfi que celle qui , 
dans leiFemmes, fore des Ovaires par les 
trompes de FaLlope. 

Voilà quelle eft ma conjedure ; pour 
l'appuyer , j'offre la Nacure elle même 
aux Phyficiens, & j'expofe ici le deiïein 
des partiesque l'aidllféquées, moi-mê- 
me, avec foin, dans le tems de l'Accou- 
plement de ces Infeétes rempans , que 
j'ai à la fin pris far le fait. 

Explication des Figures de la Planche A. 
de l'HiJloire des Infeâes. 

La Figure i. eft expliquée dans laci- 
tation de M. Harder. 

FiG u R E 2. 

Elle repréfente les Parties dinTéquées 
dans l'état de Virginité. Cet Animal 
pendant fa vie renouvelle tous les ans les 
marques de ïHimen , qui fe détruifenc 
facilement & pour toujours dans les au- 
tres Créatures. 

A. Le Cerveau. 

B. La Verge. 

C. Le Plexus. 

p. Les Véficules Séminales. 
E. La partie qui devient le Vagin, 
ou le Kéiervoiir des Embrions. 

FiG URE j. 

Les Parties réciproques , coupées 



SUR LA Peinture. iS$ 

dans le tems de l'Accouplement. 
E F. Le Cerveau. 

E. Le Corps de ce Vifcére, dans le- 
quel fe forment les Flèches : on en trouve 
une en tout tems, même dans les tems 
froids >• il eft rare de voir cette Partie 
dégarnie d'un OITeiet friable , aigu & 
taillé à quatre faces , dont l'extrémité 
eft un peu noire : c'eft la même pièce » 
dont parlent Mefîîeurs de l'Académie, 
qui fort avant les Accouplemens. 

F. Le Cou du Cerveau i qui eft étroi- 
tement lié avec la Verge d'une part & 
l'entrée du Refervoir de l'autre. 

G. Le Refervoir à côté du Cerveau , 
& adolTé du Plexus Ladlé. 

H. La Verge de l'autre Limaçon cou- 
pée , qui defcend dans le £v.éfervoir juf- 
qu'à la lettre G. 

1. La coupp de cette Verge. 

K. La Verge du Limaçon à qui ap- 
partient le Refervoir G , & le Cerveau 
EF. 

L. L'entrée du Refervoir de l'autre 
Limaçon où cette Verge eft fourée. 

M. La Queue de cette Verge. 

Figure 4- 

ab. Coupe du Refervoir. 

a. Tête de la Verge étrangère. 

b. Le fond ridé du Refervoir , qui 
étoit plein d'une eau claire où nageoienc 
les Embrions. 

c. Le canal de la Véficule Séminale. 

d. Son ouverture par où lortcnt les 
Embrions qui s'y font formés. 

e. La Verge. 

/. La fource des Vaifllaux Séiuîr 
naux. 

Figure 5. 

Elle repréfente les Parties dévelopées 
& difféquées en entier fur le Limaçon, 

\ij 



\6^ Observations sur l' 

ouvert dans le tems de Ion Accouple- 
ment. 

O N. Réfcrvoirquî n'eft dilaté que 
dans la Conjon«ftion. 

0. Son Cou. 

P. Verge introduite. 

Q. Coupe du Vagin de l'autre Li- 
jnaçon. 

R. Le conduit des Vélicules Sémi- 
nales. 

S. Les Véficules Séminales. 

T. Le Teflicule, ou la Laite ; com- 
me dans les PoiflTons. 

V. Les Lpididimes , qui viennent 
des Tefticules & des Vilcéres. 

X. La Verge 5c fa Racine. 

y. Les Vaiireaux Séminaux. 

Z Plexus nerveux , ou ladé. 

W. La Glande Proftate. 

Figure 6, 

f. L'Tnteftîn. 
d. La Rate. 
c. Le Foye. 

1. Le Corps cendré. 

773. Soupirail par où ils connoifient le 
tems & par où ils refpirent. 

Figure y. 

Deux Limaçons accouplés. 



OBSERVATION XVII. 

Sur le Cœur & les autres Vifcéres du Lima- 

çon, &* concernant fei qualités Ù' fes 

vertus Médecinales. 

J' E n'ai parlé dans la Diflertation pré- 
cédente que des parties de la Géné- 
ration du Limaçon , & dans la V«. Ob 
fervation je n'avois donné qu'une idce 
générale de cet Animal : Je puis ajouter 



Histoire Naturellf, 

ici pour l'entière delcription de cet Tn- 
fcde, l'expofition de toutes fes parties en 

particulier. 

Lajîruclure du CcEur du Limaçon. 

Ce Vifcére eft bien diQina dans l'A- 
nimal fur lequel nous dillertons. Je l'ai 
vu palpiter lungtems , comme celui des 
Grenouilles, même après avoir Tuppri- 
mé le Cerveau Si la moitié du Corps. 
Le Cœur du Limaçon a la hgure d'un 
Cône racourci d'une couleur jaunâtre, 
entouré d'un Péricarde très mince & 
tranfparent , rempli d une eau trè-clai- 
re 5c limpide , dans laquelle il effv^âtue 
fes mouvemcns de Diailole & de Sillo- 
le avec beaucoup de force & de vigueur. 
On y obferve deux Ventricules fie deux 
Apcndices à l'embouchure de deux lar- 
ges vaiflèaux , qui fe plongent chacun 
dans l'une de fes Oreillettes. 11 femble 
cependantque dans la contraélion de fes 
fibres , il s'allonge & fe vuide en total , 
& qu'il ne fe racourcit & ne fe remplie 
entièrement que dans fon mouvemenc 
de Diaftole. 

Ses mouvemens font tout-à fliit con- 
vulfifs, & ce Vifcére fe retire même 
quand vous le touchez, & femble vou- 
loir éviter le choc du corps avec lequel 
on l'approche. 

La Liqueur qui tient lieu de Sang au 
Limaçon, ett très claire, & paroît n'être 
qu'une Limphe très épurée , elle pafTe 
dans des vailTeaux très- déliés , & fes 
Globules échapent au meilleur Microf- 
cope par leur extrême fine/Te. 

Le vailfeau , qui fait l'office de Vei- 
ne , vient du Foye , & après avoir dé- 
gorgé fa Liqueur dans l'un des Ventri- 
cules, cette Liqueur paiïe dans l'autre, 
& eft en même tems repoiilTée dans des 
petits vailTeauxqui d'abord paroilTent 
n'en fo^ner qu'un feul , où la Liquew 



SUR LA Physique et 

eft de-là pouffée dans un Hameau , qui 
entre dans un Lobe cendré fur lequel 
le Cœur repofe. 

L.es vaifleaux qui partent du Cœur, 
font attachés fur la Peau ou Membra- 
ne externe , qui fe découvre quand la 
Coquille eOt fupprimée. Us fe divifent 
en une infinité de Hameaux fur cette 
Membrane, & vont nourrir & arrofer 
toutes les parties internes de cet Ani- 
mal. 

Le Cœur eft attaché par fa pointe à 
tlnivaiffeau qui tient au Péricarde, & qui 
fèrt apparemment à fournir l'eau du Pé- 
ricarde : ayant coupé ce vaiiTeau, le 
Cœur palpitoit toujours à fon ordinai- 
re ; mais il cela tous ces mouvemens , 
lorfque j'eus coupé le vaiffeau fupérieur 
qui contenoic les liqueurs de la Circu- 
lation. 

Un Limaçon à qui j'avois fupprimé 
le Cœur,fe mouvoir encore Si allongeoic 
fcs Cornes. 

Le Ventricule. 

Nous avons défini ce Vifcére, dans la 
Ve. Oblervation. Je n'y ai rien trouvé 
que de conforme à ce c]ue j'en avois ex- 
pofé. Je me fui-, apperçu , de plus , que 
les Alimens nâgeoient enfembleavec les 
Liqueurs du Ventricule jufques à l'in- 
lertion du Foye , & à l'endroit de l'ad- 
hérence du Fove avec le Ventricule , où 
les alimens cefToient d'être mêlés & Hot- 
lans : c'eft là qu'ils commençoient à fe 
digérer. Ayant fait manger du Pain à 
ceux que j'ai diffequés , ils l'avoient ex- 
trêinement bien trituré & mis en petits 
morceaux comme des grains de gros Sa- 
ble ; ce Pain étoit en petites p;irticules 
mêlées avec de 1 eJU , & l'Anima!, qui 
avoit trouvé ce mets de fon goût, s'en 
étoit extrêmement rempli ; de forreque 
fon Eftomach faifoit autant de volume 
^ue tout le relie du Corps. Mais dans 



SUR LA Peinture. ï6<; 

les contours que fait l'intcflin entre les 
Lobes du Foye , cet Aliment étoit 
réduit en excrémens blancs, de la for- 
me de graine de Melon , & de la grod 
feur d'un grain de Millet , applatis & 
les uns à la fuite des autres; iisrégnoient 
jufques à l'ouverture du deiïus de l'Ai- 
le droite comme nous avons déjà re- 
marqué. 

Le Foye. 

Eft un Vifcére fort étendu dans cet 
Animal; il fe recourbe & fuit la Cir- 
convolution des Inteftins ; il lesréchau- 
fe & en procure la Digeflion. 11 y a 
quantité de vaiifeaux qui ferventdc Vei- 
nes ladées , qui portent la Liqueur des 
Intellins dans ce Vifcére , où ces Li- 
queurs fe perfectionnent , apparem- 
ment, & vont fe plonger dans le Cœur, 
par une Veine Lymphatique, ainfi que 
nous avons déjà dit ; ce qui me fait 
croire que le Foye lui tient lieu de Pou- 
mon lorfqu'il s'enferme dans fa Coquil- 
le , & qu'il paiïe de longues fuites de 
jours fans manger. D'ailleurs, j'aiobfer- 
vé que les Intclîins reçoivent des Vaif- 
feaux de tout le Corps & de toutes les 
Parties. Ce qui me fait cioire , que la 
Liqueur Limphatique , ou le Suc > our- 
ricier de l'Animal , ne retourne auCœuf 
qu'en repaffant une féconde fois par l'iiv 
leftin , & de là au Foye, & du foye au 
Cœur.SimaConjtdureeii \ éritablecomi 
me je le crois, c'eft ici une nouvelle Cirr- 
cuIation,qui paroît d'autant plus fondée,, 
que le Cœur, après avoir pouflé fes Li- 
queurs , par un mouvement de Sifto- 
le, refte entièrement vuide & ne fe re- 
gonfle enfuite & ne fe remplit de nou- 
veau qu'en recevant celles qui viennent 
à\i Foye. 

Le Lobe cendré. 

Ce Lobe tient étroitement au Foje,. 



M 



Observations sur l'Histoire Naturelle, 



au Ventricule 6c au Cœur. U reçoit cga- 
lemenc les Liqueurs du Ventricule & 
du Cœur , 6c il les porte par une autre 
forte de VailTeaux , qui parcourent tou- 
te la Membrane e::terne <Sc intérieure, 
qui forme la Coquille. 

Sur la Formation de la Coquille , par M. 
de Reaumur. 

Nous ne pouvons rien donner de 
mieux fur la Formation de la Coquille, 
que de citer ce qui en eft dit dans l'Hif- 
toire de l'Académie des Sciences , an- 
née 1709 page 1 7 , d'après les Mémoi- 
res de M. de Keaumur, duquel le nom 
feul lérc de Garant, ^; de Titre le mieux 
établi , dans la République des Scien- 
ces : rien n'eft plus conforme aux plus 
exaftes obfervations , que l'expofuion 
qu'en a faite cet iiluflre Académicien. 

Quoique la CoquilLe (dit M. deKeau- 
mur) faffe la fondion d'Os univerfel de 
l'Animal elle ne croît pourtant pas , 
comme les Os, ni comme les autres Par- 
ties, par Végétation ;c'ell-à- dire par un 
Suc qui circule au dedans d'elle même , 
mais par une addition extérieure de par- 



prenuére Petitellé, Puilqu'une Matiè- 
re qu'il tranl'pire le pétrihe autour de 
lui , il doit (e faire d'abord une petite 
tnveloppe proportionnée à la grandeur 
de fon Corps, & comme Ion Corps eft 
encore trop petit pour faire un tour de 
Spirale , ou du moins un tour entier, 
cette Envelope ne fera que le centre, 
ou tout au plus le premier commence- 
ment d'un très petit tour de Spirale. 
L'Animal croît enfuite. S il ceffoit de 
Tranfpirer , il elt vifible que fon Corps 
autant qu'il feroit augmenté, demeure- 
roit Nud ; mais comme il ne cefl'e pas 
de tranfpirer , il le tair à lui-même une 
Couverture ; à mélure qu'il croît, elle fe 
met au bout de la première , & ii le Li- 
maçon a crû jufqu'à faire un fécond 
tour de Spirale , la Coquille en fait 
aufll un fécond. Ce fécond tour tft le 
fécond , ou ce qui ell la même chofe, 
la Spirale allongée , parce que l'Ani- 
mal a crû en Longueur , & en même 
tems ce tour eft aulli plus large que le 
p emier, ou d'un plu^ grand Diamètre , 
parce que l'Animal a crû auffi en Lar- 
geur. Les autres tours fe forment de mê- 
me. Ils peuvent aller dans les Coquilles 



ties qui furviennenc les unes après les des Limaçons de Jardin jufques à qua 
autres, & s'entallént peu-à-peu , félon tre & demi 



qu'on le penfe communément des Pier- 
res , &. il eft remarquable qu'il y ait une 
partie d'Animal qui emprunte des Mi- 
néraux cette façon décroître. 

Pour entrer un peu plus dans le dé- 
tail , il faut felouvenir que la Tête du 
Limaçon eft toujours à l'Ouverture de 
k Coquille , & fa Queue ou l'autre ex 
trêmité de fon Corps vers la pointe ou 
le loramec de la Coquille , & que fon 



Ce qu'on appelle le Collier du Lima- 
çon.eft le principal Inftrumen: de la Co- 
quille , parce que quand Je Limaçon 
croît, c'eft toujours le Collier qui de- 
meure découvert. Si l'on conçoit qu'il 
foit Jaune avec un leul point Noir ; ou , 
pour parler plus précifement , que la 
Matière qui s'échape de tout le Collier 
foit de Nature à faire une Coquille 
Jaune , à l'exception de celle qui s*é- 



Corps , par quelque caule que ce foit , chapera par un feul Pore ou Point , & 

retourne naturellement en Spirak-, dont qui fera la Coquille Noire; il eft évi- 

lesdiflérens tours fonten diftércns plans, dent, pourvu qu'on fe repréfente l'A- 

Cela fuppofé prenons le Limaion qui nimal croilfant depuis fa moindre gran- 

ne fait que d'Eclore , & qui eft dans fa deur , fe loulanc toujours en Spirale , & 



Sur. la Physique 
nugmentant le nombre des tours , que 
Je point Noir du Collier tracera lur 
toute la Coquille une raye noire , qui 
fera une Spirale très-exadement décrite, 
(clon les accroilTemens inlenfibles & ré 
guliers de l'Animal. Si le point noir 
n'étoit pas un point , mais une raye 
droiie, la Spirale de la Coquille en fe- 
roit moins courbe, mais toujours au (ïï 
réguliérsmenc décrite. S'il y avoit fur 
le Collier plufieuis points ou plufieurs 
rayes delà même, ou de différentes cou- 
leurs , il yauroitauiïi fur la Coquille plu- 
fieurs rayes Spirales , foit de différente 
couleur, ou delà même, & la pofition 
qu'elles auroient entr'elles , dépendroic 
de celles des points ou des rayes du 
Collier , &c. 

Ufage ordinaire du Limaçon. 

Dans les Pays Méridionaux de la 
France , en Italie & dans le Levant, 
on mange beaucoup deces Infedes ; les 
Provençaux préfèrent le ragoût de Li- 
maçons , qu'ils appellent ArUtenco , 
aux mets les plus exquis. 

Autrefois , on fervoit au commence- 
ment du Repas , les Limaçons, les Hui- 
tres , ou les Oeufs frais , & on les 
mangeoit d'abord pour aiguifer l'appé- 
tit. ( Voyez ce qu en dit Horace , Livre 
2. Satire IV.) 

Les Grecs, fuivant Galien, Ce fervoient 
de Limaçons dans leurs aiimens; voici 
ce qu'il en die. Les Grecs mangent 
des Limaçons tous le> jours. Ce n'eil 
point dans la failon de l'Eté , mais en 
Hyver , tems auquel ils font puriHés , 
cachés en Terre & enfermés dans leurs 
Coquilles. Alors on en ramaiïeen abon- 
dance , on les vend , & on en referve 
pour les manger en certain tems. 

En Suiffe. on les fait Bouillir pendant 
une heure dans l'eau de (>endre , eniui- 
te on les nétoye & on les éventre poui 



ET SUR. LA Peinture, \(Sj 

les faire Cuire dans du Jus de viande 
avec du Beure , du Petlil & les Epiées 
convenables , ce qui fait un Ragoût af- 
fez appétiffanc : mais ces fortes de Mets 
répugnent à ceux qui n'y font pas ac- 
coutumés , ainfi que les Cuiiïës de 
Grenouilles , qui font cependant très- 
faines & de fort bon goût, mifes enfri- 
caffée de Poulets. 

Les Italiens mangent les Limaçons 
rôtis furie Gril, oii ils les font cuire 
jufqu'àce que lecouvercle tombe , alors 
ils les foupoudrent de fel, de beure] «5c 
d'épices , & les fervent fur les meilleu- 
res tables. 

La Chair du Limaçon ell dure , die 
Galien , & difficile à cuire ; mais étant 
cuice elle efl fort nourrillante. J'ajoute 
à ceci qu'il faut cependant avoir bon 
eftomach pour les digérer, Dans les Pays 
froids Je Limaçon le digère encore 
moins , &. il eft à propos de s'en priver 
quelque envie qu'on ait d'en manger. 

De l'ufage ordinaire de cet Animal , 
nous allons paffer à l'ulage qu'on peuc 
en faire dans la Médecine. 

Ufage du Limaçon dans la .Médecine. 

Suivant Harder , les Limaçons font 
d'un grand ufage dans la Médecine, & 
plulîeurs Auteurs font de ce fentiment : 
entr'autres Aldovrandus & Cefner. Diof' 
corides prétend que le 6el Volatil que 
l'on tire des Limaçons^ repare le défaut 
de Fermentanon dans l'Effomach. L'hu- 
meur gluante qui fort de la gueule de 
cet Animal eft excellente contre la Phti- 
fie , elle ôte (dit-il) la toux qui vient 
d'une humeur acre : elle emporte les 
fluxions. L'Huile de Limaçon eft regar- 
dée comme un très bon remède pour le 
Jbulagement des maux Inteftinaux. 

IVdlis vante fort 2c recommande l'u- 
fage de l'Eau gluante des Limaçons (dans 
Je Ch. 6. de fon Traité des Médica-? 



Observations sur l'Histoire Naturflië, 



'i6S 

incns) Si il dit qu'on s'en fcic contre les 
Elcroiflar.ces du l'oye. Les Anciens, 
long-tenis avanc lui , avoienc atcribué à 
cette Eau la vertu de guciir la Phtifie, 
Voici ce qu'en die Aciaus ( dans le Liv. 
3.. de fa Pratique , Cli. X. Obf. 5.) 
» les Médecins , prétendent (^ueLaChair 
» & l'Eau qui eft tombée gouie à gou- 
»> te des Ecrerilîes , elï d'un grand (e- 
» cours contre la Pluilie : je n'en ai 
» j?inais fait l'épreuve ; mais ie me fuis 
» fouvent fervi de la Liqueur qui dé- 
» goûte des Limaçons , entre autres 
» deux fois fort utilement pour deux 
» Perfonnes Éciques , dequi l'extrême 
» Maigreur faifoit craquer les Os : tous 
» les autres Remèdes n'ayant apporté 
» aucun foulagcment à ces deux Mala- 
» des , je fis prendre à cliacun d'eux à 
« jeun trois onces de ceue Eau de Li- 
» maçon pendant quarante jours ; & ce 
» remède le-, rétablie. » 

Zui'dler (page 128. de fa Pharmacie 
Boyale ) dit que les Limaçons font 
d'une dure digeftion de quelque façon 
qu'ils foient cuits , & qu'ils dépofent 
dans l'Eau où on les fait bouillir l'Hu- 
meur gluante dans laquelle réfide la 
vertu de cet lnfe(3e. 

Si l'on fait cuire les Limaçons dans 
Je tems de la Gelée ils fervent de Mé- 
dicament Ancélcptique & Adouciflant ; 
c'eft ce qu'a reconnu Zuvellcr. 

L'Extrait de Limaçon introduit dans 
le Sang , détruit le Sel fluide qui y do- 
mine trop. 

Pline ( Liv. 30. de fon Hilloire Na- 
turelle, Cil. 5 )dit que l'on frotte les 
Ecrouelies des Femmes avec de vieux 
Limaçons broyés & piles avec leurs 
Coquilles , & qu'on choifilfe furtouc 
ceux qui font entre lesArbrilîeaux.Ils les 
emportent en peu de tems. Cet Auteur 
recommande l'ufage des Limaçons pour 



tort bonne nourriture, il ajoute qu'il 
fuut les faire bouillir dans de iLau ians 
toucher à leur Corps , les faire rôtir en- 
fuite fur la braife , & les avaler avec du 
V in & de la Saumure. 

Pline dit encore , que broyés dam 
de l'Eau fans leur Coquille , ils gué- 
ririent le Crachement de Sang. 

ie Sel volatil du Limaçon foulage 
les Goûteux en tempérant les Sels en- 
traînés dans la Malle du Sang. 

Pline ajoute, que les Limaçons fou- 
lagenc les douleurs des Keins ; pour 
faire ce remède , il en faut (félon lui) 
concaller trois avec leurs Coquilles , & 
les taire bouillir dans duVin avec quinze 
(jrains de Poivre. On ne doute point 
que le Sel Volatil du Limaçon ne con- 
vienne aux Néphrétiques en ce qu'il 
piévient la Coagulation , & qu'il fait 
évacuer les fupejfluicés par les Urines; 
les Hydropiques s'en trouvent bien , 
aufTi bien que tous les Malades qui font 
incommodes de trop de féiofités. 

Je ne dis rien de ia.launin'e , du Scor- 
but, & des autres Maladies qui provien- 
nent ordinairement d un Sang trop 
épais : pour lefquelles cet Animal four- 
nit d'excellens Médicamens. 

Le Sel de Limaçon efl encore très- 
propre à faciliter les Régies dans les 
Femmes , & il remédie aux Obllruc- 
tions. 

L'Efprit Volatil du Limaçon peut 
aulfi fervir aux mêmes ufages, & la do - 
le de ce Sel doit être d'autant plus for- 
te , qu'il a moins de vertu. 

L'Huile gluante des Limaçons 
a une grande vertu , à cnufe du Sou- 
phre & du Sel Volatil qui y font mê- 
lés. Cette Huile a la propriété d'afFoi- 
blir& de dilToudre les Tumeurs endur- 
cies. De-là vient qu'elle prévient le gon- 
flement des Glandes Scrophuleufes; car 



)'EUomach,6(ditque!eLioiaçoneftune elle e(l très-propre à volatilifer les Sels 



SUR LA Physique et sup^ la Peinture. i^p 

Fixes quî ont coutume de^'arréter : elle Pour rafraîchir & entretenir le Beau 

dîflbut encore touce forte de Tumeurs , Tdnc des Daines , on fait une l'omma- 

quand on les frote de cette Huile. On de excllente avec la Partie GrafTe , que 

s'en ferc moins fouvent pour les Maux j'ai appelle IcTcilicule du Limaç )n, on 

Internes. Quoi qu'elle foit d'une odeur en ramafle une affez grande quantité, 

défagréable , & que la langue ne puifle que l'on Broyé avec l'Huile des Qua^ 



la fupporter , je fuis cependant perfua^ 
dé qu'elle efl: très-propre à guérir plu- 
fieurs Maladies intéiieures & à dilîbu- 
dre les Obftru£lions qui furviennent à 
différens Vifcéres. 

La Coquille qui fert de Couvercle 
au Limaçon eft fort vantée par Pline, 
(Liv. 30. Ch. 8. de fon Hilloire Na- 
turelle) fa Cendre , à ce qu'il prétend , 
peut diiToudre la Pierre qui s'engendre 
dans le Corps. Gefner dit que lorfque 
les Troupeaux font attaqués de la Pelte, 
il faut piler des Coquilles de Limaçons , 
& délayer la poudre dans l'Eau , & en 
faire boire aux Beftiaux. 



très Semences Froides. On y joint du 
Sperme de Baleine , que l'on fait aupa- 
ravant fondre fur le feu dans un plat de 
terre neuf. Le tout bien Incorporé Se 
bien broyé , forme une Pommade très- 
précieufepourl'ufage que je viens d'indi- 
quer. Mais il faut tenir cette Pommad* 
dans un endroit Froid 5c Sec & n'en 
faire la provifion que pour quinze jours ; 
tout au plus : car les Pommades qui fe 
gardent plus long-tems font ordinaire- 
ment pernicieufes , c'eft alors une mar- 
que certaine qu'on y a mêlé du Subli- 
mé pour les conferver. 



LES DISPUTES 

DES PHILOSOPHES 

ET DES ARTISTES MODERNES, 



ARTICLE IV 

Réponfe au R, P. Berner l'un des Auteurs du Journal de Trévoux. 



^^ A queftion agitée * entre le 

'I!, P. B. & moi , à l'occafion de 

\ la façon d'enlever les vieux 

l Tableaux , & de les tranfpor- 

ter fur des Toiles neuves , roule fur 

* Dans le Journal de Février 17?-!. 

Année 1751. Tome I. III. Part, 




deux ou trois articles. Pen ferois reflé 
à ce que j'avois déjà dit de ce Secret , 
fi le P. B. s'étoic contenté de fa premiè- 
re réponfe. Mais puilqu'il redouble fon 
zélé & qu'il continue de foutenir avec 



170 Observations sur 

chaleur * les intérêts de M. Picaïu. 
Dans la crainte (die- il ) qud ne pajjï dans 
unauiu Pays , Contrée, Peuple^ ou Na- 
tion, & que cette docouverie ne fe per- 
de pt ur toujours en 1-rance ou en bu- 
rope , comme tant d'autres , que nous 
ic^noons préfcntement : il faut que je 
ralTure de nouveau le P. B. afin qu'il 
n'ait plus lieu de craindre une perte de 
cette importance. 

Je n'aurois pas tant de peine à divi- 
fer cette Diillrcation , que j'en ai eu 
pour démêler les queftions embrouil- 
lées de mes Adv«rîaires Nej/toniens. 
Le P. B. s'explique bien plus claire- 
ment que ces Phil'fophes. 11 eft vrai 
que la Matière eft moins abtlraite. 

1°. Entre le P. B. 6c moi, il s'agit 
de fçavoir fi l'on doit mettre au rang 
des Arts la façon d'enlever une Pein- 
tura de delFus une Toile , une Planche, 
ou une Muraille , & s'il faudra élever 
ce Secret au rang des plus fameufes dé- 
couvertes. 

z". Entre M. Pkaut Se le Virtuofe Ita- 
lien , il eft queftion de fcavoir fi le Se- 
cret du premier ell: moins dangereux & 
plus facile à pratiquer que celui que j'ai 
donné dans mes Obfervations. 

11 faut répondre à ces deux Queftîons 
éc faire enforte qu'on nous entende. La 
méthode de féparer les faits eft la plus 
jure pour les éclaircir. 

I. ^leftion. 

Un Secret ou un Art eft la même chofe; 
(dit le P. B.) nous nousjèrvons de ces deux 
mots indifféremment , parce que l'Opération 
Je /!/. Picaut participe du Secret Sr de l'Art, 
&c. Et depuis cinquante ans nous n'avons 
rien anancé qui mérite tant l'attention du 
Public que f.i Découverte. 

Voilà le fondement de la Difpute en- 
* Daiis le Journal d'Avril fuivanr. 



l'Histoire Naturîlle, 

tre le P. il. & moi. M. Picaut n'a rien 
de commun à ceci : il fait parfaitement 
que Ion Secret n'eft pas un Art ; c'ell ce 
qu'il ne mettra jamais en Queflion. 
'fous les hommes font fujets à l'Amour 
propre ;'nuis ilsrougilTent des qualités 
qu'un leur donne & qu'ils ne méritent 
pas. D'une autre part , chacun cherche 
à foutenir fes Dioics , ainfi l'on ne doic 
pas trouver étrange que je défende mes 
Confrères. 

Si les qualités que le P. B. donne à 
M. Picaut avoient lieu , les Arts fe con- 
fondroient avec les Secrets , les Secrets 
avec les Métiers & les Métiers avec les 
Occupations les plus baffes. 

Les Artides ne font pas des Ou- 
vriers , ce font des Sçavans , qui met- 
tent en ufage le Cizeau & la Lancette, 
le Pinceau «Se le Burin , l'Equierre & la 
Bouflûle , & qui font un jeu agréable 
de la Rime & des Sons. 

Je qualifie ici les Artiftes du nom de 
Sçavans , parce qu'ils doivent l'être en 
effet. Un Chirurgien doit fçavoir l'A- 
natomie & une partie de la Médecine: 
un Peintre doit être Phyficien èc Ana- 
tomiffe ; il faut que celui-ci , non feu- 
lement ; connoiffe le Corps humain, 
mais encore qu'il raifonne fur la nature 
de la Lumière , fur celle de l'Ombre & 
fur la formation des Couleurs : un Sculp- 
teur & un Graveur peuvent-ils fe diC- 
penfer de connoître la Machine anima- 
le , s'ils font oblif^és de faire des Figu- 
res ? Un Architeâe ne doit- il pas fça- 
voir les Loix Méchaniques ? Un Pi- 
lote ne doit- il pas être Aflronome & 
Géomètre!' Un Poète, fans contredit , 
eft Hillorien : un Muficien eft Com- 
pofiteur. 

Ceux d'entre les Artiftes , que nous 
venons de citer , qui ignorent les Scien- 
ces qui ont rapport à leurs ïalens , oe 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



font Artiftes que de nom. Par exem- 
ple , ceux qui peignent les enfeignes à 
Bierfe font-ils Peintres ? Ce:ix qui ra- 
fent & qui fçavent feulement psrcer la 
Cépiialique, la Médiane , ou la Bafili- 
que , font-ils Chirurgiens? Ceux qui 
font les Murs de boue & les Toits de 
paille dans la Campagne font-ils Archi- 
tetîles? Ceux qui font les Vaudevilles 
de Paris, font-ils Poètes? Ec enfin ceux 
qui font réfonner les Orgues de la Lan- 
terne magique , fontili Muficiens ? Je 
crois que mon Argument fera univer- 
fellement reçu & qu'il eft fans répli- 
que. 

Je puis encore ajouter pour preuve 
de ces Vérités , que les Artilles ont pro- 
duit , & peuvent encore produire tous 
les jours de grands Hommes. Pythagore 
& Socrate étoient Sculpteurs ; Platon 
avoit été Poète ; Diogém Banquier ; 
Pyrron Peintre ; Bion Phyficien ; Epi- 
curre Grammairien. De nos jours , M. 
Quenet & M. Morand ne font-ils pas 
Médecins? M. Le Cun'efl il pas Phy- 
ficien ? M. De Foliaire neii-i\ pas Phi- 
lofophe ? Je le répète encore , les vrais 
Artiftes font des Sçavans , parce que 
leurs opérations font toujours fondées 
fur quelque Science , & ils ne font ap- 
pelles du nom d'Artiftes , que parce 
qu'à leur fçavoir ils joignent l'Ouvrage 
des mains. 

De tout tems on trouvera pirmi les 
Artiftes des Sujets qui fe diftinguent , 
& qui paflent de leur profeffion aux 
fciences les plus relevées , ce que l'on 
rencontre très-rarement dans les Gens 
de métier. M. Picaut , par exemple., 
peut exercer la façon de raccommoder 
les Tableaux , de les vernir , de les 
changer de Toile , fans avoir befoin 
d'être ni PhUofophe , ni A-fédecin, ni Af- 
tronome , ni Géomètre ; & il n'y a pas 
d'apparence que le Secret d'enlever les 



. ^7t 
Croûtes des Peintures le conduife un 
jour à profeOTer quelque Science , puif- 
que le P. B. avoue qu'il n'ell ni Peintre, 
ni DetTinateur, & que fon fçavoir con- 
fiée feulement à le pratique de fon Se- 
cret. Il n'cft donc pas Artille , fi pour 
l'être en effet il faut tenir à quelque 
Science. 

Mais C dit le P. B. * ; M. Picaut ufe 
de grandes précautions ; il emploie beaucoup 
de tems pourlefuccès de fon Opération ; fa 
manière de procéder à des Principes Sr des 
Régies : il peut donc être mis au rang des 
Artiftes. Je réponds à cela : efi-ce qu'un 
Tailleur de pierre n'ufe pas de grandes 
précautions , crainte qu'une Pierre de 
groffeur énorme , qu'il a quelquefois 
en main , ne Pécrafo ? Eft-ce qu'il ne 
met pas beaucoup de tems à la .tailler ? 
N'a-t-il pas des Principes & une Métho- 
de, & ne fefert-il pas d'une régie, d'une 
Equierre & d'un Compas? Malgré tout 
ceci, eft-il Architede ? Il ne fera jamais 
qu'un Tailleur de pierre, & M. Picauc 
ne fera aufli que le Confervateu: des 
Tableaux des grands Hommes , tel que 
ceux qui les nétoyent , qui les vernif- 
Jeut & qui les encadrent. Au lieu de 
tout cela , M. Picaut les change de 
Toile. 

Quand même la Pierre que taille cet 
Ouvrier , dont nous venons de parler , 
feroic de Porphire ou d'Agathe , ces 
matières précieufes ne pourroient pas 
l'élever au defTus de fa Condition ; ce 
n'eft pas la Matière qui fait l'Ouvrier. 
M. Picaut fera de même ce qu'il eft , 
foit qu'il change de Planche , ou de 
Toile aux Tableaux de Michel-Ange 
ou de Raphaël , ou qu'il enlève ceux: 
duPont-KotreDame, pour les pofer fur 
d'autres Toiles ou Planches ; il ne rend 
pas lesTableaux plus précieux qu'ils n'é- 
toient auparavant ; il les met feulement 
en état de durer plus long-tems. 

Zij 



iijsi Observations sur l'Histoire Naturelle, 

Après avoir démontré que le P. B. pourrois ajouter encore que fon extrait 
r'eft pas fondé de foutenirque le Secret vife toujours à fa propre Gloire. A'oiis 



de M. Picaut efl. un Art ; quelques per 
/oniies diront : mais de quoi le mêle 
M. (Jauciei r Qu efl ce que cela lui fair, 
que M. Picaut fo.c élevé au rang des 
Arciftts , & que le P. B. dile que depuis 
Cinquante ans le Journal de 'Ircvoux na 
'rien annoncé qui mérite tant l'attention du 



fçavons fc/en (dit-il dans cet extrait page 
2:4.) que ccfl au Principe de réformer ia. 
Praïque j &" non à la Pratique d'anéan- 
tir le Principe ^^ M. Le Elonà s'y confor- 
ma , mais fans trop pouvoir y réuffir^ fi et 
n'ejl par les mains du fïeur Gt^utier , qui 
lui facilita l'exécution de fon Art par fa ré' 
Public , que La Découverte dont il efl quef- duBion aux trois Couleurs. Le Jieur Le. 

Blond étolt vieux ù" fur la fin de J'a carriè- 
re : Uf)yant la di^fficulté qu'il allou avoir à 
s'afjujettir à ce nouveau Principe ^ nous in- 
vh imes le fieur Cauticir ^ qui joignoit à 
beaucoup de jeunejfe une (grande facilité de 
Génie , une connoijfance de la Peinture ^ de 
divers Arts même entre autres de la Mifr- 
que j Art tfès auxiliaire ^ Gr fur tout une. 
grande envie de fejignaler par quelque clio- 
Je de grand &" de ïe.iu. liien ne l eioit plus 
que le nouvel Art. Nous le lui propof'mes ; 
il en fut ébloui : Kous le lui expltqu.imes; il 
y fut iientôt confommé.jufqu à aider au Jieur 
Le Blond , à lefurpafjer , &• à luifuccéden 
enfin avec une forte de fupériorité pour la 
pratique mimci 

N'efl-ce pas s'annoncer Inventeur 
d'un Art plutôt que de rendre Jullice à 
celui (]vi léuiiic ,5c qui le pofléde? Bien 
]• in d'avoir facilité M. Le Blond à l'e- 
xécution de fon An par la réduBion aux 
trois Couleurs ^ je ne les ai jamais prati- 
qucei- J'ai afltz fait connoître ùans les 
N-ercures de i V-iî;- que mon Art n etoic 
pas celui de M. Le Blond ; quej'étois 
fondé fui une Théorie bien dilTçren'.e 
de celle du P. Cartel ; & je n'ai jamais 
prétendu ) comme lui , que Les trois Coiir- 
leurs faijoicnt toutes les Couieurs à l'ir:(in:,ùt 
qucLleS' produifoient même le Noir pur Leur 
réur/on. 

Auiourd'hui le P. B. dit que depuis 
cinquante ans on n'a rien annoncé cuî 
mciite tant l'attention du Public qie 
l'Arc de M. Picaut. Me voilà donc dé-? 



tion ? J'avoue que l'on pôurroit me ta- 
xer d'être un Ei'pric inquiet cn: même ja- 
loux de la gloire des autres , ù e ne pro- 
fitois pas de certe occafion , poiir met- 
tre au grand jour les railons qui m'ont 
déterminé à relever le SentiTnent du P. 
pjertier, ôc celle; quim'obligenrd'abaif- 
}er les Eloges que l'on prodigue d: ns 
un teiiF, fans raifon.& que l'on ménage 
avec ferupuledan^ un autre, félon lescir- 
'ccn'tances iï>- !es intérêts particuliers. 

J'e 'çai c)u'cn 17^7- (dans le Journal 
de Trévoux ^^u•moisd'Août page 145 5 ) 
le P. Cajtd fit l'é ogc- d.- 1 Art d'impri- 
ricr les Tableaux félon la Manière de 
Le Blond ; (méthode infruitueule & 
qui eft périe avec l'Inventeur) mais cet 
éloge étoit relatif à la Tlicorie du P. 
Cartel ; il écoit intérelfé à rendre jufti- 
ce à un Artirte dont les principes s'ac- 
cordoient fi bien avec fes feiuimens. 
Heurcufcmcnt ( dit le P Cartel page 
1440.) dans le ten s que M. Le Blond 
travailLoit en Angleterre à l Hanvonlc du 
Coloris j on travailloit ailleurs àd Harmo- 
nie des Couleurs :. &c. ("page 1 44 ^ •' A'ous 
avions annoncé dans nos Arémoircs que ces 
trois Couleurs fa'ifoient toutes les CouL urs à 
l'infini, £r quelles produfoient /rime le Noir 
pour eur reunicn.. M. Le Blond du la même 
ehoje dans fon Itvre^ùfc. 

Le P. ( aflel a aurtî eu la bonté d'an- 
noncer mes Taltns. (en 1716 dans le 
Journal de Février pagi" ^oi , &c.) Je 
lui luis ic.leuble de fon zélé ; niâifje 



SUR LA Physique et 

fouillé par le P. Caftel , & réduit par 
le P. B. au deflbus du fecrec d'enlever 
les vieux Tableaux ! Ais je tort de me 
plaindre? Nefuis-je pas fondé de ré- 
pondre à l'un de ces Auteurs & de ci- 
ter les vues de l'autre? Que l'on me ren- 
de juftice. 

Les Auteurs accrédités , comme ceux 
du Journal de Trévoux , méritent ma 
réplique. Le Public fçait que je n'ou- 
blie rien pour ma défenfe, lorlqueceux 
qui m'attaquent diredement ou indi- 
rcdement font dignes de fon attention. 

II. Qiiejîion. 

Venons au fait. Si je ne faifois que 
dilcuter avec le P. B. fur le Secret de 
AL Picaut , qu'il veut élever au rang 
des Arcs , tout cela ne fcroic qu'un 
jeu dCjMots. 11 faut préfencement prou- 
ver. 1°. Que le Secret du V inuofe Ita- 
lien , que )'ai déji donné au Public , 
vaut mieux que celui qu'exerce ^L Pi- 
caut lorfqu'il s'agit de Peintures fur Bois 
ou fur Loile. :". Que celui de M Pi- 
caui m'eft aufH connu. Mais que je ne 
m'en fers que lorfqu'il s'agit d'enlever 
une Peinture en Huile de deflus un 
Mur, ou de deflus un Fiat fond. Si je 
ne l'ai pas encore détai'lé » celui ci, 
c'eft qu'il falloit parler de l'un avant de 
parler ^ e l'autre. 

On fy.iit déjà que M. Picaut fépare 
les Peintures des vieilles Pla- chi;s fans 
. les détruire , qu'il les met avei. foin à 
côté de fe^ Ttbleaux , pour prouver 
qu'il eniéve l'Lpiderme fans toucher 
au Fond. J'ai di' , aj cnntrnie, que 
l'Italien détruit te Fond fan^ toucher à 
rLpidtime ; je demande donc piélen- 
tement qui ell ce qui efl plus précieux 
dans l'ouvrage d'"un g'-and m:,î;re i\ 
c'efl: le Fond ou la" l'einture? Je crois 
qu'il fera d'abord ^^écidé que la 1 oile 
Eik Planche ne font pas le Tableau, 



SUR LA Peinture, lyi 

& que iorfqu'on fépare le Tableau de 
fon ancien Fond, ceft plutôt pourcon- 
ferver la Peinture que la vieille Plan- 
che. Si c'efl pour réjouir la vue & pour 
donner un fptflcxle un peu plus touchant ^ 
que l'on conferve le bois carié, écaillé 
& brifé ; les ouvrages des Anciens Maî- 
tres alors n'y ont aucune part , & c'eft 
fans nécclfué îk fans raifon , que l'on 
rifque de les gâter, de les allonger, ou 
de les féparer, en détachant le pellicu- 
le , que les Couleurs du Tableau onc 
formées fur le Fond. Il vaut bien mieux 
prendre auparavant la précaution de 
coler & d'arrêter le Tab'eau fur quel- 
que Corps , pour le feparer de la Plan- 
che ou de la Toile, fans rifqucr de l'é- 
tendre ni de le déchirer. Car le Cal- 
que , dont le p. B- prétend que Fon (e 
ferc pour examiner 11 l'on na rien dé.- 
rangé du Tableau, prouve qu'il efl pof- 
f?Me qii.- ce mal arrive ; puilqiie 1 on 
obfei ve s'il n'efl; pa'-o ai rivé. Le Calque 
ap'ès tout, h le Tableau étoit gâté, 
ne fcaur it remédier aux fautes l'opé- 
rjtion taice. Ceci n'eft pas difficile à 
comprendre le Tab\ au détaché, rédufc 
en i'elîicule très-!ubtii, peut avoir fouf- 
ferc quelque aFéiati n en le recollanc 
fur une autre Toile, puifque nous Iça- 
vons que le Parchemin , le Vélin , le 
Papier, la Toile ^i tous les autres Corps 
que F'm applique avec de la cole fur des 
Plar^ches s'étendent fouvenc plus d'urt' 
côte que de l'autre , malgré le ( alque- 
que .'on fait pour cor.l'erver le r .ppiirc 
des i!)intuies , quand II y a quelque cho- 
fe de Peint. ou de siravé delfus. On ne 
réufîit jam-ais à conf rver les juives pro- 
portions. C'ell ce qui arrive aux Glo- 
bes fur lef'uels on cole desCartes , où * 
il y a toujours quelque d' tant. Le Pel- 
licule d'un Tableau quand ileft ramo- 
li, ainfi qu'il faut qu'il Je oit pour le: 
rouler , comme fait M. Picaut , doit; 



Observations sur l'Hi?;toire Naturelle, 



174 

être dans ce cas , malgré ce cju'on nous 
dit de l'exaiflitude de rapports du Cal- 
que , à travers lequel je délie que l'on 
puilîe tout voir fur un Tableau, quel- 
que tranfparent que fuit le Calque 6c 
quelque clair que l'oit le Tableau. 

La méthode de l'Italien eu plus fû- 
re , moins dangercufe & plus propre à 
confcrver l'extrême exaditude des con- 
tours des Figures qui compofent un 
Tableau , qui vaut la peine d'être enle- 
vé j puifque ce Virtu-^je allure fa Pein- 
ture fur une Toile, avant de détruire cel- 
le qui fert de fond , & avant de mettre 
le Pellicule fur une autre Toile. On 
peut faire préfentement l'opération du 
rirtuofc fur le plus précieux Tableau 
du Monde , & dans les fiécles à venir 
on pourra la répéter fur le même Ou- 
vrage fans effrayer les Amateurs & fans 
leur faire appréhender Je moindre dé- 
rangement dans le contour des Figures. 
Car , au bout du compte , un EpiJerme 
qu'on détache , je Je répète encore , 
fans doute en l'amolliflant , peut-être 
déchiré ou s'étendre à contre-tems. Ain- 
fi , fans faire injuftice à M. Picaut, l'on 
peut foupçonncr fa méthode d'être dan- 
gercufe , malgré tous les procès-ver- 
baux de l'Univers. De l'autre part il eft 
jmpoflîble d'attribuer le même inconvé- 
nient à celle de mon Italien. Si un Ta- 
bleau efl fendu & écrouté, comme l'on 
voit aiïez fouvent , comment raflembier 
avec précifion les pièces , quelquefois, 
en grand nombre , fans fe fervir de cet- 
te méthode ici ? Donc Je fecret du Vir- 
tuofe vaut mieux que celui de M. Pi- 
caut , lorfqu'il s'agit d'enlever les Pein- 
turc^ de deflîis iiois ou de delTus Toile. 

Voici le fecret de M. Picaut, c'eft- 
à-dire fa manière d'opérer .■ que j'ai 
promis & qu'il faut donner : car fi la 

* Il n'y aguéies de bons morceaux peints 
en Huile fur Plâtre : tout ce ^ue nous avons 



Méthode de l'Italien vaut mieux que 
celle de M. Picaut , en ce qui concerne 
les Tableaux fur Toile & fur Bois , cel- 
le de M. Picaut vaut mieux que celle 
de l'Italien , lorfque les Peintures le trou- 
vent malheureul'ement pofées lur Plâ- 
tre *, 

On convient depuis mes Obferva- 
tions , qu'il n'y a que les Peintures en 
Huile que l'on puiiïe arracher de delTus 
une Murail'e, & qu'il n'eft pas poflîble 
de toucher à celles que Ion a peintes à 
Frefque : Nous voilà d'accord fur Ja 
Nature du Tableau qu'il efl poffible de 
détacher & de tranfporter fur un autre 
Fond. Mais il eft queftion de fçavoir le 
Secret de M. Picaut, pour enlever une 
Croûte de Peinture en Huile de deflus 
un Plat- fond, ou dedeffus un Mur que 
l'on va démolir comme celui de Choiji ; 
car le fecret de l'Italien , comme nous 
venons de dire , n'eft préférable que 
dans les Morceaux peints fur B is ou 
fur Toile. Comment pourroit-on en- 
lever la Muraille, fans touchera la Pein- 
ture? Toutes les eaux- fortes delà Ter- 
re ne fçauroient miner un Mur vertical 
ou horifontal de deux ou trois pieds 
d'épaifleur , & quand même il n'enau- 
roit que trois ou quatre pouces. ' 

J'efpére que l'on n'ira pa^ me chicaner 
fi par hazard il y a quelque drogue de 
plus ou de moins , dans ma Méthode , 
que dans celle de M. Picaut , je crois 
qu'un Secret eft le même qu'un autre , 
quand les Opérations font égales, & 
que le but que l'on fe propofe eft éga- 
lement rempli de part & d'autre. 



Secret pour enlever les Peintures de dejjus 
un Mur. 

II faut bien laver les Peintures en 
de ftiieux peint fur Piâttc eft à Frefque. 



' Sur la Physique 

Huile fur Plâtre avec de l'Eau-de-vie 
& leur ôter avec foin la PouiTiére & la 
Fumée qui- peut les avoir altérées par 
le laps des teins. Alors pendant l'efpace 
de quelques jours , félon le befoin & la 
fécherelfe des Peintures , il faut les hu- 
meder avec l'Efprit de Térében:hine , 
& leur donner une certaine Onduoiité 
abfolument néceflaireaux vieilles Croû- 
tes. Au bout de cette Opération, lorf- 
que vous jugez que la Peinture eft un 
peu rajeunie, il faut y pafler une colle 
forte de Flandres , bien chaude & bien 
unie, & en faire de même fur une Toi- 
le fine, d'Hollande fi l'on veut, & ce- 
ler cette Toilefur les Ouvrages en Hui- 
le que l'on fe propofe d'enlever de def- 
fus le Mur. 

, Si la Peinture efl; légère & trop fu- 
perficielle , au lieu de Toile , on fe ferc 
de Papier fimplement , ôc on le colle 
fur la Peinture à la place de la Toile : 
mais fi le morceau ell vafle , & que la 
couleur foit épaifie & bien empâtée , 
alors il faut abfolument fe fervir de la 
Toile. LaToile étant bien tendue, il faut 
l'arrêter tout au tour avec des pointes de 
Fer; pour l'empêcher de fe gripper & 
la laiiïèr fécher pendant vingt-quatre 
heures. 

Vous appercevez que les bords delà 
Peinture , lorfque la Toile efl féche , fe 
détachent du Mur ; fur tout fi dans l'en- 
droit où ell pofé le Plat- fond vous y 
metttz un Poêle, ou que le Soleil don- 
ne fur la Peinture que vous vous êtes 
propofé d'enlever. 

Pour finir l'Opération , (Opération 
qui, félon le P. B. fait l'admiration de 
tout Parisj il faut détacher avec foin 
du Mur , la Toile qui emporte avec elle 
Ja Couleur en Huile * , & dans les en- 

* Pour cacher le Secret, avant de montrer 
le Pellicule, on le fait tremper dans l'eau 
avec le Papier collé, oh la To:le &c on le lé- 



ET SUR LA Peinture. 17; 

droits où la Couleur tient un peu trop , 
ce qui arrive louvent , humeftez le Mur 
avec de l'eau féconde , & par le fecours 
d'un Couteau à palette , détachez adroi- 
tement d'une main la croûte du Mur , 
pendant que vous tirerez la Toile de 
l'autre. 

Avec un peu de patience vous enlè- 
verez un Tableau de vingt toifes de long, 
s'il le faut, 5c Ci la néceflité vous obli- 
ge de l'enlever par parcelles 6c par cum- 
partimens , vous prendrez à cet effijc 
les dimenfions néceflaires. La Croûte^ 
enlevée & collée alors fur la Toile du 
côté des figures, fe ramolit comme on 
veut & fe colle ailëment fur une autre 
Toile , pour fervir de Fond au Tableau, 
& lorfqu'on ell alfuré que la Peinture 
efl bien collée fur le Fond qu'on lui del- 
tine on fait l'Opération de l'eau-forte , 
comme j'ai dit dans le Secret de l'Ita- 
lien, 

J'offre au P. B. de faire moi-même 
l'Opération. S'il doute de la réu fil te de 
cette Méthode , qu'il ait la bonté de 
m'envoyer un fragment de Muraille , 
fur lequel il y ait un morceau de Pein- 
ture en Huile , je lui promets de lui 
rendre la Croûte fans toucher au Mur, 
& s'il craint que je détruife le morceau 
de Mur , & que j'y fubflitue un autre 
Plâtre de pareille forme , qu'il le mar- 
que de fon Cachet , qu'il drefTe un Pro- 
cès-verbal de la Figure , de la Qualité 
& de l'EfTence du PUtre , je le lui ren- 
drai d'un côté & le Tableau de l'au- 
tre. 

J'avance de plus , que j'ai le Secrec 
de pofer fur Cuivre tout Tableau en 
Huile que l'on a enlevé de defTus Plâtre, 
delTus "Toile ou defTus Bois ; & j'offre 
au R. P. Bertier de l'appliquer fur le 

pare. Ceux qui n'ont pas vu faire l'Opération 
jureroient que l'on a enlevé le Pellicule touî 
feu! de deffus le Mur, 



t-;6 Observations sur l'Histoire Naturelle; 

Cuivre, de façon qu'au bou: dedeuxou fur Cuivre, ce qui les rendroit invulne- 

trois mois il fera impofllblede l'enlever râbles , 6c évitcroit à la Poftéritéla né- 

par quelle Méchode que ce foit. cellkc de les enlever encore plufieurs 

Il me femble que les Tableaux de fois pour changer leurs Toiles que les 

Prix au lieu d'être pofés furToile, après Tems Futurs ne repéreront pas plus 

les avoir enlevés, devroient être pofcs que les Tems PalTés. 



LES SECRETS 

DES ARTS 

ET LES NOUVELLES DÉCOUVERTES. 

ARTICLE IIL 

La manière dépeindre en Verre ou fur Vitres pour l'ornement des EgUfés ù" des Clo'ures. 



'-^-ff-^i N voit à Paris , dans le Cloître 
$:0<4:des R. P. Feuilians de la rue 
^^14,iX- S. Honoré, l'Hiftoirede .S. Jean 
de Dieu, peinte fur le^ Vitres qui don- 
nent le jour à ce Cloître : c'eft ce que 
nous avons de mieux deflîné en ce gen- 
re dans nôtre Capitale ; mais il y a , 
dans plufieurs ParoilTes anciennes & 
dans d'autres Eglifes , de vieilles Vi- 
tres dont les Couleurs font d'une beau- 
té parfaite , & bien plus éclatantes que 
celles de ce Couvent. 

Jean Cou/m , Peintre Vitrier , a fait 
en France ce que nous avons de mieux 
en ce genre» on voit fes Ouvrages dans 
l'Egli'e de S. Gervaii ;i Paris * , à Sens 
& aux environs de cette dernière Ville, 
d'où il étoit natif. 

* Il a peint fur les Vitres de cette Es^life le 
Martyre de St. Laurent , la Samaritaine , Se 



On fera peut-être furpris , lorfqu'on 
verra l'abondance des matières lur les Se- 
crets des Arts , que je n.etcrai au jour 
dans mes Obfervations , cho'e que per- 
ionne ne s'eft avifé de faire fidèlement; 
cliacun gardant avec foin les lumières 
ne les donnant qu'en parties , ou les 
étouffant foigneufement dans les vues 
d'un intérêt quelquefois permi.^ h ceux 
dont une feule Recette doit faire la for- 
tune. 

Mon Père m'a donné un grand*nom- 
bre de Secrets que je me fai^ un plaifxC 
de manifeller. Sa vie a été employée, 
jufqu'à un âge fort avancé, à de? travaux 
Chimiques & dans les Curiofi'és les 
plus rares de la Nature : il podédoic 
toutes les Langues Orientales, & avoic 

l'Hiftoiie du Paralytique. 

eu 



Sur la Physique et 
eu de grandes facilirés à s'inllniire, dans 
prefque tous les Paysde l'Afie & de l'A- 
frique qu'il avoir parcourus. Je les donne, 
ces Secrets , avec d'autant plus de con- 
fiance , que j'ai été cémoin de la réulîîte 
d'un grand nombre qu'il a pratiqués de- 
vant moi. 

Le Public n'ignore pas que M. Hau- 
dicquer de Btancourt, en 1696. ('dans l'Art 
de la Verrerie qu'il fit imprimer chez 
Jombert ) n'ait traité cette matière. 
En lifant ce Traité & plufieurs autres , 
on verra que ma Méthode de peindre 
fur Verre n'efl point puif e dans les 
fources Typographiques , & que les Au- 
teurs n'ont jamais donné leurs Secrets 
en entier , comme je donne les miens 
aujourd'hui. 

Avant de parler de la façon de cui- 
re le Verre lorlqu'il eft peint , je don- 
ne ici feulement la manière de compo- 
fer les Couleurs & de les appliquer fur 
la Vitre. 

Comment ii. faut faire lrs Coir- 

xeurs pour peindre sur les 

Vitres. 

Pour faire le Piolet. 

Prenez une once &: demie de Perigo 

pile, une once & demie de mine de plomb, 
îîx onces de Sable ou Caillou , que vous 
pilerez bien fin & mêlerez le coût en- 
femble dans un Creufet de terre pour le 
mettre calciner dans un Fourneau à 
vent : lorfque le Feu de charbon fera 
bien brûlé Se la Matière fondue , vous 
la tirerez hors du Creufet avec un Fer 
crochu , & la laiflTerez refroidir pour 
la piler de nouveau (dans un mor:ier de 
Fer) le plus fin qu'il fera poffible. 

Vous partagerez la Poudre en quatre 

parties avec une Balance , & prendrez 

une de ces quatre parties , ce qui vous 

fera la dofe de Salpêtre que vous devez 

Annéi 1752. Totn. I. III. Part. 



SUR LA Peinture. 177 

y joindre , laquelle dofe vous partage- 
rez encore en quatre pour en ôter la qua- 
trième partie , & y mettrez à la place 
autant de Sel-gemme , c'efl-à-dire une 
quatrième panie de la quancité de 
Salpêtre. Vous mêlerez enlemble ces 
drogues & les remettrez fondie de la 
même manière que defTus , & lorfqu'el- 
les (eront fondues vous les tirerez avec 
un Fer, les pilerez de nouveau & les 
partagerez comme la première fois <Sc 
y remettrez le quart de Salpêtie, duquel 
vous ôterez encore la quatrième partie 
pour y mettre du Sel gemme & rempla- 
cer la valeur de ce quart ; refaites l'O- 
pération jufques à trois fois» y mettant 
du Salpêtre & du Sel-gemme , ainfi que 
nous venons de dire. A la fin vous pile- 
rez le tout & le laverez , afin que l'Or- 
dure en forte jufqu'à ce que l'Eau foie 
claire; & quand vous le voulez mettre 
en Oeuvre , il faut broyer cette Com- 
pofition fur un porphire bien fin & y 
mettre un peu de Gomme. 

Pour faire le Vert fur le Verre. 

Il faut une once & demie d'Aes-uf- 
tum , & faute d'Aes uftum , la Limaille 
d'épingles efl fort bonne ; ajoutez une 
Once & demie de Mm de plomb, (ix on- 
ces de Sable ou Caillou & le mettre cal- 
ciner de même que le violet , en fui- 
vant ce que nous avons prefcrit ; mais 
à la place du Sel-gemme . il faut met- 
tre du Sain de verre. 11 faut piler , par 
exemple, la comporition & la putager 
en quatre , & y mettre un quart pcfanc 
de Salpêtre , puis partager le Salpêtre 
en quatre, & ôter la quatrième partie 
du Salpêtre pour y mettre une partie de 
Sain de verre • ainlî qu'on a fait du Sel- 
gemme; il faut fondre trois fois cette 
Gompofiiion , tout de même que pour 
faire le Violet. Il faut toujouti piler les 

Aa 



ijS Observations sur l' 

liigu'diens après qu'ils ionc hor< du 
Creiifet > & les partager ainfi que l'on 
a prefcrit. Vous lavertz le tour, de mê- 
me , & le bro)erez fur le Porphire, 
q'.iand vous le voudrez mettre en Oeu- 
vre, en le mèhnc avec un peu de Gom- 
me. 

Pour faire le Bleu fur les Vitres. 

II faut avoir de l'Azur en poud'C y 
qui foie foncé 5c coulanc, la quantité 
que vous voudrez, partagez la en qua- 
tre , & du quart y mettre autant pé- 
fant de S-îlpé:re , puis partager le Sal- 
pêtre en quatre, & du quart y lîiettrc au- 
tant pé-Tant de Sel-gemme. Faites fondre 
cette Compofuion dans un Creufec , (Se 
étant fondue , il la faut tirer du Feu avec 
un Fer j la piler , & la laver comme 
les autres émaux. Celui ci ne fe doit 
fondre qu'une fois. 

Pour faire le Violet couleur à'Evê^ue, 

Il faut mêler le vrai Bîeu & le vrai 
Violet fait avec Péri^ueux , ftlon que 
vous jugerez à propos de faire cette 
Couleur plus ou moins Bleue ou plus 
ou moins Violette. 

Pour faire un autre Vert. 

Vous ébaucherez vôrre Bleu fur la 
pièce de Verre qui efl travaillée en Blanc 
& Noir , & pour avoir un foit beau 
Vert vous coucherez du launede l'autre 
côté ; vous coucherez l'une & l'autre 
de ces Couleurs un peu claires , car au- 
trement , elles feroient un Veit trop 
I^oir. 

Pour faire le Jaune fur le Verre. 

.Ayez de l'Argent de Piajîres d'Efpa- 



HlSTOIRE NaTURELIE, 

gne , ou du plus fin , telle quantité qu'îî 
vous plaira , & le mettez fur une Pelle 
à Feu fur un bon Bralicr : vous ferez 
un lit de Souphre & un d'Argent; fi le 
Souphre eft confonmié avant que l'Ar- 
gent foit bien brûlé, vouyyen pnurrer 
mettre d'autre, & puis vous le pilerea 
dansunMortier, étant pilé vous le broye- 
rez bien fin fur un Baliln d'Airin , puis 
le mettrez dans quelque Vafe , & pren- 
drez du Jaune d'Ocre en gros morceaux 
& le mettrez rougir dans le Feu ; vous 
le broyerez bien Hn ; étant broyé , vous 
prendrez l'Argent préparé comme def- 
fus & le mêlerez avec 1 Ocre ; il y faut 
trente foisaut-mt péfantde jaune d'Ocre 
que d'Argent, fcion la bonté de l'Ar- 
gent. Pour voirenfuite fi vôtre Com- 
pohtion eil affez jaune, vous en met- 
trez fur une petite pièce de Verre & le 
ferez lécher; vous mettrez le Verre vl^ns 
le Feu & l'y laiflerez jufqu'à ce qu'il 
foit bien Rouge, & l'ayant retiré, vous 
le iaillerez refroidit pour voir s'il ift 
alTez Jaune : s'il ne l'eft pas allez , vous 
y ajouterez d'avantage d'Ocre ; s'il l'tft 
trop , il y faut remettre de l'Argent ,. 
pour vous en-fervir dans le befoin. 

Pour faire te Rou^efur te Verre. 

Prenez Rocaille jaune & Criflal calciné 
une once , Gomme Arabique demi-once, 
Paillés de Fer demi-once , deux onces de 
Sani^uine , autrement dite Bouge- pierre, 
la pfus fine que vous pourrez trouver î 
ayant mis ces Drogues en poudre très- 
lîne , vous broyerez le tout enlemble fur 
une Plaque de Cuivre ou d Airin avec 
de l'Eau : cette Compofîtion étant bien 
broyée , vous la remelkrez foigneufe- 
ment & long temsavec uneSpatule.Vous 
prendrez enfuite de l'Fau claire & é- 
claircirez vos Drogues peu à peu ; car 
ft vous jectez l'Eau avec précipitatien. 



SUR LA Physique et sur la Peinture^ 



votre Rouge fe noircie. Vous prendrez 
de cette Eau que vous meccrez dans un 
Verre, qu'il faut couvrir, pour la garan- 
tir de la pouffiére . & le laillerez repo- 
fep» vingt quatre heures : l'Eau qui lur- 
nagera l'era toujours rouge; vous la ver- 
ferez par inclination, fk lailTcrez ce qui 
eftau fond, qui vous fervira pour une 
autre Couleur; l'Eau rouge qui fuma- 
ge , contiendra feulement la Matière 
de la Couleur donc vous défirez peindre 
votre Verre , & pour vous en lervir il 
fuffic de faire évaporer l'Eau de la façon 
fuivance. 

Vous prendrez un Bafîîn d'Airin net 



I7Î>. 

deflus, plus ou moins fores , felcn que 
vous voudrez ombrer, vous y donne- 
rez plus ou moins de force. 

Autre façon de faire Brun - rou^e fur 
le lierre. 

Ayez une once de Crifal-calciné ; de 
RocaïUe jaune , ou verte, une once ; bro)'ez 
le tout enfemble fur un Bafîln , & y 
mettez en le broyant la grolUur d'ua 
pois de Gomme, il eft bon pour om- 
brager des Vifages & faire des Carna- 
tions ; Sic quand vous voulez foncer les 
Couleurs , il y faut mêler du Noir avec 



que vous mettrez furie Feu, dans une le Pinceau, & vous ferez une couleur 



Cheminée , fufpendu à une Crémaillié- 
re , & ayant mis votre Eau rouge dans 
le Baffin , félon la quantité qu'il vous 
plaira d'employer , quand vous verrez 
que l'Eau commence à devenir épailïe , 
& que vous pouvez ramafler Je Rouge 
avec une Amatis de Corne , vous le 
mettrez dans des Coquilles pour fécher ; 
& lorl'que vous voudrez mettre en Oeu- 
vje votre Rouge, il faut le détremper 
avec la pointe d'un pinceau mouillé, dans 
de TEau claire & commune , pour le 
coucher derrière le Verre, félon que l'on 
juge à propos. 

Four faire Roux-brun , couleur de Bois , de 
Cheveux o' de TerraJJè. 

Ce qui a relié au fond de votre Ver- 
re , lorfque vous aurez fait le Rouge , 
vous fervira pour ces Couleurs laies. 
Faites fécher ce Marc que vous meniez 
dans une Coquille , &' quand vous en 
voudrez ufer , vous ferez ainfi que vous 
avez fait avec le Rouge ; par exemple , 
pour taire du Brun , vous mettrez du 
Noir parmi , & en faifant des Lavis 

* L'Haldris forme une efpéce de Biftre. 
Les PRibxes qui forment cette Couleur font 



de Bois fort naturelle , que vous Gla- 
cerez 6c Ombrerez avec le Noir com- 
me les autres. 



La manière de travailler l'Haldrîs * pour 

, Chair 

peries. 



Ombrager la Chair &" les Dra- 



Prenez une once d'Haldris que vous 
trouverez chez les Apoticaires j Rocaille 
ou Criftal-calciné , une once, & gros 
comme un pois de Gomme , & broyez 
le tout en'emble fur !e Porphire d'une 
confiftance foi c épailfe : cette Couleur 
fe travaille comme le Noir, & il faut 
mettre du Lavis deflus afin qu'il ne fé- 
che point trop promptemcnt. 

Comment il faut faire le Noir fur le Ver~ 
re cuit, 

II faut avoir une once de Crifal oa 
Rocadle verte &i. une once de Padles de 
fer bien nettes , & quand ces Drogues 
feront broyées bien fines avec de l'Eaa 
commune , il y faut ajputer la groifeur 
d'un poii de Gomme arabique , lorfqu'on 

fort douces. Se s'ajiiftciuavec toutes les Carj 
«ations. iHiJ-j-J'i z:~ . . 

Aaij 



i8o Observations sur l'Histoire Naturelle, 

fera prêt à finir de brouiller. Notez que pour touc autre fujec : pour conferver la 

fi vous le voulez pas mettre en Oeuvre légèreté des Lointains , afin de pouvoir 

i'ur le ciiamp, il n'y faut point mectrede ajourer les teintes Taillantes, la force. 

Gomme, mais mettre feulement lacom- £c l'épailTeur des Couleurs dans les en- 

pofnion dans du Papier, pour la faire fé- droits convenables. Par exemple , pour 

cher, 5c quand vous voudrez l'employer, faire les Malles du devant & les grands 

il faut alors la broyer de nouveau , & y Coups de force . de votre Tableau trant 

ajouter la Gomme. Cette compofition parent, lorfque les Couleurs font clai- 

doit être épaille & bien gommée ; car res dans le Lointain , vous épailîîlfez 

elle fe mêleroi: parmi le Lavis que l'on feulement les Teintes ; ce que vous ne 

mctdeffus: on nepeutabfolumentl'em- fçaui 11 z faire fi vos Ponds étoientdeja 

ployer fans Lavis. épais. 



Manière de faire le Lavis. 

II faut prendre une once de Gomme 

arabique, gros comme un pois de Borax; 
fcUtant de icZ commun , & du Noir à pein- 
dre fur ie Verre, la grofleur dune noi- 
fecte; un demi- N'erre d'LV/we; une Cho- 
pine à'Eau de Fontaine ; mettre le tout 
enfemble dans un Baflîn de Cuivre , & 
]ail7er fondre la Gomme avec l'Eau; 
puis broyer le tout pendant trois heu- 
res. 11 faut enfiiite mettre cette Eau 
dans un VaiflTeau bien net , «5c la bien 
couvrir , & lorfque vous voudrez vous 
en fervir . vous en prendrez ce qui fera 
rcceflaire pour liumtfter les Couleurs i 
il faut qu'elles trempent toujours de- 
dans ; mais ce Lavis ne fert que pour ie 
I*Joir, le Brun rouge & fHaldris. 

Commer.t il faut coKcher les Couleurs, 

Vous ne coucherez jamais vos Cou- 
leurs trop épailles pour fo: mer les Dra- 
peries , afin d'avoir la facilité de les 
ombrer & d'en former les Plis. 11 faut 
aufl) , quand vous les aurez couchées , 
mettre la pièce de Verre de niveau ho- 
rizontalement , fans quoi les Couleurs 
ft méleroif nt. Quand vous voulez for- 
mer un Payfage 'ur le Verre, il faut 
que les couleurs foient plus claires que 



Autre manifre de composer ies 
Couleurs , 

Pour faire l'Azur, 

Prenez une once de Caillou préparé; 
une once de Salpître , une once de pou- 
dre de Mercure, demi once de Tartre 
une demi-once de Sel commun , une 
once deSaffran, demi-once de Borax. 
11 faut bien mêler le tout enfemble fur 
un Porphire avec de l'Eau claire com- 
mune , & en faire de petits Pelotons que 
vous mettrez dans un Creufet , pour les 
fondre avec un Feu de Charbon , tem- 
péré au commencement; puis renfor- 
cer le Feu jufqu'à ce qu'ils l'oient fon» 
dusi car ils rougiroient fur le champ. 

Pour le Vert. 

Il faut prendre une once de Caillott 
préparé , trois onces de Mtne de plomb, 
demie-once à'Etain de glace , une once 
de Salpêtre , deux gros d'Aes-uftum , deus 
gros de Borax; broyez toutes ces chofes 
enfemble fur )e Porphire. 

Pour le Violet. 

Il faut autant de Caillou préparé , com- 
me pour le Vert , autant de Salpêtre, au» 
{âDC àkEtain de glace. Si au lieud'Aes» 



sua. LA Physique et 

Uftum il faut aucanc de Pengueux; puis 
broyez couc enfemble comme cideflus , 
& enfuite il fauc y mtccre demi-once 
de Litarge. 

Pour faire différens Verts pour Payfages. 

Au lieu de l'Aes-Uftura, prenez au- 
tant de Limadk d'Epingles. 

Autre Vert. 

Il faut prendre du premier Vert , & y 
mêler un peu d.'Az.ur. 

Pour la Peinture Blanche. 

Il faut prendre du Qijlallin , & autant 
de Rocaille jaune; le Crillallin doi: être 
rouge comme le Caillou & 1 éieindre 
dani de l'Eau claire , puis le broyer 
avec la Rocaille, & le Gomme* com- 
me la Peinture noire. 

.Pour faire le Vert fur Verre. 

Prenez de Caillou calciné êc quatre fois 
autant de Mme de plomb , un tiers d'Aes- 
Vjlum , deux fofs autant de Sa/perre 54 un 
tiers de Borax. 

Pour faire VAiwr. 

Prenez Saffii , autant de Salpêtre & 
autant d'Etainde ghice , autant de Cail' 
lou & un tiers de poudre de Mercure, 

Pour faire le Violet. 

Il faut prendre du Caillou , avec trois 
fois autant de Mine de plomb , une fois 
autant de Litarge , autant de Salpêtre , 
autant de Peringette & autant de Borax. 

Pour le Pourpre. 
II faut autant d'Azur comme pour le 



SUR LA Peinture. rsr 

Violet , & le mêler enfemble avec le 
Rouge. 

Autp.es Secrets sur les Couieurî. 
Comme on doit calciner le Caillou blanc. 

Il faut prendre les Cailloux les plu' 
tranfparents , & les plus tendres à la fu- 
fion , & les bien nétoyer 6c l^ver , puis 
les jetter en un bon Feu de Charbon & 
les embrafer jufques qu'ils deviennent 
tout rouges; & quand ils feront ainfi ' 
jettez-les dans de l'Eau froide , dans la- 
quelle il y aura une quatrième partie de 
Sel commun. Faites cela deux ou trois 
fois & le Caillou fera calciné. 

Pour le Bleu. 

Prenez trois onces de Mine de plomb, 
une once de Cadlou calciné , une once de 
Salpêtre , une once de Souphre ; broyez 
le tout enfemble fur le Porphire , met- 
tez-le enfuite dans un Creufet pour le 
faire fondre dans un Fourneau à vent 
l'efpace de huit heures. 

Four le Vert. . 

Il faut prendre deux onces de Mine 
de plomb , une once de Caillou calciné ^ 
une once de Sain de Verre , un tiers de 
Limaille de franc. Calcinez ôc broyez le 
tout enfemble & le mettez au Fourneau 
à vent comme deflus. 

Pour le Jaune, 

Prenez deux onces de Mine de plomb l . 
une once de Caillou cakiné , une once 
de Sain-de verre , un demi tiers de Li- 
maille de Jer , & demi-trezeau dAnti- 
moine. BrOyez le tout enfembic & faî-. 
tes comme ci-de^Tus. 



I82 



Oeservations sur 



AyTRFS SORTFS DK CoULEURS SUR 
VhKRE. 

Pour faire l'Azur. 

II faut prendre une once de Cailbu- 
calcinc , une once de Salpêtre , une once 
dû poudre de Aîacun , demi once de Tar- 
tre, demi-once de Sel- gemme , une once 
deSouphreô: une once de Borax. Broyez 
le tout en(émble Ibr le Porphire & fai- 
tes en de petits pelotons que vous laifTe- 
rez féclier .• enluite vous les mettrez au 
Feu de charbon tempéré au commen- 
cement, julqu'à.ce que votre Creufec 
foit bien écliauffé ; alors vous lui donne- 
rez feu de fufion; quand le tout l'era bien 
fondu , comme du Plomb liquide , 
vous le jetterez dans un Mortier de fer 
poDr qu'il refroidi (Te , !k quand vous 
vous voudrez l'employer, vous le broye- 
re.z fur le Porphire avec de l'Eau gom- 
mée. Ayez foin qiie la Chaux ne couche 
poinp J'Azur. 

Pour le Vert. 

Prenez une once de Caillou Calciné , 
troisoncesde Mine deplomb, demi-once 
d'EtaJn de glace , une once de Salpêtre , 
deux tiers d'Aes-uJhun & deux tiers de 
Borax: broyez le tout enfembie fur le 
porphire» Se faites comme ci-delTus. 

i ■ ■■• Pour ■lu Violet. 

Il faut prendre autant de Caillou com- 
me pour le vert > autant de !>iilpctre , 
autant d'Etain de glace , autant de Borax 
Si demi once de Litargz ; mais au lieu 
d'-Aes-urtuih , il y faut mettre autant de 
PirigO. ■-"' i' I -b f'W 

- AutreVert. 

Prenez le:» ,«iér»ies matières que pour 



1,'HisToiRE Naturelle, 

le vert ci deifus > Si au lieu d'Acs-uf- 
tum vous y mettrez autant de LimailU 

dcpmgle. 

Autre Vert. 

. Prenez du premier vert & mêlez-y. 
un peu d'Azur : vous aurez; a'orsun Verc 
fort beau pour repréfeiiter les Pa)fa- 
gcs. 

Comment on fait la Rocaille, 

Prenez quatre parties de Plomb & 
trois de Sabie blanc qui foit bien fufible 
& net : broyez le couc enlemble & fai- 
tes-en de petits Pelotons que vous lailfc- 
rez lécher: vous les mettiezcnfuite dans 
un Lreufet au Four-à vent , ou au Four 
de quelque Portier, & les laillerez biea 
fondre. Si vous voulez que la Rocaille 
foit verte, vous y ajouterez un peu de 
Limaille de franc cuivre. 

Pour faire la Peinture noire. 

Prenez autant de Plorvbijïeque à'A:s~ 
iiJJum , &. autant de Pailk de fer que des 
deux , puis autant de Rocaille comme 
des trois. Pilez tout cela dans un Mor- 
tier de ftr DU lie cuivre, & vous le broye- 
rez fur un Balfin avec de l'Eau gom-' 
mée. 

Pour faire le Lavis. 

Prenez de VEiicre commune Se autant 
d'Eau claire, que vous mêlerez. ejifem- 
ble ; prenez enfuite du Sd commun &c 
le calcinez tout rouge dans un Creu- 
fet. Il faut prendre une partie de Ro- 
caille , une partie de ce Sel , & une 
partie de Limaille d'ep.iigle avec un 
peu de Gomme dArabie. Broyez ces 
chofes fpr un Baffn pendant un de- 
mi-jour, en ajoutant toujours un peu 
de Lavis , & quand le tout fera bien 
b;oyé vous le rendrez auifi liquide que 



Sur la Physique 

Je Lavis que l'on met tur le l'api.r : 
vous le nïettrez dans un Verre & le laif-» 
ferez repofer jufqu'à ce qu'il foie bien 
clarifié , & quand vous voudrez \ ous 
en fervir , vous y ajouterez un peu de 
Noir, ci detlus dit, & vous le broyeiez 
de rechef lur le Ballln & en laverez 
Je Verre ; mais avant de l'employer , 
vous Je laifi'ercz repofer deux ou trois 
jours. 

On donnera la façon de cuire le 
Verre dans une autre Obiervàtion. 



ARTICLE IV. 

Nouvelle Manière de battre le Bled avec des 
Jkfoulins à Gerbe, inventée par Ai. Meif- 
fren Infpecleur des Haras de Provence 
Cr Commandant des MiUces Garde-co- 
ret du Aiartigues. 

LE Mercure de France du mois de 
Novembre 1751. page roy- fait 
mention d'un Moulin à battre les Ger- 
bes donné par Parent deMarfntta, Mar- 
tinet près Seaumur, ce qui m'oblige de 
manifefter aujourd'hui l'invention de ce 
Moulin , & de prouver que ceux qui 
veulent s'approprier cette machine , ne 
font pas fondés. 

Dans le tems que je projettois d'inf 
truire le Public de c tte découverte» 
j'en ai vu l'expofé dans le Mercure d'u- 
ne façon artificieufcment déguilée. 

Ce fut en i 7:^7. que je lis conflrui- 
ie pour la preaiiére fois ce Moujin aux 
environs de Paris , le même qui fervic 
pour faire des épreuves réitérées fur des 
Gerbe? de Fromenten préfencede Mif- 
iïeursde l'Académie Hovale des Scien- 
ces , & ce fut en conféquence de leur 
ap'.rohaîion donnée îe ^ Avril 1757. 
que Sa Majeilé m'accoxda des Lettres 



ET SUR LA Peinture. isj 

Patentes datées du 5 o Avril l/lJ- 

Depuis l'expédition de ces Lettres 
j'ai fort perfectionné cette Machine; 
j'en ai fait coiil.huire une à Arles , lieu 
de mon don.i>.ile qui a parfaitemenc 
réulTi Si dont je me fers ; mais les occu • 
pations que j'ai eues pendant la derniè- 
re guerre 6c les fuites qu'elles m'ont oc- 
ca'iionnées m'ont forcé de la perdre de 
vue pendant plufieurs années. 

Me trouvant libre & tranquille au- 
jourd'hui , l'amour du bien public me 
porte à annoncer ce nouveau Moulin ^ 
Gerbes comme une découverte avanta- 
geufe qui ne peut erre que générale- 
ment utile. Cette Machine a pour ob- 
jet de diminuer le travail & la dépenfe 
du foulage & du battage des grains » 
foit en grange ou fur le ici. 

Une découverte de cette importance 
doit attirer lans doute la curiofité do 
tous ceux qui poITédent des Terres con- 
fiderablts. Cependant comme il lepour- 
roic que cette nouvelle Machine ne fiic 
pas généralement obfervée d'un chacun 
fur des princif esaulfi réfléchis que ceux 
que je fais depuis près de vingt années à 
ce fuiet ; je crois devoirdifcuter ici tous 
les ditîérens points de .vue dont on peut: 
l'examiner ^ & faire oblerver en détait 
toutes les objeftions qu'une découverte 
de cette nature peut occalionner. 

Le battage des grains , de quelque 
manière qu'on le fafle , eft long , péni- 
ble > & généralem.ent difpendieux, par 
tout , quoique différemment conduit. 

Il y a des Provinces où ii exige une 
eéiéritéconcinuelle.comrae dans lesPro- 
v'inces McriJionales ; d'autres oii il en 
faut moins, &. où ce travail dure tout 
l'Hyver ; il n'y en a cependant ancune 
où la diminution de peine & de dépen- 
fe, que ce battage occafionne. ne puifle 
être d'un très-grand avantage, ians mê- 
me confidérer plufieurs cas imprévu* 



i84 Observations sûr l'Histoire Naturelle, 

& urgens qui peuvent exiger une celé- lur l'otfre qu'ils font des Fermes ; ils évî- 
rké nécen'aire. Nous commencerons teroient les dégâts & les piJleiies qui Ce 
nos réflexions par les Pays où l'on el\ t'ont ordinairement tant en Gerbes 
forcé de ferrer les Gerbes dans des G ran- qu'en Grain non-vané , que les lon- 
ges , & où le battage tout de fuite fe- gueursdu travail occafionnent. 

L'expérience a fait voir que la paille 
battue par ce Moulin ell meilleure ôc 



Chacun fçait qu'il y a dans le Royau- 
me des Cantons oij la dépenfe de faire 
conftruire des Granges ell très-confidé- 
rable, & qu'il faut en bien des endroits, 
où il manque des pierres & du bois , y 



plus douce , profite plus aux befliaux, 
qui ea font moins de dég.u que de cel- 
le qui efl battue par le fléau , parce 
qu'elle eftplus meurtrie & que tous les 



employer une partie de la valeur des noe'ids en font brilés : comme il n'y 

Terres : par l'ulage de ce Moulin on relie point du tout de Grain , les Sou- 

feroit difpcnfé de cette dépenfe &i de ris ne la gâtent point, & elle eft, après 

l'entretien qu'elles occafionnent, & on llx mois , aulîi borne que li elle étoic 

pourroit battre les Grains tout de fuite tout fraîchement bittue. 

après la Mollfon ; cela n'empêcheroic Ceux qui ne feroient pas davis de 

pas qu'on ne pût conferver la paille en battre leurs Gerbes tout de fuice & en 

mulot, comme on fait dans les Provin- peu de jours , auroient toujours la liber- 



ces où onacetufage. On feroit d'ail 
leurs délivré de la crainte du feu, qui 
tient toujours les Fermiers en tranfe , 
tant que la Grange eft remplie , atten- 
du les accidens qui peuvent en arriver 



té de les battre à for & à méfure qu'ils 
auroient befoin de Grain ou de Paille, 
& feroient cette opération f^ns frais 
avec les Gens de leurs Fermes , & , tout 
bien confidéré , c'eH un grand avanta- 



ge qui ne font que trop fréquens, donc ge d'avoir la liberté de faire une ope 
les fuites font quelquefois fuivies de ration aufîl longue & aufli difpendieu 



fe en p.u de tems , & prcfque lans au- 
cune dépenfe. 

Ils pojrroicnr , même , faire une ef- 
péce de Moulin Bannal, & battre leb Ger- 
bes de leurs voifins moyennant un cer- 
tain droir. 

Si on demandoic à quoi les Batteurs 
en Grange pourroient s'occuper fi leur 
travail venoit à cC'.fer ? On peut répon- 



l'irtcendie de toute la Ferme & même 
de tout le Village. 

Comme tout le Grain de II plus gref- 
fe Ferme pourroit être battu en vingt 
ou trente jours, & même en moins de 
temsfuivant l étendue qu'on Icroit libre 
de donner à cette Machine , les Fer- 
miers pourroient fçivoir en peu de 

jours au jufte quelle eft kur récolte, & . , - . 

pourroient fe fervir de leurs Grains au dre que c'eft porter les idées bien loin , 
moment qu'ils en auroient befoin, foit car avant que l'ulage de ce Moiilm à 
pour féuier , foit pour vendre, & ils (îerbe-puiflc être généralement intro- 
épargneroient une dépenfe très-confi- duit , il eft hors de doute qu'ils le fe- 
dérable que le battre en Grande les force feroient tournés à d'autres ouvrages de 
toujours de faire , ce qui retombe fur la Campagne qui ne font pas moins uti- 
Je propriétaire du fond ; car les dépen- les & qui ne peuvent fe faire qu'en Hy- 
fesindifpenfablesfont toujours rabattues ver, comme de planter des Arbres ou 
au plus haut prix par les Fermiers, & des Vignes , faire des Pépinières , creu- 
c'eft en conféquence qu'ils fe règlent fer des Fofles pour l'écoulement des 

£aux 



SUR LA Physique et sur la Peinture. 



iSS 



Eaux, deflecher des Ferres baffes , en 
défricher celles qui font ufées & en 
renouveller le terrein , ce qu'il eft très- 
important de faire partout l''a)s, & ce 
quin'eftque trop généralement négli- 
gé : ils pourroient encore émonder des Payfans , & qui ont par conféquentious 



Dans l'introdudion du Moulin dont 
il s'agit , la crainte doit être moindre: 
Un Copille & un Faifeur de Bas à l'ai- 
guille avoicnt moins de reflûurce que 
les Batteurs en Grange qui fV-nC couî 



Arbres , exploiter des Bois, & autres 
ouvrages Rufliques que la néceffité de 
battre en Grange force de négliger , at- 
tendu que ce travail vient dans la mê- 
me failon. 

Pour peu qu'on foie expérimenté en 
Agriculture , on fçait que ce n'eft ni la 
bonté ni l'étendue du Terrein qui font 
l'abondance <Sc la richeffe d'un Pays > 
mais l'attention qu'on a de le cultiver, 
& le nombre fuffifant d'hommes pour le 
faire comme il faut. C'efl la culture & le 
travail qui font les bonnes récoltes, & ce 
Font les hommes qui font ce travail ; la 
produdion des Terres dépend plus de la 
cultare que de la bonté du fond : un 
Pays eft toujours riche quand il efl peu- 
plé ; en diminuant le battage on au- 
gmen:eroit la culture , parce qu'on au- 
gmenteroic le nombre des hommes qui 
y lont afluiettis. 

L'intérêt public chez tous les Peu- 
ples & dans tous les tems la toujours 
emporté fur l'intérêt particulier. C'ell 
en Fuivant ce principe que les plus bel- 
les découvertes le font établits, On n'a 
pas Fait attention au nombre infini de 
Copifles qu'on détruifoit quand on a 
établi l'Imprimerie : à tous les FaHéurs 
de Bas à l'aigui le dont toutes les Villes 
& Villages é:oient remplis quand on a 
établis les Métiers à bas : à tous les Mef- 
fagers quand on a établi les Polies. Ces 
trois établilTemens ne font pa^ anciens : 
pas un de ces gens (qu'une crainte mal- 
fon lée & peu réHêchie failbit publier 
devoir mourir de faim,) n'en a foufferc : 
voyant l'anéantiffement de leurs métiers 
ils Font occupés à autre chofe. 

Année 175a. Tome 1. 111. Part, 



Jes ouvrages polîibles, non leulenunt de 
FAgriculture , mais encore ceux des 
Charbonnières, Verreries, Fours -à- 
Chaux , Maçonnerie , Bois & Char- 
pentes à s'occuper. 

Du tems des Romains il n'y avoit 
point de Moulins à Farine, ni à tau , 
nia Vent. Us furent inventés fous ConF- 
taiitin ; les Anciens n'avoient que des 
Moulins à Bras , qui occupoient géné- 
ralement un grand nombre d'Hommes, 
tant Libres qu'Efclaves. La frivole rai- 
Fon , que deviendront tous ces Gens là} a. 
empêché pendant plufieurs fiécles les 
Moulins à Farine de s'introduire ; mais 
la célérité & la bonté de la Farine ayant 
enfin prévalu , les Rois permirent non- 
feulement d en conftruire , mais ils l'or- 
donnèrent , ainli qu'il eft prouvé par 
plufieurs Titres & Concelîions au Fujet 
des Moulins bannaux. 

En Sicile il n'y a encore , pour le Peu- 
ple, que des Moulins à Bras , 6c il n'eft 
pas permis d'y en avoir d'autres. 

Il nous ri fie à faire obTerver que l'in- 
trodudion de ce nouveau Moulin Fe- 
roit , ainFi qu'on l'a dit , capable d'em- 
pêcher l'augmentaMcn d-es Grains en 
F.yver, parce que la recolre ne man- 
quant jamais généralement par tout , les 
Pro^ inces ov. elle feroit abondante pour- 
roient donner un prompt fecours à cel- 
les où elle auroic manqué , ce qu'il efl 
impoiïib'e de faire par les longueurs du 
bat re en C'range & par la difette & 
cherté de^ Batteurs. 

Elle pourroir aulfi être fort ut:Ie en 
tems de guerre , tant pour contribuer à 
la promte fubfiflance des armées , que 

Bb 



i85 Observations sur 

pour mettre les Granges des Provinces 
frontières à couvert du feu que les Par- 
tis ou Maraudeurs font accoutumés de 
îaire. 

Ce Moulin efl fimple , d'une conf- 
trudlion facile , de peu d'entretien , & 
même point du tout s'il cft à couvert ; 
on peut le conftruire aulîi petit & aufli 
grand qu'on veut , c'eft-à-dire , pour fai- 
re avec un Homme pour fix Batteurs, 
pour douze avec deux , pour vingt qua- 
tre avec quatre, & plus, c'eft-à dire 
qu'on peut la proportionner à retendue 
des Terres qu'on exploite : il efl; tout 
en bois & avec très peu de fer, il doit 
avoir une Vannerie en proportion de 



l'Histoire Naturelle, 

fa grandeur , ce qui rend le Bled tout de 
fuite criblé & vanné. 

Ceux qui feront curieux de fe la pro- 
curer pourront s'adrelfer au fieur Meif- 
fren , Infpetfteur des Haras de Proven- 
ce & Commandant des Milices Gardes- 
Côtes du Martigues qui habite à Arles 
en Provence. Ils obferveront de paver 
le port des Lettres. Il répondra exdde- 
me , & fi on fouhaite , il en enverra le 
modèle en bois, réduit du pied à deux 
pouces & toutes les pièces néceflaires 
pour pouvoir parvenir à bien conflrui- 
re ce Moulin , ou iroit lui même le fai- 
re conftruire dans les grandes Terres où 
la Machine demanderoit fa préfence. 









*y *i» *^ *4» «^ «^ »• • «^ r^ r^ «^ I 




'^'%%% 






LETTRES 



'^ufujet du Nouveau Syftême de VUnivers ,fous le Titre de Chro^^Gkneste , ou Cri- 
tiques des prétendues découvertes de Newton. Dédié au Roi par M. Gautier 
Penjîonnaire de Sa Majejlé. 




E Souverain Pontife m'a adrcf- 
fé un Bref écrit de fa propre 
main , & Sa Maieftc Prufllen- 
ne ma fait écrire par M. le 
Marquis d'Argens & par M. Darget. 
Ce font là des marques d'honneur allez 
fortes pour encourager un Auteur , & 
lui faire tout efpérer de ceux que des 
raifons particulières obligentde garder 
le fiknco. 

J'ai envoyé mon Livre à toutes les 



Académies de l'Europe : quelques-unes 
m'ont fait l'honneur de m'ècrire. Ma 
reconnoiflance envers ces Coips rcfpec- 
tables m'engage de publier ici, à la Cui- 
te des Lettres honorables que je viens 
de recevoir , leurs fuffrages. 

S'il efl généralement reconnu parla 
fuite que jai raifon , on verra du moini 
qui font ceux qui ont les premiers re- 
connu la vérité. 



Sur la Physique 



Bref de Sa Sainteté. 
BENEDICTUS P. P. XIV. 

D7/e5e Fili Salutcm &" Apojlolkam 
Benediâiofiem. Nos continuelles 
occupations ne Nous permettant pas de 
donner Notre tems à la ledure de tou- 
tes forces d'Ouvrages , Nous avons la 
coutume d'envoyer aux fçavans Hom- 
mes de notre Univerfué de Bouloijne 
tout ce qui regarde les Sciences curieu- 
fes & les beaux Arts pour en former 
leur jugement. Ceû par ce motif que 
nous leur enverrons les deux Tomes de 
votre Chroagénélîe , que nous venons 
de recevoir avec la Lettre qui les ac- 
compagnoic , comme nou5 leur envoyâ- 
mes celui qui nous fuc envoyé de votre 
part l'an pafTé Nous vous en remercions 
très-lérieufement. & pour vous animer 
à fuivre votre beau Génie pour les belles 
connoifTances ; Nous joignons à nos fin- 
céres remercimens la Bénédiûion ApoP 
tolique. Datum Romx apud Sanciam Ma- 
riam Majonm die X. Maii 1 7 5 ;. Pont. 
nojiri Anno XII. 

Dd. Filio J. Gautier. (Parijîos.) 



Lettre de M. Darget , Secrétaire des Com- 
mandemens S. M. le Roi de PniJJe. 

LE Roi a reçu votre DJlTertation 
fur la,Génération des Couleurs, & 
SaMajeflé m'a ordonné de vous remer- 
cier de l'attention que vous lui avez 
marquée en lui envoyant cet Ouvrage ; 
c'eft à la vérité une entreprife bien har- 
die que d'attaquer un Syllême établi 
par NeNJcton, mais votre hardielTe mê- 
me fait vôtre éloge, 5: montre, Mon- 
fîeur , combien vous êtes occupé de 
l'amour des Sciences & du foin deper- 



ET SUR LA Peinture. 187 

feâionnernosConnoiàlancef. J'ai l'hon- 
neur d'être avec confidération , Mon- 
fieur, 6cc. S/g«e Darget. 

A Potfdam /e 1 4 Février 1 7 5 o . 

Lettre de-M. le Afarquis d'Argens. 

J'Ai préfenté au Roi , Monfieur , les 
trois Volumes que vous lui avez en- 
voyez ; Sa Majefté a été lénfible à votre 
attention. En mon particulier , je fuis 
charmé qu'elle m'ait chargé de vous le 
dire , puilque cela me procure l'occa- 
fion de vous aflTurer que j'ai trouvé dans 
ces mêmes livres beaucoup de chofes 
utiles , & des réflexions très fenfées ; je 
ne doute pas, Monfieur, que le Public 
ne vous rende toute la juftice que vous 
méritez. Je fuis avec toute la confidé- 
ration poffible , Monfieur , ikc. Signé 
Le Marquis d'ARGFNs. 
A Potjdam le i^ Avril 1751. 
A M. Gautier Penjionnaire de Sa Ma- 
jejïé Très-Chrétienne. 



Lettre de f Académie des Belles Lettres 
de Alarfedle à M. Gautier. 

JE ferois inexcufable de vous remer- 
cier (î tard , de la part de l'Acadé- 
mie, du prcfent digne de i'cllime de 
tous les Sçavans , que vous avez biea 
voulu lui faire de votre Livre contre 
le Syflême de Newton , fi javois été à 
Marfeille lorfqu'il y eft parvenu. C'eft 
pendant un voyage que j'ai fait , que 
votre Paquet eft arrivé ici , il a relié 
jufqu'après mon retour chez le Cou- 
rier de Lyon , où votre lettre que j'ai 
trouvé chez moi , avec beaucoup d'au- 
tres 1 me l'a indiqué : j'ai été très em- 
prelTé de le retirer & de le préfenter de 
votre part à la Compagnie , qui m'a 

Bbij 



i83 Observations sur l'Histoire Naturelle, 

trèsexprenemen: chargé de vous en au Public. Je (uis , &c. i/gne'BrRNOTi 



faire fes reinercimcns , tS: de vousafiii- 
rcr de fa parc du vif iiuérêc qu'elle pren- 
dra toujours à vos lucccs âc à votre 
gloire. Elle félicite la Pacrie d'avoir 
produit un Citoyen qui contribue tant 
à la Tienne ; c c(l avec beaucoup de re- 
gret qu'elle voit que l'objet de vos veil- 
les n'eft point de Ion relfort , ce qui la 
prive du pJaifir de donner à votre ou- 
vrage des ai^plaudillemens décaillés , 
elle vous prie d'être bien perfuadé , 
JVlonfîeur, que la différence des genres 
d'étude ne diminuera jamais les fenti- 
mcns d'cftime & de reconnoiffance 
qu'elle doit à vos talens & à votre at- 
tention. En mon particulier je ne fçau- 
rois allez vous remercier de celle dont 
vous voulez bien m'honorer , ni vous 
marquer la conlidcration infinie avec 
laquelle je luis, Morifieur , vôtre , &c. 
Signé La VisciFur Secrétaire perpé- 
tuel de l'Académie des Belles Letcrei 
de Marfeille. 

Marfeille le 7 Septembre 1 7 5 1 . 



Lettre de V Académie des Sciencet de Alon- 
tauban. 



POur répondre à vos politeffes ,Mon- 
fieur , l'Académie aitendoic d'avoir 
lu , dans le cours de lés Séances , le 
fçavanc Ouvrage dont vous avez eu la 
bonté de lui faire un préfent qu'elle 
eftiaic beaucoup , & auquel la Compa- 
gnie a donné des éloges infinie. Elle me 
charge, Monlieur, de vous témoigner 
une partie de fa reconnoilTance , en 
vous offrant de fa part un exemplaire 
du Mélange de Poëfie , de Littérature 
& d'Hilloire , qu'elle vient de donner 



Secrétaire perpétuel de l'Académie des 
Belles Lettres. 

A Montauban le 1 Septembre 175 l. 
A Monjieur Gautier Penjionnaire du Roi, 



Lettre de l'Académie des Sciences de 
Dijon. 

MONSIEUR, 

TOut ce qui a rapport à la Phyfi-; 
que intereffe trop particulière- 
ment l'Académie , pour qu'elle puiife. 
regarder avec indifférence le préfenc 
que vous lui avez fait: convaincue que 
ce n'ell Ibuvent qu'après avoir epuifé 
les erreurs qu'on parvient à la vérité , 
elle conviendra fans peine avec vous 
que les plus fublimes connoilfances 
n'en garantiffent pas toujours. Vous de- 
vez être perfuadé , Monfieur, qu'avec 
ces fentimens , l'Académie , quelque 
vénération qu'elle ait d'ailleurs pour le 
le célèbre Auteur que vous attaquez, 
verra fans prévention votre t)uvrage. 
J'ofe même vous allurer qu'elle fc hâtera 
de fatisfaire à Tes premiers engagemens 
qui fixent aftuellement Ion attention fur 
les pièces quiconcourentau prix qu'elle 
diflribue annuellement, pour le livrer 
en entier au plaifir qu'elle s'en promet. 
En attendant qu'elle puiffe vous faire , 
comme je n'en doute pas , fon compli- 
ment fur le fuccès , vous voulez bien 
recevoir avec fes remercimens celui qui 
efl. dû à la grandeur de l'entreprife. 
J'ai l'honneur d'être très- parfaitement , 
Monfieur, Votre &c. Signe ^etit, Se- 
crétaire de l'Académie. 
' A Dijon le z) Juin 1 7 5 1 . 



r m -^ 



T A 



L 



DES OBSERVATIONS 
du L Volume de 17 J2. 



HISTOIRE NATURELLE. 



.^^^-^Bfervation I. Sur la Génération 

dIO.'dl animale, contre les Oviparif- 

i?a?^ tes&lesVermiculiftes.p^geç. 

Objervation IL Sur un Hermaphrodite 

aduellement vivant dans l'Ille de Cor- 

fe , 16. 

Defcription de cet Hermaphrodite. 

^ i3. 

Ohfervat. III. De M. Mertrud fur un 

Hermaphrodite vu à Paris , l'année 

1750. 19- 

Obfervat. IV. Sur la finguliére conftruc- 

tion des Poumons , du Foye , des 

Tefticules & des Yeux de la Taupe , 

10. 

Ohfa-vat. V. Sur la découverte de M. 

d'Aubenton , concernant les couleurs 

des Pierres précieules , ^ S 

Pour donner toutes les Couleurs des 

Pierres fines , il faut trois prifmes 

differens. ~°' 

Les Couleurs des Prifmes ne fonc 

point fixes , & varient félon les 

tems , la fuuation & la force de la 

lumière, ^8. 

Ohfervat. V. Sur le Limaçon & les 

■ Animaux qui engendrent fans Fe- 

mq^les, (>')• 

Obfervat. VL Q.uefl.ion de Médecine 



concernant les Hermaphrodites, par 
M. ..Morand Dodeur Médecin de la 
Faculté de Paris , , 68. 

Remarques fur les Hermaphrodites 
en général , 73* 

Ohfayat. VU. Sur les Fleurs & fur les 
Caules de la variété de leurs couleurs, 
parM.Guyot, 73 • 

D'où proviennent dans les Fleurs les 
couleurs du Panache, 77- 

Ohfrv.^t. VIIL Sur le Philander ou 
Loir d'Amérique, ,7^' 

Anatomie des parties de la Généra- 
tion du Loir, So. 
Obferpat. IX. De l'Animal , dit le l'a- 
refleux , autrement dit l'Hay , 81. 
Obfervat. XT. Sur l'cdreffe de l'Homn;e 
contre la force & les rufes des Ani- 
maux , ou defcription des combats 
de Taureaux qui le font en Efpagne, 

o 2. 

Defcription d'un Combat particu- 
lier d'un Homme contre plufieurs 
Taureaux, '-^• 

Obfervat. XL Concernant le: Sourds & 

fur l'Oreille de la Tortue , par le K. 

P. Charles Plumier, de l'Ordre des 

PP. Minimes & Botanifte du Roi, 

I 5 I. 

Façon de faire entendre les Sourds 
& de leur apprendre à parler, 1 3 J. 



I9Î TABLE DES 

Ohjirvat. XI J- 'Sur la Nature du Sang, 
luivie de quelques réilexions fur le 
fentimcncdeM.Senac, & concernant 
la Scrufture du Coeur de la Tortue , 

158. 

Chfcrvat. XIII. Sur les Tortues en gé- 
néral & leur ucilité, 147. 

Oljh-imt. XIV. Sur les Congellations 
des Grottes d'Arci en Eourgogne , 
par M * * *. àz la Société Royale 
de Lyon. i yo. 

Chfayat. XV. Suite de l'Hiftoire Na- 
turelle de la Taupe , ^ 15-4. 

Ohfervat. XVI. Sur la Génération du 
Limaçon, ^SS' 

Cbfermt. XV II. Sut le Cœur & les 
autres Vifcéres du Limaçon , & con- 
cernant fes vertus Médccinales, 1 6^. 

PHYSIQUE. 

Ohfervat. I. Sur la Théorie du mouve- 
irent & du Parallaxe de la Lune, 
par Meflieurs De L'ifle & Le Mo- 
n!cr, 2p. 

Théorème pour prouver que la Lu- 
ne peut le mouvoir autour de la 
Terre par la leule impulfion des 
parties igfiées qui lé compriment 
du Solcilà la Lune & de la Terre 
à la Lune , ^ 5 • 

Ohfervat II. Sur les Volcans , les Ou- 
rap-ans & les Tremblcmens de Terre, 

90, 
Sentiment de Defcartes fur les Vol- 
cans & les Tremblcmens de Terre , 

91. 
la caufedes Volcans, félon New- 
ton, _ y-- 
Sentimens des autres Philofophes 
Modernes , 94- 
LMmpulfion unîvèrfelle des parties 
de Feu eft lacaufc des Volcans & 
des Tremblcmens de Terre, 96, 
Olfaiiit. m. Combien il importe d'e- 



MATIERES. 

xaminer les expériences fur lefquel- 
Jes on veut établir un Syftême , & de 
dillinguer des caules Ph)riques les 
C;ilculs Géométriques , ^^. 

La caufc des Couleurs félon New- 
ton , . 99. 
La caufe des couleurs félon mon Syf- 
tême , 100. 
Expériences par lefquellcs Newton 
veut établir la feptuplicitc des 
rayons , 102. 
Expériences expliquées par la caufe 
qu'admet M. Gautier, nécefTaires 
pour' l'intelligence de la première 
expérience de Newton , 105. 
Explication de l'Expériencedc New- 
ton , Joy. 

PEINTURE. 

Ohfervat. I. Sur la Mufique des Cou- 
leurs , inventée par le Père Cartel , 

17- 
Ohfervat. II. Sur les Tableaux expo- 

fés dans le Salon du Louvre au mois 
d'Août ivyi. 43. 

Ohfervat. III. Sur l'Optique des Pein- 
tres, io6- 
Premier Article. Sur la Perfpedive 
Aérienne en général & furie choix 
de la Lumière, 107. 

LES SECRETS DES ARTS 

ET LES 

NOUVELLES DECOUVERTES. 

Article T. L'Art de conferver les belles 
Peintures. 128. 

Article II- Sur la façon de peindre les 
Indiennes , comme dans le Levant ,' 

Pâte ou Compofition pour imprimer 



TABLE DES 
les Toiles, 1^7- 

Pour faire le rouge , 
Pour le noir des Indiennes , 
Peur le bleu , 
Pour la Couleur Citron , 
Pour le violée, _ ii*; 

Article IIL La manière de peindre en 
Verre ou fur Vitres pour l'ornemenc 
des Eglifes ou (ks Cloîtres, 176. 
Comment il Kut faire les Cou- 
leurs pour peindre fur les Vitres 

177. 

Article IV. Nouvelle manière de bat- 
tre le Bled avec des Woulins à Ger- 
be , ikc. in\ent'^e par M. Meiffren 
Infpedeur des Haras en Provence & 
Commandant des Milices Garde cô- 
tes du Martigues. 183. 

DISPUTES DES PHILOSOPHES 

ET DES 

ARTISTES MODERNES. 

Article I. Réponfe à une prétendue 
Réfutation, inférée dans le Journal 



MATIERES. 19 r 

Oeconomique du mo's de Juin 

17) I-. 4^5. 

• Ob'eftion faite pubiiqijement au 
Newtonien œcononuque à la- 
quelle il n'a pu répondre, 455. 
Le NeNX'tonien n'a pas compris Ja 
Démonftracion de M. G. & il la 
combat fans l'entendre, yr. 

L'Auteur Anonyme fe contredit aufîi 
bien que Newton , j^. 

Article IL Repartie de iM. Gautier à 
l'extrait du Syftême de l'Univers, in- 
féré dans le Journal desSçayansdu 
mois d'0<3;obre I75'i. 5*4. 

Article IIL Réfutation de la défenfc 
inférée dans le Journal Oeconomi- 
que des mois de Juillet , Août &: 
Septembre I7j'i. Par M. Gautier, 

IIO. 

Article V. Réponfe au R. P. Bertier , 
l'un des Auteurs du Journal de Tré- 
voux ; concernant l'art d'enlever les 
Tableaux des vieux Fonds & de les 
tranfporcer fur des Toiles neuves, 

I 6y. 

Secret pour enlever le; peintures de 
deifus un Mur Ck dedelfus un i^lat- 
fond 174. 



Fin de la Table des Articles au I. Volume de 1 7 $ 2 . 



TABLE EXPLICATIVE 

DES TERMES D'ANATOMIE ET DE PHYSIQUE. 



^■'4f 1"'% Ç"^ Table peut être utile aux per- 
^ C ■*^ lonnes qui ne conaoilTent pas tous 
^j. x."*^ les termes que les Sçavans don- 
'ÏTi^-^-i''^ nent à différentes parties du Corps 
&■ à différente choie, félon les idées qu'en ont 
conçu ceux qui ont les premiers écnts : idées 
qui, à la vérité, étoient appliquées à phifieiirs 
Objets connus & relatifs aux chofes nom-^ 



niées; que nous pourrions appliquer de la 
même façon dans notre Idiome , comme fai- 
fcient les anciens Médecins dans leurs Lan- 
gues. Par exemple Fagin ed; un mot Latin 
qui veut dire Etui , ou Fourreau , pourquoi 
ne pas dire VEtui au lieu du Vag n, on en- 
tendrcit fjr le champ, la Partie à Jaquel!e 
on veut faire cette application. ^popAyJè veut 



i9î TABLE EXP 

d'ie Saillie d'un es eu Tuberofité, il me ftm- 
ble iiii'iin Etudiant par ce mot de S.nllie ou 
i^c lîofle entendroit ce que c'eft qu'un Apo- 
phile. Olecrane & Ancon c'eft la même chofe : 
qui eit l'homme fans avoir étudié les Scien- 
ces & les Langues, qui peut fçavoirque ces 
(Jeux Mots font Sinonimes Se que tous les 
deux veulent dire le Coude, ou la pointe Of- 
ieufe de la Tête de l'Os de l'avant- Bras. En- 
fin une iniinité d'autres mots qu'on pourroit 
rbolir dans l'Anatomie & dans laPhyfique, 
ce qui ne fera cependant jamais; la Science 



LICATIVE. 

des Mets a toujours prévalu parmi !c iréné- 
ral des Iloninies jur celle des choies- Tous 
les Auteurs , même ceux qui auroient la 
me^leuie volonté , font forcés de fuivre la 
Mode , & fi quelqu'un s'avifoit de nommer 
les chofes par des noms connus de tout le 
monde , on ne manqueroit pas de dire com- 
ment peut-il fçavoir une Science d<nt ii ne 
conncît feulement pas les termes ufiics par 
les Anciens. Cela leroit fort bon fi nous n'en 
avions pas d'autres, ou que nous parlions 
leurs Lani^a^es. 



ABâomen , c'eft la portion du Bas- Ventre 
qui couvre tous les IiueÛins. 
///giii'i , Sonde dont fe fervent les Chirur- 
giens. 
Aphslk veut dire éloignement du Soleil. 
Auraêlion eft un terme qui fij^nifie attirer à 
foi par une force quelconque. C'eil-à- 
dire par une force que l'on ne connoit 
pas. 



B 



B 



Ifurcaûon veut dire féparation en deux 
branches. 

C 



CAnal defféreiit c'eft le conduit , de la Se- 
mence, des Tefticulcs dans les Véficu- 
les Sé'iiinalcs. 

Centrifuge , veut dire , qui fuit le Cenfe 
• comme fon contraire , par une eTpéce d'a- 
verfion. 

Cenrrip'=te , veut dire , qui défire avec ardeur 
de fe précipiter vers le Centre, par une 
certaine Sympathie. 

Chzliàoque , \cM dire qui mené la Bile. Ce 
tcrmcTient deColerc.'ou huireui bilieuie. 

Çhroi- généfie , cil un terme quej'ai inventé, 
pour me mc(tre à la Mode ; cefl comme 
fi j'avois dit Génération des Coideurs. 

Clitom , eft une petite Vert;e qui fe trouve 
au haut de l'ent'.ée du "Vat^in. C'eft la par- 
tie , qui dans les Hermaphiodites hu- 
n.ains, reflemble à la Veri.^e, 

Coflumé, eft le sont particuli'er de peindre & 
"l'habitude de compofer les jours, les om- 
bres &:■ les reflets. 

Couleurprifmordidle , vent dire Couleur fortie 
du l'ni'me, ou occalionntc par le Ptiime. 

Coup de forces, c'eft les endroits que l'on tou- 



che ax-ec des ombres vives. 

Coup de lumière, c'eft les parties du Tableau 
que l'on rehauffe de Couleurs claires. 

Cornée tranjpirente 1 c'eft le Pellicule qui eft 
lur ce qu'on appelle la Prunelle & l'Iris, 
elle renferme l'humeur aqueufe, qui eft en- 
tre elle &: l'Uvée. 

Criflalin , c'eft une humeur claire & d'une 
cpnîîllance aftez forte , renfermée dans 
lin Sac, en forme de Lentille : cette partie 
de l'Oeil eft pofée fur la partie antérieu- 
re de l'Humeur vitrée. Le Criftalin fert à 
reflerrer les rayons qui partent à travers 
l'humeur aqueufe. L'extradlion du Criftalin, 
que pratique M.Daviel, avec fruit , ne nuit 
point i la vifion des objets , elle occafion» 
ne feulement l'approche de l'humeur x- 
queufe & de l'humeur vitrée , & pour lors 
les rayons font plus diverges, en fe portant 
fur la Kctmc, ou moins converges par 
l'humeur vitrée, & par conféquent la 
vue eft alors plus confufe. 



DJ.ipafon , c'eft la mefuie des Sons & les 
proportions qu'ils ont entre eux. 



ECUptique ouZodiaque, eft une ligne incli- 
née a la lifine F.quinoxialc. C'i.ft celle 
que fi rme la Terre par Tes différentes in- 
clinaifons vers le Soleil, & celle que lesAn- 
cicns attiibuoieut au Cours de cet Ailrc. 
Epiderme , c'eft le Pellicule qui cou\re la 
Peau où font implantés les Poils. C'eft ce 
Pellicule qui foritie les Lames écail!eufes 
dans ics ptifonnci qui ont la Peau ruJe» 

Epididime^ 



TABLE EXP 

EpîdM'meyC'eR h partie fupérieure du TeOi- 
cule, ou la Crète, par cù commencent a 
pafler les Semences. 

■Epiploan y ell un grand Sac membraneux , 
très mince , environné tout au tour de 
beaucoup de Graiffe. Ce Vifcére eft éten- 
du denuis rEllomach jufques vers la région 
ombilicale , (ur les Inteftins grelle , il iert 
à la formatioQ des Sucs digellifs. 



Jl EmuT, Os de la Cuiffe. 
Fugue , c'eft un air de Mufîque animé & 
rempli d'accords , en forme de Canon. 



r"* Lanàyt^ laTête ouïe Chapiteau de la 
T Verge. 
Clanglion nerveux, eft une efpéce de tuberofi- 
té.ide petit Gland ou de Nœud , formé par 
l'affemblage & répaiflllTenient du corps 
neiTeux à la fortie des os ou au pal- 
fage de quelque Membrane. 

H 

HEpatiqae, veut dire du Foy, car Hépzr en 
L:.tin fignifie le Foye. 

Hétérogène , veut dire de différente efpéce. 

Homogène, veut dire de même nature. 

Humérus, veut dire Os du Bras. 

Humeur aqueufe , eft une Humeur afîez lim- 
pide qui remplit les intervalles formées par 
la Cornée tranfparente , la Tunique uvée, 
& le Criftallin. Cette Humeur feu à réu- 
nir les rayons & à les converger vers la 
Prunelle. 

Humeur vitrée ■, c'eft une Humeur qui remplit 
entièrement l'intérieur de l'Oeil , & feit à 
diver"er les rayons gui forieot du Criftal- 
lin pour les étendre davantage fur la ré- 
tine. 

HypochorJre , veut dire les côtés de la partie 
lupéncLire du Bas-ventre , qu'occupe le 
Foye du côté droit, & l'Eftomach & la Ra- 
te du côté gauche, 

Hjpothéfe y veut dite une fuppofition , qui 

; peut être vraie ou faufle, mais qui eft dou- 

• teufe , c'elt tout de même que Conjec- 
ture. 

1 



LÏCATTVE. 19} 

par le Soleil fur la Terre & fur les autres 
Planettes. 

Jris, Arcen-Ciel. 

Iris , en Anatomie , c'eft ce qui fe voit fou» la 
Cornée tranlparante de différente couleur, 
fclon le tempérjiTiment , ou pour mieux 
dire c'eft la couleur de la Membrane uvée. 



I 



Mpulfion des rayons, veut dire l'effort que 
tontlcs particules de Feu, étant pouflées 
Amd: ijz.Tom.l. ULP.in. 



LAtnuàe, veut dire diftancede la Ligne 
Eqiiinoxiale. 
Ligne Equinoxide c'eft celle qui eft Paralie e 
aux deux Cercles polaires & qui coupe la 
Terre en deux parties égales. La Lign^ 
célefte qui répond à celle-ci eft dite auflt 
Equinoxiale. , , , n- 

Lobe , figniiie portion détachée d'une mailc 
telle qu'elle foit , qui conftitue un Vifi 

cére. • ,,» 

Ungitude veut dire diftancc du premier Me- 

Lymphel Liqueur qui circule avec le Sang & 
qui entre dans fi compofition. Notre 
Corps contient quatre fortes de Vaif- 
feaux ; les Veines , les Artères, les Vaif. 
kaux Lymphatiques , 8c les Nert^. 

M 

MAfMu^EncJumf.fontdeuxOfleletsfitués 
au fond de- rOreiUe en dcli du Tym- 
pan. Ce font les principales pièces de l Or- 
gane de l'Ouie , c'eft par le battement de 
ces Os que nous ientons le bruit Se les ml- 
fonnemens de l'Air. , ,, • 

Méat urinaire, c'eft le conduit des Urines, 
dans les Femmes. L'Ouverture de ce Con- 
duit eft placée au-delfous du Ciitoris oc 
ï.- en delà des Nimplies, fur la partie lupe- 
ricure de l'entrée du Vagin. , « • 

Medijftin, c'eil une Cioifon qui fcparela Foi- 
tune en deux, & qui foutiem les Lobes 
du Poumon & le Coeur, alternanvement, 
félon le côté fur lequel nous nous cou- 
chons. ._ 

Membrane Adipeufe , c'eft le Corps gra.fleux. 
Cette Membrane eft compolee d'un lum 
celLilaive & feuilleté, qui forme ces pe- 
tits Sacs, qui s'emp'iaenc d'une Huile coa- 
gulée qui forme la Graifie. 

Membrane com?nune desMafcles, c'eft une pco- 
dudlion particulière & un épinouiliement 
de la Membrane des Mufcles , qui tou- 
che les Tcgumens, & avec lequel» cet- 
Ce 



:i9f TABLE EX 

r • Membrane eft foiivent adhérente. 

Méridien; eil la Lif^ne où fe trouve le .Soleil 
chaivie jour dans tous les P.iys à l'heure 
de Midi. C'eft-à-diie à Ç.x r>his 'grande élé- 
vation , & à la moitié du tems entre le 
Lever & le Coucher. Comme tous les Mé- 
rid'ens chan;;ent à chaque pas fur la Terre, 
à n-'éfure que l'on avance vers lcLe\ant, 
ouïe Couchant, & par conféquent qu'il 
n'y en a point de fixe. On s'eil avili- de fi- 
xer le premier Méridien à l'Ifle de Fer qui 
cft I.i l'iiis Occidentale des Iflcs Canaries, 
dites Fortunées. 

Météore t c'eft-àJire , les effets extraordi- 
naires, ou communs, des Aflres & des 
Elémens , enfin tnr.t ce qui arrive Tur 
nos Têtes danlr Ciel. 

Monochorde , veut due îiilirument à une feu- 
le corde que l'on divife en autant de Sons 
que l'on veut. 

N 

NlmphiS , vient de , r}ri qui veut dire 
tpoule ; c'eft les petites Lèvres in. 
ternes du Vagin. 



OCcifut , c'eft l'Os qui eft derrière la Tê- 
te , cù font les parties de poils que 
nous appelions le Chi!:;non, 

Os Sacrum , c'eft l'Os qui eft au bas du I>os 
au kffus de l'Anus. 

Os PuHs , eft l'Os qui eft aa bout du bas 
du Ventre , fous lequel font pofés les par- 
ties externes de la Génération. 

Ombilic ,,veut dire Nombril. 

Cr/î/rfj , fontJesTefticulesdesFemmes, bien 
moins parfaites que celles des Hommes: 
comme elles ne l'ont compolées que de 

f>etitcs Véficules enchaînées les uns avec 
es autres, & entrelafleesen plufieurs fens, 
les Anatomiftcs croyoient que c'étoit des 
Gra))es d'Oeuf, où étoient confervés les 
Hommes. Llks font pelées lui les Trom- 
pes. 



Pancréas, eft un Corps Glanduleux , long; 
& plat , placé entre le Foye &' la Rate 
3r fous l'Eftomach , il a à peu près la figu- 
re de la fangue dVm Chien. Le Pancréas 
feu à préparer &: à fournir le Suc Pancréa- 
tique pcurauler à la Chilification. 
Fanicule (karnu , ne fe tiouve point dans 



PLICATIVE. 

l'Homme ; les Anciens l'admettoient , ap^ 
paremnient àcaufedu Mufcle que nous ap- 
pelion> Peaucifr. Les Q^iadrupedes, pref- 
que en général , font pourvus de cette 
paitie de Tégument , qui ferc à mouvoir 
leur Peau fur leur Mufclc dans plufieurs 
endroits de leurs Corps. 
Parallaxe, c'c^ la détermination précifede la 
diftance des Aftres, à la Terre ou des Pla- 
nètes au Soleil. 
Parties ignées, font les particules de feu ré- 
pandues dans tout l'Univers parmi les in- 
tervalles des particules des autres Corps j- 
& qui occafionncnt leur fluidité & leur 
tranfparauce , leur chaleur & leur em- 
brafcnient. 
Pe^-d, on entend parla Peau le TifTu Tendi- 
neux, Mcmbianeux , Nerveux & Vafcu-r 
laire qui eft fous l'Epiderme. 
Périhélie, veut dire proche du Soleil. 
Péritoine , eft un Tiliu ferré Se fort fonple^ 
qui fert de Sac général aux parties conte- 
nues dans le Bas- Ventre & dont les pro- 
duélions envelopent en particulier tous les 
Vifcéres. Il eft compofé d'une Lame Mem- 
Memhraneufe & interne & d'un Folhicu- 
le Cellulaire externe. 
phénomène, on entend par ce mot les effets 
extraordinaires des cailles naturelles fur 
la Terre, à l'occafion des Animaux, des 
Plantes , des Fleurs & des Eiémerïs &c. 
Plèvre , c'eft la Membrane qui recouvre I2 
Poitrine intérieurement, elle eft compo- 
fée d'une Lame Membraneufe intérieure- 
ment comme le Péritoine &: d'ur.Titlu Cel- 
lulaire dans fa convexité. Le nom de Pleu- 
réfie vient de celui-ci. 
Plexus , veut dire Paquet , Entrelaftement» 
Portion Epigajlrique, veut dire la partie qui eft 

fur le Ventre. 
Prépuce eft le nom de la Peau qui couvre le 

Gland. 
Propenfton quelconque , eft un je fcai quoi , que 
les Nevctoniens n'ont jamais peu expli- 
quer. 
Prunelle ou Pupille, c'eft le trou où paflent 
les rayons à travers l'Uvée. Ce trou s'a- 
grandit & fe rétrécit , félon la force des 
rayons que l'Oeil reçoit, c'eft-à-dire, 
qu'au grand joui il eft fort petit & au con- 
traire dans les endroits obfcurs. 

R 

Etine eft la Membrane qui tapîffe l'Oeil, 
intérieurement , elle eft noire ; c'eft fut 



R 



TABLE EX 
cette Membrane que les objets le rei;4nent 
renverfés , & dont les Neiis qui la pénè- 
trent, par leurs croiiemens entre eux, vont 
les repeindre droits dans le Senforium. 



Scrotum, c'efl-àdiie le petit Sac externe 
que forme la Peau où font enfermés les 

TeiVicules 
ScnfyriuTn, veut dire l'endroit où l'ame refi- 

de , & celui où tous les Sens le ralfem- 

blent. 
Sternum , eft l'Os qui eft fur le milieu de la 

Poitrine. 
Sjjleme , veut dire un ordre , un arrangement 

iiniverfe! ou particulier d'une chofe que 

l'on veut dtfinir ou que l'on pofe pour 

principe. 



Tcguin;ns, c'efl la Peaa, avec toutes les 
parties qui y font adhérentes , & qui 
fontenfenible la couverture de nos Mu(- 
cles. Les Anciens comprenoient dans les 
Téj^umes l'Epidermc , ou la Surpeau , la 
Peau , la Membrane Adipeufe ou Graif- 
feufe , le Panicule charnu , 2»; la Membra- 
ne commune des Mufcles. 

Th)mus , c' eH un Corps Glanduleux oblong, 
dn ilé en deux ou trois Lobes , (Itué entre 
le Médiaflin 6c les grosVaifleaux duCœuri 
dans les Fœtus le Thymus eft plus confi- 
derablesque dans les Adultes , on ne con- 
noit point encore Tufage de ce Vifcére. 

Toucha , c'ell les coups de pinceaux que l'on 
donne hardiment fur un Tableau pour 
imiter le brillant delà Nature, c'eU aufll 
ce qui dénote la Manière du Peintre. 

Trompes dites de Fallopes , ce font deux con- 
duits qui reccivent la Semence des Ovai- 
res &C qui fervent d'attache à la Matrice, 
leur extrémité , qui tient au Péritoine , fe 
déchire quand on veut & on l'appelle le 
morceau du Diable, ou déchiré. 



PI.TCATIVE. I9T 

Tropique, c'eit les lignes que l'on ruppoic i 
lextrêmité de l'Ecliptique , tant dans la 
partie Septentrionale que dans la partie 
Méridionale de la Terre & du Ciel. Celui 
du Cancer eft fur notre Hemilphére & ce- 
lui du Capricorne eft à l' Hemilphére mé- 
ridionale, ces lij^nes font parallèles â l'E- 
quinoxe. 

Tuberofité, c'eft-à-dire Boife. 

Tympan , eft ime Peau , ou une Membrane, 
tendue comme celle d'un Tambour au fond 
de l'oreille , qui reçoit les imprefllons des 
Vibrations de l'air. Se qui les communi- 
que aux Oflelets qui formentl'Organe de 
l'Ouie. 

V 

VAgin , eft un mot tiré du Latin, qui veut 
due Etui , ou Fourreau : c'eft l'inté- 
rieur des Parties du Sexe , Se la route qui 
conduit à la Matrice. 

Véficules Séminales, c'eft-à-dire petite Veflîe. 
Dans les Hommes & dans tous les autres 
Animaux on entend, par le mot de Vé/îcu- 
le , le Vifcére qui reçoit la Semence prépa- 
rée des Tefticules & qui , félon moi, fertde 
moule à la formation animale. 

Vifcere , on entend pat Vifcere toutes les 
parties de notre Corps ,qui lérvent à dif- 
férentes fecreticns des Alimens , &: à dif- 
férentes fondions pour la fiitration & I3 
féparation des Liqueurs vitales, 

Uvée , c'elt la portion antérieure ou Cloifcn 
percée de la Choroïde. Elle renferme l'I- 
ris , h Prunelle ou Pupille, & le Procès 
Ciliaire. L'Humeur Aqueufe eft entre cet- 
te partie & la Cornée tranfparente , S: en 
tre cette partie & le Cfiftallin. 

Vulve, eft la Matrice , c'eft-à-dire le petit 
Ventricule qui reçoit le Fœtus & le con- 
ferve dans la groffeffe. L'oiiyeiture de la 
Vulve eft au tond du Vagin & ne fc di- 
late que pour recevoir les Semences, ou 
pour lailler couler les Menftrues &; met- 
tre les Enfaas au Monde. 



V explication des TerTnes^ qui ne fe trouveront pas dans la Table de ce Volume ,fera dans les Vo- 
itmes fuivans. 



Fin de la Table Explicativç du premier Volume, 



A l^ l s 



Jn finis ici mon premier Volume, 
iSc j'avertis les amateurs d'Hiftoire 
Naturelle & de Phyfique, que mes Souf- 
criptcurs d'Anatomie me faifant une 
guerre conti ucile liir laLivraifon des 
dernières FJanclu s qu'ils doivcnc rece- 
voir, jererarJcrai un peu la didribution 
des Brochures du Cours de mes Ohfer- 
vations pendant cette année 1 7J z : mais 



lorfqiie j'aufis entièrement fini mes 
Planches Anatomiques, du fuccès def- 
quelles j'a' tout lieu dêtre latisfaic du 
Public , je ferois plus exa£l à lui four- 
nir les Planches & les Remarques que 
je me propo e de donner en ce genre de 
travail , pour Lquel je préfume le mê- 
me l'uccès. 



APPROBATION. 

J'Ai lu , par l'ordre de Monfeigneur le Chancelier , la fuite d'un Manufcrit , qui 
a pour titre : Obfervations Jiir L'HiJIoire Aaturttle , Jiir laPhjfîque & Jur la Pein- 
ture ; & je n'y ai rien trouvé qui doive en empêcher l'jiTiprcffion. Fait à Paris 

le 30 Janvier iJS^' 

Philippe de Pke'tot. 



ERRATA. 



PAge ic> on a oublié l'explication de la figure de l'Hermaphrodite de Paris, mais elle eft à 
la fin de la première partie. Page 40 colomne 1 ligne 33 le Monuchorde que l'on voit à la 
fin de cette partie , life^ le MonochorJe que l'on voit dans la Planche i oi'i eft la figure du 
mouvement de la I.une ; ( qui repond à la p,ige }4) Page 7 • colomne •- ligne ; i ( félon Al. Sue) 
llfgy (félon M. Morand); page 7 1. colomne i ligne n dit M. Sue, iijl^ dit M. Morjnd ; plus 
bas le Tentiment de M Sue, ///è^ le fentinient dr M. Morand; & nu Heu de M. Sue n'a donne 
cette Dilfertation que rapporte JVI. Morand , /i/ê^ M. Morand n'a donne cette Differtation. 

Page 8 1 je dis , voje-^ la Planche d'anatomie C. mais ayr.nt pcrJu le DelTein dans le tems de l'im- 
preflfon de la féconde Partie de ce Volume il m'a été impolfible de la graver. Page r^4àre— 
plication de la figure 6 ajoutei, e le Cœur, g le TelHcule ; page 171 colomne 1 ligne ti Bi 
Phyficien , iifei Muficicn. 

Fin du 1. Volume des Obfervations de 17^2. 



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